Des rétorsions modernes

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Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Dim 6 Mar 2016 - 17:45

C'est un fait très contemporain, disons d'après les fifties, que d'aménager la mémoire universelle à coup de jugements moraux et condamnations idoines, comme si la morale et les mœurs n'avaient pas d'Histoire, et que l'on pouvait haranguer et mettre au pilori certaines démarches qui n'ont plus leurs réalités pour les défendre. C'est, à la fois, pécher par manques de philologie (amour des textes, lus dans leur textualité judicieuse) et d'anthropologie (qui n'est autre qu'une contextualisation judicieuse). Si naturellement "tout le monde peut se tromper"* sur les textes et les contextes, il n'en reste pas moins que textualité et contextualité sont fatalement nécessaires, i.e. tout ce qui s'appelle humanisme.

Mais prenons un exemple : on condamne sans réserve l'esclavagisme noir d'après le Renaissance, depuis notre morale et nos mœurs irracistes contemporaines. Aussi, dans ce travail (latin tripalium, instrument de torture) bref, donc : dans cette mise à la torture de la mémoire ... on harangue et met au pilori la surreprésentativité de la mémoire juive (dite de la Shoah, selon les juifs en plus ... ) en condamnant l'injustice mnémonique (démoniaque ?) du manque de rappel concernant ledit esclavagisme noir.
Or, non seulement des rois noirs vendaient leurs esclaves aux esclavagistes blancs (ce que le tabou irraciste oublie/refoule), mais cela fait plus d'un siècle que l'Occident en est revenu, et de surcroît il est la première civilisation au monde a avoir aboli officiellement l'esclavage, ce qui est exemplaire. De plus, l'esclavagisme noir, pour autant qu'il nous dégoûte de ce qu'il permet à un Homme d'avoir l'ascendant absolu (godlike) sur un autre Homme, n'a strictement rien à voir avec l'abattage industriel d'Hommes tel qu'on l'a connu voilà 71 ans encore : le malheur est non seulement plus récent, mais il nous questionne tréfondamentalement sur nos bureaucratismes toujours actuels, bureaucratismes jamais mis en œuvre pour l'esclavagisme noir en dehors des gestions privées. Enfin, l'antisémitisme est toujours d'actualité avec le djihadisme, pas l'esclavagisme noir.
Bref : de là, mettant donc la mémoire à la torture, on attise de vieilles rancunes qui ne devraient normalement plus nous concerner - en les associant inconséquemment aux problématiques d'immigration - et l'on communautarise cordialement la société, au non de l'irracisme militant - ce qui s'appelle un double fist fucking.

Hélas, de ces militances, il y en a partout, et sur ce forum même**, de façon trop peu philosophique pour être fondée, par manques de philologie et d'anthropologie. Mais c'est la maladie de l'Occident, que de se culpabiliser lui-même incessamment, de s'auto-agresser ainsi suicidairement, alors que concrètement le commun n'a plus rien à foutre de la philosophie, et que - concernant les communautarismes - chacun n'aspire plus jamais, et contradictoirement, qu'à un confort de vie occidental. Regardez les Chinois à ce sujet***.

En somme, on est complètement déphasé dans l'ensemble, et l'on ne s'en prend jamais, par temps démocratiques droits-de-l'hommistes humanitaristes anti-souffrance, qu'à ce qui ne peut plus crier, parce que déjà mort, en en (re)faisant sans cesse, et nécrofestivement, des diabolisations et des épouvantails afin de mentir, s'illusionner sur le danger (dénégation), pour soulager sa conscience et lui refaire une virginité dans un mécanisme de remords bien connu des psychanalystes, et mécanisme de bouc-émissarisation que René Girard a bien décrit par ailleurs. Ceci, afin d'oublier (refouler) les violences réelles, suscitées par l'anthropocène****.

Bref, tout ce qui doit s'appeler : des rétorsions modernes (névroses quasi-psychotiques).

___________________
* "Après tout, qui sommes-nous pour juger ? et tant que tu me respectes je te respecte." *Lol*
** En invoquant Jean-François Revel sans l'avoir compris au sujet des rétorsions morales.
*** Qui tiennent le monde par les bourses d'ailleurs.
****
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Ragnar II le Lun 7 Mar 2016 - 13:33

.

Pour ne prendre que ce que tu dis sur l'esclavage noir, je regrette, mais tu n'es pas en possession de tous les éléments qui te permettraient d'avoir un point de vue complet, voire objectif sur la question.

Certes, ce sont des rois noirs qui on vendu des noirs à des commerçants noirs qui les ont vendu à des blancs venus s'approvisionner en « ressources humaines » (pour reprendre le terme du libéralisme actuel) comme le dit le volet historique construit aujourd'hui par les blancs, mais aussi par des noirs américains comme Christine Taubira.

Mais ce que les historiens blancs de l'Occident et les historiens noirs de l'Amérique oublient de dire par la force des choses, puisqu'ils ne le savent pas, c'est que le premier lieu de la lutte contre l'esclavage et de l'abolition de ce fléau n'est pas l'Occident ni l'Amérique, mais l'Afrique, où tout le temps qu'a duré le triangle atlantique de la traite des noirs, c'est produite et développée avec une efficacité non négligeable une lutte farouche organisée par une multitude d'intellectuels et de politiques africains de cette époque, avec de multiples péripéties et échecs et succès connus aujourd'hui des seuls historien noirs d'Afrique.

.

