On dit "esprit libre"

Aller en bas

On dit "esprit libre"

Message  Malcolm le Dim 27 Mar 2016 - 19:40

On dit "esprit libre", mais qu'est-ce que cela signifie donc, épistémologiquement, i.e. au plan épistémique, de l'épistémè, de l'architecture des valeurs, i.e. morellement, voire moralement ? Ou bien, si l'on préfère, en Histoire des idées, des mentalités, des philosophies, voire en philosophie de l'Histoire, et encore en philosophie historique, et même en historicisme ? ... Je reconnais ne pas être en mesure de répondre à toutes les dimensions du problème. Mais, comme d'habitude, je vais y répondre en commençant par la lexicologie :

Esprit, latin spiritus, indo-européen *(s)peis, pour souffle. L'esprit, c'est du vent ! ... ou bien, plus posément, c'est de la respiration, évoquant aussitôt les techniques de méditation respiratoire orientales, et plus trivialement Néo dans Matrix, en posture d'artiste martial, prenant une bonne bouffée d'air avant de s'élancer sur les programmes-agents matriciels (une bonne bouffée numérique !). "Respire, calme-toi, zen, relax, détends-toi, cool, peace, come down, i' a pas l'feu au lac, sérénité." Nos imageries sont pourries par l'individuo-globalisme new age genre pub Air France avec Asleep from day des Chemical Brothers pour BO. Bref : on dit occidentalement spiritualité, et nous pensons narcotique ! et nous pensons assoupissement ! et nous pensons flower power ! avec en arrière-plan une silhouette Tai Chi Chuan contre-jour soleil levant, en dehors des films d'action. Soit : le cinéma, ou l'exotisme, dans tous les cas images d’Épinal. L'esprit, c'est toujours plus ou moins l'idéaliste, le spiritualiste, le sacraliste, le diviniste, de dieu, di, qui donne diurne, la lumière. Comme si, à chaque instant, nous naissions, nous sortions du col de l'utérus dilaté de notre mère l’Église, en vue du Père - sans jamais le rencontrer pourtant, lui, transcendant. Nous restons originalistes jusqu'à la moelle : la Matrice de Matrix est bien genitrix, génitrice, matricielle, maternelle, Mère.

Dès lors, pas étonnant que le premier sens d'esprit sur le Wiktionnaire soit substance incorporelle et immatérielle : nous nageons en plein placenta ! ... Tour le reste découle en fausse couche : âme désincarnée douée de pensée et de vie ; principe de la pensée et de la réflexion. L'âme, qui renvoie pourtant à d'autres valeurs, telles que l'animation et l'animalité : passons. Le principe (arkhè), de même : avec l'origine cela dit, le commencement, en sus du commandement et de la détermination (hiér)archiques. Mais c'est dire significativement que la Mère meut et gouverne, ce qui a ses espèces de réalités biologique, pédagogique et psychanalytique, en dehors du fait que nous ne trouvons plus en elle notre substance après le sevrage, et que nos corps évoluent en conséquence bien au-delà de l'utérus jusque dans la tombe, retour au ventre de la Terre-Mère imaginaire, et imaginaire seulement.
Alors, il faut se focaliser sur ces acceptions d'esprit : vivacité dans la réflexion ; mémoire, ensemble des pensées d’une personne ; caractéristique, sens d’un texte, d’un ensemble d’idées ou de sentiments, etc. ; être humain dans ses activités intellectuelles ; où l'on voit que la dynamique psychique prime. L'esprit comme sagacité, vivacité intellectuelle, efficacité à lire entre les lignes des choses (intellect = inter-lectus, entre les lignes), ce qui rejoint ce coranisme selon lequel le monde est un aya (verset) de Dieu (concernant mon appréciation de l'islam, voir , et ). Aussi bien n'y a-t-il concrètement d'esprit que dans la sagacité, ainsi que l'on dit "il a fait un trait d'esprit". Qui a de l'esprit a normalement de l'humour, du second degré, sauf à souffrir le syndrome d'Asperger. Or, ce second degré, c'est précisément l'interligne des choses.

Néanmoins, la sagacité est une qualité rare, aristocratique.

Aristocratisme de Dame-Nature ... qui ne nous dote pas des mêmes sensibilités aux choses et, nous en dotant trop, nous rend à la tragédie de la douance, de cette tragédie toute nietzschéenne de la force véridique : la sagacité. Car la sagacité peut se passer d'érudition-même, elle ne relève pas - et de loin, - des hautes fonctions sociales (hélas ? ... c'est ce que soupirait Platon en tout cas) ni des âges de la vie encore que, en toute bonne logique, le développement du sens des responsabilités et la maturation procurent leurs espèces de sagacités particulières : on l'appelle expérience dans un cas, perspicacité dans l'autre ; sans oublier des conditions particulières d'existences qui, constamment charriées voire mises en danger, augmentent la malignité. Néanmoins, la sagacité leur échappe à toutes les trois, les fondent souvent, leur contrevient aussi, et les dépasse de toutes façons, puisqu'elle s'en sert sagacement. Sens de la terre zarathoustrien, sens chtonien, science de sa propre anima, de sa propre âme, i.e. de la Mère, qu'on ne peut connaître qu'une fois adulte, par-devers l'incestualité (je n'ai pas dit l'inceste). La sagacité est qualité virile, guerrière, conquérante, car elle gagne toujours du terrain sur le réel.

Alors ensuite, libre, du latin liber, sans entrave, et de l'indo-européen *h'leud :  assemblée des hommes libres, ce qui sonne complètement de façon guerrière. Cette liberté, non-libérale mais pas sottement antilibérale, ne pratique jamais sa libéralité (respect, magnanimité à donner et pardonner) qu'envers ses pairs, dans une morale de maîtres, c'est-à-dire une morale d'hommes sagaces, qui ne se rendent pas sottement à la confraternité, car sachant le fraternitarisme un mensonge des hommes craignant leur propre meurtrissure - et des femmes craignant leur propre dénuement.

Bref : l'esprit libre n'a rien du libre-penseur, qui muse seulement à défaut de pouvoir se battre, à défaut de pouvoir danser devant l'abyme, à défaut de ne pouvoir souffrir l'existence. Libre-penseur, qui ne cherche jamais qu'à papillonner en dilettante fondamental de l'intelligence, c'est-à-dire en nouveau philosophe tels qu'ils existent à la mode depuis les seventies, bien loin des philosophes de l'avenir nietzschéens - un avenir qui a un singulier parfum de martialité instinctivement noble.

En somme, l'esprit libre n'est pas policé, mais maîtrisé. Les autres, libres-penseurs ou non, ne peuvent que se soumettre à toutes les sortes de polices, pourvues qu'elles soient fraternelles (!). On se croirait aux USA ...
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum