La frayeur épicurienne

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La frayeur épicurienne

Message  Malcolm le Jeu 17 Mar 2016 - 12:14

Je pense qu'il faut avoir foncièrement peur de soi, peur des mouvements de son âme et de la vie, pour souhaiter l'ataraxie et l'apathie épicurienned, au fin fond d'un jardin.
Je pense que le philosophe du jardin était animé par une profonde frayeur à l'égard de l'existence, à devoir neutraliser la mort en disant qu'elle est une non-expérience (vivant, on ne la connaît autrement que par assistance ; mort, on ne le connaît pas logiquement).
Je pense toujours, que le philosophe du jardin devait être pris par une forme numineuse de terreur religieuse, à dire que les dieux sont d'une indifférence sublime quant à la destinée, et être pris d'un vertige proto-pascalien, à la considération atomiste-démocritéenne de la réalité du réel, tourbillon sablonneux nous glissant des mains.
Par quoi donc, je pense qu'il ne lui restait logiquement plus que l'ataraxie et l'apathie eudémoniques au fond du jardin, entre-soi amical, existence archipélique, insulaire, de part le wild wild wolrd antique, essentiellement politique, donc engageant publiquement, de cette publicité qui confronte aux Foules apparentées à la horde et à l'Autre paternal, respectivement sauvage et tyrannique, au plan psychique.
Par les foules on se noie épicuriennement, par l'autre on se fait épicuriennement hara-kiri.
Aussi bien, et quand bien même l'épicurisme a cette valeur philosophique de dire que nous ne sommes rien de par rien, par quoi il faut ne désirer rien que les riens primordiaux, modestement, je vois en outre que l'épicurien n'aura rien d'autre, parce qu'on a rien sans rien.
Bien sûr, c'est qu'il ne souhaite rien d'autre.
Mais ce refus du souhaiter autre, proto-schopenhaurien dans la Volonté, constitue son espèce de sainte sagesse ou sage sainteté, aspiration cordiale au vivre-ensemble, proto-actuelle politiquement dans sa tentative de vie commune, vita bona sans but supérieur, relativement incivile, civile de l'intimité permettant l'extimité douce, incivile de la publicité permettant le courage, car aspirant à la magie mélancolique de l'exclusion volontaire de toute motivation transformatrice.
Bref : l'épicurisme est une sagesse d'effrayé, probablement par le Père archaïque surtout, et par la horde.
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Message  Prince' le Jeu 17 Mar 2016 - 12:41

J'ai le sentiment inverse - même si je suis davantage stoïcien.
Certes, l'absence de trouble semble rimer avec absence d'action (i.e. de vie) : ainsi, on s'épargne des peines et des déceptions (i.e. des troubles).
Mais c'est ne voir qu'une face de la pièce. L'ataraxie n'a de sens que parce qu'elle situe l'action de l'individu à sa juste place ; on ne peut pas tout contrôler, ce qui ne veut pas dire qu'on ne maitrise rien.
Machiavel parle du Prince comme de celui qui sait anticiper les caprices de la Fortuna, c'est cela êtrevirtuoso.
In fine, l'ataraxie nous conduit à nous resituer (humblement) dans le monde, et à agir en fonction de nos buts - ce qui peut être un message émancipateur fort. Une fois la juste mesure de nos actions prise, on parvient plus facilement à l'ataraxie, on s'épargne des troubles inutiles.

essentiellement politique,
Le monde antique n'est pas que politique, c'est tout le sens du terme "otium" (que l'on ne devrait pas traduire par "loisir").

Nb :  j'ai le sentiment de ne pas parvenir à la clarté.
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Malcolm le Jeu 17 Mar 2016 - 14:29

A mon avis, tu ne parviendrais pas à la clarté parce qu'initialement tes principes seraient flous.

J'admets que l'ataraxie replace la pratique dans une justesse, c'est justement le sens de la modestie dont je parlais : modestia, voie du milieu. Mais cette justesse, elle se cantonne au jardin quand elle épicurise, elle a peu trait à l'action, voire l'activation. Au contraire, l'épicurisme désactive plusieurs items, et tu sembles alors le confondre avec la justesse stoïcienne, qui elle ne se prive pas d'agir.
Donc, effectivement, nous sommes dans l'otium, mais si tu veux, Épicure invente l'otium-loisir (d'où sa récupération onfrayienne, par exemple, et plus généralement sa bénédiction actuelle), encore qu'il l'applique à philosopher comme suprématie morale (praxéologie). Car il échappe à la polis, de cette polis (je l'ai nommée civilité) qui est un otium - otium citoyen, - dont il se prive définitivement au fond du jardin, contrairement par exemple à un Platon qui royalise le philosophe, ou bien aux stoïciens qui l'universalisent dans toutes les strates.

L'oisiveté épicurienne se retirait politiquement, tandis que l'oisiveté généralement antique s'étirait politiquement.
A la fin, et pour revenir à mon psychanalytisme épicurien, il n'ôte évidemment rien aux efficientes paisibilité, praticabilité et moralité de l'épicurisme, naturellement. Je dis juste que l'épicurien se terre, quand les autres antiques s'éthèrent - pour le dire poétiquement.

