Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

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Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Dim 28 Fév 2016 - 13:29

Eh bien, si naturellement Onfray partit de Nietzsche et proposa un nietzschéisme de gauche, ou bien se posa en nietzschéen de gauche, je dois vous avouer que j'ai bien du mal à envisager qu'on puisse se dire nietzschéen par soi (Nietzsche ayant tout fait pour sur-personnaliser - impersonnaliser via la personnalisation pourtant - sa dynamique, qui exhorte à tous les surpassements et autres divergences), nietzschéen de gauche qui plus est (en tant que Nietzsche réprouvait la petite politique partisane), et enfin même qu'on puisse dire seulement nietzschéisme, puisque Nietzsche évolue au long de son œuvre (ses préfaces réécrites au moment de Zarathoustra, pour tous ses ouvrages antérieurs, prouvent qu'il était dans la démarche de devenir qui il était, en cela cohérent avec lui-même).

En fait, Nietzsche même n'était pas nietzschéen, et n'élaborait pas de nietzschéisme non plus ("Je n'ai pas assez confiance en les systèmes, pour croire en mon propre système."), ce que je mets au compte de sa subsomption psychologique des profondeurs incarnées de l'existence humaine, et pas qu'humaine (ce qu'il appela, tout en se défiant de la grammaire, "volonté de puissance" et, mieux, Dionysos). De sorte qu'au mieux, il y ait un nietzschéisme bataillien, un nietzschéisme deleuzien, un nietzschéisme habermasien, un nietzschéisme onfrayien, un nietzschéisme astorien, un nietzschéisme rossetien, et autant de nietzschéismes qu'il y a de lecteurs attentifs de Nietzsche, tentant d'en (re)constituer l'inhérence via la présomption d'une cohérence structurelle.

C'était mon premier point. Ceci étant, on m'objectera qu'Onfray se pose en subjectiviste radical, de sorte qu'il puisse se permettre ce qu'il veut avec Nietzsche. Peut-être, mais j'estime cela un peu court.

Deuxième point : la dichotomie Apollon-Dionysos, chez Nietzsche, et dès l'Origine de la tragédie, se trouve dans une codynamique du tors ou de la tresse, voire du ruban de Mœbius. Si bien sûr chacun a une définition singulière, il n'en reste pas moins que - et tréfondamentalement dans la tragédie attique - leur binôme coopère en se complétant.
A la limite, en tant que "principes psychologiques incarnés dans les profondeurs de l'existence humaine et pas qu'humaine", Apollon pourrait correspondre au conscient, au Moi, à la raison - Dionysos à l'inconscient, au Soi, à la Grande Raison (le corps). Belle apparence et Un originaire, forme plastique solaire et ivresse kinésique occulte. C'est Apollon qui va informer, maîtriser, dompter Dionysos, qui pourtant rend Apollon nécessaire. Sans Apollon, c'est la folie ; sans Dionysos, c'est le néant.
De sorte que, Onfray établissant les parallèles Apollon-pulsion de mort-dessèchement de l'existence/Dionysos-pulsion de vie-enrichissement de l'existence, il y ait malversation. Pire : il y a moralisation totalement a-nietzschéenne, en ce qu'Apollon correspond alors à un mal absolu qui ne dit pas son nom, et Dionysos à un bien absolu qui ne le dit pas plus. Les deux, trop limpides dans leurs définitions, pour qu'ils appartiennent bien encore à une quelconque psychologie des profondeurs et, ce, quand bien même Onfray exalta les para-psychanalyses encontre Freud.

Il me semble en effet, qu'Onfray, post-soixante-huitard dans la démarche, corresponde assez bien à ce que Vincent Cespédès place sous mai-68, dans son Mai 68, la philosophie est dans la rue : à savoir un rejet des profondeurs, une assertivité de la surface pure seulement, d'un acabit éventuellement deleuzien, dans une sociologie du quotidien très lefebvrienne.
De là, nous avons perdu Nietzsche loin derrière nous ; Nietzsche qui, en nous exhortant avec Pindare à devenir qui nous sommes, ne nous a jamais dit de nous auto-sculpter, d'une façon finalement assez narcissique ("Il y a en nous un bloc de granit rétif à tout.").
Car on a dit d'Onfray que c'était un plumitif obsessionnel (névrosé) pour parler avec Freud, mais je trouve surtout qu'il ressemble à un névrosé narcissique, ayant besoin de ses livres pour se sentir exister, au mieux arrêté au stade du miroir lacanien - stade phallique de l'assertion. Diagnostic qui n'ôte rien à sa valeur médiatique, ni à sa cohérence systématique hédoniste-matérialiste-postanarchiste-moraliste. Et je dis bien moraliste, car enfin, Onfray condamne assez courtement (encore que les livres soient épais) Sartre ou Sade, tandis qu'il exalte de même Camus : à coup de décrets moralisateurs (cf. aussi, son Hegel versus Kierkegaard).
Bref : Onfray valorise un esthétisme, doublé d'un éventuel onirisme, confinant tout aussi bien à l'utopisme voire l'uchronisme.

En quoi, toutefois, il cherche à se positionner "nietzschéennement" en législateur, créateur de valeurs. Ce que je lui laisse, respecte et applaudis même chez lui. A ce point, on peut trouver qu'il correspond à l’Émile Zola de la philosophie (car Émile Zola pensait que sa parole valait pour décret) : il y a un naturalisme philosophique, oxymorique de l'esthétisme a priori, sinon qu'il s'agit bien, dans les deux cas, de s'arrêter au sensitif.

