Le problème des musées

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Le problème des musées

Message  Philosophos le Dim 24 Nov 2013 - 10:59

Paul valéry, le problème des musées:
Je n’aime pas trop les musées. Il y en a beaucoup d’admirables, il n’en est point de délicieux. Les idées de classement, de conservation et d’utilité publique, qui sont justes et claires, ont peu de rapport avec les délices.

Au premier pas que je fais vers les belles choses, une main m’enlève ma canne, un écrit me défend de fumer.

Déjà glacé par le geste autoritaire et le sentiment de la contrainte, je pénètre dans quelque salle de sculpture où règne une froide confusion. Un buste éblouissant apparaît entre les jambes d’un athlète de bronze. Le calme et les violences, les niaiseries, les sourires, les contractures, les équilibres les plus critiques me composent une impression insupportable. Je suis dans un tumulte de créatures congelées, dont chacune exige, sans l’obtenir, l’inexistence de toutes les autres. Et je ne parle pas du chaos de toutes ces grandeurs sans mesure commune, du mélange inexplicable des nains et des géants, ni même de ce raccourci de l’évolution que nous offre une telle assemblée d’êtres parfaits et d’inachevés, de mutilés et de restaurés, de montres et de messieurs...

L’âme prête à toutes les peines, je m’avance dans la peinture. Devant moi se développe dans le silence un étrange désordre organisé. Je suis saisi d’une horreur sacrée. Mon pas se fait pieux. Ma voix change et s’établit un peu plus haute qu’à l’église, mais un peu moins forte qu’elle ne sonne dans l’ordinaire de la vie. Bientôt, je ne sais plus ce que je suis venu faire dans ces solitudes cirées, qui tiennent du temple et du salon, du cimetière et de l’école... Suis-je venu m’instruire, ou chercher mon enchantement, ou bien remplir un devoir et satisfaire aux convenances ? Ou encore, ne serait-ce point un exercice d’espèce particulière que cette promenade bizarrement entravée par des beautés, et déviée à chaque instant par ces chefs-d’oeuvre de droite et de gauche, entre lesquels il faut se conduire comme un ivrogne entre les comptoirs ?

La tristesse, l’ennui, l’admiration, le beau temps qu’il faisait dehors, les reproches de ma conscience, la terrible sensation du grand nombre des grands artistes marchent avec moi.

Je me sens devenir affreusement sincère. Quelle fatigue, me dis-je, quelle barbarie ! Tout ceci est inhumain. Tout ceci n’est point pur. C’est un paradoxe que ce rapprochement de merveilles indépendantes mais adverses, et même qui sont le plus ennemies l’une de l’autre, quand elles se ressemblent le plus.

Une civilisation ni voluptueuse, ni raisonnable peut seule avoir édifié cette maison de l’incohérence. Je ne sais quoi d’insensé résulte de ce voisinage de visions mortes. Elles se jalousent et se disputent le regard qui leur apporte l’existence. Elles appellent de toutes parts mon indivisible attention ; elles affolent le point vivant qui entraîne toute la machine du corps vers ce qui l’attire...

L’oreille ne supporterait pas d’entendre dix orchestres à la fois. L’esprit ne peut ni suivre, ni conduire plusieurs opérations distinctes, et il n’y a pas de raisonnements simultanés. Mais l’œil, dans l’ouverture de son angle mobile et dans l’instant de sa perception se trouve obligé, d’admettre un portrait et une marine, une cuisine et un triomphe, des personnages dans les états et les dimensions les plus différents ; et davantage, il doit accueillir dans le même regard des harmonies et des manières de peindre incomparables entre elles.

Comme le sens de la vue se trouve violenté par cet abus de l’espace que constitue une collection, ainsi l’intelligence n’est pas moins offensée par une étroite réunion d’œuvres importantes. Plus elles sont belles, plus elles sont des effets exceptionnels de l’ambition humaine, plus doivent-elles être distinctes. Elles sont des objets rares dont les auteurs auraient bien voulu qu’ils fussent uniques. Ce tableau, dit-on quelquefois, TUE tous les autres autour de lui...

Je crois bien que l’Égypte, ni la Chine, ni la Grèce, qui furent sages et raffinées, n’ont connu ce système de juxtaposer des productions qui se dévorent l’une l’autre. Elles ne rangeaient pas des unités de plaisir incompatibles sous des numéros matricules, et selon des principes abstraits.

Mais notre héritage est écrasant. L’homme moderne, comme il est exténué par l’énormité de ses moyens techniques, est appauvri par l’excès même de ses richesses. Le mécanisme des dons et des legs, la continuité de la production et des achats, – et cette autre cause d’accroissement qui tient aux variations de la mode et du goût, à leurs retours vers des ouvrages que l’on avait dédaignés, concourent sans relâche à l’accumulation d’un capital excessif et donc inutilisable.

Le musée exerce une attraction constante sur tout ce que font les hommes. L’homme qui crée, l’homme qui meurt, l’alimentent. Tout finit sur le mur ou dans la vitrine... Je songe invinciblement à la banque des jeux qui gagne à tous les coups.

Mais le pouvoir de se servir de ces ressources toujours plus grandes est bien loin de croître avec elles. Nos trésors nous accablent et nous étourdissent. La nécessité de les concentrer dans une demeure en exagère l’effet stupéfiant et triste. Si vaste soit le palais, si apte, si bien ordonné soit-il, nous nous trouvons toujours un peu perdus et désolés dans ces galeries, seuls contre tant d’art. La production de ce millier d’heures que tant de maîtres ont consumées à dessiner et à peindre agit en quelques moments sur nos sens et sur notre esprit, et ces heures elles-mêmes furent des heures toutes chargées d’années de recherches, d’expérience, d’attention, de génie !… Nous devons fatalement succomber. Que faire ? Nous devenons superficiels.

Ou bien, nous nous faisons érudits. En matière d’art, l’érudition est une sorte de défaite : elle éclaire ce qui n’est point le plus délicat, elle approfondit ce qui n’est point essentiel. Elle substitue ses hypothèses à la sensation, sa mémoire prodigieuse à la présence de la merveille ; et elle annexe au musée immense une bibliothèque illimitée. Vénus changée en document.

Je sors la tête rompue, les jambes chancelantes, de ce temple des plus nobles voluptés. L’extrême fatigue, parfois, s’accompagne d’une activité presque douloureuse de l’esprit. Le magnifique chaos du musée me suit et se combine au mouvement de la vivante rue. Mon malaise cherche sa cause. Il remarque ou il invente, je ne sais quelle relation entre cette confusion qui l’obsède et l’état tourmenté des arts de notre temps.

Nous sommes, et nous nous mouvons dans le même vertige du mélange, dont nous infligeons le supplice à l’art du passé.

Je perçois tout à coup une vague clarté. Une réponse s’essaye en moi, se détache peu à peu de mes impressions, et demande à se prononcer. Peinture et Sculpture, me dit le démon de l’Explication, ce sont des enfants abandonnés. Leur mère est morte, leur mère Architecture. Tant qu’elle vivait, elle leur donnait leur place, leur emploi, leurs contraintes. La liberté d’errer leur était refusée. Ils avaient leur espace, leur lumière bien définie, leurs sujets, leurs alliances... Tant qu’elle vivait, ils savaient ce qu’ils voulaient...

– Adieu, me dit cette pensée, je n’irai pas plus loin.
Dans ce texte critique, Paul Valéry ne remet pas en cause l'existence des musées, mais il raconte ses impressions le temps d'une visite, entre le moment où il pénètre dans l'enceinte et le moment où il en sort. D'emblée, il note l'incompatibilité entre le musée, institution bureaucratique, et le dilettante, jouisseur des plaisirs de l'art. Tout est fait pour glacer les sens, pourtant mis en éveil par l'accumulation de la beauté.

Le musée nous rappelle la barbarie de notre civilisation. Nous autres occidentaux modernes, sommes les seuls à en avoir eu l'idée. Jadis, les oeuvres d'art avaient leur place dans les maisons, les palais, les églises, les temples, mais sorties du lieu pour lequel elles furent conçues, elles ont perdu leur sens. Le musée a pour première fonction de ralentir la décomposition des oeuvres, on les y conserve, ce qui signifie à la fois qu'on les met en boîte, et qu'on les entretient.

Pourquoi en avoir fait un lieu d'exposition ? Pour que le regard des spectateurs redonne vie aux oeuvres, regard qu'elles aspirent comme un vampire le sang de sa victime ?  Pour garder un lien avec le passé ? Mais, comme le dit Paul Valéry, leur mère est morte ; sans l'architecture qui leur donnait leur place, leur sens, leur raison d'être, les oeuvres sont devenues muettes. C'est sans doute le destin de notre civilisation de finir écrasée par l'énormité de ses productions, partagée entre érudition et superficialité, condamnée à creuser le petit détail ou à se limiter à la surface.
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Jeu 31 Juil 2014 - 21:44

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On n'a pas fait les musées pour Monsieur Valéry.

On les a fait pour assurer l'avenir de ma fille, qui gère les fiances d'un des plus grands musées d'Amérique du Nord ...

Voilà pourquoi on a fait les musées. Pour ça et pour rien d'autre ! ...

 *Lol* 

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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Ven 1 Aoû 2014 - 11:47

Ragnar Lothbrok a écrit:On les a fait pour assurer l'avenir de ma fille, qui gère les fiances d'un des plus grands musées d'Amérique du Nord ...
Elle ne cherche pas d’assistant historien brillant et non-anglophone ?  *Lol*
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Ven 1 Aoû 2014 - 15:54

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Le recrutement, qui ne concerne en général qu'un ou deux postes tous les dix ans, se fait malheureusement auprès de celles et ceux qui possèdent deux diplômes du niveau de la maîtrise ou du doctorat délivrés l'un par une université américaine ou britannique, l'autre par une université continentale européenne, avec une préférence marquée pour la France, l'Italie, l'Autriche et la Russie .

(Je suis très très très fier de ma fille ...)

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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Ven 1 Aoû 2014 - 16:03

Il ne s'agissait que d'une boutade.
Les musés ont la faucheuse tendance à rendre immobile, à mettre sous verre les civilisation.
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Re: Le problème des musées

Message  Philosophos le Ven 1 Aoû 2014 - 16:24

Princeps a écrit:Il ne s'agissait que d'une boutade.
Les musés ont la faucheuse tendance à rendre immobile, à mettre sous verre les civilisation.
Merci à Ragnar d'avoir remonté le fil, mais c'est bien en effet de revenir au sujet !

Les musées me semblent venir à une époque où l'art n'est plus indispensable à la civilisation, et où il a laissé place au divertissement.
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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Ven 1 Aoû 2014 - 16:27

Philosophos a écrit:il [l'art] a laissé place au divertissement.
Les musées ne sont que des zoo. On y viens pour voir ces antiques, demi-dieux, demi-sauvages, auxquels la masse ne comprend plus rien.
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Ven 1 Aoû 2014 - 17:43

Princeps a écrit:Il ne s'agissait que d'une boutade.

Boutade à laquelle je me suis permis de répondre par une autre boutade (en profitant de faire état de la fierté que j'ai envers ma fille - je n'ai pas pu m'en empêcher ...)

Princeps a écrit:Les musés ont la faucheuse tendance à rendre immobile, à mettre sous verre les civilisation.

Les musées sont les cimetières de l'art.

Mais certains cimetières valent le coup d'être visités, comme le Cimetière marin de Sète, si bien mis en poésie par Paul Valéry.

Les musées sont donc des cimetières, mais certains musées valent vraiment le coup d'être visités comme on visite les plus beaux cimetière, donc ...

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Re: Le problème des musées

Message  Philosophos le Ven 1 Aoû 2014 - 17:55

Les oeuvres d'art qui sont restées dans leur milieu d'origine ne sont pas mortes. Elles ont un environnement qui permet de les comprendre, comme des objets dans un site archéologique. Par exemple, une fresque dans une église italienne.
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Ven 1 Aoû 2014 - 18:26

Philosophos a écrit:Les musées me semblent venir à une époque où l'art n'est plus indispensable à la civilisation, et où il a laissé place au divertissement.

Les musées ont une fonction dont l'utilité n'est pas à négliger sur le plan de l'économie touristique (des centaines de milliards chaque année dans le monde ...). Il faut voir les queues interminables qui se forment parfois aux guichets des entrées des musées pour s'en rendre compte.

Bien souvent, les visiteurs font des centaines de kilomètres en voiture ou des milliers de kilomètres en avion pour se rendre à une exposition remarquable, comme lorsqu'une collection entière d'impressionnistes est réunie en Amérique du Nord en provenance des grands musées de France et de Russie ou lorsque toutes les maquettes de voiliers des grands musées de la marine de France et d'Angleterre sont exposées au Japon ou au Canada. L'influence de tout ça sur le chiffre d'affaires des voyagistes, restaurateurs et hôteliers est importante.

Par ailleurs, les musées ont aujourd'hui une autre fonction que celle du cimetière dont je parle plus haut.

Des concerts de musique y sont par exemple souvent donnés par les meilleures formations de musique baroque ou de musique de chambre du monde. Certaines musiques d'avant-garde y sont produites aussi en électroacoustique en déplaçant des foules entières de vieux et de jeunes, voire d'enfants, d'écoliers et d’étudiants.

La plupart des musées sont par ailleurs dotés de salles de cinéma et de conférence. On y projette les films qu'on ne voit pas dans les salles du commerce hollywoodien. On y donne des conférences sur des tas de sujets, art, bien sûr, mais aussi science et (tiens, tiens, tiens) philosophie aussi ...

La plupart des musées sont dotés également de grandes salles de restaurant où a souvent lieu le repas de noces de grands mariages entre familles se recrutant parmi les plus riches du monde. Des chefs de la gastronomie classique ou moléculaire sont alors souvent conviés à produire leur art en compagnie de véritables armées d'aides-cuisiniers venant d'ailleurs la plupart du temps des grands restaurants français.

Les musées sont des cimetières où l'on fait souvent la fête sous de nombreuses formes. L'art et des tas de choses envahissent littéralement la civilisation par les musées, qui sont aujourd'hui partout dans le monde ou presque le lieu de la rencontre de l'argent, de la vie, de l'amour et de la mort (de la mort des tableaux et des sculptures, s'entend) ...

Il ne faut pas être pessimistes à propos des musées, mes amis.

Je vous l'interdis amicalement ! ...

 :) *Héhéhey* :)

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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Ven 1 Aoû 2014 - 18:34

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit:il [l'art] a laissé place au divertissement.
Les musées ne sont que des zoo. On y viens pour voir ces antiques, demi-dieux, demi-sauvages, auxquels la masse ne comprend plus rien.

Le poste de bénéfice le plus étonnant, dans les musées, c'est celui de la location des appareils Wi-Fi destinés à expliquer chaque œuvre devant laquelle se trouve celui ou celle qui en a loué un ... Je ne sais pas ce qu'est la masse de ceux « qui ne comprennent plus rien», mais je sais qu'il y a dans la masse des visiteurs de musée pas mal de gens qui cherchent à s'instruire et donc à comprendre ce devant quoi ils se placent ...

Je crois que tu te laisses emporter par « des pensées se pensant elle-même » en oubliant en conséquence de te laisser bercer par la réalité du monde.

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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Ven 1 Aoû 2014 - 23:05

Pour être précis, il faut ajouter quelques donnés : évolution du nombre de visiteur, pourcentage de visiteurs utilisant ces appareils et moyenne d'âge.