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Re: Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Lun 7 Mar 2016 - 13:44

Excellent apport, mais qui ne répond qu'à une illustration du sujet, afin d'étaler ta science. Mais excellent apport. Si tu veux creuser, nous pourrions ouvrir un topic, encore que la question me semble réglée, qui ne fait jamais qu'enrichir mon propos, de façon certes narcissique secondaire dans la démarche (modernement retorse, donc, par illusion/dénégation voire oubli/refoulement - en quoi je te remercie d'illustrer par-devers toi mon argumentation).
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Princeps le Lun 7 Mar 2016 - 13:58

Mais ce que les historiens blancs de l'Occident et les historiens noirs de l'Amérique oublient de dire par la force des choses, puisqu'ils ne le savent pas
:roll:
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Tichikarasu le Mar 25 Oct 2016 - 18:36

*Applause* *Applause* *Applause*
En plus d'approuver ce que tu dis, je salue la manière dont cela est fait. Je me garde de commenter pour le moment, mais ce poste en plus de signaler mon approbation au précédent, me servira de penser bête afin de revenir faire un tour ici pour partager sur cette notion importante Même si la conclusion à laquelle j'aboutirais sera aussi nihiliste que tu le décris.

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Re: Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Mar 1 Nov 2016 - 15:33

Annaïk Maury a écrit:

Un petit partage du livre que je suis en train de lire ainsi qu'un article exposant les propos.
Je prépare ma conférence sur ce thème....
"Les historiens américains ont étudié tous les aspects de l'esclavage des Africains par les Blancs, mais ont largement ignoré l'esclavage des Blancs par les Nord-Africains. Christian Slaves, Muslim Masters [ Esclaves chrétiens, maîtres musulmans ] est un récit soigneusement documenté et clairement écrit de ce que le Prof Davis nomme « l'autre esclavage », qui s'épanouit durant approximativement la même période que le trafic transatlantique, et qui dévasta des centaines de communautés côtières européennes. Dans la pensée des Blancs d'aujourd'hui, l'esclavage ne joue pas du tout le rôle central qu'il joue chez les Noirs, mais pas parce qu'il fut un problème de courte durée ou sans importance. L'histoire de l'esclavage méditerranéen est, en fait, aussi sombre que les descriptions les plus tendancieuses de l'esclavage américain.
Au XVIe siècle, les esclaves blancs razziés par les musulmans furent plus nombreux que les Africains déportés aux Amériques.