Mais bref : Onfray est un mauvais lecteur de Nietzsche, Nietzsche ni naturaliste ni esthétiste.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Dim 28 Fév 2016 - 14:38

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Anecdote personnelle :

En 1990, ça fait belle lurette que j'ai lu et relu la totalité de Nietzsche, notamment dans sa version brochée en papier gris de Gallimard, celle annotée par Colli et Montinari.

Le hasard et les affaires me conduisent un soir dans une chambre d'hôtel de Hamilton, en Ontario, au Canada. Je suis seul. J'allume la télé. Je tombe sur TV5. Bernard Pivot parle, de livres bien entendu. Parmi ceux qui sont présents à son émission, il y a un type que je n'ai jamais vu, ni lu, ni entendu. Il parle d'un livre qu'il vient de pondre. Il parle et il parle, et il parle encore.

Pas une seule fois il ne cite Nietzsche.

Et pourtant me vient à l'esprit une pensée surprenante, la chose mérite d'être bien mesurée : Ce type, qui parle et que j'écoute, c'est Nietzsche lui-même qui parle en personne !

À la fin de l'émission, la photo des livres montrés à la caméra par Pivot me montre le nom du type que je prends pour Nietzsche. Il s'appelle Michel Onfray.

Le lendemain, je me précipite à la librairie francophone de Toronto, la mégapole voisine. Je m'y procure le bouquin en question, je l'ouvre, et j'y découvre en exergue de chaque chapitre une citation de Nietzsche. Alors la veille je ne m'étais pas trompé, pour ainsi dire.

Par la suite, le jugement des autres sur la « nietzschéité » d'Onfray n'aura jamais de prise sur moi, car depuis cette époque, jamais ne n'ai vu ce type changer de cap dans ses écrits, ses pensées, ses paroles et ses actions, qui, nouvelle anecdote, confirmaient tout ce que j'avais déjà la prétention d'être et de devenir.

De devenir liberté, entre autres ...

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Dim 28 Fév 2016 - 14:42

Bref, c'est une anecdote sensitive contre une argumentation intellectuelle. Le débat est ouvert ...

Mais je rebondirai sur ta dernière phrase : qu'est-ce que la liberté nietzschéenne ?
Nietzsche, dans le Crépuscule des Idoles §38, a écrit:Mon idée de la liberté. — La valeur d’une chose réside parfois non dans ce qu’on gagne en l’obtenant, mais dans ce qu’on paye pour l’acquérir, — dans ce qu’elle coûte. Je cite un exemple. Les institutions libérales cessent d’être libérales aussitôt qu’elles sont acquises : il n’y a, dans la suite, rien de plus foncièrement nuisible à la liberté que les institutions libérales. On sait bien à quoi elles aboutissent : elles minent sourdement la volonté de puissance, elles sont le nivellement de la montagne et de la vallée érigé en morale, elles rendent petit, lâche et avide de plaisirs, — le triomphe des bêtes de troupeau les accompagne chaque fois. Libéralisme : autrement dit abêtissement par troupeaux… Les mêmes institutions, tant qu’il faut combattre pour elles, ont de tout autres conséquences ; elles favorisent alors, d’une façon puissante, le développement de la liberté. En y regardant de plus près on voit que c’est la guerre qui produit ces effets, la guerre pour les instincts libéraux, qui, en tant que guerre, laisse subsister les instincts anti-libéraux. Et la guerre élève à la liberté. Car, qu’est-ce que la liberté ? C’est avoir la volonté de répondre de soi. C’est maintenir les distances qui nous séparent. C’est être indifférent aux chagrins, aux duretés, aux privations, à la vie même. C’est être prêt à sacrifier les hommes à sa cause, sans faire exception de soi-même. Liberté signifie que les instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts, par exemple sur ceux du « bonheur ». L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être méprisable dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démocrates. L’homme libre est guerrier. — À quoi se mesure la liberté chez les individus comme chez les peuples ? À la résistance qu’il faut surmonter, à la peine qu’il en coûte pour arriver en haut. Le type le plus élevé de l’homme libre doit être cherché là, où constamment la plus forte résistance doit être vaincue : à cinq pas de la tyrannie, au seuil même du danger de la servitude. Cela est vrai physiologiquement si l’on entend par « tyrannie » des instincts terribles et impitoyables qui provoquent contre eux le maximum d’autorité et de discipline — le plus beau type en est Jules César ; — cela est vrai aussi politiquement, il n’y a qu’à parcourir l’histoire. Les peuples qui ont eu quelque valeur, qui ont gagné quelque valeur, ne l’ont jamais gagnée avec des institutions libérales : le grand péril fit d’eux quelque chose qui mérite le respect, ce péril qui seul nous apprend à connaître nos ressources, nos vertus, nos moyens de défense, notre esprit, — qui nous contraint à être fort… Premier principe : il faut avoir besoin d’être fort : autrement on ne le devient jamais. — Ces grandes écoles, véritables serres chaudes pour les hommes forts, pour la plus forte espèce d’hommes qu’il y ait jamais eue, les sociétés aristocratiques à la façon de Rome et de Venise, comprirent la liberté exactement dans le sens où j’entends ce mot : comme quelque chose qu’à la fois on a et on n’a pas, que l’on veut, que l’on conquiert…
Alors quoi.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Anormal le Dim 28 Fév 2016 - 15:06

