Le triptyque Bien, Beau, Vrai

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Le triptyque Bien, Beau, Vrai

Message  Malcolm le Jeu 5 Mai 2016 - 0:07

Eh bien, toute l'Histoire de la philosophie, voire l'Histoire tout court, s'y cassa les dents, sur ce triptyque, au point que l'on dise un jour que toute la philosophie se résumerait à un commentaire en bas de page de Platon ... Ajoutons le mien.

Ajoutons le mien, pour dire que la traduction Bien, Beau, Vrai laisse à désirer, en ce que ses connotations anthropologiquement culturelles & historiques, jusqu'à nos jours, de par le monde chrétien ou d'héritage chrétien, avec initialement les récupérations augustiniennes, ne pouvaient jamais que se planter dans la version latine chrétiennement récupérée par le christianisme d'Empire, confondant leur romanité avec la judéité.

En somme, je pense que la traduction Excellent, Exquis, Essentiel vaut mieux, et que donc le triptyque Excellent, Exquis, Essentiel parle bien mieux grec que le trinôme Bien, Beau, Vrai - sans parler de son esthétique des 3E.

Bref : les 3E de l'Excellent, de l'Exquis et de l'Essentiel, rendraient traductivement mieux l'hellénité platonicienne, et nous font sentir toute la distance qu'il y a avec nos idylles par trop moralisatrices de Bien, de Beau et de Vrai. Je dis donc que - de même que Nietzsche reconnaît de la valeur originale au platonisme, dans le contexte grec antique, - Platon n'idéalisa, n'idyllisa et ne moralisa pas tant que le retordit & distordit Augustin d'Hippone. Je dis que, s'il y a bien des mœurs et une morale grecque là-dedans, elles correspondent plus judicieusement à ce qu'il faut bien appeler le réalisme des idées platoniciennes, aussi critiquable soit-il, judicieusement ou torsement - aussi torsement qu'Augustin d'Hippone influa sur le platonisme ...

Le réalisme des idées, il fait de Platon un penseur sublimement concret, ou concrètement sublime, dans un olympisme psychologique et un stylisme mythologique, où le divin a une concrétude montaine (sur le mont Olympe, homériquement). Le divin platonicien, il n'a rien à voir avec le divin chrétien ; le divin platonicien, polythéique, il est multiforme, transforme, conforme et difforme, mais il n'a rien du divin chrétien, monotono-théique (comme dirait Nietzsche), qui est nébuloforme, angéloforme, chéruboforme, colomboforme, uniforme & informe. Bref : quand bien même Platon fut altéré par l'Histoire, quand bien même il contient les prémisses de l'idéalisme chrétien - mais surtout sa récupération virtuellement accessible avec aisance - il n'en reste pas moins que l'Excellent, c'est le maître dans son exercice aristocratique ; que l'Exquis, c'est le maître dans son délice aristocratique ; et que l'Essentiel, c'est le maître dans son étude aristocratique - ce qui est dire que la morale platonicienne est aristocratique, éventuellement méritocratique, mais certainement pas démocratique ni a fortiori ochlocratique, comme c'est le cas de "l'égalité des enfants de Dieu en face de Lui", et quand bien même Dieu correspond féodalement à un suzerain absolu par la hiérarchie des ciels puis des rois & fieffés seigneurs, car "à lui le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles" ...

Donc : pas d'amalgame ! et un peu de sens historique, sang noir !
Nietzsche, dans HTH §2, a écrit:Péché originel des philosophes. — Tous les philosophes ont à leur actif cette faute commune, qu’ils partent de l’homme actuel et pensent, en en faisant l’analyse, arriver au but. Involontairement « l’homme » leur apparaît comme une æterna veritas, comme un élément fixe dans tous les remous, comme une mesure assurée des choses. Mais tout ce que le philosophe énonce sur l’homme n’est au fond rien de plus qu’un témoignage sur l’homme d’un espace de temps fort restreint. Le défaut de sens historique est le péché originel de tous les philosophes ; beaucoup même prennent à leur insu la plus récente forme de l’homme, telle qu’elle s’est produite sous l’influence de religions déterminées, même d’événements politiques déterminés, comme la forme fixe d’où il faut que l’on parte. Ils ne veulent pas apprendre que l’homme, que la faculté de connaître aussi est le résultat d’une évolution ; tandis que quelques-uns d’entre eux font même dériver le monde entier de cette faculté de connaître. — Or, tout l’essentiel du développement humain s’est passé dans des temps reculés, bien avant ces quatre mille ans que nous connaissons à peu près ; dans ceux ci, l’homme peut n’avoir pas changé beaucoup. Mais alors, le philosophe voit des « instincts » chez l’homme actuel et admet que ces instincts appartiennent aux données immuables de l’humanité, et partant peuvent donner une clé pour l’intelligence du monde en général ; la téléologie tout entière est bâtie sur ce fait, que l’on parle de l’homme des quatre derniers mille ans comme d’un homme éternel, avec lequel toutes les choses du monde ont dès leur commencement un rapport naturel. Mais tout a évolué ; il n’y a point de faits éternels ; de même qu’il n’y a pas de vérités absolues. — C’est pourquoi la philosophie historique est désormais une nécessité, et avec elle la vertu de la modestie.
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Malcolm
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