I. Berlin - L'Homme du Nord, atelier lecture

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I. Berlin - L'Homme du Nord, atelier lecture

Message  Princeps le Mer 16 Mar 2016 - 10:24

Je propose, en guise d'introduction, quelques lignes sur Berlin et une rapide contextualisation sur Hamann.
Le débat peut naturellement s'engager sur ce qui est dit, ou (justement) ce que j'ai omnis.
Il me semble important de bien comprendre dans quoi s'inscrit le bouquin que nous sommes en train de lire (ou peu s'en faut).



J’ai souhaité proposé à la lecture cet ouvrage pour avoir l’opportunité de découvrir deux auteurs peu connu : Berlin et Hamann. S’ajoute que la critique du rationalisme politique me semble être, de plus en plus, la philosophie politique de demain (cf. Oakeshott, autrement plus consistent que Hamann) – autant, donc, se renseigner sur les prémices. La préface à l’édition anglaise est assez nette ; Hamann est aux yeux de Berlin, la source de l’irrationalisme moderne.
Berlin donne également une brillante leçon de « penser contre soi-même ».
Il n’est pas sans intérêt de rappeler la vive réaction allemande vis-à-vis du rationalisme hérité de 1789, avec Jacobi notamment critiquant la recherche d’une méthode fixe pour être gouvernée par la seule raison (je cite de mémoire). Chacun aura compris que l’empirisme de Jacobi m’apparaît comme un irrationalisme qui ne dit pas son nom – ce qui fait consensus. Une politique fondée sur les lois pures de la raison, et non sur les faits, voilà qui finira par choquer l’enthousiaste public allemand.
Sans en faire « le père » spirituel, je laisse à Berlin ce qui est à Berlin,  on peut parler d’un terreau allemand fertile.

L’occasion est trop belle : c’est ce débat qui a parasité la compréhension de Fichte, en accouchant de cette horreur qu’est la théorie des « 2 politiques de Fichte », dominées tantôt par le Contrat Social et la DDHC, tantôt par « l’hyper-empirisme machiavélien » (*).

Pour bien comprendre Hamann, il faut avoir en tête que, pour lui, tout est révélation, tout est créé par Dieu, dont la compréhension des desseins ne nous ait pas permise. Il abhorre la raison, et reste sans concession.

(*)Hyper-réalisme qui influence aujourd’hui encore notre compréhension du florentin, j’en tiens pour preuve l’adjectif « machiavélique », et qui me semble être contestable. Je renvoie à la lecture de Machiavel et autres écrits.
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Re: I. Berlin - L'Homme du Nord, atelier lecture

Message  Malcolm le Jeu 17 Mar 2016 - 0:46

Tout d'abord, Princeps, tu me vois au regret de ne pas avoir pu/su me procurer l'Isaiah Berlin aspecté jusque là. Néanmoins, tel que tu présentes les choses, je pressens comme une critique des Lumières par la pensée hermétique-ésotériste, dont je suis familier via Jung et la connaissance du tarot de Marseille et de l'astrologie, symbologiquement parlant - ayant fréquenté des madames Irma herbeuses et pas qu'herbeuses (un peu trop à mon goût d'ailleurs, mais passons). Toutes les problématiques du divin mystérique et gnostique me sont familières. Or, j'ai eu la chance de pouvoir parcourir une exposition dans un musée d'art moderne, concernant précisément les ombres des Lumières, appelons-les les Ombres tout court, qui révélait à quel point le triomphalisme progressisant est associé à l'expansion de l'occultisme, jusque nos jours où les rayons de développement personnel, d'ésotérisme et de psychologie ordinaire pullulent dans nos librairies, et auxquels je m'intéresse à titre de curiosité psychosociologique - philosophique de cette philosophie en vogue, actuellement, en ce qu'on dise communément que chacun a sa philosophie de la vie, par quoi je suppose que chaque espace-temps a sa philosophie de la vie, aussi, ce qu'Hegel aurait nommé un Zeitgeist et Heidegger une métaphysique.