Malcolm Cooper a écrit: [...]De sorte qu'au mieux, il y ait un nietzschéisme bataillien, un nietzschéisme deleuzien, un nietzschéisme habermasien, un nietzschéisme onfrayien, un nietzschéisme astorien, un nietzschéisme rossetien, et autant de nietzschéismes qu'il y a de lecteurs attentifs de Nietzsche, tentant d'en (re)constituer l'inhérence via la présomption d'une cohérence structurelle

Il y a deux auteurs dont je refuse, peut-être par coquetterie, de parler: c'est Nietzsche et Marx., parce que j'ai trop souvent constaté que, s'agissant de ces deux là, on ne parle jamais de la même chose quand on en parle.

Et vous le dites très bien: " à chacun son Nietzsche, puisqu'à chacun son Nietzschéisme". Or, dire " à chacun son nietzschéisme" signifie implicitement que le nietzschéisme n'existe pas...( ce qui ne se partage pas relève de "l'en-soi", c'est niaiserie que de prétendre le "partager")

En cela, dire : je suis nietzschéen, c'est dire: ta gueule, c'est moi, c' est "l'en-moi" qui parle!  *Clown*




..................................................................................................



Apollon ne poserait pas autant de problèmes à Nietzsche s'il ne se recoupait avec le christianisme ( platonisme à l'usage du peuple), or ce platonisme n'est efficient, dans ce sens, qu'avec le préalable socratique...



....................................................................................................



Onfray est dans le tambour d'une machine à laver, sur le programme "essorage".... Je ne peux ni le défendre, ni l'accabler, même si je l'aime bien.


Dernière édition par anormal le Dim 28 Fév 2016 - 16:28, édité 1 fois

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Dim 28 Fév 2016 - 16:23

Malcolm Cooper a écrit:Mais je rebondirai sur ta dernière phrase : qu'est-ce que la liberté nietzschéenne ?

La liberté nietzschéenne ?

Nietzsche la dit lui-même un jour avec une simplicité remarquable (je cite de mémoire) :

« N'est libre que celui qui fait ce qu'il veut les deux tiers de sa journée. »

.

Mes remarques sont tout aussi intellectuelles que n'importe quel développement de Montaigne ou Stendhal, qui, comme Nietzsche le disait lui-même de lui-même, n'ont jamais parlé que d'eux-même, comme parlent d'ailleurs d'eux-mêmes tous ceux qui se mettent à philosopher en essayant de passer aux yeux de leur propre honte comme de petites saintes nitouches innocentes de tout égotisme.

Si ces zèbres du génie littéraire et philosophique ne parlent que d'eux-mêmes, je ne vois pas ce qui m'empêcherait (ce qui nous empêcherait) de produire de belles phrases destinées grâce à leur beauté à plaire ou ne pas plaire aux autres, pourvu qu'elles plaisent à soi ...

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Dim 28 Fév 2016 - 18:05

Je te rejoins assez, Anormal.

Cher Ragnar II, oh eh bien, non, je n'ai jamais nié l'égotisme, dans lequel je me plais aussi ; mais le subjectivisme me semble un fléau ! et tu es bien plus subjectiviste qu'égotiste. De plus, ce que tu sujettes hélas, me paraît trop peu singulier, bien trop sociologique, pour que je puisse ne pas le trouver, simultanément, trop absolument objectiviste pour être vrai.
Au reste, tu opposes une minuscule et imprécise citation nietzschéenne concernant plus précisément le travail que la liberté (Nietzsche emploie plus certainement la notion d'oisiveté, à ce propos, d'ailleurs), et moins proche de la fin de Nietzsche que le paragraphe que je te soumets - qui concerne très précisément la liberté, - afin de dénégation. Bref : tu fais tout pour ne pas entrer dans le vif du sujet, péremptoirement.
Pire : tu es dans une auto-justification perpétuelle, comme à te sentir en danger de mort, de perte ou d'angoisse. Ce qui rejoins psychodynamiquement le besoin péremptoire d'absolu (égoïque ou scientifique) : ça rassure comme une bite d'amarrage.
Tant pis.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Hks le Dim 28 Fév 2016 - 18:39

MalcomC a écrit:Pire : tu es dans une auto-justification perpétuelle, comme à te sentir en danger de mort, de perte ou d'angoisse.

Ce qui va le fâcher... mais  ce n'est pas mal vu.

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Anormal le Dim 28 Fév 2016 - 18:55



Avant de l'accepter comme il est, et sans lui imposer quelque effort que ce soit, je n'ai pas manqué de lui faire remarquer son comportement de pervers narcissique ( on l'est tous plus ou moins) et son insistance à faire usage du triangle dramatique dans lequel il s'ingénie à vouloir prendre la place du saveur alors qu'il est, dans les faits, le bourreau, voire la victime.

