Ethologie du philosophe

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Ethologie du philosophe

Message  Malcolm le Lun 9 Mai 2016 - 19:19

On dit "le philosophe", et cela ne veut pas rien dire.
Cela ne veut pas rien dire et, pour commencer, cela masculinise plus que ça ne féminise ... pour des raisons instinctives inéluctables, ou bien pour des raisons psychoculturelles éventuellement modulables - ce dont je doute foncièrement.

Mais de plus, quand on sait du philosophe, qu'il s'est défini pythagoriciennement par modestie voire ironie à l'égard du sage, et quand on sait que la sagesse - de base - est la sapience nesciente d'homo sapiens, soit son armada-dynamique de connaissances (au sens large de ce qui est connu, personnes, histoires, superstitions, cultures, compétences, traditions, jusqu'aux sciences & méthodes idoines ... ) ... eh bien, quand on sait cela, on voit bien que le philosophe, amateur/amant de-, affinitaire avec-, tendant vers- la sagesse, cherche à développer une bonne escience de sa sagesse de base, occasionnant l'apprésentation théorique d'une sagesse élaborée, dite philosophique.

Ce qui est dire que le philosophe, humain comme le commun des mortels homini sapienti, correspond à une sorte d'homo sapiens sapiens, ou d'homo sapiens au carré, cherchant à surpasser sa cognition en ultracognition (cognition par-delà la cognition).
Démarche ultracognitive par laquelle il entre dans une espèce d'irrésolution aux yeux du commun des mortels, tandis qu'il préférera quant à lui la nommer prudence (latin prudentia, synonyme de sagesse).

Cette irrésolution, elle a plusieurs conséquences éthologiques : tout d'abord, elle détache le philosophe du commun des mortels cogitant, pour une paratopie existentielle de l'ultracogitation. Or, ultracogitante, cette paratopie - qui n'est ni une atopie, et encore moins utopie, pour ce que le philosophe, humain, est bel et bien terrestrement carné, - cette paratopie, disais-je, origine/instigue un lieu (topos) différent, à côté (para-) des lieux communs, lieu différent depuis lequel le philosophe développe une singularité para-comportementale et -énonciative qui, en sus de son irrésolution/prudence (selon les perspectives commune-des-mortels ou philosophique) le fera passer pour "un extraterrestre", à double-titre.
Au titre de son comportement, donc, car bon gré mal gré le philosophe se désaccoutume des lieux communs, et au titre de son énonciation, donc, car bon gré mal gré le philosophe se désaccoutume ... des lieux communs.

Or, ces lieux communs, en tant que procédant d'une sagesse initiale propre & propice à tout le genre humain, ils ont leur intérêt & leur valeur accoutumée. C'est-à-dire que, procédant de la trans-topie commune (lieux traversant le commun des mortels, portés par le commun des mortels ; lieux majoritaires, lieux transversaux, concernant aussi bien la terrestre carnation du philosophe parmi ce commun des mortels), on ne voit communément pas pourquoi ils feraient problème. Le commun des mortels est dans une sagesse nesciente évidencielle.
Or effectivement, ces lieux communs ne font pas particulièrement problème mais, quand ils font problème (par exemple, l'enjeu écologique actuel), ce problème peut-être résolu par d'autres lieux communs, soit des procédures de la sagesse nesciente commune - où l'on voit que le philosophe fait piètre figure (par exemple moi, avec mon aristocratisme de gauche (écologue), quand le misarchisme-ochlocratisme obtient des résultats : pourquoi réformer notre régime politique, quand on peut se transgérer de la sorte - l'autogestion est un leurre, il y a toujours au moins des éminences grises).