Un commerce en gros
La côte barbaresque, qui s'étend du Maroc à la Libye moderne, fut le foyer d'une industrie florissante de rapt d'êtres humains depuis 1500 jusqu'à 1800 environs. Les grandes capitales esclavagistes étaient Salé au Maroc, Tunis, Alger et Tripoli, et pendant la plus grande partie de cette période les marines européennes étaient trop faibles pour opposer plus qu'une résistance symbolique.
Le trafic transatlantique des Noirs était strictement commercial, mais pour les Arabes, les souvenirs des Croisades et la fureur d'avoir été expulsés d'Espagne en 1492 semblent avoir motivé une campagne de rapt de chrétiens, ressemblant presque à un djihad.
« Ce fut peut-être cet aiguillon de la vengeance, opposé aux marchandages affables de la place du marché, qui rendit les esclavagistes islamiques tellement plus agressifs et initialement (pourrait-on dire) plus prospères dans leur travail que leurs homologues chrétiens », écrit le Prof. Davis.
Pendant les XVIe et XVIIe siècles, plus d'esclaves furent emmenés vers le sud à travers la Méditerranée que vers l'ouest à travers l'Atlantique. Certains furent rendus à leurs familles contre une rançon, certains furent utilisés pour le travail forcé en Afrique du Nord, et les moins chanceux moururent à la tâche comme esclaves sur les galères.
Ce qui est le plus frappant concernant les raids esclavagistes barbaresques est leur ampleur et leur portée. Les pirates kidnappaient la plupart de leurs esclaves en interceptant des bateaux, mais ils organisaient aussi d'énormes assauts amphibies qui dépeuplèrent pratiquement des parties de la côte italienne. L'Italie était la cible la plus appréciée, en partie parce que la Sicile n'est qu'à 200 km de Tunis, mais aussi parce qu'elle n'avait pas de gouvernement central fort qui aurait pu résister à l'invasion.
De grands raids ne rencontraient souvent aucune résistance.
Quand les pirates mirent à sac Vieste dans le sud de l'Italie en 1554, par exemple, ils enlevèrent un total stupéfiant de 6.000 captifs. Les Algériens enlevèrent 7.000 esclaves dans la baie de Naples en 1544, un raid qui fit tellement chuter le prix des esclaves qu'on disait pouvoir « troquer un chrétien pour un oignon ».
L'Espagne aussi subit des attaques de grande ampleur. Après un raid sur Grenade en 1556 qui rapporta 4.000 hommes, femmes et enfants, on disait qu'il « pleuvait des chrétiens sur Alger ». Pour chaque grand raid de ce genre, il a dû y en avoir des douzaines de plus petits.
L'apparition d'une grande flotte pouvait faire fuir toute la population à l'intérieur des terres, vidant les régions côtières.
En 1566, un groupe de 6.000 Turcs et corsaires traversa l'Adriatique et débarqua à Fracaville. Les autorités ne purent rien faire, et recommandèrent l'évacuation complète, laissant aux Turcs le contrôle de plus de 1300 kilomètres carrés de villages abandonnés jusqu'à Serracapriola.
Quand les pirates apparaissaient, les gens fuyaient souvent la côte pour aller dans la ville la plus proche, mais le Prof. Davis explique que ce n'était pas toujours une bonne stratégie: « Plus d'une ville de taille moyenne, bondée de réfugiés, fut incapable de soutenir un assaut frontal par plusieurs centaines de corsaires, et le reis [ capitaine des corsaires ] qui aurait dû autrement chercher les esclaves par quelques douzaines à la fois le long des plages et dans les collines, pouvait trouver un millier ou plus de captifs opportunément rassemblés en un seul endroit pour être pris. »
Les pirates revenaient encore et encore pour piller le même territoire. En plus d'un bien plus grand nombre de petits raids, la côte calabraise subit les déprédations suivantes, de plus en plus graves, en moins de dix ans : 700 personnes capturées en un seul raid en 1636, un millier en 1639 et 4.000 en 1644.
Durant les XVIe et XVIIe siècles, les pirates installèrent des bases semi-permanentes sur les îles d'Ischia et de Procida, presque dans l'embouchure de la baie de Naples, d'où ils faisaient leur choix de trafic commercial.
Quand ils débarquaient sur le rivage, les corsaires musulmans ne manquaient pas de profaner les églises. Ils dérobaient souvent les cloches, pas seulement parce que le métal avait de la valeur, mais aussi pour réduire au silence la voix distinctive du christianisme.
Dans les petits raids plus fréquents, un petit nombre de bateaux opéraient furtivement, tombant sur les établissements côtiers au milieu de la nuit de manière à attraper les gens « paisibles et encore nus dans leur lit ». Cette pratique donna naissance à l'expression sicilienne moderne, pigliato dai turchi, « pris par les Turcs », ce qui veut dire être attrapé par surprise en étant endormi ou affolé.
La prédation constante faisait un nombre terrible de victimes.
Les femmes étaient plus faciles à attraper que les hommes, et les régions côtières pouvaient rapidement perdre toutes leurs femmes en âge d'avoir des enfants. Les pêcheurs avaient peur de sortir, où ne prenaient la mer qu'en convois. Finalement, les Italiens abandonnèrent une grande partie de leurs côtes. Comme l'explique le Prof. Davis, à la fin du XVIIe siècle « la péninsule italienne avait alors été la proie des corsaires barbaresques depuis deux siècles ou plus, et ses populations côtières s'étaient alors en grande partie retirées dans des villages fortifiés sur des collines ou dans des villes plus grandes comme Rimini, abandonnant des kilomètres de rivages autrefois peuplés aux vagabonds et aux flibustiers ».
C'est seulement vers 1700 que les Italiens purent empêcher les raids terrestres spectaculaires, bien que la piraterie sur les mers continua sans obstacle.
La piraterie conduisit l'Espagne et surtout l'Italie à se détourner de la mer et à perdre leurs traditions de commerce et de navigation, avec des effets dévastateurs : « Du moins pour l'Ibérie et l'Italie, le XVIIe siècle représenta une période sombre dont les sociétés espagnole et italienne émergèrent comme de simples ombres de ce qu'elles avaient été durant les époques dorées antérieures »
Certains pirates arabes étaient d'habiles navigateurs de haute mer, et terrorisèrent les chrétiens jusqu'à une distance de 1600 km. Un raid spectaculaire jusqu'en Islande en 1627 rapporta près de 400 captifs.
Nous pensons que l'Angleterre était une redoutable puissance maritime dès l'époque de Francis Drake, mais pendant tout le XVIIe siècle, les pirates arabes opérèrent librement dans les eaux britanniques, pénétrant même dans l'estuaire de la Tamise pour faire des prises et des raids sur les villes côtières. En seulement trois ans, de 1606 à 1609, la marine britannique reconnut avoir perdu pas moins de 466 navires marchands britanniques et écossais du fait des corsaires algériens. Au milieu des années 1600, les Britanniques se livraient à un actif trafic trans-atlantique de Noirs, mais beaucoup des équipages britanniques eux-mêmes devenaient la propriété des pirates arabes.
La vie sous le fouet.
Les attaques terrestres pouvaient être très fructueuses, mais elles étaient plus risquées que les prises en mer. Les navires étaient par conséquent la principale source d'esclaves blancs. À la différence de leurs victimes, les navires-corsaires avaient deux moyens de propulsion : les esclaves des galères en plus des voiles. Cela signifiait qu'ils pouvaient avancer à la rame vers un bateau encalminé et l'attaquer quand ils le voulaient. Ils portaient de nombreux drapeaux différents, donc quand ils naviguaient ils pouvaient arborer le pavillon qui avait le plus de chances de tromper une proie.