Toujours est-il que ce n'est ni le fond de mon propos, ni le fond du problème.  Quelles info' donnent ce genre d'appareils ? La datation, l'auteur et guère plus. Quand bien même il y aurait des informations sur le mouvement artistique, ce n'est que de la poudre aux yeux. La baisse du niveau culturel empêche de fait toute appréciation correct de ce que les Musées proposent. D'où le fait que je parle de zoo : on vient admirer - ce qui n'est en rien un mal - sans vraiment connaître. On a bonne conscience. Puis voir la culture greco-romaine réduite à sa portion congrue... c'est un crève cœur, mais c'est subjectif.
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Ven 1 Aoû 2014 - 23:53

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Je serait tenté de me poser tout à coup la question de savoir si toute la population d'Athènes avait accès au temple d'Athéna ...

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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Sam 2 Aoû 2014 - 0:21

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Il y a pas mal de visiteurs de musée qui ne connaissent sans doute rien à ce qu'ils voient dans les salles d'exposition et ne chercheront sans doute pas à savoir quoi que ce soit sur l'objet ou le sujet qu'on voudra, qu'il soit dans un musée ou au sommet de la colonne de la place Vendôme ou sur la façade Nord-Est de l'Arc de triomphe de la place de l'Étoile.

Je me demande combien de gens n'étaient pas dans la même situation, du temps de la Grèce et de la Rome antiques ...

Combien d'esclaves étaient au courant de l'histoire du vase que son maître avait ramené d'Égypte ou de Syrie pour en décorer la salle de bain de sa villa de campagne (celle du maître, pas celle de l'esclave) ?

Combien d'hommes libres savaient que le lion bouffant le bonhomme dont il se régalait au milieu du cirque était en réalité une lionne ?

Combien de gens ont-ils eu la possibilité de se promener au milieu des trésors accumulés dans les palais de Sénèque en compagnie d'un ou d'une experte en art des palais romains ?

Ne serais-tu donc pas par hasard dans le phénomène de l'idéalisation au demeurant tout à fait compréhensible de la vie des nobles Grecs ou  Romains si bien décrite par les images des livres d'art publiés par Gallimard et Flamarion à l'attention des touristes affamés de Grèce et de Rome ? (C'est une caricature, je me moque un peu ...)

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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Sam 2 Aoû 2014 - 0:37

Je prends l'exemple antique, parce que c'est celui auquel je suis le plus sensible, mais on peut le varier à loisir avec la période médiéval ou même moderne.

Ragnar Lothbrok a écrit:Combien d'esclaves étaient au courant de l'histoire du vase que son maître avait ramené d'Égypte ou de Syrie pour en décorer la salle de bain de sa villa de campagne (celle du maître, pas celle de l'esclave) ?
L'esclave est loin d'être analphabète - je caricature aussi. les Romains prendront des esclaves Grecs parmi les nobles, Polybe pour ne citer que l'un des plus connu. D'ailleurs, si tu veux une idée du niveau d'un Grec-moyen, lis le. Son oeuvre ait dédié aux Grecs. Tu verra la difficulté de cette lecture pour nous qui n'y sommes pas contemporain - et même avec un solide bagage culturel.
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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Sam 2 Aoû 2014 - 1:19

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Et puis, franchement, depuis quand la sculpture et l'architecture n'est-elle plus une forme d'art dans laquelle baigne chacun qui y est confronté en y passant devant ou en y pénétrant ? Je parle en premier lieu de l'architecture de certains musée, c'est le sujet de cette discussion, comme de celle de toute construction menée par les artistes les plus talentueux.

Cliquer sur les liens suivants :


Ensemble de statues de Rodin (Les bourgeois de Calais) sur le campus de l'Université Stanford, dans la Silicon Valley, en Californie.

On peut y bouffer son hamburger en enseignant à ses élèves ou en faisant ses devoirs assis sur le sol au milieu de l'ensemble. Michel Serres s'y est trouvé régulièrement. Il ne manquait jamais de parler un peu de Rodin à ses étudiants en littérature française qui n'étaient pas Français.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Les-bourgeois-de-Calais.jpg


Détail de Venise, qui est la plus grande œuvre d'art du monde. Une œuvre d'art dans laquelle on peut se perdre avec le plus grand plaisir. On peut y rencontrer d'Ormesson, Sollers ou Onfray au hasard du premier coin de canal ...

http://emyan.prod.free.fr/voyage-pas-cher.com/img/villes/Venise.png


Musée Guggenheim de New York.

