Hacking philosophique

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Hacking philosophique

Message  Malcolm le Dim 5 Juin 2016 - 23:22

Prenons les choses autrement.

Qu'est-ce qu'un philosophe ?
Pour commencer c'est un membre de l'espèce humaine.
Répondant peut-être à une éthologie, et peut-être plus facilement homme que femme.
Mais bon : en tant que membre de l'espèce humaine, il fait partie d'un ensemble d'autres membres qui, typologiquement, morphologiquement, physiologiquement & psychologiquement, ne se distingue que par le détail.

Notoirement, un de "ces détails" consiste en philosophie, définie comme l'on sait précédemment.
Mais, avant tout, le philosophe reste un humain parmi d'autres.

Le philosophe expérience/exerce/pratique sa raison de façon plus intense, par goût, loisir, intérêt, effort, appétence, appel ou passion, etc. Ce qui dit donc que les humains parmi lesquels il est, raisonnent chacun, aussi.
C'est "juste" qu'il y a une éprise du philosophe (du philosopheur occasionnel-commun au philosophe continuel-réputé, en passant - possiblement transversalement - par les universitaires ouvriers-défricheurs et les outsiders explorateurs-artisans) - une éprise du philosophe, disais-je, par la raison, ou le raisonnement.
Le philosophe a l'amour des raisonnances, et est de fait pris dans des caisses de résonances intellectuelles, par lesquelles on le trouvera l’œil un peu plus hagard, le regard un peu plus lointain, l'allure un peu plus réservée ou étonnée, l'accoutrement un peu plus négligé, la tournure expressive un peu plus chiadée, l'appréhension des choses un peu plus alambiquée, etc. que la moyenne.
Car, en tant qu'il a l'amour des "raisonnances", il entend sans cesse des voix, les voix de sa pensée, et les échos qu'elle a alentour pour lui-même. Il y a une "schizoïdie" du philosophe, rapport à sa vie dans raison, de logos, de langage.
Or, comme la moyenne (moyenne, rapport à la philosophie, mais certes pas moyenne pour- et à- elle-même, rapport à d'autres champs) - comme la moyenne raisonne sans raisonner sur quelque "raisonnance", la voilà dans des savoirs (-vivre, -être, -faire) dits insus en sciences didactiques. Des savoirs opératifs & processuels, par lesquels elle "vit sa vie" "sans se prendre la tête" et a fortiori "sans se masturber intellectuellement" qui la "rendrait sourde", du moins est-ce sa façon d'appréhender les larrons philosophiques de tous les mondes.

Bref : la philosophie, dans cet ordre inductif depuis "les larrons philosophiques de tous les mondes", correspond à l'expérience/l'exercice/la pratique raisonnante, de la ratiocination à la rationalisation, de la personne éprise par ses "raisonnances", que ces raisonnances viennent d'interprétations des choses, d'interprétations d'autrui ou d'interprétations par soi.
Il y a une autologie du philosophe, qui fait passer les philosophes de l'Histoire pour des singularités hermétiques, et pas qu'à cause de leurs belles-lettres souvent, ou du moins labyrinthiques-lettres ... mais aussi à cause du fait que la raisonnance philosophique, en tant que raisonnement au cube, est la tentative & la tentation d'un humain, de produire une connaissance autonome - soit donc à elle-même sa propre loi (auto-nomos, norme de soi-même).
D'où suit que les philosophes furent largement épris, decrescendo, de dogmatisme, de systémisme, logicisme, de véritarisme, de réalisme, d'organicisme, à travers l'Histoire de la philosophie - de façon aléatoire.
Il y a prétention autologique du philosophe à produire une connaissance autonome, où l'on rejoint sa "schizoïdie" précédente, dans une forme d'autisme et de paranoïa singulières, prenant la forme d'une autarcie.

