L'attitude de Socrate

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L'attitude de Socrate

Message  Malcolm le Mar 3 Mai 2016 - 19:47

Tiré de ...
Platon, par le medium de son personnage Socrate, fait preuve de malignité, dans ce qu'on a eu coutume d'appeler et d'encenser sous le nom d'ironie socratique. Néanmoins, Socrate n'est pas si certainement ironique, dans cette mesure exacte où il n'a de cesse de se défendre de ses interlocuteurs l'accusant de mauvaise foi : ils disent que Socrate n'en pense pas moins, il rétorque chercher en toute bonne foi l'essence méconnue en question, à l'aide de ses interlocuteurs. Aussi bien, sa posture d'ignare, mûr et expérimenté par ailleurs pourtant - sans quoi il n'aurait aucune légitimité ni aucune matière à réflexion, - ne semble-t-elle véritablement pas ironique.
Néanmoins, et pour autant qu'il n'est pas de mauvaise foi, on est en droit de réagir devant lui, à la manière de ses interlocuteurs, en ne jugeant pas crédible qu'il n'ait vraiment aucune idée de là où il veut en venir. En effet, s'il n'avait vraiment aucune idée des directions qu'il prend, non seulement serait-il ignare, mais en plus il serait idiot ; or, le personnage de Socrate fait preuve à la fois de finesse, de pénétrance, et de vivacité d'esprit. Mais, dans l'immédiat, il ne nous est que permis de dire que, ces directions, elles relèvent de la scientificité morale dite plus haut.
Or, maintenant, considérant que l'interlocution socratique s'avère particulièrement contournée en lieu de finesse, insistante en lieu de pénétrance, et pugnace en lieu de vivacité, suscitant ainsi l'embarras et la honte de ses interlocuteurs - dans l'ordre de ladite controverse autour d'une essence présupposée mais méconnue, - on voit bien que la rhétorique argumentative socratique, pour méthodiquement scientifique qu'elle soit en matière de morale, n'en est pas moins une forme de harcèlement moral (moral harassment), ayant pour objectif humain d'harasser moralement ses interlocuteurs, de les épuiser, de les fatiguer, de les blesser, de leur nuire intellectuellement, afin de se donner l'ascendant symbolique sur eux, si probes pourtant, mais naïfs, avec donc cette perfidie de les ménager encore avec condescendance ... Ce maître ignorant n'ignore pas son charme, et c'est comme serpent qu'il prend autrui, et c'est en charmeur de serpents qu'il s'adresse à son vis-à-vis, mais ... le serpent, c'est lui, Socrate ! ... déterminant à la fois le présupposé épistémique du débat (qu'il y a une essence méconnue), sa direction (la méthode scientifique en matière de morale) ainsi que son impact (susciter l'embarras et la honte).

Mais vous m'en direz tant.

*

Dans le Gorgias, Platon a cette probité (?) de reproduire ceci :
CALLICLÈS.
En vérité, Socrate, tes discours sont pleins de prestiges, comme ceux d’un orateur populaire ; et ce qui autorise tes déclamations, c’est qu’il est arrivé à Polus la même chose qu’il a prétendu être arrivé à Gorgias vis-à-vis de toi. Polus disait en effet que Gorgias, lorsque tu lui as demandé si, au cas qu’on se rendît auprès de lui pour apprendre la rhétorique sans avoir aucune connaissance de la justice, il en donnerait des leçons, avait répondu qu’il l’enseignerait, par mauvaise honte et à cause des préjugés, qui trouveraient mauvais qu’on fît une réponse contraire ; cet aveu, selon Polus, avait réduit Gorgias à tomber en contradiction avec lui-même, et tu en avais profité. Il s’est moqué de toi avec raison en cette rencontre, autant qu’il m’a paru. Mais voilà qu’il se trouve à présent dans le même cas que Gorgias. Je t’avoue pour moi, que je ne suis nullement satisfait que Polus t’ait accordé qu’il est plus laid de faire une injustice que de la recevoir. Car c’est pour t’avoir passé ce point, qu’il s’est embarrassé dans la dispute, et que tu lui as fermé la bouche, parce qu’il a eu honte de parler suivant sa pensée. En effet, Socrate, tout en disant que tu cherches la vérité, tu en agis comme le plus fatigant déclamateur, et tu mets la conversation sur ce qui est beau non selon la nature, mais selon la loi. Or, dans la plupart des choses, la nature et la loi sont opposées entre elles ; d’où il arrive que, si on se laisse aller à la honte, et que l’on n’ose dire ce qu’on pense, on est forcé à se contredire. Tu as aperçu cette subtile distinction, et tu t’en sers pour dresser des pièges dans la dispute. Si quelqu’un parle de ce qui appartient à la loi, tu l’interroges sur ce qui regarde la nature, et s’il parle de ce qui est dans l’ordre de la nature, tu l’interroges sur ce qui est dans l’ordre de la loi. C’est ce que tu viens de faire pour l’injustice commise et reçue. Polus parlait de ce qui est plus laid en ce genre, selon la loi ; toi, au contraire, tu as pris la loi pour la nature ; car, selon la nature, tout ce qui est plus mauvais est aussi plus laid, c’est-à-dire souffrir l’injustice ; tandis que, selon la loi, c’est la commettre. Et en effet, succomber sous l’injustice d’autrui n’est pas le fait d’un homme, mais d’un esclave, à qui il est meilleur de mourir que de vivre, quand, souffrant des injustices et des affronts, il n’est pas en état de se défendre soi-même, ni ceux pour qui il s’intéresse. Les lois sont, à ce que je pense, l’ouvrage des plus faibles et des plus nombreux ; en les faisant ils n’ont donc pensé qu’à eux-mêmes et à leurs intérêts : s’ils approuvent, s’ils blâment quelque chose, ce n’est que dans cette vue ; et pour effrayer les plus forts, qui pourraient acquérir de l’ascendant sur les autres, et les empêcher d’en venir là, ils disent que la supériorité est une chose laide et injuste, et que travailler à devenir plus puissant, c’est se rendre coupable d’injustice ; car, étant les plus faibles, ils se tiennent, je crois, trop heureux que tout soit égal. Voilà pourquoi, dans l’ordre de la loi, il est injuste et laid de chercher à l’emporter sur les autres, et ce qui fait qu’on a donné à cela le nom d’injustice. Mais la nature démontre, ce me semble, qu’il est juste que celui qui vaut mieux ait plus qu’un autre qui vaut moins, et le plus fort plus que le plus faible. Elle fait voir en mille rencontres qu’il en est ainsi, tant en ce qui concerne les animaux que les hommes eux-mêmes, parmi lesquels nous voyons des états et des nations entières où la règle du juste est que le plus fort commande au plus faible, et soit mieux partagé. De quel droit en effet Xerxès fit-il la guerre à la Grèce, et son père aux Scythes ? Sans parler d’une inanité d’autres exemples qu’on pourrait citer. Dans ces sortes d’entreprises, on agit, je pense, selon la nature, selon la loi de la nature, si ce n’est pas selon celle que les hommes ont établie. Nous prenons dès l’enfance les meilleurs et les plus forts d’entre nous ; nous les formons et les domptons comme des lionceaux, par des enchantemens et des prestiges, et nous leur enseignons qu’il faut respecter l’égalité, et qu’en cela consiste le beau et le juste. Mais qu’il paraisse un homme d’une nature puissante, qui secoue et brise toutes ces entraves, foule aux pieds nos écritures, nos prestiges, nos enchantemens et nos lois contraires à la nature, et s’élève au-dessus de tous, comme un maître, lui dont nous avions fait un esclave, c’est alors qu’on verra briller la justice telle qu’elle est selon l’institution de la nature. Pindare me paraît appuyer ce sentiment dans l’ode où il dit que la loi est la reine des mortels et des immortels. Elle traîne après elle, poursuit-il, la violence d’une main puissante, et elle la légitime. J’en juge par les actions d’Hercule, qui, sans les avoir achetés…[23] Ce sont à-peu-près les paroles de Pindare ; car je ne sais point cette ode par cœur. Mais le sens est qu’Hercule emmena avec lui les bœufs de Géryon, sans qu’il les eût achetés ou qu’on les lui eût donnés ; donnant à entendre que cette action était juste, à consulter la nature, et que les bœufs et tous les autres biens des faibles et des petits appartiennent de droit au plus fort et au meilleur. La vérité est donc telle que je dis : tu le reconnaîtras toi-même si, laissant là la philosophie, tu t’appliques à de plus grands objets. J’avoue, Socrate, que la philosophie est une chose amusante, lorsqu’on l’étudie avec modération dans la jeunesse. Mais si