Ch'taime bien RaganrII, parce que je sais que tu n'aimes pas ça et que je suis un peu sadique ❤ *Clown*

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Dim 28 Fév 2016 - 19:47

Tragiquement, j'ai eu trop à pâtir de ce genre de personnes pour ne pas les dézinguer rapidement aujourd'hui (le capitaine Crochet, par exemple). Elles commencent toujours par un toi je t'aime bien (en guise de bienvenue ici) trop vite familier pour être vrai ; "c'est la tacatacatique de l'anguiiilleuh" à défaut du gendarme - à moins qu'il ne s'agisse d'un gendarme du bâton de berger. Vous lui faîtes encore son jeu, à dire l'aimer et vous projeter dans ses éventuelles réactions, hélas. Et non, nous ne sommes pas tous des pervers, bien que nous ayons tous un narcissisme, même surdéveloppé parfois.

Maintenant, merci de reprendre le fil de cette discussion. Merci d'avance. Et je dirais qu'en somme, Onfray, névrosé narcissique à mon avis, était préposé à intéresser Ragnar II.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Hks le Dim 28 Fév 2016 - 23:39

Malcom a écrit:De sorte qu'au mieux, il y ait un nietzschéisme bataillien, un nietzschéisme deleuzien, un nietzschéisme habermasien, un nietzschéisme onfrayien, un nietzschéisme astorien, un nietzschéisme rossetien, et autant de nietzschéismes qu'il y a de lecteurs attentifs de Nietzsche, tentant d'en (re)constituer l'inhérence via la présomption d'une cohérence structurelle.

Tu scies la branche sur laquelle tu es posé.
Onfray n'est pas pire que les autres, il est  de le condition commune.
Alors pourquoi Onfray?

En fait, Nietzsche même n'était pas nietzschéen,

Et pourquoi Nietzsche s'il est lui même rétif à s'assumer?

Nietzsche interprétable d'autant de manières que l'on veut. Autant en rester là.

Ou alors se demander, d'abord, pourquoi ce philosophe est-il objet d'une telle dispersion.

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Dim 28 Fév 2016 - 23:59

Malcolm Cooper a écrit:Cher Ragnar II, oh eh bien, non, je n'ai jamais nié l'égotisme, dans lequel je me plais aussi ; mais le subjectivisme me semble un fléau ! et tu es bien plus subjectiviste qu'égotiste. De plus, ce que tu sujettes hélas, me paraît trop peu singulier, bien trop sociologique, pour que je puisse ne pas le trouver, simultanément, trop absolument objectiviste pour être vrai.
Au reste, tu opposes une minuscule et imprécise citation nietzschéenne concernant plus précisément le travail que la liberté (Nietzsche emploie plus certainement la notion d'oisiveté, à ce propos, d'ailleurs), et moins proche de la fin de Nietzsche que le paragraphe que je te soumets - qui concerne très précisément la liberté, - afin de dénégation. Bref : tu fais tout pour ne pas entrer dans le vif du sujet, péremptoirement.
Pire : tu es dans une auto-justification perpétuelle, comme à te sentir en danger de mort, de perte ou d'angoisse. Ce qui rejoins psychodynamiquement le besoin péremptoire d'absolu (égoïque ou scientifique) : ça rassure comme une bite d'amarrage.
Tant pis.

Ah mais tu as tout à fait raison, mon cher Malcolm, je suis tout à fait subjectiviste.

Mais à ce que je constate, la nouvelle ne t'es pas encore parvenue : tu es au moins aussi subjectiviste que moi, sinon plus.

Sauf que tu en as honte. Moi pas ...

Ton objectivité, c'est ta subjectivité habillée de guirlandes ...

---------

Mis à part ça ...

Un oui,
Un non.
Un but.

Nietzsche

--------

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Hks le Lun 29 Fév 2016 - 0:15

mais non Victor
tu es plutôt/parfois subjectif...
mais pas "subjectiviste".
non?

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Lun 29 Fév 2016 - 0:17

.

Comme tu veux ...

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Lun 29 Fév 2016 - 0:35

Malcolm Cooper a écrit:Tragiquement, j'ai eu trop à pâtir de ce genre de personnes pour ne pas les dézinguer rapidement aujourd'hui (le capitaine Crochet, par exemple). Elles commencent toujours par un toi je t'aime bien (en guise de bienvenue ici) trop vite familier pour être vrai ; "c'est la tacatacatique de l'anguiiilleuh" à défaut du gendarme - à moins qu'il ne s'agisse d'un gendarme du bâton de berger. Vous lui faîtes encore son jeu, à dire l'aimer et vous projeter dans ses éventuelles réactions, hélas. Et non, nous ne sommes pas tous des pervers, bien que nous ayons tous un narcissisme, même surdéveloppé parfois.

Maintenant, merci de reprendre le fil de cette discussion. Merci d'avance. Et je dirais qu'en somme, Onfray, névrosé narcissique à mon avis, était préposé à intéresser Ragnar II.

Tu te trompes. Je t'assure que malgré les apparences, je t'aime bien ...

Tu me les gonfles juste assez pour me permettre de faire comme je le dis ailleurs les exercices de rhétorique et de français me permettant d'entretenir mes circuits neuronaux suivant les principes bien établis par les neurosciences.

Ah, vois d'ailleurs que je t'aime vraiment bien, car puisque tu t'es présenté à tous, permets-moi de me présenter ici de nouveau, mais à ton attention toute personnelle, mon petit chat. Ensuite, tu t'amuseras à me dézinguer, mais en miaulant quand même un ti peu, si te plé ...