Pour autant, l'autarcie philosophique a pour vertu, en tant que connaissance, de connaître de façon opératoire, quand bien même hyper-spéculative parfois. Cette connaissance, donc, a une vertu métalogique, censée valoir dans bien des champs, voire tous les champs de l'existence humaine de cet humain de philosophe, donc pour tous les humains.
Cela peut sembler fort présomptueux, oui, que par les efforts d'un/e seul/e, tous les champs de l'existence humaine puissent être épuisés, quand bien même cet/te un/e se réfère à l'héritage philosophique en "raisonnances".
C'est pourquoi nous sommes globalement embarrassés en face des philosophes & leurs philosophies : nous ne savons pas si nous devons nous en tenir à leur singularité autonome-autarcique, les laissant donc dans leur sphère ou leur bulle fonctionnelle ne valant que pour tel/le philosophe & ceux qui s'en réclament plus et moins épigoniquement ou studieusement, ou bien si nous devons les prendre pour ce qu'ils apportent de métalogies réappliquables par ailleurs, comme en hacking notionnel - hacking qui a la réputation peut-être infondée de sacrifier le philosophe & sa philosophie, à une novlangue relative désormais dispersée donc inauthentique.
A vrai dire, ce hacking - auquel je m'adonne sans conteste allègrement - me semble globalement réprouvé toujours par les masses/majorités de tous les mondes.

Mais n'est-ce pas autant voire plus faire honneur à un philosophe, que de donner vie à ses notions, plutôt que de les tenir en joue ?

Une question pour tous & pour personne.
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Message  Princeps le Lun 6 Juin 2016 - 1:08

Dans les Arts Martiaux, la coutume veut que l'on "vole les techniques". Par l'observation et la reproduction. Aussi, je soutiens avec ferveur ce hacking.
Le philosophe a l'amour des raisonnances, et est de fait pris dans des caisses de résonances intellectuelles, par lesquelles on le trouvera l’œil un peu plus hagard, le regard un peu plus lointain, l'allure un peu plus réservée ou étonnée, l'accoutrement un peu plus négligé, la tournure expressive un peu plus chiadée, l'appréhension des choses un peu plus alambiquée, etc. que la moyenne.
J'aime beaucoup cette description, parce qu'elle dit beaucoup de chose en miroir. Le Philosophe est à la marge - hors de la cité. Pourtant, ce ne fut pas toujours le cas : Machiavel, Tocqueville, Cicéron sont des hommes de leurs temps, pleinement reconnus et socialement important - de vrais citoyens. Est-ce pas notre rapport au savoir qui est nouveau ? Ou la place du philosophe qui est nouvelle ?
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Re: Hacking philosophique

Message  Malcolm le Lun 6 Juin 2016 - 1:48

Dans les Arts Martiaux, la coutume veut que l'on "vole les techniques". Par l'observation et la reproduction. Aussi, je soutiens avec ferveur ce hacking.
❤ 
J'aime beaucoup cette description, parce qu'elle dit beaucoup de chose en miroir. Le Philosophe est à la marge - hors de la cité. Pourtant, ce ne fut pas toujours le cas : Machiavel, Tocqueville, Cicéron sont des hommes de leurs temps, pleinement reconnus et socialement important - de vrais citoyens. Est-ce pas notre rapport au savoir qui est nouveau ? Ou la place du philosophe qui est nouvelle ?
Non, ce ne fut pas toujours le cas - cette marginalité. Je crois surtout que le positivisme a jalousement procédé à une marginalisation du philosophe, par aliénation sociopolitique de tous/chacun aux savoirs positifs (regarde Ragnar). Le négatif hegelien faisait "bête noire", ou bien tout simplement le diapositif philosophique, en tant qu'aujourd'hui les philosophies conséquentes sont perscientifiques. Chose parfaitement compréhensible, en tant que le parent aime ses enfants, et tendrement les regarde s'ébrouer.
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Message  Princeps le Lun 6 Juin 2016 - 8:39

Je crois surtout que le positivisme a jalousement procédé à une marginalisation du philosophe, par aliénation sociopolitique de tous/chacun aux savoirs positifs (regarde Ragnar).
Le positivisme a gagné, indéniablement. Sur la relégation du Philosophe on en voit certains (Badiou, B.H.L, Onfray, Finkelkraut) participé à la vie politique ; c'st le niveau de leurs réflexion qui est affreusement bas. Dans ces interventions publiques ils sont bien plus polémiste (à la Soral) que philosophe.
Depuis Aron-Sartre, point de philosophie en France. Les meilleurs (Manent, Rousset) sont peu ou pas audible - sans être pro-science. Le "pourquoi" m'embête. J'ai le sentiment que la seule explication plausible, c'est qu'ils disent des choses, dans l'acception la plus forte du terme, et que personne n'a envie de l'entendre, ou pas les moyens, ou les deux...
On voit bien, là, ce que nos biais cognitifs respectifs nous font dire *Lol*.