on si arrête trop long-temps, c’est un fléau. Quelque beau naturel que l’on ait, si on pousse ses études en ce genre jusque dans un âge avancé, on reste nécessairement neuf en toutes les choses qu’on ne peut se dispenser de savoir, si l’on veut devenir un homme comme il faut, et se faire une réputation. Les philosophes n’ont en effet aucune connaissance des lois qui s’observent dans une ville ; ils ignorent comment il faut traiter avec les hommes dans les rapports publics ou particuliers qu’on a avec eux ; ils n’ont nulle expérience des plaisirs et des passions humaines, ni en un mot de ce qu’on appelle la vie. Aussi, lorsqu’ils se trouvent chargés de quelque affaire domestique ou civile, ils se rendent ridicules à-peu-près comme les politiques, quand ils assistent à vos assemblées et à vos disputes. Car rien n’est plus vrai que ce que dit Euripide :
Chacun s’applique aux choses où il excelle,
Y consacrant la meilleure partie du jour,
Afin de se surpasser lui-même[24].
Au contraire, on s’éloigne des choses où l’on réussit mal, et on en parle avec mépris ; tandis que par amour-propre on vante les premières, croyant par là se vanter soi-même. Mais le mieux est, à mon avis, d’avoir quelque connaissance des unes et des autres. Il est bon d’avoir une teinture de philosophie, autant qu’il en faut pour que l’esprit soit cultivé ; et il n’est pas honteux à un jeune homme d’étudier la philosophie. Mais lorsqu’on est sur le retour de l’âge, et qu’on philosophe encore, la chose devient alors ridicule, Socrate. Pour moi, je suis, par rapport à ceux qui s’appliquent à la philosophie, dans la même disposition d’esprit qu’à l’égard de ceux qui bégaient et s’amusent à jouer. Quand je vois un enfant à qui cela convient encore, bégayer ainsi en parlant et badiner, j’en suis fort aise, je trouve cela gracieux, noble, et séant à cet âge ; tandis que si j’entends un enfant articuler avec précision, cela me choque, me blesse l’oreille, et me paraît sentir l’esclave. Mais si c’est un homme que l’on entend ainsi bégayer ou qu’on voit jouer, la chose paraît ridicule, indécente à cet âge, et digne du fouet. Voilà ce que je pense de ceux qui s’occupent de philosophie. Quand je vois un jeune homme s’y adonner, j’en suis charmé, cela me semble à sa place, et je juge que ce jeune homme a de la noblesse dans les sentimens. S’il la néglige au contraire, je le regarde comme une âme basse, qui ne se croira jamais capable d’une action belle et généreuse. Mais lorsque je vois un vieillard qui philosophe encore, et n’a point renoncé à cette étude, je le tiens digne du fouet, Socrate. Comme je disais en effet tout-à-l’heure, quelque beau naturel qu’ait un pareil homme, il ne peut manquer de tomber au-dessous de lui-même, en évitant les endroits fréquentés de la ville, et les places publiques, où les hommes, selon le poète[25], acquièrent de la célébrité : et il passe ainsi caché le reste de ses jours à jaser dans un coin avec trois ou quatre enfans, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours noble, grand, et qui vaille quelque chose. Socrate, je suis de tes bons amis ; voilà pourquoi je suis à ce moment à ton égard dans les mêmes sentimens que Zéthus vis-à-vis de l’Amphion d’Euripide, dont j’ai déjà fait mention : et il me vient à la pensée de t’adresser un discours semblable à celui que Zéthus tenait à son frère. Tu négliges, Socrate[26], ce qui devrait faire ta principale occupation, et tu avilis dans un rôle d’enfant une âme aussi bien faite que la tienne. Tu ne saurais proposer un avis dans les délibérations relatives à la justice, ni saisir dans une affaire ce qu’elle a de plausible et de vraisemblable, ni suggérer aux autres un conseil généreux. Cependant, mon cher Socrate (ne t’offense point de ce que je vais dire ; c’est par bienveillance que je te parle ainsi), ne trouves-tu pas qu’il est honteux pour toi d’être dans l’état où je suis persuadé que tu es, ainsi que tous ceux qui passent leur vie à parcourir le carrière philosophique ? Si quelqu’un mettait actuellement la main sur toi, ou sur un de ceux qui te ressemblent, et te conduisait en prison, disant que tu lui as fait tort, quoiqu’il n’en soit rien, tu sais que tu serais fort embarrassé de ta personne, que la tête te tournerait, et que tu ouvrirais la bouche toute grande, sans savoir que dire. Lorsque tu paraîtrais devant les juges, quelque vil et méprisable que fût ton accusateur, tu serais mis à mort, s’il lui plaisait de demander contre toi cette peine. Or, quelle estime, Socrate peut-on faire d’un art qui trouvant un homme bien né le rend plus mauvais, le met hors d’état de se secourir lui-même, et de se tirer ou de tirer les autres des plus grands dangers, qui l’expose à se voir dépouiller de tous ses biens par ses ennemis, et à traîner dans sa patrie une vie sans honneur ? La chose est un peu forte à dire ; mais enfin on peut impunément frapper sur la figure un homme de ce caractère. Ainsi, crois-moi, mon cher, laisse là tes argumens, cultive les belles choses, exerce-toi à ce qui te donnera la réputation d’homme habile ; abandonne cet appareil d’extravagances ou de puérilités, qui finiront par te ruiner et te faire une maison déserte, et propose-toi pour modèles, non ceux qui disputent sur ces bagatelles, mais ceux qui ont du bien, du crédit, et qui jouissent des avantages de la vie.
Je crois que si le propos du personnage platoncien Calliclès ne renseigne pas exactement sur le philosophe, il renseigne partiellement sur la démarche de Socrate, comme homme, ainsi naturellement que sur la psychologie de Calliclès-même. Voyons.