Bref : vraiment, le philosophe n'a rien pour lui. Notamment, surtout, lorsqu'il prend sa paratopie pour une eutopie (un bon lieu) à la manière de Platon (épistémotopie : lieu du savoir) ... ou de moi, encore (aristotopie : lieu des meilleurs) ... car cette posture a, aux yeux du commun des mortels, un caractère orgueilleux, hautain, arrogant, prétentieux, présomptueux, et tout ce que l'on voudra encore ... mais le philosophe s'expérience soi-même dans une innocence ultracognitive qu'il estime normale, quand elle est paranormale au commun des mortels, et que le philosophe juge anormale la cognition commune.
Aussi bien, bon nombre de philosophes - ou d'idéologues sommaires, ou d'intellectuels réputés ou autoproclamés philosophes - se décide pour l'association altercognitive du commun des mortels cognitif, avec leur ultracognition dite communément leur réflexion. Cela peut virer et vire souvent à la démagogie & au pire populisme, mais cela peut tout aussi bien virer à l'éminence grise intellectuelle, où le commun des mortels va trouver dans tel et tel auteur philosophique, des légitimations & justifications postposées de sa démarche préposée. Aussi bien, il évaluera le philosophe en fonction de ses préjugés, sauf quand il est plus malin, perspicace, expériencé voire sagace que la moyenne (auquel cas sagace, il a les dispositions pour devenir philosophe, d'ailleurs ... ), et qu'il a suffisamment d'hypercognition commune, pour fonder sa démarche sur la base d'un philosophe (cas de bon nombre d'amateurs de philosophie, ici ou ailleurs, se prenant régulièrement pour des philosophes ... ).

Bref : non content de déjuger communément le philosophe (surtout par nos temps sciencés, mais pas inhéremment sensés ... ), le commun des mortels va-t-il encore éprouver du ressentiment à son encontre - il aura plein de reproches à faire à son irrésolution surarchiquement autosituée dans l'échelle cognitive - raison pour laquelle les penseurs plus et moins philosophes s'associant au commun des mortels, évitent d'aborder la question cognitive.
Irrésolution surarchiquement autosituée (prudence ultracognitive hétérosituée selon le philosophe ... ) que portent avec eux tous les pseudo-philosophes et autres pseudo-sophes dits, vilainement. Or, comme ils sont logiquement plus nombreux dans une population (l'hypercognition étant statistiquement plus répandue que l'ultracognition), ils passent pour représentatifs de la philosophie aux yeux du commun des mortels, qui aura d'autant plus de raison d'en vouloir au philosophe ... alors imaginez l'affaire, par temps miarchiques-ochlocratiques comme les présents ! C'est l'horreur : il n'y a plus de respect ni de réciprocité ...

***

Au-delà, il faut toucher rapidement un mot sur l'ultracognition, rapport à l'hypercognition.

Premièrement, et schématiquement, il faut dire que l'humanité se répartie sur une courbe de Gauss, de l'acognition végétative ou onirique à la mégacognition autistique ou psychédélique, en passant par l'hypocognition brutale ou reposante, la (normo)cognition moyenne, l'hypercognition affinée ou fatiguante, et l'ultracognition onirique ou philosophique (sur l'ultracognition onirique, voir Jung et son interprétation du "grand rêve", notamment). Dans tous les cas, les Hommes sont travaillés par leurs instincts, qu'ils gèrent selon leurs dispositions *cognitives.

Deuxièmement, l'hypercognition n'est pas l'hyperphrénie - (sur)douance, - qui se rapprocherait plus logiquement du philosophe.

Troisièmement enfin, l'hypercognition est sur-représentée à l'université et dans les médias, pour ce que l'ultracognition, comme nous le disions précédemment, fait passé pour irrésolu surarchique autositué, "et pour qui tu te prends, toi qui est comme nous terrestrement carné ...". Le seul personnage pour lequel j'hésite sera Raphaël Enthoven, quand bien même il n'a pas de philosophie en propre (attend-il son grand jour ? on peut être sceptique). Mais, naturellement, il a connu (bibliquement ou non) les bonnes personnes, pour être ainsi pistonné (suite à quoi je suppose que cela restreint ses possibilités de philosophie en propre ... ).
L'heur du bon endroit au bon moment, l'heur machiavélien de la Fortuna & du kaïros, dans lesquels il faut une certaine virtu que je lui reconnais. Or, son "épidermisme" philosophique le situe assez bien dans l'ordre des apparences machiavéliennes.

Voilà voilà.

En somme : il ne faut pas trop vite préjuger du philosophe, quand bien même on peut le préjuger devenu un plant inutile, à la revelienne par exemple.
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Malcolm
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