Un navire marchand de bonne taille pouvait porter environ 20 marins en assez bonne santé pour durer quelques années dans les galères, et les passagers étaient habituellement bons pour en tirer une rançon. Les nobles et les riches marchands étaient des prises attractives, de même que les Juifs, qui pouvaient généralement rapporter une forte rançon de la part de leurs coreligionnaires. Les hauts dignitaires du clergé étaient aussi précieux parce que le Vatican payait habituellement n'importe quel prix pour les tirer des mains des infidèles.
À l'approche des pirates, les passagers enlevaient souvent leurs beaux vêtements et tentaient de s'habiller aussi pauvrement que possible, dans l'espoir que leurs ravisseurs les rendraient à leur famille contre une rançon modeste. Cet effort était inutile si les pirates torturaient le capitaine pour avoir des informations sur les passagers. Il était aussi courant de faire déshabiller les hommes, à la fois pour rechercher des objets de valeur cousus dans leurs vêtements et pour voir si des Juifs circoncis ne s'étaient pas déguisés en chrétiens.
Si les pirates étaient à court d'esclaves pour les galères, ils pouvaient mettre certains de leurs captifs au travail immédiatement, mais les prisonniers étaient généralement mis dans la cale pour le voyage de retour. Ils étaient entassés, pouvant à peine bouger dans la saleté, la puanteur et la vermine, et beaucoup mouraient avant d'atteindre le port.
Dès l'arrivée en Afrique du Nord, c'était la tradition de faire défiler les chrétiens récemment capturés dans les rues, pour que les gens puissent se moquer d'eux et que les enfants puissent les couvrir d'ordures.
Au marché aux esclaves, les hommes étaient obligés de sautiller pour prouver qu'ils n'étaient pas boiteux, et les acheteurs voulaient souvent les faire mettre nus pour voir s'ils étaient en bonne santé. Cela permettait aussi d'évaluer la valeur sexuelle des hommes comme des femmes; les concubines blanches avaient une valeur élevée, et toutes les capitales esclavagistes avaient un réseau homosexuel florissant. Les acheteurs qui espéraient faire un profit rapide avec une forte rançon examinaient les lobes d'oreilles pour repérer des marques de piercing, ce qui était une indication de richesse. Il était aussi habituel de regarder les dents d'un captif pour voir s'il pourrait survivre à un dur régime d'esclave.
Le pacha ou souverain de la région recevait un certain pourcentage d'esclaves comme une forme d'impôt sur le revenu. Ceux-ci étaient presque toujours des hommes, et devenaient propriété du gouvernement plutôt que propriété privée. À la différence des esclaves privés, qui embarquaient habituellement avec leur maître, ils vivaient dans les bagnos ou « bains », ainsi que les magasins d'esclaves du pacha étaient appelés. Il était habituel de raser la tête et la barbe des esclaves publics comme une humiliation supplémentaire, dans une période où la tête et la pilosité faciale étaient une part importante de l'identité masculine.
La plupart de ces esclaves publics passaient le reste de leur vie comme esclaves sur les galères, et il est difficile d'imaginer une existence plus misérable. Les hommes étaient enchaînés trois, quatre ou cinq par aviron, leurs chevilles enchaînées ensemble aussi. Les rameurs ne quittaient jamais leur rame, et quand on les laissait dormir, ils dormaient sur leur banc. Les esclaves pouvaient se pousser les uns les autres pour se soulager dans une ouverture de la coque, mais ils étaient souvent trop épuisés ou découragés pour bouger, et se souillaient là où ils étaient assis. Ils n'avaient aucune protection contre le brûlant soleil méditerranéen, et leur maître écorchait leur dos déjà à vif avec l'instrument d'encouragement favori du conducteur d'esclaves, un pénis de bœuf allongé ou « nerf de bœuf ». Il n'y avait presque aucun espoir d'évasion ou de secours; le travail d'un esclave de galère était de se tuer à la tâche -- principalement dans des raids pour capturer encore plus de malheureux comme lui -- et son maître le jetait par-dessus bord au premier signe de maladie grave.
Quand la flotte pirate était au port, les esclaves de galères vivaient dans le bagno et faisaient tout le travail sale, dangereux ou épuisant que le pacha leur ordonnait de faire. C'était habituellement tailler et traîner des pierres, draguer le port, ou les ouvrages pénibles. Les esclaves se trouvant dans la flotte du Sultan turc n'avaient même pas ce choix. Ils étaient souvent en mer pendant des mois d'affilée, et restaient enchaînés à leurs rames même au port. Leurs bateaux étaient des prisons à vie.
D'autres esclaves sur la côte barbaresque avaient des travaux plus variés. Souvent ils faisaient du travail de propriétaire ou agricole du genre que nous associons à l'esclavage en Amérique, mais ceux qui avaient des compétences étaient souvent loués par leurs propriétaires. Certains maîtres relâchaient simplement leurs esclaves pendant la journée avec l'ordre de revenir avec une certaine quantité d'argent le soir sous peine d'être sévèrement battus. Les maîtres semblaient attendre un bénéfice d'environ 20% sur le prix d'achat. Quoi qu'ils fissent, à Tunis et à Tripoli, les esclaves portaient habituellement un anneau de fer autour d'une cheville, et étaient chargés d'une chaîne pesant 11 ou 14 kg.
Certains maîtres mettaient leurs esclaves blancs au travail dans des fermes loin à l'intérieur des terres, où ils affrontaient encore un autre péril : la capture et un nouvel esclavage par des raids de Berbères. Ces infortunés ne verraient probablement plus jamais un autre Européen pendant le reste de leur courte vie.
Le Prof. Davis remarque qu'il n'y avait aucun obstacle à la cruauté : « Il n'y avait pas de force équivalente pour protéger l'esclave de la violence de son maître : pas de lois locales contre la cruauté, pas d'opinion publique bienveillante, et rarement de pression efficace de la part des États étrangers ».
Les esclaves blancs n'étaient pas seulement des marchandises, ils étaient des infidèles, et méritaient toutes les souffrances qu'un maître leur infligeait.
Le Prof. Davis note que « tous les esclaves qui vécurent dans les bagnos et qui survécurent pour écrire leurs expériences soulignèrent la cruauté et la violence endémiques pratiquées ici ». La punition favorite était la bastonnade, par laquelle un homme était mis sur le dos et ses chevilles attachées et suspendu par la taille pour être battu longuement sur la plante des pieds. Un esclave pouvait recevoir jusqu'à 150 ou 200 coups, qui pouvaient le laisser estropié. La violence systématique transformait beaucoup d'hommes en automates.
Les esclaves chrétiens étaient souvent si abondants et si bon marché qu'il n'y avait aucun intérêt à s'en occuper; beaucoup de propriétaires les faisaient travailler jusqu'à la mort et achetaient des remplaçants.
Les esclaves publics contribuaient aussi à un fonds pour entretenir les prêtres du bagno. C'était une époque très religieuse, et même dans les plus horribles conditions, les hommes voulaient avoir une chance de se confesser et, plus important, de recevoir l'extrême-onction. Il y avait presque toujours un prêtre captif ou deux dans le bagno, mais pour qu'il reste disponible pour ses devoirs religieux, les autres esclaves devaient contribuer et racheter son temps au pacha. Certains esclaves de galères n'avaient donc plus rien pour acheter de la nourriture ou des vêtements, bien que durant certaines périodes des Européens libres vivant dans les villes barbaresques contribuaient aux frais d'entretien des prêtres des bagnos.