Calliclès se pose avec condescendance vis-à-vis de celui qu'il prétend être son ami, pour quoi il lui fait ces franchises en public ... drôle d'ami au demeurant, qui prend un peu trop ses aises on dirait, afin d'humilier par besoin de valorisation contrastive : Athènes ne fait-elle pas tout "un foin" de Socrate ? ... par quoi son zèle contient bien son étymon grec, désignant tout en un la jalousie.
De plus, Calliclès fait de la philosophie une démarche juvénile, honorable chez le jouvenceau en signe d'éveil intellectuel (le fameux idéalisme rêveur des ados, faisant leurs ardeurs par le manque d'expérience, signal qu'ils en veulent voire en voudront dans l'existence), honteux chez l'homme mûr qu'il doit se penser être, et encore plus chez l'homme dans "le retour de l'âge" dixit qu'est Socrate son interlocuteur.
Or, cela concorde assez bien avec ce psychologisme pronominal de Socrate, en lien ci-dessus, faisant de Socrate un homme pris dans les rets du désir sémiotique parental : ainsi cet homme, inventeur & père de la philosophie telle qu'on la conçoit massivement, ce Socrate, appert-il comme juvénile. - Tout ce qui, à mon sens, justifie qu'un Nietzsche lui trouve par trop de ridicule, [/url]dans son analyse du Crépuscule des idoles : Nietzsche méprise Socrate pour sa juvénilité, pour ce qu'il valorise quant à lui la virilité zarathoustrienne.
Or, de plus, cette juvénilité correspond assez bien à la faroucheté & "la défonce" jouvencelles, par lesquelles la jeunesse "y va à l'arrache" dans l'existence, ainsi que Socrate vit pauvrement - et non misérablement - ainsi qu'un souillon n'en ayant "rien à foutre de sa dégaine" dans l'existence. Ceci correspondant encore à l'attitude des chrétiens, "enfants de Dieu" qui, dans leur juvénilité existentielle, "se moquent" de leur apparence (le christisme est de ces jouvences-là, et l'on ne se trompa pas à associer les figures socratiques et christiques dans l'Histoire, jusques aujourd'hui un Frédéric Lenoir ... ).