Donc méfie-toi : don't be confused, within antique policy and modern politics.
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Prince' le Jeu 17 Mar 2016 - 14:56

J'admets que l'ataraxie replace la pratique dans une justesse, c'est justement le sens de la modestie dont je parlais : modestia, voie du milieu. Mais cette justesse, précisément, se cantonne au jardin quand elle épicurise, elle a peu trait à l'action, voire l'activation. Au contraire, l'épicurisme désactive plusieurs items, et tu sembles alors le confondre avec la justesse stoïcienne, qui elle ne se prive pas d'agir.
J’ai précisé être plutôt stoïcien. Difficile de se refaire, à mon corps défendant.
L'oisiveté épicurienne se retirait politiquement, tandis que l'oisiveté généralement antique s'étirait politiquement.
Qu’est-ce que tu entends pas « s’étire » ? La valeur politique de l’otium est restreinte aux écrits de Cicéron, c’est l’otium cum dignitate.
Donc bref, méfie-toi : don't be confused, within antique policy and modern politics.
Je suis revenu de P. Veyne *Lol*
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Malcolm le Jeu 17 Mar 2016 - 15:43

Princeps a écrit:J’ai précisé être plutôt stoïcien. Difficile de se refaire, à mon corps défendant.
Bien sûr ; non seulement on se refait par étapes, mais en plus nos affinités nous conditionnent toujours. RAS.
Princeps a écrit:Qu’est-ce que tu entends pas « s’étire » ? La valeur politique de l’otium est restreinte aux écrits de Cicéron, c’est l’otium cum dignitate.
Je ne savais pas pour les écrits de Cicéron, merci, mais néanmoins cela n'atteint pas le cœur de mon propos : la vita otiosa est vie polisique, vie citoyenne, vie publique, dans l'Antiquité greco-romaine. Aussi bien, l'otium politique occupe l'espace public ("s'étire" dans l'espace public). D'où suit que l'otium épicurien s'en retire, par crainte inconsciente de la horde soumise au père archaïque - ce que j'ai nommé sa frayeur.
Princeps a écrit:Je suis revenu de P. Veyne *Lol*
Je ne connaissais pas avant là, et maintenant en dehors de Wikipedia. Que voulais-tu dire par là ? :)
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Prince' le Jeu 17 Mar 2016 - 15:54

Je ne savais pas pour les écrits de Cicéron, merci, mais néanmoins cela n'atteint pas le cœur de mon propos : la vita otiosa est vie polisique, vie citoyenne, vie publique, dans l'Antiquité greco-romaine. Aussi bien, l'otium politique occupe l'espace public ("s'étire" dans l'espace public). D'où suit que l'otium épicurien s'en retire, par crainte inconsciente de la horde soumise au père archaïque - ce que j'ai nommé sa frayeur.

L’otium n’a de sens qu’en latin (Philo pourra peut-être donner un équivalent en grec, je n’en vois pas sur le moment). C’est, justement, tout ce qui n’est pas politique, ce qui n’est pas rien/l’oisiveté, mais le commerce par exemple (cf. Atticus par exemple), ou les études. Cicéron parle d’un « otium cum dignitate », c'est-à-dire d’un otium utile à la vie civique.
D’où mon incompréhension de la formule « otium politique ».

La littérature sur cette formule cicéronienne doit pouvoir remplir une bibliothèque *Lol* . Je ferai un petit quelque chose, patience.

Que voulais-tu dire par là ?
Sa leçon inaugurale au Collège de France s'intitulait "L'inventaire des différences" . Je ne réussi pas à remettre la main sur le texte, c'est dommage il est intéressant.
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Malcolm le Jeu 17 Mar 2016 - 16:09

Ah d'accord. Eh bien, l'otium cicéronien ("otium politique" dans mes termes) n'est pas l'otium épicurien ("loisir" dans tes termes - certes employé philosophiquement), à ce qu'il semble.
Parviendrais-tu dans l'immédiat, à préciser en quoi l'Inventaire des différences concerne policy & politics ?
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Prince' le Jeu 17 Mar 2016 - 16:20

Parviendrais-tu dans l'immédiat, à préciser en quoi l'Inventaire des différences concerne policy & politics ?
On observe des invariances (l'aristocratie en est une, pour reprendre R. Syme). On ne peut pas faire de calque, mais l'inventaire me semble, à certains égards, trop conséquent. Le texte doit pouvoir se trouver, le CdF ne fait pas de rétention d'information.

Nb : le texte intégrale est dispo' sur Scribd, en lecture seule, pour le .pdf il faut payer.
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Re: La frayeur épicurienne

Message  Malcolm le Ven 28 Oct 2016 - 15:31

Thanx. :*Soldat ewok*:


EDIT: il va de soi que ce que je dis là pour le scepticisme http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1111-l-orphelinat-sceptique#28600 vaut ici. En effet, comme adepte de telle école, on ne saurait normalement y trouver que "sa voix" selon les tempéraments, indépendamment de tout psychanalytisme. Quand bien même il y aurait un fond judicieux dans tout ce que j'ai jamais dit psychanalytiquement, comme je l'ai toujours répété, la psychanalyse n'est jamais un contre-argument intellectuel.
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