Là on peut rencontrer Bill Gates et Warren Buffet et entamer avec ces deux milliardaires une discussion facile si l'on choisit de leur demander quelques explications sur leur fondation caritative, dont le budget est équivalent à celui de plusieurs États inscrits à l'ONU.

http://www.voyage-new-york.net/images/tourisme/guggenheim-museum-new-york.jpg


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Tout ça pour dire qu'il existe un monde où se côtoient les œuvres d'art, le peuple et pas mal de personnalités marquantes de la vie d'aujourd'hui ...

De plus, en général, les gens ordinaires constituant le peuple en question sont loin d'être les ignares qu'on serait tenté de penser ... On ne vient pas en avion d'Australie ou du Japon en aillant systématiquement la tête vide quand on se rend sur les lieux de réunion des œuvres d'art et des gens venus de partout ailleurs dans le monde.

Et de plus encore, le phénomène Wikipdédia réitère le projet encyclopédique de Diderot sur une échelle de plusieurs ordres de valeur plus volumineux. Le cancre a vite fait d'en savoir autant que l'expert, si l'envie lui prend de s'instruire vraiment sur tout sujet qui l'intéresse. J'ai vérifié personnellement la chose avec une connaissance à moi qui n'a jamais touché un livre de sa vie ou presque et qui en sait aujourd'hui sur l'histoire de l'art autant que le premier expert en la matière.

Il ne faudrait pas prendre tous les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, comme disait ma grand-mère, et comme aurait pu le dire l'esclave dont tu parles aujourd'hui.

La question de la culture médiévale ? Elle est traitée à mon avis comme il faut par les gens qui s'occupent de restaurer comme des abeilles les forteresses des Cathares perchées sur les pics Occitans, pour ne parler que ce volet de la culture.

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Re: Le problème des musées

Message  Ragnar I le Sam 2 Aoû 2014 - 1:28

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Et puis encore, sur ce forum, on a tendance à comprendre le chemin que prend la nouvelle philosophie avec la personne emblématique de la forme actuelle de penser la diffusion la plus vaste de la culture, à savoir Michel Onfray, ce Français qui refuse d'abaisser la culture au niveau du peuple en choisissant d'élever le peuple à la culture.

Ce Français dont les livres sont traduits dans au moins trente langues et occupent presque tous pas mal d'étagères de la plupart des bibliothèques du département de philosophie de la plupart des universités du monde.

Ce Français invité à donner des conférences dans des tas d'universités du monde, mais jamais dans celles de France, et on se demande bien pourquoi si l'on ne sait pas que l'académisme français est littéralement agenouillé en direction de l'Allemagne, dont les pensées étaient si haïes par Nietzsche, ce penseur qui avaient choisi d'être apatride au lieu de rester Allemand, et qui aimait tant le Journal français des débats politiques et les penseurs français des lumières françaises.

La France bien pensante, aujourd'hui, pas celle du peuple, donc, mais celle de l'intellectualisme et de l'idéel forcené, c'est le pays de la pensée allemande, de la psychanalyse et de l'homéopathie. Trois erreurs dont elle ne sait malheureusement pas se débarrasser.