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« Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher. » Blaise Pascal (Pensées)


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Pour tout vous dire, mes amis, au plus profond de mon âme se niche à propos de la philosophie une déception générale dont je vais vous faire part avec votre permission.

Voilà :

S'il est une règle en philosophie, c'est bien celle-ci : une doctrine philosophique n'est jamais réfutée, mais remplacée par une autre, laquelle devient la nouvelle doctrine à la mode qui prend la place de l'ancienne diva. La façon dont les constellations philosophiques se succèdent, apparaissent et disparaissent, révèle l'état d'effondrement dans lequel se retrouve la philosophie placée devant la nécessité d'entretenir et d'administrer ses morts. La philosophie est devenue le mannequin vivant de ce qu'elle fut jadis, un grand musée où s'entassent de vieilles antiquités sur lesquelles se pratique en permanence la réanimation artificielle ! Une poupée Petrouchka qui reprend provisoirement vie à travers l'analyse et l'exégèse de ses textes sacrés que les « Amis des idées » utilisent pour entraîner les jeunes à se mouvoir dans le monde de la spéculation pure et des abstractions.

La science est susceptible de progrès (impossible, là, de retourner en arrière et de revenir à des théories déjà réfutées) alors qu'en philosophie il n'y a pas d'évolution, mais une succession de doctrines où, à chaque fois, un nouveau sauveur proclame la mort de la philosophie pour la faire renaître sous un nouveau déguisement qui cache derrière un langage et une phraséologie nouvelle de vieux réflexes et d'anciennes attitudes. Chacun n'a-t-il pas pour tâche, en digérant le matériau philosophique, de montrer l'unique voie possible en annonçant la restauration de la philosophie à partir du nouveau fondement qu'il affiche ? Chaque philosophe peut recommencer à zéro sans avoir à se soucier de ceux qui le précèdent (ses adversaires, ses devanciers) sinon à mettre tout de suite et prudemment hors jeu son rival le plus proche (Platon pour Aristote. Kant pour Hegel. Husserl pour Heidegger). Le salut de l'homme dépend du nouveau sauveur. À lui de dénoncer les erreurs séculaires à l'humanité son fondement instaurateur. Le sentiment que le système seul (le platonisme, l'aristotélisme, le cartésianisme, l'hégélianisme …) et lui seul détient la vérité et que tous les autres ont tort ne peut venir d'aucune vérification on infirmation extérieure puisque la philosophie se refuse par définition à tout contrôle empirique ou expérimental, contrairement aux sciences où, une fois pour toutes, le déchet s'élimine. Platon et Aristote peuvent côtoyer Marx et Hegel, Sartre et Heidegger, Jaspers et Bergson et ceux-ci ceux-là sans que l'ordre de ces rapprochements artificiels et arbitraires ne pose aucun problème.

Le brouet éclectique de la philosophie officielle ne peut mener le débutant qu'à l'égarement et à la confusion la plus complète : Il n'y a rien de plus triste qu'un jeune philosophe à la fois un peu cartésien et un peu hedeiggérien, un peu rationaliste et un peu lacanien, sincèrement structuraliste et plutôt antiscientiste, volontiers marxiste et très sensible aux charmes de l'idée de Dieu, tenté par l'incroyance, mais imprégné de théoscolastique. Et (par-dessus tout) définitivement opposé à toute forme d'éclectisme !

On fabrique couramment ce genre de monstre. C'est légal.

Mieux, c'est institutionnel !

La légitimation de la philosophie renvoie à elle-même dans un cercle sans fin qui passe par le retour et le recours à sa propre fondation. Ce qui donne de la valeur à un auteur, c'est de le citer, et une plus grande valeur encore, c'est de le citer souvent ! La banalité nivelante, l'indifférence philosophique où tout s'équivaut et tout s'échange forment les pages roses de l'académisme philosophique. Que l'auteur dise vrai ou faux, cela n'a pas d'importance; l'important n'est pas ce que l'auteur a dit, l'important, c'est ce qu'on peut lui faire dire pour transformer son langage philosophique en proposition révolutionnaire. Le fait de le convoquer, de toute façon, lui confère cette importance (les philosophes-thaumaturges connaissent les inépuisables vertus du discours oraculaire ou performatif : « Il l'a dit, donc c'est vrai »), l'acte de convocation devant être salué comme la marque du plus grand respect et de la plus grande admiration pour la pensée, même si les thèses sont discutables, dépassées ou totalement erronées !

Devant l'impossibilité pour la philosophie moderne de construire des systèmes ou des doctrines de style traditionnel comme ceux qui jalonnent la philosophia perennis, il ne lui reste plus qu'à faire appel au témoignage des anciens quand il s'agit de traiter d'une question dont la vérité lui échappe, vérité qu'on saura toujours trouver chez les grands auteurs et dans la cohabitation de leurs écrits historiques. Il y a les chefs de file, Platon, Aristote, Kant, Hegel, nous les connaissons déjà, il y a ensuite ceux qui traînent ou qui suivent les « modes » mais qui sont parfois tout aussi importants : Marc-Aurèle, Plotin, Spinoza, Leibniz, Fichte, Shoppenhauer, Husserl, Bergson, Jaspers, Sartre …

Curieusement, les sensualistes, les empiristes et les pragmatistes sont à peu près toujours absents des compilations, des manuels et des différentes « introductions » à la philosophie. Ce sont des pensées décidément trop vulgaires ! Trop peu éthérées ! Trop éloignées de l'Esprit et des sublimes élévations ! Mieux valent les « philosophies positives » de Jaspers, de Derrida, de Levinas, de Ricœur ou de Heidegger ! Mieux vaut placer les jeunes âmes à l'abri des tentations « matérialistes », « scientistes » ou « positivistes » et renvoyer plus sûrement à la Grande Tradition.

