Un Nom

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Un Nom

Message  Malcolm le Mer 4 Mai 2016 - 22:46

Socrate, il ne me semble pas jamais avoir lu sa signification quelque part, ni que quiconque ait cherché à la faire parler.
Σωκράτης, Sôkrátês, mot composé de σῶς, sỗs (« sauf », « sain ») et κράτος, krátos (« force »).

Il est vrai que l'homme Socrate ne l'a pas spécialement choisi, comme nous tous : notre nom nous vient de nos parents. Or, pourtant, il peut nous arriver et il nous est arrivé peut-être, de nous intéresser à ses références culturelles, ainsi qu'à ses significations plus et moins historiques et superstitieuses : cela contribue paradoxalement à nous définir, par l'effet-barnum en psychologie, par lequel chacun tend à s'identifier ou chercher des accointances entre lui, et le discours qui lui est attribué. Cela peut fonctionner autant positivement (adoption sans esprit critique) que négativement (distance critique). C'est un peu le coup de notre signe astrologique : on sait bien qu'il n'a aucune valeur scientifique, et pourtant, un jour ou l'autre, à un moment ou l'autre, nous avons été confrontés au tempérament symbolique de notre constellation associée, association millénaire par laquelle nous nous situons plus et moins, aussi, quand bien même en finissant par l'ignorer comme sornette, ou en se mettant à faire produire son thème natal ... Tout cela n'a rien de très philosophique par soi, il n'en reste pas moins qu'existentiellement nous sommes tous intimement plus et moins sommés de nous situer : la diffusion des horoscopes obligeant ...

Eh bien de même, avec un nom et sa signification, qui nous interrogea tous un jour ou l'autre. Or, l'historiographie dominante - et sommes toutes la plus pertinente, avec ce que l'on sait historiquement - pose Socrate comme inventeur ou père de la philosophie, du moins moderne. Que nous dit son nom ?

Force saine ou sauve. Est-ce à dire que cette force assainit ou sauve ? ... Rien n'est moins sûr. A tout le moins s'agit-il, par soi, d'une force saine ou sauve. Saine ou sauve : deux adjectifs qui concordent, d'abord parce qu'il s'agit du même mot en grec, ensuite parce que nous formons cette expression sain & sauf ... Aussi Socrate correspond-il à une force qui, par elle-même, serait saine et sauve, d'emblée saine et sauve dans l'existence. Si naturellement cela n'assure pas de la santé et de la sauvegarde du bonhomme, dont on sait comment il finit, et qui contracta certainement au moins un rhume au courant de sa vie, sans parler des blessures potentielles et des infections idoines ou non, qu'il eut lors des batailles auxquelles il prit part en tant que citoyen athénien ... cela laisse entendre un désir parental, et potentiellement un vécu existentiel chez Socrate, par lequel on se sent une force saine et sauve, indépendamment de ce qui peut nous arriver. C'est un peu comme Jésus : Dieu sauve. Cela ne laisse pas de se sentir un dieu sauveur descendu du ciel, à la manière d'un Zeus juif, par quoi on se fait humble ... ("Mon royaume n'est pas de ce monde.")

Ainsi Socrate, d'emblée une force, et une force saine et sauve, put-il se sentir une force athénienne, et une force dans Athènes, justifiant sa présomption daïmonique delphique. Sa présomption, ou bien sa distinction, ou encore sa circonspection. Circonspection, précisément afin de rester sain et sauf des aléas citadins ... Or l'apologie de Socrate par Platon, ainsi que le rapport qu'en fait Xénophon, situe Socrate comme dans une démarche hygiénique, de prise de distance par rapport aux "miasmes" sociaux, ou citoyens. Où son philosopher correspond à un hygiénisme sociologique, une morale de la pureté, dans une stance toujours déjà force saine et sauve ... Comment ne pas y voir une posture essentialisée d'entrée de jeu ? Comment ne pas y voir, d'entrée de jeu, une disposition à s'intéresser à l'éthique ? ...

Et ce nom, ne pose-t-il pas question par lui-même à son porteur, qui doit s'interroger sur la nature de sa force saine et sauve ? Cela ne fait-il pas de lui quelqu'un s'interrogeant intimement sur soi, le conduisant à se sentir dépossédé réflexivement de soi, et à devoir s'imaginer induit par Apollon et son daïmon, comme en projection-retour, aliénation-récursive, forclusion-hallucinatoire, schizoïdie-dissociative, de soi à soi ? ... Alors, naturellement, les psychiatrismes peuvent paraître gros, et Socrate ne fut pas connut pour sa folie. De plus, dans l'Athènes antique, d'autres hommes purent porter le nom de Socrate, et ce nom ne fait pas tout : il y fallait le tempérament atrabilieux et le caractère flegmatique de ce Socrate, sans parler de son existence familiale et historique singulière, pour produire le philosophe que l'on sait plus ou moins à travers d'autres.

A la fin, donc, néanmoins, ce nom de Socrate, il dit des choses sur la psychologie de son porteur, quand bien même il ne s'agirait jamais que d'associations faite par Malcolm S. Cooper, ce type pseudonymé en 2016, plus de 2400 ans après les faits disparus sous l'interprétation. Reste qu'une telle figure, comme toute les figures, ne porte pas son nom en vain, du moins veux-je le croire, ainsi que nous plaçons tous un désir dans nos pseudonymes, et nos parents dans nos prénoms.

Merci de m'avoir lu, mais on m'en dira tant.
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Malcolm
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