Sur le conditionnement social

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Sur le conditionnement social

Message  Malcolm le Lun 29 Fév 2016 - 14:25

Si pourtant nous sommes très pilotés/maniés/manœuvrés ... "conditionnés" ... par notre socialisation initiale, il n'en reste pas moins à mon sens, qu'à un certain degré il s'agit d'abord et avant tout d'effets d'habituation très réversibles ou, disons, relativisables et modulables par la personne, et que cela dépend, en définitive surtout, d'une éducation à l'altérité culturelle (encore faut-il savoir qui l'on est culturellement d'abord, ce qui n'est plus bien le cas en Europe par exemple, car il faut d'abord "se sentir bien dans ses baskets" pour pouvoir envisager réellement l'autre comme autre, et non comme bête et/ou méchant exotisme). Et puis, je suppose qu'il est des natures plus "fébriles", je veux dire aux réflexes plus spontanément xénophobes ou ethnocentrés, par simple et naturelle réaction de défense individuelle.
En effet, puisque la culture est naturelle, et puisqu'il est naturel de faire preuve d'agressivité en guise d'autoprotection ou protection de groupe, un certain "protectionnisme" en matière de mœurs est naturel. Pour "être bien dans ses baskets" d'une part, mais aussi pour appréhender l'autre comme autre donc, et non comme bête et/ou méchant exotisme (soit : "l'autre est gentil par essence" ou "en-dehors de ses couleurs locales, l'autre est moi", soit : "je m'irrite de cette différence qui me demande un effort que mes conforts m'empêchent de faire" ou "je raille son inutile différence").
Mais donc, après cette digression sur "la gestion de la différence" - afin de démontrer que le réflexe antiraciste est trop juvénilement "idéaliste", - il me faut dire donc que je pose plutôt un conformement en effet, par éducation, socialisation et habituation, plutôt qu'un conditionnement, dans la mesure où ce dernier terme me semble par trop défaitiste en matière de dynamique d'augmentation relationnelle chez l'individu.

Cela dit, aussitôt, je dois dire que l'on sait de source sûre, que l'environnement linguistique forme le nourrisson à ne plus pouvoir articuler d'autres sons, en quoi je suis a priori en train de me contredire. Car, on peut extrapoler ces impossibilités à l'ensemble de l'être-au-monde, dans-le-monde et pour-le-monde. D'ailleurs, dans la mesure où Émile Durkheim parle de conscience collective pour un groupe, il faut en déduire qu'il y a des consciences collectives, qui par voie de conséquence ont les inconsciences idoines - on dit communément impensés voire impensables. "Inconsciences collectives" à ne pas confondre avec l'inconscient collectif en psychologie analytique, alors que pourtant cet inconscient-là subit un jour le reproche de justifier le racialisme voire le racisme nazi, en ce que son inventeur fut à la tête de l'organisation nationale de psychanalyse, dans l'Allemagne hitlérienne.
Reste qu'en effet, en dehors de tout racialisme ou ethnicisme, on pourrait soutenir des différentiations de type conditionnement, du fait de tous ces paramètres, à travers une exaltation universaliste d'une "anthropodiversité" très écologue voire écologiste dans l'âme, étendue à (aux) humanité(s) même.

Point de vue que j'entends, mais auquel je n'agrée pas.

Prenez cet exemple fictif, du film le 13ème guerrier, avec Antonio Banderas (issu d'un ouvrage de même nom, agréable à lire). Notre héros, lettré quasi-humaniste arabe, se retrouve catapulté en régions "barbares" (scandinaves). Il en apprend les normes culturelles, au point d'être accepté comme tel (ce que son statut donné par une coutume facilita, toutefois, sans parler de sa phronesis philosophique dans la démarche). Eh bien, cet homme, bien que fictif, projection d'un auteur occidental à l'égard de sociétés elles-mêmes occidentales (indo-européennes ... ), illustre assez bien la dynamique empathique que je soutiens.
Dynamique empathique qui, tout en comprenant les réactions agressives et les acceptant jusqu'à tant qu'elles ne franchissent pas la limite dudit protectionnisme (c'est la norme internationale actuelle, il n'y a que la France voire l'Europe pour s'illusionner à ce point en l'assimilant à du racisme, dans des réflexes idéologiques courants confinants à une charité néo-catholique laïque, athée voire irréligieuse, dans l'autoflagellation, la pénitence et la repentance historicistes), offre d'augmenter ses relations à l'autre sans phénomène de type déconditionnement pourtant.
En effet, ce n'est pas parce que je ne sais pas rouler les R, que cela va m'empêcher d'être entendu en Espagne ou en Arménie (il n'y a que les Français, encore aujourd'hui, pour avoir un rictus à l'ouïe d'une mauvaise prononciation de leur langue).

En fait, je dis tout cela en tant que j'ai travaillé dans le milieu de la didactique du français aux étrangers, comme enseignant. J'ai deviné sans langue ni culture communes, des personnalités de tous les continents, et tandis que lors de ma formation j'entrais progressivement dans ce recul à l'égard de ma propre identité culturelle, je réalisais d'expérience qu'il s'agissait plus d'us inhérents à l'inutilité de faire autrement, donc d'un conformement au fond humain, involontaire et nescient, plutôt que d'un conditionnement.

Si bien qu'à la fin, de façon très vite dit, je réduirais volontiers toutes ces questions à "des problématiques de QI et de QE", permettant plus ou moins facilement d'avoir une intelligence de l'autre et une empathie pour l'autre, impliquant fatalement de pouvoir l'imiter et, donc, de virtuellement se conformer à sa culture.

De sorte que je pense très sincèrement que l'assimilation à la culture française - ou autre, mais le débat politique est brûlant - n'a rien d'une violence, et que la France n'a pas besoin de s'ouvrir* aux quatre vents, aussi riches et intéressantes soient les cultures-sources des migrants, et sans pourtant nier que toute culture évolue progressivement. Mais enfin, pour ce qu'il reste de la culture française depuis la Seconde Guerre mondiale ... (le plan Marshall nous américanisa de longue date, "couleur locale" pour le coup) ...

_________________
* D'ailleurs, vous aurez remarqué que je n'ai jusque là pas parlé d'ouverture, mais d'augmentation relationnelle. L' "ouverture" est à mes yeux la rétorsion de celui qui s'oublie lui-même, à la fois à son détriment, et au détriment de la réelle altérité de l'autre.
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Malcolm
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