Citer les auteurs (la « citationnite » : maladie propre à l'académisme dont souffrent de nombreux mandarins), puiser ça et là sans tenir compte du contexte et des circonstances dans lesquelles elles ont été écrites, n'est-ce pas cela qui s'appelle du détournement ou de l'escroquerie ?

En lieu et place d'une lecture attentive, d'une lecture serrée (critique) des textes, on préfère mimer les auteurs, s'exalter devant des jeux de mots éminemment spirituels, pratiquer sur les œuvres une exégèse pieuse et hagiographique. Le mimétisme est un excipient en philosophie, perroqueter devient philosopher, ou poser la question, la sempiternelle question qui se transforme d'elle-même en savoir authentique (pour Heidegger, il s'agit d'un savoir « sur le mode du questionner » !). À travers ce verbalisme foncier et ces nombreux rabâchages raffinés et compliqués, c'est la philosophie institutionnalisée qui se révèle dans sa triste vérité : par leur chute dans l'irréalité, les alchimistes du Verbe qui administrent la philosophie n'administrent plus qu'un cadavre qui fonde l'authentique domaine de la philosophie !

Cette idéologie où les croyances s'affrontent dans la confusion des théories et l'arbitraire anecdotique des « dépassements », c'est l'histoire de la philosophie revêtue de sa ridicule robe d'apparat. La philosophie continue de s'accrocher au préjugé voulant que sans « point de vue philosophique », la science ne peut qu'errer ou se perdre, que les savants sont incapables de s'interroger sur les fondements de leurs sciences, préjugé qui est absolument faux.

Il est plutôt grave que l'académisme philosophique continue à véhiculer les mêmes mensonges sur la science afin de détourner le regard du travail scientifique véritable et, surtout, des avancements véritables de la science dont les progrès font pâlir les philosophes. Cette méfiance à l'égard des sciences cherche à maintenir l'illusion d'un lustre perdu, ce qu'on se garde bien cependant d'avouer : « La science est en crise » (Husserl), « La science ne pense pas » (Heidegger), « Les théories scientifiques perdent de vue l'homme véritable » (Jaspers), « La science est barbare » (Michel Henry).

Curieux retournement : ce sont les sciences qui sont en train d'organiser la faillite de la philosophie dont les systèmes ne sont plus qu'un sauve-qui-peut général devant ce qui menace les privilèges et les prérogatives des Socrates fonctionnaires ! Si la philosophie osait réellement donner la parole aux sciences, il ne resterait plus rien de son édifice théorique et de son vain bavardage.

La philosophie est le champ de bataille des problèmes non résolus, sa prétendue remise en question perpétuelle, ses présumés « dépassements » (coups d'État de la pensée) se résument à de vulgaires prises d'ambassade qui n'ont conduit tout au plus qu'à de bruyantes, mais inoffensives révolutions de palais.

Au regard des disciplines devenues conquérantes : l'histoire, la psychologie, la sociologie, l'ethnologie, depuis que les grands progrès de la connaissance sont accomplis par les technosciences, la philosophie ne sait plus que faire. À mesure que les sciences progressent, que les méditations ne cheminent plus infailliblement par « la classe de philosophie », les systèmes philosophiques s'effondrent à un rythme qui fait peur. Que reste-t-il de ces vaillants combattants dont le progrès de chacun a été de nier tous les autres ? Platon … Aristote … Descartes … Des figurines abstraites et démodées, des penseurs vénérables soumis à une tradition fabriquée qui est encore une habile façon de justifier, par bribes, un état de fait insupportable.

Toute cette tradition idéaliste et métaphysique qui forme et structure le corpus philosophique, l'Institution la relaie. La philosophie française n'est pas en reste, elle qui soutient grâce à l'académisme universitaire toute une tradition spiritualiste qui remonte à Maine de Biran, qui se développe à travers les philosophies idéalistes des Renouvier, Lachelier, Boutroux, Lalande avant de se terminer dans les élucubrations philosophico-oraculaires de Bergson (toujours le bienvenu) et de Teilhard (le jamais oublié) ! Quelle misère ! Plus on monte, plus le verbe se fait Roi : les élucubrations d'un Ricœur, d'un Derrida ou d'un Lacan sont des morceaux de bravoure dans le domaine de l'escalade métaphysique. Le discours creux et prétentieux passe pour plein philosophique, pour saisie de l'être, capture du concept, dévoilement de la vérité qu'aucun, bien sûr, n'a su approcher avant eux. Ce qui transfigure les choses en liturgie verbale a toujours eu du succès. Toute gigantomachie langagière profite à la philosophie.

Les Apôtres du Pli, de la Trace ou de la Déchirure, maîtres de la Différance (bien différent avec un « a ») et de la Ritournelle sont les héros, les Hérault des pauvres débutants, dévots heideggeriens, hégéliens, derridiens, deleuziens ou foucaldiens qu'ils abusent.