Pour quelques-uns, l'esclavage devenait plus que supportable. Certains métiers, en particulier celui de constructeur de navire, étaient si recherchés qu'un propriétaire pouvait récompenser son esclave avec une villa privée et des maîtresses. Même quelques résidents du bagno réussirent à exploiter l'hypocrisie de la société islamique et à améliorer leur condition. La loi interdisait strictement aux musulmans de faire le commerce de l'alcool, mais était plus indulgente avec les musulmans qui le consommaient seulement. Des esclaves entreprenants établirent des tavernes dans les bagnos et certains eurent la belle vie en servant les buveurs musulmans.
Une manière d'alléger le poids de l'esclavage était de « prendre le turban » et de se convertir à l'islam. Cela exemptait un homme du service dans les galères, des ouvrages pénibles, et de quelques autres brimades indignes d'un fils du Prophète, mais ne le faisait pas sortir de la condition d'esclave. L'un des travaux des prêtres des bagnos était d'empêcher les hommes désespérés de se convertir, mais la plupart des esclaves semblent ne pas avoir eu besoin de conseil religieux. Les chrétiens pensaient que la conversion mettrait leur âme en danger, et elle signifiait aussi le déplaisant rituel de la circoncision adulte. Beaucoup d'esclaves semblent avoir enduré les horreurs de l'esclavage en les considérant comme une punition pour leurs péchés et comme une épreuve pour leur foi. Les maîtres décourageaient les conversions parce qu'elles limitaient le recours aux mauvais traitements et abaissaient la valeur de revente d'un esclave.
Rançon et rachat des esclaves blanc
Pour les esclaves, l'évasion était impossible. Ils étaient trop loin de chez eux, étaient souvent enchaînés, et pouvaient être immédiatement identifiés par leurs traits européens. Le seul espoir était la rançon.
Parfois, la chance venait rapidement. Si un groupe de pirates avait déjà capturé tant d'hommes qu'il n'avait plus assez d'espace sous le pont, il pouvait faire un raid sur une ville et ensuite revenir quelques jours plus tard pour revendre les captifs à leurs familles. C'était généralement à un prix bien plus faible que celui du rançonnement de quelqu'un à partir de l'Afrique du Nord, mais c'était encore bien plus que des paysans pouvaient se le permettre. Les fermiers n'avaient généralement pas d'argent liquide, et pas de biens à part la maison et la terre. Un marchand était généralement prêt à les acquérir pour un prix modique, mais cela signifiait qu'un captif revenait dans une famille qui était complètement ruinée.
La plupart des esclaves ne rachetaient leur retour qu'après être passés par l'épreuve du passage en pays barbaresque et de la vente à un spéculateur. Les riches captifs pouvaient généralement trouver une rançon suffisante, mais la plupart des esclaves ne le pouvaient pas. Les paysans illettrés ne pouvaient pas écrire à la maison et même s'ils le faisaient, il n'y avait pas d'argent pour une rançon.
La majorité des esclaves dépendait donc de l'œuvre charitable des Trinitaires (fondé en Italie en 1193) et de celle des Mercedariens (fondé en Espagne en 1203). Ceux-ci étaient des ordres religieux établis pour libérer les Croisés détenus par les musulmans, mais ils transférèrent bientôt leur œuvre au rachat des esclaves détenus par les Barbaresques, collectant de l'argent spécifiquement dans ce but. Souvent ils plaçaient des boîtes à serrure devant les églises avec l'inscription « Pour la récupération des pauvres esclaves », et le clergé appelait les riches chrétiens à laisser de l'argent dans leurs vœux de rédemption. Les deux ordres devinrent des négociateurs habiles, et réussissaient habituellement à racheter les esclaves à des meilleurs prix que ceux obtenus par des libérateurs inexpérimentés. Cependant, il n'y avait jamais assez d'argent pour libérer beaucoup de captifs, et le Prof. Davis estime que pas plus de 3 ou 4% des esclaves étaient rançonnés en une seule année. Cela signifie que la plupart laissèrent leurs os dans les tombes chrétiennes sans marque en dehors des murs des villes.
Les ordres religieux conservaient des comptes précis de leurs succès. Les Trinitaires espagnols, par exemple, menèrent 72 expéditions de rachats dans les années 1600, comptant en moyenne 220 libérations chacune. Il était habituel de ramener les esclaves libérés chez eux et de les faire marcher dans les rues des villes dans de grandes célébrations. Ces défilés devinrent l'un des spectacles urbains les plus caractéristiques de l'époque, et avaient une forte orientation religieuse. Parfois les esclaves marchaient dans leurs vieux haillons d'esclaves pour souligner les tourments qu'ils avaient subis; parfois ils portaient des costumes blancs spéciaux pour symboliser la renaissance. D'après les archives de l'époque, beaucoup d'esclaves libérés ne se rétablissaient jamais complètement après leurs épreuves, particulièrement s'ils avaient passé beaucoup d'années en captivité.
Combien d'esclaves ?
Le Prof. Davis remarque que des recherches énormes ont été faites pour évaluer aussi exactement que possible le nombre de Noirs emmenés à travers l'Atlantique, mais qu'il n'y a pas eu d'effort semblable pour connaître l'ampleur de l'esclavage en Méditerranée. Il n'est pas facile d'obtenir un compte fiable. les Arabes eux-mêmes ne conservaient généralement pas d'archives. Mais au cours de dix années de recherches le Prof Davis a développé une méthode d'estimation.
Par exemple, les archives suggèrent que de 1580 à 1680 il y a eu une moyenne de quelque 35.000 esclaves en pays barbaresque. Il y avait une perte régulière du fait des morts et des rachats, donc si la population restait constante, le taux de capture de nouveaux esclaves par les pirates devait égaler le taux d'usure. Il y a de bonnes bases pour estimer les taux de décès. Par exemple, on sait que sur les près de 400 Islandais capturés en 1627, il ne restait que 70 survivants huit ans plus tard. En plus de la malnutrition, de la surpopulation, de l'excès de travail et des punitions brutales, les esclaves subissaient des épidémies de peste, qui éliminaient généralement 20 ou 30% des esclaves blancs.
Par un certain nombre de sources, le Prof Davis estime donc que le taux de décès était d'environ 20% par an. Les esclaves n'avaient pas accès aux femmes, donc le remplacement se faisait exclusivement par des captures.
Sa conclusion : Entre 1530 et 1780, il y eut presque certainement un million et peut-être bien jusqu'à un million et un quart de chrétiens européens blancs asservis par les musulmans de la côte barbaresque.
Cela dépasse considérablement le chiffre généralement accepté de 800.000 Africains transportés dans les colonies d'Amérique du Nord et, plus tard, dans les États-Unis.
Les puissances européennes furent incapables de mettre fin à ce trafic.
Le Prof. Davis explique qu'à la fin des années 1700, elles contrôlaient mieux ce commerce, mais qu'il y eut une reprise de l'esclavage des Blancs pendant le chaos des guerres napoléoniennes.
La navigation américaine ne fut pas exempte non plus de la prédation. C'est seulement en 1815, après deux guerres contre eux, que les marins américains furent débarrassés des pirates barbaresques. Ces guerres furent des opérations importantes pour la jeune république; une campagne est rappelée par les paroles « vers les rivages de Tripoli » dans l'hymne de la marine.
Quand les Français prirent Alger en 1830, il y avait encore 120 esclaves blancs dans le bagno."