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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Sam 2 Aoû 2014 - 10:11

Ragnar Lothbrok a écrit:Tout ça pour dire qu'il existe un monde où se côtoient les œuvres d'art, le peuple et pas mal de personnalités marquantes de la vie d'aujourd'hui ...
Et ? Ce n'est en rien une spécificité contemporaine. Ma critique n’a pas vocation à comparer la société antique à la société contemporaine. Simplement de souligner un point : l’Histoire est indispensable à qui veut admirer une frise perse, une statue grecque, une monnaie romaine, une armure médiévale et même les bottes d’un poilu. La perte de repères et de la conscience historique, bloque le mécanisme.
Veynes dit quelque chose de similaire, pour comprendre l’art il faut y être immergé. Il proposait de placer des reproductions d’excellentes factures dans les Collèges (et Lycées, sauf erreur).
Ragnar Lothbrok a écrit:De plus, en général, les gens ordinaires constituant le peuple en question sont loin d'être les ignares qu'on serait tenté de penser ...
Sans parler d’inculture crasse, l’opinion injustifiée règne partout, l’absence de connaissances est criante. On nivelle par le bas – surtout à l’école… - c’est pour le moins insupportable.
Ragnar Lothbrok a écrit:Et de plus encore, le phénomène Wikipdédia réitère le projet encyclopédique de Diderot sur une échelle de plusieurs ordres de valeur plus volumineux. Le cancre a vite fait d'en savoir autant que l'expert, si l'envie lui prend de s'instruire vraiment sur tout sujet qui l'intéresse. J'ai vérifié personnellement la chose avec une connaissance à moi qui n'a jamais touché un livre de sa vie ou presque et qui en sait aujourd'hui sur l'histoire de l'art autant que le premier expert en la matière.
Wikipédia est bourrée de faute, de contre-sens, sans parler de l’absence de nuance en ce qui concerne les pages historiques. Autant se tourner vers le Larousse en ligne ou l’Encyclopédia Universalis, voir même Persée et Cairn. Des articles rédigés par des spécialistes.
Ragnar Lothbrok a écrit:La question de la culture médiévale ? Elle est traitée à mon avis comme il faut par les gens qui s'occupent de restaurer comme des abeilles les forteresses des Cathares perchées sur les pics Occitans, pour ne parler que ce volet de la culture.
Oui, des spécialistes. Lisons, au hasard, Eginhard, ou Las Casas, sans le kit de survie adéquat, c’est illisible. Sans aller jusqu’à parler de comprendre, disons simplement connaitre – quand tu vois que certains ne connaissent le B-A-BA de la politique actuelle... Tu me rétorqueras que Wikipédia est là, et j’en reviendrai aux manifestes faiblesses de celui-ci. Et là, on créera une boucle infinie *Lol*
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Re: Le problème des musées

Message  Philosophos le Sam 2 Aoû 2014 - 10:25

Ragnar Lothbrok a écrit:Michel Onfray, ce Français qui refuse d'abaisser la culture au niveau du peuple en choisissant d'élever le peuple à la culture.
Ceux qui profitent le plus d'Onfray sont les plus cultivés, tout comme ceux qui profitent de Nietzsche sont ceux qui connaissent le mieux la philosophie. Sans les mettre sur le même plan, ce genre de penseurs "poil à gratter" nous stimule. Mais il ne donnent rien aux ignorants, seulement l'illusion qu'ils connaissent la philosophie sans jamais avoir ouvert un livre de philosophie, simplement parce qu'ils ont envoyé aux orties 2500 ans de philosophie. Ils auraient tout aussi bien pu vivre sans. Onfray les conforte juste dans l'idée (fausse) que 99% de la philosophie est sans intérêt. Quand on a lu un livre de Nietzsche, on peut se dire : "Je n'ai plus besoin de lire les philosophes, puisque de toute façon, après Nietzsche, la philosophie est morte".
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Re: Le problème des musées

Message  Princeps le Sam 2 Aoû 2014 - 10:30

Philosophos a écrit:Mais il ne donnent rien aux ignorants, seulement l'illusion qu'ils connaissent la philosophie sans jamais avoir ouvert un livre de philosophie, simplement parce qu'ils ont envoyé aux orties 2500 ans de philosophie. Ils auraient tout aussi bien pu vivre sans.
Le savoir philosophique n'est pas supplétif, mais cumulatif. Comment comprendre Aristote sans Platon ? Locke sans Hobbes ? Nietzsche sans la poésie et les Grecs ?
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Re: Le problème des musées

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