On enseigne aux apprentis philosophes à se mouvoir dans les Abstractions. La philosophie ne se fait plus action, elle n'est plus recherchée en vue d'une possible et incertaine sagesse, non, la philosophie maintenant s'écrit ainsi : Il ne s'agit pas d'énoncer un discours susceptible d'éclairer la situation des êtres vivants, mais de développer de façon autonome un certain univers de mots.

Il y avait la théologie, qui parlait de Dieu, l'ontologie, qui parlait de l'Être. Maintenant, de « logies » en « logies », on est parvenu à la logologie, qui est discours sur le discours. Le philosophe (ou ce qu'il en reste) n'est plus devant le monde, car celui-ci pourrait bien avoir disparu que le logologue ne s'en serait même pas aperçu. Il est devant un vocabulaire et une grammaire qu'il va remanier à sa guise, conformément à une esthétique de la désincarnation. On se prend à regretter Platon, Aristote et Descartes qui au moins faisait leur travail honnêtement. Devant ce pseudo-mysticisme et la fascination pour le vide de ces prétendus penseurs, même les premiers ne s'y reconnaîtraient pas !

Je sais que ce genre de critique de la philosophie ne peut qu'attirer lui-même la critique et l'inimitié des philosophes de la philosophie officielle. S'en prendre à la philosophie, cette grande Église laïque et hétéroclite, c'est s'attaquer à un objet de dévotion, à une Institution que, pour de nombreuses raisons (historique, sociales, politiques, idéologiques, matérielles), certains ont intérêt à préserver dans sa sainteté et son intouchabilité. Il n'est jamais prudent de s'attaquer à des structures et des modes de pensée profondément enracinés dans la culture et l'histoire et remettre en question un système que les dignes descendants de Socrate, sous couvert de défendre les valeurs, la démocratie et quoi encore, ont bien l'intention de défendre bec et ongles.

Pour ceux qui ont depuis longtemps constaté que le recours à la grande tradition conduisait à une impasse, il est possible d'y échapper. Il leur reste la pratique des métiers. On peut faire de la logique, de l'esthétique, de la morale, de l'histoire de l'art, de l'histoire des religions, de la psychologie, de la traductologie. Les grandes machines spéculatives sont remplacées par un travail beaucoup plus modeste qui a au moins le mérite de fuir le bavardage. Loin des ambitions totalisantes de la philosophie et délivré des efforts pour se maintenir à des hauteurs apocalyptiques, chacun peut s'aménager un petit coin tranquille qu'il pourra cultiver dans l'espoir d'y découvrir peut-être quelque vérité pratique, stratagème moins dangereux, mais somme toute peut-être plus utile aussi …

Ceux qui pratiquent ainsi leur métier sont de braves serviteurs de la philosophie. La philosophie est leur affaire, leur gagne-pain, même si la plupart d'entre eux, qui s'en sont souvent fort éloignés, n'ont de philosophique que le nom. Mieux vaut gagner sa vie à tourner sa broche, se disent-ils, qu'à jouer au pontife qui s'évertue à donner vie à un squelette de philosophie. Ce ne sont pas tous les philosophes qui ont la même facilité et le même talent pour administrer la pénurie ! Tout cela n'est pas dénué de sens et c'est en pleine conscience, c'est-à-dire en réaction à l'état général de déroute de la situation actuelle, qu'ont commencé les défections.

Les défections sont nombreuses et le choix se porte souvent sur les sciences humaines, psychologie, sociologie, droit, linguistique, traductologie, journalisme, qui aspirent les intellectuels blasés et fatigués d'une philosophie exsangue vers une vraie spécialité. Déçus par la pauvreté de la discipline, fatigués du pseudo socratisme, si ces gens ont quitté la philosophie, soyons-en rassurés, c'est dans l'intention de n'y plus revenir.

Il est tout à fait indéniable que la philosophie a eu à jouer un rôle positif au cours du passé, mais son pouvoir, qui faisait aussi son prestige, s'est volatilisé. Son refus à l'admettre est une tentative désespérée pour dissimuler sa condition. Le rôle historique de la philosophie semble achevé. Continuer à faire aujourd'hui de la philosophie comme si rien n'avait changé, ce n'est plus qu'une imposture. Une discipline qui est incapable de se renouveler et qui ne se perpétue qu'en glorifiant son passé et ses pères fondateurs est une discipline vouée à disparaître tôt ou tard, et plus tôt que tard !

Pourquoi les philosophes, si férus de théorie, si prompts par leur pensée et si avides d'esprit critique, ne s'interrogent-ils pas sur leur rôle ? Comment la philosophie a-t-elle pu être réduite à ce lamentable verbiage, à ce gaspillage de salive qui l'a dépouillée de sa mission fondatrice ?

La philosophie ne réside pas dans les barbarismes ou les langages abscons. Elle n'a pas à être hermétique, solipsiste ou psittaciste. La philosophie doit nous apprendre à vivre. Et à bien vivre. Elle doit viser l'édification et la construction de soi. Une fois que nous avons reconnu les égarements de la philosophie, pourquoi devrait-on respecter les erreurs qui lui sont congénitales ?

