Rationalisme spinozien

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Rationalisme spinozien

Message  Malcolm le Sam 23 Avr 2016 - 14:04

A lire le texte de l’Éthique - incomplètement pour ma part, - d'une limpidité mathématique nécessitant une vertu studieuse dans sa compréhension, je trouve que Spinoza s'adonne pourtant - plus qu'un autre philosophe il me semble - à un exercice fidéiste puis conséquentialiste.

C'est-à-dire par exemple que, définissant arbitrairement Dieu comme substance infinie - rapport à sa sensibilité sensitive-intellectuelle, dans une époque croyante - il commet l'anathème - et lance le pavé dans la marre - de proposer un panthéisme naturaliste pour ainsi dire athée, voire une déthéisation concrétiste du divin cosmologisé, qui n'est pas sans rapport avec le déisme des Lumières, avec son monde comme horloge et Dieu pour horloger, sinon que Spinoza admet la consubstantialité de l'horloger avec l'horloge, ainsi que la part d'irrationalité propre à l'existence - irrationalité toujours modalité divine, s'il est bien cohérent avec lui-même.

Néanmoins, cette prémisse est inattaquable, en tant qu'article de foi per-théiste rationaliste - le monde procédant du divin, par tous les bouts et tous les pores qu'on le prenne, mais un divin rationalisable. Voilà pourquoi le philosophe est-il celui qui rationalisera le mieux son existence, spinoziennement, ce qui poussa un Gilles Deleuze à affirmer que tout philosophe est d'abord spinozien à sa manière.
Or, cela ne me surprend pas de la part de celui qui parla de plan d'immanence et plan d'absolu, ainsi que d'Aîon, pour ce qu'il refusait toute profondeur au réel, n'en faisant jamais plus qu'une surface faite de devenirs-autre, de lignes de fuite et de mire. En effet, Deleuze rationnalise ainsi schizoïdement son apprésentation du réel, ainsi que Spinoza en son temps, diversement : le monde, comme modalisation divine, n'a plus de profondeur que ses surfaces plus et moins rationnelles. Holographisme.

Mais à la fin, donc, je le répète, il s'agit bien d'un article de foi per-théiste rationaliste, tréfondamentalement dérationnel. Sorte de projection de la divinité, divinisation du monde en tant que le monde est aspectuellement ce qu'il paraît être.

Or, quand bien même Spinoza pense malgré le bien et le mal (si Dieu est le tout, alors le mal comme le bien sont ses modalités), il n'en reste pas moins en-deçà du bien et du mal, moralisant, et moralisant précisément en valorisant comme bien le rationalisme philosophique identifié à la tolérance et à des politiques participatives (en quoi peut-être, Spinoza adoptait l'idéologie de sa personne, pour sauver sa peau par temps dangereusement bigots) précisément parce qu'il ne découle pas bien exactement du rationalisme la tolérance et les politiques participatives (de nos raisons, on peut tout aussi bien tirer l'intransigeance, or les tolérants ne transigent pas trop avec ce qui leur semble incarner l'intolérance même ... ).

De plus, le parti-pris des passions joyeuses sur les passions tristes, demeure bel et bien un parti-pris d'éjouissance, d'émulation et d'exaltation, de type moral (qui ne dit pourtant encore rien de ses finalités, sinon une forme d'eudémonie contradictoiement dérationnelle sans perspective - qui certes a son intérêt hédoniste). Un parti-pris qui, pour l'anecdote pas si anecdotique que cela, est tréfondamentalement celui d'un Michel Onfray, quand bien même il prétend ne pas moraliser - Pour une sagesse sans morale, banderole son Cosmos, avec ce parti-pris épistémique post-soixante-huitard potentiellement risible, que la morale est à honnir (encore une raison, pour dire d'Onfray qu'il ne cala rien à Nietzsche, puisque Nietzsche, immoraliste intellectuellement, n'en affirme pas moins la nécessité de valeurs génératrices de mœurs et des biens et maux idoines, moralement, mais d'une morale sans moralisation nécessaire, morale sans moraline, morale des maîtres).

Aussi bien, je crains que, massivement, on ne sache pas lire Spinoza et, ce, notamment depuis la parution des numéros de décembre et janvier du Philomag, encontre le terrorisme. Ces pleutres n'ont jamais qu'à opposer au "mal irrationaliste triste" un "bien rationaliste joyeux", les rendant foncièrement à une sociale-démocratie trop-lolol, quand bien même ils s'interrogèrent en février sur ce que c'est que d'être fort, humanitairement, donc encore une fois trop-lolol - encore qu'il y ait quelques informations exploitables dans chacun de leurs numéros, en débroussaillant la moralisation sous-jacente de Golum, qu'ils expriment par leurs régimes typographiques, iconographiques et scriptographiques associés. (A ce propos, je fus une fois publié extraitement dans le courrier des lecteurs, au sujet de la nécessité de duretés autoritaires éducatives, où ils titrèrent fais pas ci, fais pas ça, certes par boutade, mais aussi par perfidie morale, où ils correspondent à l’Ère du Vide lipovetskyenne, quand bien même ils pourraient sembler s'en détacher discursivement parfois, notamment en laissant la parole à Raphaël Enthoven pour sa chronique). (Et donc, je regrette passablement mon abonnement annuel, vous l'aurez compris : une passion triste qui me renseigne sur mes choix futurs, par exemple en mettant leurs numéros à l'incinération, quand bien même il faut leur laisser le mérite d'agiter le bocal français. Laissons cela.)

Or, donc, il y a un hédonisme spinozien, veux-je croire, qui correspond assez bien à l'air du temps rationalisant, par-devers l'aridité théorématique de l’Éthique, clairement associable aux dérives du rationalisme.

Mais vous m'en direz tant ?

*

Nietzsche, dans Par-delà bien et mal §6, a écrit:La tartuferie aussi rigide que modeste du vieux Kant, par où il nous attire dans les voies détournées de la dialectique, ces voies qui nous mènent ou plutôt nous induisent à son « impératif catégorique » — ce spectacle nous fait sourire, nous autres enfants gâtés, qui ne prenons pas un petit plaisir à surveiller les subtiles perfidies des vieux moralistes et des prédicateurs de la morale. Ou encore ces jongleries mathématiques, dont Spinoza a masqué sa philosophie — c’est-à-dire « l’amour de sa propre sagesse », pour interpréter ainsi comme il convient le mot « philosophie », — dont il a armé sa philosophie comme d’une cuirasse, pour intimider ainsi, dès le début, l’audace des assaillants qui oseraient jeter un regard sur cette vierge invincible, véritable Pallas Athénée ! Combien cette mascarade laisse deviner la timidité et le côté vulnérable d’un malade solitaire !
Mais encore ?
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Malcolm
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