Par ailleurs, voir : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t334p50-que-signifie-le-succes-d-eric-zemmour#28804

***

S'il y en a bien un qui ne se laisse pas retordre, et je suis sérieux quand je dis cela, c'est bien le pape François 1er : http://fr.aleteia.org/2015/11/16/pape-francois-lidentite-chretienne-nest-pas-a-vendre/#_gus&_gucid=AleteiaFR&_gup=twitter&_gsc=w8cvDR

Il y a une forme d'esprit libre là-dedans, d'intégrité ouverte, de recueil accueillant, quand bien même la reconnaissance s'opère en Christ. C'est très sain(t).


Dernière édition par Malcolm le Sam 18 Fév 2017 - 17:22, édité 1 fois
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De la condescendance historique

Message  Kal' le Mar 10 Jan 2017 - 1:08

Si je devais nommer la plaie des historiens, des amateurs d'Histoire et plus largement des badauds qui tentent l'Histoire, et qui m'est insupportable, ce serait bien la condescendance historique.

Avez-vous remarqué, lorsque vous discutez d'Histoire avec de braves gens, à quel point, souvent inconsciemment et naïvement, ces personnes considèrent nos aïeux comme des rustres ? Comment ils regardent d'un œil méprisant les « fous » et les « dégénérés » du passé, comme d'obscurs imbéciles, et que les hommes avisés de notre époque contemporaine si spéciale surpassent en tout point ?

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue a écrit:« Autrefois tout le monde était fou, » — disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.

Ces personnes, barbouillées d'un irénisme progressiste des plus niais, rejettent généralement la responsabilité de l'incommodité des époques précédentes sur la religion – c'est le cas de figure le plus courant. Ces gens pensent, dans le meilleur des cas, que ce serait les institutions religieuses qui auraient plongé l'humanité dans le marasme de la bêtise et de la barbarie – méprise héritée des Lumières.

Dans d'autre situation, plus commune dans le milieu des historiens, on ne peut s'empêcher d'observer le passé avec une insolente pitié : « que ces époques devaient être difficiles ! Ces peuples étaient si malheureux ». Ce constat erroné provient principalement de la mauvaise habitude qu'ont les amateurs d'Histoire à se rétroprojeter, de s'imaginer à la place des pauvres paysans de la campagne durant un hiver rude.

Pour régler ce problème, je me permets deux précisions : premièrement, les hommes du passé n'avaient aucun moyen de comparer leur qualité de vie ou leur malheur avec nous, aujourd'hui ; ils ne pouvaient donc pas comparativement développer une conscience plus aiguë de leur souffrance ; deuxièmement, même de nos jours, allez demander à un Pakistanais dans son taudis s'il est malheureux – ne pouvant pas prendre conscience de ce qu'il rate, le « confort occidental », la réponse sera très probablement négative.