Il ne s'agit pas de renier ou de rejeter pêle-mêle toutes les philosophies, mais de se débarrasser au plus vite de toutes celles qui cèdent au platonisme, à l'idéalisme, à la métaphysique et aux délices de l'irrationalisme. Il y a tout un pan de la philosophie auquel on ne peut administrer aucun remède. La philosophie ne peut pas être remplacée par quelque chose, ou par plusieurs choses qui ressembleraient à la philosophie, mais par quelque chose ou par plusieurs choses qui prendront ou plutôt qui ont déjà pris et continueront de prendre d'autres formes, sous lesquelles il est impossible d'exiger a priori de reconnaître les caractéristiques de la forme ancienne.

C'est pourquoi l'idée de remède est encore une idée académique, car elle implique la conservation, pour l'essentiel, de ce à quoi il s'agirait de remédier. Or, je ne tiens pas à remédier aux insuffisances de la philosophie de Hurssel ou de Heidegger. Je tiens au contraire à ce que ces philosophies disparaissent le plus vite possible ! En un mot, une critique constructive n'est pas une critique tempérée d'éloges. C'est une critique qui rend impossible pour tout esprit soucieux de connaissance le retour de certaines erreurs. Je ne vois pas pourquoi on devrait « proposer » quelque chose « à la place » de ces erreurs.

La réalité n'attend pas après la philosophie pour répondre aux questions devant lesquelles les hommes de tout temps sont sommés de répondre et de réagir. Si la philosophie cesse, on peut supposer que les femmes et les hommes d'aujourd'hui vont continuer à réfléchir, à doute et à s'interroger, comme ils l'ont toujours fait avec ou sans philosophie.

Il ne s'agit donc pas de « sauver » la philosophie, ce qui supposerait que la philosophie puisse être « corrigée » ou « dépassée », mais peut-être de redonner la parole à d'autres philosophies, c'est-à-dire aux « parias » de la philosophie que la tradition (l'histoire de la philosophie) a niés en faisant le silence sur eux. Imaginons que les cinquante livres de Démocrite et les trois cents rouleaux d'Épicure aient été retrouvés ! Un effort véritable peut permettre de nous libérer de la tradition pour écrire aujourd'hui ces livres et ces rouleaux, à notre façon, bien sûr, qui est celle du 21e siècle !

Les Serviteurs de l'Idée, les Alchimistes du Verbe, les Structurologues et les Grammatologues, les Apôtres du Plis, de la Trace ou de la Différance, les Artisans du Je-ne-Sais-Quoi-et-du-Presque-Rien, ils sont en train d'organiser la faillite de la philosophie.
Devant la troublante image de sa décrépitude, il serait temps que les Socrate fonctionnaires se réveillent …


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Ils dormaient …

« Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J'ai touché de mon front la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !
Frères, je vous trompais : Abîme ! Abîme ! Abîme !
Le Dieu manquait à l'autel où je suis la victime …
Dieu n'est pas. Dieu n'est plus ».


Mais ils dormaient toujours ! …

Gérard de Nerval (Le Christ aux oliviers)


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Très cordialement,

Ragnar Lothbrok

(ex Victor Digiorgi)


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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Lun 29 Fév 2016 - 10:42

Cette discussion ne veut plus rien dire, son cours étant parti en live.
Ta dernière contribution, Ragnagnar, pourrait m'intéresser, mais j'y répondrai pour autant qu'un nouveau topic est créé avec le titre adéquat dans la zone adéquate.
Ici, nous traitons d'Onfray mauvais lecteur de NiIetzsche, nous ne faisons ni de règlements de comptes (mais que fait la police ?) ni de démarches phœnixiennes anti-philosophiques (anti-philosophie qui, comme chacun sait, est toujours de la philosophie).
Que chacun se le tienne pour dit, Nom d'Odieux !

PS: en cas de modération, ce message peut bien être supprimé, cela ne me dérange pas !
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Princeps le Lun 29 Fév 2016 - 10:45

(mais que fait la police ?)
Ici ? Le moins possible *Lol* . Libéralisme quand tu nous tiens !
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Lun 29 Fév 2016 - 10:47

Nom d'Odieux.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Philosophos le Lun 29 Fév 2016 - 11:06

Il ne fait pas mystère qu'Onfray se sert des philosophes plus qu'il ne les sert. Oui, il est un très mauvais lecteur de Nietzsche, qu'il manipule selon ses besoins, je l'ai souvent dit sur le forum. Mais Nietzsche a toujours été falsifié, même par sa propre soeur.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Ragnar II le Lun 29 Fév 2016 - 11:32

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C'est terrible, ça, les forums d'Internet. Ça laisse tant de place aux interventions intempestives, aux remarques impertinentes, aux digressions sans queue ni tête qu'on se demande vraiment comment ça se passait vraiment aux temps bénis de l'antiquité, sur les forums réels où se réunissaient des gens en chair et en os pour discuter d'on ne sait plus trop quoi chaque jour que les dieux aient faits.

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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

Message  Invité le Lun 29 Fév 2016 - 11:33

Donc, Philo, si j'entends bien :
1) Onfray est un tube digestif philosophique - ce qui rejoint le stade oral-narcissique freudien, pour les connaisseurs ;
2) Il est dans la destinée naturelle de Nietzsche que d'être malversé. Mektoub, yallah.
J'ai bon ?

Ragnagnar, tu es déconcertant de naïveté.
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Re: Onfray mauvais lecteur de Nietzsche

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