Or, à ce point, si je puis me permettre, mais je me permets, je dirai que :
1° la rationalité n'est pas la raison, mais un système de raisonnements issus de raisons individuelles consensualisées (common sense) ;
2° qu'en tant que sens commun, la rationalité sert processuellement de "bon sens" pour un groupe donné ;
3° qu'en tant que "bon sens" opposé à un "mauvais sens", la rationalité a ses aveuglements autant que ses règlements, parce qu'elle a ses règlements ;
4° aveugles, inconscients dans la conscience collective, impensés dans la pensée ambiante, ces règlements irrationalisent la rationalité-même, en ce qu'elle n'est pas raisonnable d'un vrai bon sens hors sens commun, i.e. un bon escient ;
5° que le "bon sens" commun juge d'un bien et d'un mal en soi, d'un permis et d'un interdit, d'un atout et d'un tabou même techniques ;
6° que le bon escient n'est bon que si la processualité est indépendante du "bon sens" commun, pouvant certes en être apprécié, mais pouvant tout autant en être méprisée (de plus ou moins bonne foi, d'ailleurs, mais toujours de mauvais gré - réglementairement) ;
7° que le bon escient, donc, doit régulièrement paraître irrationnel aux yeux de la rationalité, rationalité qui, comme on l'a dit, sécrète son irrationalité ;
En quoi, 8° je qualifierai le rationalisme - non pas d'irrationnel - mais de dérationnel, en ce que, strictement rationnel, il suscite ses ratés comme un dératé ;
Enfin, 9° je qualifierai l'esprit humain de dérationnel, parce qu'il déraille toujours de ses trop bonnes raisons, l'erreur comme errance advient toujours sans effort de bon escient ;
D'où, 10° qu'il faut aussi processuer irrationnellement dans l'existence, pour la mener à bon escient.
Par quoi, 11° les Lumières devaient avoir leurs Ombres, elles, trop rationnelles pour être vraies, ce qui serait dire que le progressisme est purement vrai. Non.

Il survint tout un théâtre de la cruauté (Antonin Artaud), de la distanciation (Bertolt Brecht) et de l'absurde (Ionseco, Camus) dans la première moitiés du XXème siècle, pour mettre en scène les dérèglements des règlements rationalistes de cette rationalité Lumineuse confinant à l'illuminisme, par quoi on peut comprendre le ressort psychodynamique qui conduit les complotistes à s'imaginer que les Illuminati marionnettisent le monde, opposant paradoxalement leur irrationnelle rationalité (paranoïa ordinaire) à la rationnelle irrationalité technocapitaliste humanitariste (autisme ordinaire).

Au reste, l'adjectif machiavélique est effectivement contestable, et contesté en ce qu'on lui préfère machiavélien pour dédiaboliser le Florentin, qui propose bel et bien un bon escient "dérationnel" en politique, si l'on me concède ce concept paronomastique. De plus, je crois que tu n'as pas tort, en disant à ta façon que le "dérationalisme" mériterait de retrouver sa place à l'avenir, car il permettrait de s'extirper du subtotalitarisme (Hannah Arendt) - subtotalitarisme bureaucratique d'autorité rationnelle (Max Weber) dans cette société bureaucratique à consommation dirigée (Henri Lefebvre) - société auxquelles même les Lumières n'avaient pas songé, elles qui aspiraient massivement à un despote éclairé par la séparation des pouvoir, type autocratie constitutionnelle.

A la fin, on peut critiquer formellement le théisme de Hamann, pour ce qu'il a de simili-superstitieux, mais ... on ne peut pas en critiquer la valeur psychodynamique "dérationaliste". Après tout, toute dynamique a son arkhè, pourvu qu'elle offre une processualité satisfaisante (satisfaction subjective de l'être-là~).
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Re: I. Berlin - L'Homme du Nord, atelier lecture

Message  Princeps le Jeu 17 Mar 2016 - 0:55

Pour Berlin, je peux te l'envoyer par mail - sous format photo. Le bouquin étant assez court je peux faire l'effort. Il suffira de le "faire tourner" aux autres, si besoin.
Du reste, ce que je dis doit pouvoir se trouver dans des notices solides sur le bouquin. je conseille la consultation des sites Cairn et Persée pour trouver des articles critiques. L'EHESS a récemment fait un séminaire sur Berlin, si quelqu'un sait ou trouver la chose...

Sur Machiavel, je souligne l'article du Mag'. Je préfère attendre d'ouvrir un sujet dédié pour en discuter plus en avant.

Enfin, 9° je qualifierais l'esprit humain de dérationnel, parce qu'il déraille toujours de ses trop bonnes raisons
Tout est bien sortant des mains de son créateur dit Rousseau.
A la fin, on peut critiquer formellement le théisme de Hamann, pour ce qu'il a de simili-superstitieux
Ce qui est intéressant se sont les critiques formulées sur la "modernité" justement.

En réalité, je pensais que le passage sur Fichte serait plus "polémique". *Lol*
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Re: I. Berlin - L'Homme du Nord, atelier lecture

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