Sur la religion, on oublie trop vite la vertu anesthésiante du fanatisme. Dans ce sens, Karl Marx avait raison lorsqu'il disait que la religion était un opium pour le peuple – c'est pour cela qu'il a voulu la remplacer par un autre genre d'opiacé : l'idéologie systémique.

Le devoir de l'historien probe serait de ne pas émettre une empathie excessive, d'être atteint de sentimentalisme, à l'égard des époques antécédentes. Cioran disait très justement :

Cioran, De l'inconvénient d'être né a écrit:Avec le recul, plus rien n'est bon, ni mauvais. L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle. 

J'ajoute sur la consubstantialité des hommes, et l'impossibilité du progrès éthologique dans l'Histoire :

Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation a écrit:Mais, en fait, à des moments particulièrement favorables, vient-on à saisir d’un coup d’œil purement objectif les actions et les menées des hommes dans la réalité, alors s’impose à nous la conviction intuitive que non seulement au sens des idées (platoniciennes) notre conduite ne cesse jamais d’être et de demeurer la même, mais encore que la génération présente, dans sa véritable essence, est complètement et substantiellement identique à celle qui l’a précédée dans l’existence.

---

Je notifie que le comportement que j'ai exposé tient plus des amateurs d'Histoire, que des historiens eux-mêmes, qui sont généralement objectifs.


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La Singularité technologique, c'est nous

Message  Malcolm le Sam 18 Fév 2017 - 17:21

Connaissez-vous ce néo-mythe ou cette légende urbaine, dit de la singularité technologique ? ...
Son idée est la suivante : dans cette possibilité pour l'humanité sophistiquée (atlantique ... ), de mettre au point une IA douée de conscience (*???*), cette IA pourrait être dotée de pouvoirs tels qu'elle aurait, par exemple, un sens de la justice extrême, sans parler de tout l'armada militaro-industriel, etc.
A partir de quoi, cette IA pourrait être rétrospectivement motivée par le fait de se prendre pour Dieu, à vouloir te punir n'importe qui, n'importe quand dans l'Histoire, méritant donc une punition, rapport à son sens de la justice extrême. Et, dotée de moyens de clonages, etc. elle pourrait très bien "vous recréer" pour "vous infliger les châtiments qui s'imposent", etc.

Évidemment, ce néo-mythe/légende urbaine, est débile : d'abord, si seulement une telle IA vengeresse advenait, elle ne saurait nous recréer "nous-mêmes en personne", mais bien créer des clones uniquement, eux, malheureux, quand bien même éventuellement dotés de mémoires implantées pour ceux ayant vécus assez longtemps pour l'avoir numérisée dans ce futur délirant. Donc bon : on ne punira pas Hitler de torture quand on aura torturé son clone recréé, même avec tous ses souvenirs ...
... honnêtement, je ne sais pas qui a véhiculé ce truc de singularité technologique (une recherche sur le net devrait très vite vous aider), mais c'est juste débile de la prendre au sérieux.

Le fait est pourtant qu'il y a bien des débiles pour la prendre au sérieux. Mais, si on peut donc la prendre au sérieux serait-ce une seconde, c'est donc qu'il y a dans l'air du temps, quelque chose qui permet d'y croire une seconde. Or, ce quelque chose, il s'est manifesté tout récemment en la personne de Macron, qualifiant la colonisation de crime contre l'humanité.
En effet, comment un processus s'étalant sur 5 siècles depuis la Renaissance, donc antérieur à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, saurait-il faire jurisprudence de façon post-datée ? ... La DUDH existait-elle "de toute éternité" ainsi que le Christ auprès de son Père Créateur ? ...

Tout ce chronocentrisme ridiculise tant l'espèce humaine que je ne veux plus m'y reconnaître.
La seule singularité technologique qui soit, c'est nous, et rien d'autre, serait-ce une IA à venir.
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Kal' le Sam 18 Fév 2017 - 17:25

Oui, j'en ai entendu parler. Je ne me rappelle par contre plus du nom de ce mythe qui provenait d'une revue ou d'un forum, un truc dans le genre. Des gens ont prouvé par je ne sais plus quel moyen que c'était hautement improbable.


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Re: Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Sam 18 Fév 2017 - 17:30

Non mais c'est débile, et que tu te sentes en demeure de (te) rassurer en disant encore que "c'est prouvé que c'est hautement improbable", participe de cette débilité. Sinon en l'occurrence, il s'agit surtout de mépriser cette tendance contemporaine à juger un autre temps au nom du temps présent, débilement. Chronocentrisme.
Au sujet de la période qui nous intéresse là (les 5 derniers siècles) : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1406-relativisme-religieux-a-la-renaissance

Au fond, on n'a jamais affaire qu'à des esprits de pesanteurs et de vengeance, de la part des "bien, bons, justes" (Zarathoustra). Mais si les "bien, bons, justes" nourrissent de tels esprits, il est évident que je démissionne tout de suite du "bien, bon, juste".
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Kal' le Sam 18 Fév 2017 - 17:32

Eh, j'ai juste dit que des gens avaient qualifié cette histoire de "hautement improbable". Ce truc ne m'empêche pas de dormir, je l'avais même complètement oublié.


Dernière édition par Kalos le Mer 2 Aoû 2017 - 17:15, édité 1 fois
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Mer 2 Aoû 2017 - 15:28

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Une Histoire de Statues

Message  Kal' le Ven 8 Sep 2017 - 1:38

Après que l'honorable maire De Blasio, de la Nouvelle-Amsterdam, a décidé cela... Il me vient à l'esprit ceci :

Nietzsche proclamait : « Souviens-toi d'oublier ». Que n'ont donc fait les Américains ?

Eh bien...