Edit : souvent, le hacking est définit comme un manque d'originalité, mais aussi de conviction - et accessoirement, comme étant le chemin le plus facile *Lol*. Qu'est-ce que cela dit de notre époque ?
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Re: Hacking philosophique

Message  Malcolm le Lun 6 Juin 2016 - 14:08

D'accord sur ton développement.

Quant au hacking, deux choses :

1° il peut sombrer en hackerism (ce n'est pas moi qui le dit, mais le site http://hacking-social.com/ (recharger la page si tu as temporary unavailable, ça me le fait toujours quand je vais dessus au démarrage de mon PC, comme si ... mais ne soyons pas soupçonneux, n'est-ce pas). Comme tout mouvement social alors, il charrie toute la lie contre-culturelle sous-culturelle vaurien, par laquelle le politiquement correct le discréditera/marginalisera. Or il faut paradoxalement croire que la philosophie en est là des biais cognitifs, où elle est prise pour un type d'idéologie parmi d'autres, un philosophisme, avec cette singularité de rassembler "des un-peu-fous" aux yeux du sens commun médiaconomique sociologique (comm' mercatique entrepreneuse-de-soi pernarcissique individualiste libérale humanitaire, oxydantale ethno- & chrono-centrique, dérespectueuse de tout - pas irrespectueuse dans les termes, mais dans l'intentionnalité phénoménologique, car n'y regardant jamais à deux fois avant de se prononcer, par "actualisme" IVL en temps "réel", ad libendum, ad nauseam).

2° il peut s'en tenir au hack, dont la processualité est dite hacking donc, à savoir alors une processualité hors-champ à bon escient mais de non-sens commun, voire de "mauvais sens" global, mais qui pourtant, dans son hors-champ, et comme tout hack, déploie un ou des champs singuliers, du genre hapax quand ils ne sont pas développés/continués/repris. En fait le hack désigne en 2.0 ce qui a toujours existé - même pas en 1.0 - mais en 0.0, soit donc avant l'avènement de l'ère numérique-informatique-programmeuse, à savoir les faits de comprendre, reprendre, bidouiller/détourner/contourner/développer. Il s'agit du bricolage humain le plus naturel et le plus sain qui soit, parce qu'il se tient dans l'ordre du do-it-by-yourself (et non seulement du do-it-yourself) ainsi qu'il fut dans toute l'Histoire universelle.

La société moderniste, en réalité, à travers servuctions & développements de produits/de services, nous déresponsabilisent/irresponsabilisent dans la démarche quand bien même DIY, puisqu'elle a toujours-déjà tout prévu, principe de précaution, tout est sous contrôle, satisfaction-client, économie d'échelle, maximisation, facilitation d'accès, etc. - quand seulement c'est rentable, naturellement, afin d'éviter la déséconomie d'échelle et la surproduction, etc. mais pas la crise de confiance, puisque c'est sur elle qu'on bâtit cet univers, crise de confiance précisément créée par le DIY nous rendant incapable de dire "comment ça marche".
Aussi, le DIBY du hack est une ressaisie pour commencer, ainsi que tout Homme se saisissait/se saisit d'un outil (ustensilité du Dasein, par-delà l'être-sous-la-main de sa quotidienneté, l'être-à-disposition, dont Heidegger dit d'ailleurs qu'il crée une brèche dans sa significativité en cas de panne, où la désutilité voire l'inutilité oblige à des démarches signifiantes renouvelées, particulièrement frustrante quand on a été adulinfanté par notre "actualisme" dé- ou ir-responsabilisant).

Bref, le hack, c'est l'appréhension réustensile du monde, ou des œuvres/monde humain (Arendt), dans sa significativté, sans aliénation de l'ustensilité et de la significativité.
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