(A)nietzschéisme camusien

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(A)nietzschéisme camusien

Message  Malcolm le Ven 22 Avr 2016 - 14:40

Albert Camus lu Nietzsche toute sa vie. A sa mort absurde et révoltant contre un platane, alors que son éditeur Gallimard conduisait mal, on trouva un exemplaire du Gai savoir dans sa jaquette contenant l'ébauche de son dernier roman inachevé : le Premier homme, sorte de rétrospective réflexive et fictive, autobiographique, thématiquement traitée depuis le point de vue d'un homme cherchant son père (sa tombe).

Et puis, dans l'Homme révolté, essai suivant le Mythe de Sisyphe - où il concluait que l'absurde ne saurait justifier le suicide échappatoire, mais une vie esthétique entreprenante, quand bien même le rocher roulerait toujours à nouveau au pied de la montagne, contraignant à reprendre l'effort au point de départ, - Albert Camus s'intéresse à la révolte que peut susciter à la fois l'absurde, et les réactions nihilistes à l'absurde - notamment politiques, où le nihilisme correspond au terrorisme, et à une comportementalité selon laquelle "la fin justifie [radicalement] les moyens".

Or, à ce point, il établit que Nietzsche se planta, en ne prévenant personne des dérives possiblement extrémistes de son nihilisme (que Camus n'interprète pas comme un nihilisme surmonté d'enfant, mais de lion, quand bien même déchamelé - voir). Suite à quoi, dans l'essai, il parvient à cette conclusion d'une moralisation humanitaire de l'existence, qu'il avait exprimé ou exprimera bientôt (je ne sais plus) dans la Peste, avec le personnage de Rieux prenant sur soi toute la misère du monde sans charité ni foi ni espoir pourtant (retour au chameau, à mon sens).

Néanmoins, quand on voit la façon sensitive qu'a Camus de reconvoquer le corps et l'existence présentement vécue des Hommes, dans la beauté du monde, on est en droit de se dire qu'il hérita d'un certain nietzschéisme. Nietzschéisme moralisé toutefois, humanitairement, et hédonisé malgré la sagesse tragique nietzschéenne faisant de la peine un aiguillon instinctif nécessaire.

Vous m'en direz tant.
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Malcolm
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