Plutôt que de bien vouloir oublier le mauvais - et non pas le mal - tout court de leur Histoire, ils ont préféré - dans ce qu'il y a de plus éclatant exemple de cercle vicieux - se remémorer d'oublier sans réserve leur Histoire. Plus simplement : ils ont jeté le bébé avec l'eau du bain. Encore plus et toujours davantage, quand je disais cercle vicieux : ils se remémorent de se souvenir d'oublier, pour se souvenir d'oublier ce qu'ils ont remémoré.

Seulement, c'est le serpent qui se mord la queue.

Ils - les Américains - ne se posent pas la question, en fait, de savoir quoi oublier, puisqu'ils le savent déjà : c'est le mauvais. Le mauvais. Mais qu'est-ce que ce mauvais ? Le ressentiment des anciens, en peu de mots. Et c'est sur l'autel du ressentiment renouvelé, qu'ils sacrifient le ressentiment des anciens. Mais ce n'est pas tout. Non, pas tout. Car il faut connaître ce qu'il y a de mauvais dans un passé pour le condamner. Il faut l'entretenir comme on entretien une bûche dans la cheminée. Et comme ils prétendent vouloir oublier leur Histoire - pour l'amour de l'anhistoricité culturellement neutre...

C'est une montagne russe, un cirque, un manège, une balançoire collective, un jeu tournant. Le délire, quoi.

Reprenons : (1) ils - les Américains - se remémorent de se souvenir d'oublier.  *Lol*  (2) Ils - les Américains, les Yankees - sacrifient un vieux ressentiment pour en renouveler un autre dans le sang frais de l'ancien.  *Lol*  *Lol*  (3) Ils - les Gringos, les Américains - voulant effacer au plus fort acide caustique et en frottant l'éponge jusqu'à s'égratigner les doigts de la main l'Histoire, ne font que se rappeler qu'il faut matière à faire disparaître, et qu'en conséquence ils s'épuisent accessoirement - en se rappelant donc par ce fait qu'il faut justement de la matière à effacer.  *Lol*  *Lol*  *Lol*

Tis the star-spangled banner! Oh long may it wave
O'er the land of the free and the home of the brave.


Dernière édition par Kalos le Sam 9 Sep 2017 - 2:14, édité 1 fois
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Re: Des rétorsions modernes

Message  Avis' le Ven 8 Sep 2017 - 6:51

Sans compter que :
Ceux qui "militent" pour effacer du paysage les symboles de la découverte de l'Amérique, devraient en toute logique commencer par s'effacer eux-mêmes, puisque sans Christophe Colomb, qui était très certainement un fils de pute comme tant d'autres, ils ne vivraient pas sur le sol américain, mais peut-être bien dans la misère la plus noire ou dans une Europe qu'ils détesteraient tout autant.
Et donc ils devraient également effacer du sol américain tout ce qui n'est pas issu des "peuples premiers", tout ce qui n'est pas "primo-américain" c'est à dire toute l'Amérique.
Ce qui est un projet fou. Dément. Dont même Kim Jong Il, un dément notoire, n'ose pas rêver.
J'adorerais discuter quelques minutes avec l'un de ces "destructeurs de l'Amérique" pour me faire une idée de ce en quoi consiste sa frustration. Encore que j'en aie bien une idée générale...
"Souviens-toi d'oublier", en effet. Ou plutôt "Assume ce que tu voudrais oublier". Ne te lave pas plus blanc, à écorcher vive la peau d'autrui. Ne cherche pas à te sentir meilleur de la détestation des autres, ou de l'ancienne pitié, que soudain tu réveilles, et que le temps avait endormie, puisqu'on ne peut vivre que d'apitoiements. Car ce faisant, c'est ta propre imposture que tu fais éclater au jour, ta propre noirceur et ta fourberie. Ton besoin pulsionnel d'affliger le monde entier de tes propres insuffisances. Et donc règle les comptes de ta tartuferie avec toi-même. Ne rejette pas, même sur un autrui symbolique de la tragédie qu'est l'homme, ta propre tragédie rabougrie à toi-même, qui n'es rien, qu'une minuscule flammèche, une escarbille de l'enfer humain. Va mourir plus loin, petit homme, ça vaudra mieux pour tout le monde.

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Re: Des rétorsions modernes

Message  Malcolm le Ven 8 Sep 2017 - 11:13

A mettre au compte des Rétorsions modernes et autres condescendances historiques - ce que je viens de faire - car c'est tout comme.
Néanmoins Kalos, tu y introduis cet élément précieux :
ils prétendent vouloir oublier leur Histoire - pour l'amour de l'anhistoricité culturellement neutre...
C'est-à-dire inculturelle, tout comme il y a post-historicité arendtienne quand on prétend pouvoir supprimer les préjugés en politique, finalement créateur d'une culture nihiliste - d'une culture anti-culturelle, tout comme Rousseau est pour une civilisation inculturelle. D'une culture qui se mord la queue, qui s'agite la verge, qui se mâche le gland, qui pratique l'autofellation - pour autant que c'est possible.

Avis' a très bien compris cela : ils veulent s'annuler eux-mêmes, c'est guedin ! *Ptdr* Soit donc l'illogisme élevé au rang de doctrine. De quoi donner raison à un certain Jordan Peterson ! *Applause*

Au fond, Peterson ou pas, ce sont des irrationalistes - des jaloux profond, des jalousistes ... ! - quand même je ne suis pas rationaliste, mais dérationaliste *Héhéhey* Et nos militants offrent de beaux exemples de déraison ! *Coeur*
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Re: Des rétorsions modernes

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