Au-delà, Calliclès se contredit, à dire qu'un homme mûr doit s'adonner à ce par quoi il excelle, présupposant d'abord qu'il ne saurait y avoir d'excellence philosophique - absurdement, - puis que les biens, les honneurs, les forces et les métiers valent mieux que cette singularité de philosophie dans la démarche, à laquelle il n'entend pas la puissance rationnelle, préférant trouver rationnel ce qui lui chante et lui paraît de bon sens commun ... - Tout ce qui fit dire à un Nietzsche qu'il y a certes de la grande santé chez le sophiste, mais qu'il se reconnaît pourtant une proximité intime avec Socrate ...

Bref : Calliclès nous renseigne surtout sur la vitalité de son type de vie, et une vitalité pourtant sujette au ressentiment envers Socrate, dont il envie le renom, d'une manière ou d'une autre, en cherchant à le salir publiquement - pas forcément à tort, mais dans un passionalisme qui laisse certes à désirer.


Aussi bien, que conjecturer ? ...

Je conjecture quant à moi, que Socrate est un drôle de bonhomme, pour le meilleur (le réflexif, établit par Platon et Xénophon) et pour le pire (le ridicule, que mis en scène Aristophane). En effet, Socrate était bien piètre, parmi ses contemporains, dont la mansuétude lui fit une place à Athènes, jusqu'au point où - pour des raisons politiques, certes, aussi, - son renom fit tâche. Auquel point, c'est le proto-machiavélianisme des Athéniens, qui fit erreur, à prendre Socrate un peu trop au sérieux - surtout avec Platon, naturellement, - sans parler de la postérité. Car, le prenant au sérieux, ils lui offrirent un martyre sur un plateau : l'occasion rêvée pour Socrate, de se donner de la gloire, vindicativement, dans une époque où c'est tout ce qu'il reste aux hommes, après leur mort - pénible errance dans l'Hadès ...

En somme, Socrate ne voulut jamais faire, bourgeoisement de toute évidence, que "comme tout le monde" ... et Platon l'aristocrate, quant à lui, sut en faire son pain. Car enfin, il faut remettre Socrate à sa place.

Voir aussi.

*

En réaction à cette vidéo sans intérêt ...

... Je m'exclamais en commentaire : "Rétorsion maximum, par laquelle, ô magie de l'ironisme, on est pourtant ce que l'on condamne [...]" - or c'est bien le propre de l'ironiste, rapport à l'humoriste (distinguo ironie/humour) que d'avoir toujours une noirceur sarcastique cynique (sens contemporain) provenant logiquement de ce qu'on est partie-prenante de ce que l'on dénonce, à la manière de Voltaire par exemple, apôtre de la tolérance ayant des actions chez les négriers (cité aussi en lien).

Dès lors, et en tant que Socrate était partie-prenante de la vie athénienne, et convocateur certes singulier des mythes & dieux (du moins dans sa version platonicienne, mais Xénophon aussi, en fait) ... dès lors, il faut dire de lui qu'il encula bien son monde (de fait, il était fort lubrique avec les éphèbes, selon les témoignages), à commencer par toutes les écoles antiques se réclamant de lui (académisme, cyrénaïsme, scepticisme, stoïcisme, épicurisme, cynisme, ... ). Toutes, elles démarrèrent sur la base d'une rétorsion ironiste, c'est-à-dire d'une motion inutilement belliqueuse encontre le monde (ressentiment) par laquelle on se fait passer pour original, quand on en est pourtant partie-prenante, et qu'on ne le remet jamais en cause que pour le dominer personnellement.

Socrate : Dieudonné entre les philosophes ...

Tout ce que Nietzsche aurait aimé pouvoir formuler simplement, sans parvenir à mettre la main sur le je-ne-sais-quoi & le presque-rien qui l'énervait, dans sa reconnaissance de proximité philosophique pourtant (ironique versus véridique). D'où vient que Nietzsche valorisa naturellement les présocratiques et quelques postsocratiques méritoires (attention : il range Voltaire parmi les libres-penseurs, non les esprits libres).

Bigre.

*

Mais quoi ? me contredirais-je, à ne pas bien trouver d'ironie chez Socrate un instant puis, le suivant, et sous l'effet d'un coup de sang en face de M'Bala M'Bala, à le comparer à l'ironiste ? ...
Logiquement, oui.
Complexuellement, non : les contradictions ressentimentales dans lesquelles se fourra Socrate, font de lui un ironiste, pragmatisment-conséquencialistement, sans ironie en propre : un triste sire, ou plutôt un vilain qui se prenait pour un sire, et au mieux un Don Quichotte de la Mancha de la philosophie, dans son genre.

Au reste, pendant un instant, j'ai prêté du ressentiment à Calliclès, mais il serait plus judicieux de s'en tenir à la jalousie dite, car il n'y a pas chez lui d'envie pure. L'envie, elle est tapie chez Socrate en face de ces bons Grecs, qui lui font une place pour faire musette sur leurs banquettes de banquet, ou pour le faire ratiociner à leur place çà & là, auprès de leurs progénitures qu'ils parviennent mal à arraisonner socioéducativement : mais l'objectif n'est jamais d'en faire des Socrate, et pour cause - et quand bien même Socrate fait envie (s'il fait envie, c'est qu'il insinua perfidement son poison égo-fidélisant, à travers des séductions relationnelles-sensuelles d'ailleurs, troublant lâchement l'interlocuteur).
Mais pour cause, disais-je, parce que Socrate n'est jamais qu'un souillon de citoyen, qui se trouva bien ingénieux de se valoriser ès taquineries, charades & autres tartufferies de la morale, face à une gent impréparée devant ce type (erreur de l'égalité totalitaire entre citoyens démocratiques).

Malheureux & naïfs Grecs (à la fin de sa vie, Nietzsche survalorisa la Rome antique, rapport à la Grèce - non sans raison).
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Malcolm
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