Socrate et la philosophie

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Socrate et la philosophie

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 14:10

Je peux comprendre que l'on prenne Socrate pour un chamane, dans cette mesure précise qu'il y a une "sorcellerie verbale" chez Socrate : du moins, si on lit Platon en littéraire : la maïeutique et l'elenchos sont des techniques conversationnelles assez subtiles, rusées, pleines d'esprit, ironiques voire sardoniques, et la dialectique est aussi une technique conversationnelle en quête de pouvoir dialogique - quand bien même il s'agirait du pouvoir d'une vérité jugée universelle : car l'universalité (le caractère de l'universel) assomme l'interlocuteur par trop particulier encore, et assène, donc, la/une vérité. Il y a bien là manigances, manœuvres et manipulations, au service de ce que nous avons convenu avec Platon, d'appeler le Bien, avec le Beau et le Vrai, puisqu'ils vont en trinôme. Bref : Socrate appert ainsi qu'un sorcier/un chamane, en effet, puisque ces magiciens usent eux-mêmes de subterfuges et autres techniques invocatoires verbales.

D'où suit que je comprenne bien qu'on ait pris Socrate pour un sophiste aussi, à enseigner sur la voie publique (latin in-signare, mettre en signe, donner une enseigne), et un sophiste-chamane, à chercher à transformer - disons - la cognition de ses interlocuteurs en la théorisant, c'est-à-dire en les provoquant logiquement, pour qu'ils théorisent leurs manières d'être, et réalisent toutes les limites de leur théorisation et de leur manque de théorie. Socrate mène l'assaut théoricien, en surprenant ses interlocuteurs au moment et dans le lieu où ils s'y attendent le moins, lui, démocrate de la philosophie. A ce titre, il subjugua, et c'est cette subjuguation que ses accusateurs ne pouvaient nerveusement pas endurer, parce qu'ils croyaient que Socrate opérait un travail de sape de leur autorité, alors qu'il s'en contre-fichait, et tout simplement la respectait, parce qu'il faut bien un ordre à la cité. Poisse au sein de laquelle, je ne sais trop pourquoi ni comment, ni avec quel degré d'auto-persuasion, il fallut que Socrate invoquât le dieu delphique, pour se justifier en se situant religieusement dans leur ordre des choses, pour bien signifier qu'il n'était pas un sectaire.

Néanmoins, par là, et comme on sentait bien que ses "théorismes" cherchaient trop la justesse pour qu'on croie bien à sa conformité (vertu de justice socratique, en laquelle se reconnut Nietzsche, alors même qu'il jugeait Socrate perfide), il réformait la cité. Car en moyenne ses pairs cherchaient moins cette justesse en vertu d'une justice intellectuelle, que l'installation et la perpétuation d'un savoir-être et -vivre grec. Mais la "science" socratique gênait, par trop de prises de conscience ou de recul, ou de distance intellectuelle, dans ce contexte. Il y avait en Socrate un potentiel de "révolution culturelle" en direction d'une culture scientifique, trop radical pour la cité. En quoi Platon fut probablement plus prudent, de se réserver à l'Académie, and so do Aristoteles avec le Lycée - bien qu'ils aient encore un désir d'institution transmissive, un désir d'école.

En somme, le démocratisme de Socrate le tua. Or on voit toujours à l’œuvre ces mécanismes de défense autoritaires, a-scientifiques, anti-philosophiques, anti-intellectualistes et anti-conscients dans notre société actuellement : la masse n'est pas faite pour la connaissance.

Au reste, la Grèce a bien inventé la philosophie, dans cette mesure exacte où elle mit la réflexion seule en exergue. Où l'homme seul, par sa puissance réflexive, doit comprendre son monde, lui, mesure de toutes choses (du sophiste Protagoras) au sens où il pense, où il pèse, où il est en allemand ein Mensch, un mens, un esprit qui pèse, qui pense. En quoi l'on voit bien qu'il y a un humanisme là, partagé par les sophistes comme par les philosophes. Mais cette querelle sophiste/philosophe date de la pédanterie de Platon, et il n'y a pas tant de quoi se gausser d'avoir dépassé les sophistes, si seulement ils se distinguent vraiment des philosophes au sens platonicien. Il faut là aufheben, si vous voulez bien me permettre cet hegelianisme, à mon sens que j'espère bon.
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Re: Socrate et la philosophie

Message  Ragnar II le Lun 29 Fév 2016 - 14:19

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En complément, mais sur le divin Platon, ce qui néanmoins touche nécessairement Socrate et sa pensée :

http://www.liberte-philosophie-forum.com/t624-le-divin-platon

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Re: Socrate et la philosophie

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 14:52

Je te lirai plus avant un autre jour, mais je pressentais bien qu'il y avait du Revel en toi. Je voulais t'en parler une autre fois. Mais enfin, là n'est pas la question sur ce sujet.
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Re: Socrate et la philosophie

Message  LibertéPhilo le Lun 29 Fév 2016 - 17:29

Malcolm Cooper a écrit:Au reste, la Grèce a bien inventé la philosophie, dans cette mesure exacte où elle mit la réflexion seule en exergue. Où l'homme seul, par sa puissance réflexive, doit comprendre son monde, lui, mesure de toutes choses (du sophiste Protagoras) au sens où il pense, où il pèse, où il est en allemand ein Mensch, un mens, un esprit qui pèse, qui pense. En quoi l'on voit bien qu'il y a un humanisme là, partagé par les sophistes comme par les philosophes.
L'humanisme, entendu comme pensée qui place l'homme au centre du monde, ne date pas des premiers σοφισταί, on la trouve déjà dans la mythologie où les monstres sont remplacés par des dieux à forme humaine. La philosophie n'est que la conséquence logique de ce changement apparu beaucoup plus tôt, dès l'époque crétoise. Un très long effort vers la représentation de l'homme par l'homme, qui fut renouvelé aux débuts de la Renaissance, quand les artistes italiens cherchèrent à se débarrasser du symbolisme chrétien. La comédie peut être vue comme l'ultime aboutissement de cet effort, quand l'homme ainsi mis à nu, en arrive à rire de lui-même. C'est cela qui constitue le "miracle grec", aucun peuple n'ayant accompli cet effort avec autant de constance sur une aussi longue durée. Einstein pouvait donc bien admirer l'intelligence exceptionnelle du peuple grec.

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Re: Socrate et la philosophie

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 18:25

Approfondissement qui m'a instruit, bien que je le trouve peut-être un peu capillotracté dans ses prémices.
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