Entretien imaginaire sur Nietzsche. I. Généralités.

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Entretien imaginaire sur Nietzsche. I. Généralités.

Message  Philosophos le Mer 25 Déc 2013 - 19:07

L'interviewer : Bonjour à tous ! Aujourd'hui nous allons parler de Nietzsche. J'ai demandé à un des meilleurs spécialistes du philosophe de répondre à mes questions. Ce sera une discussion à bâtons rompus, sans plan préalable. Rien n'a été préparé. Commençons par une question qui me brûle les lèvres depuis que j'ai entendu parler de Nietzsche. Etes-vous surpris que Nietzsche admire des tyrans, alors que la tradition philosophique est de louer les vertus morales ?
Moi : Pas du tout. Dans l'Antiquité, on admire avant tout le courage, sur le champ de bataille comme dans la vie politique, et par suite, en philosophie. Or, Nietzsche avait une formation de philologue, autrement dit il a été formé pour devenir un savant versé dans l'étude des textes antiques. Jeune, il s'est imprégné des auteurs grecs et romains, à l'école de Pforta, qui avait la réputation de former des athées. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait dès son jeune âge accordé peu d'importance aux valeurs morales, leur préférant la grandeur d'âme.
L'interviewer : Justement, ne pensez-vous pas que Nietzsche méconnaisse tous les philosophes qui ont suivi ?
Moi : Il est évident que Nietzsche ignore à peu près tout de la philosophie moderne. Il a essayé de briguer une chaire de philosophie à l'université de Bâle, mais en a été dissuadé. Il n'avait de toute façon pas le bagage nécessaire pour ce poste, et il le savait. Mais ce qui est intéressant chez Nietzsche est cette capacité d'intuition supérieure, qui lui faisait comprendre bien des idées en germe chez ses contemporains, et l'a ainsi mis au centre de la vie intellectuelle.
L'interviewer : Nietzsche n'a pas été célèbre tout de suite...
Moi : Parce que les idées qu'il a pressenties étaient comme on dit "en l'air", elles n'avaient pas été conceptualisées avant lui, en tout cas avec ce degré d'acuité. Par exemple, le texte fameux sur la mort de Dieu, dans le Gai Savoir.
L'interviewer : A ce propos, ne fait-on pas une erreur d'interprétation quand on conclut de sa célèbre phrase "Dieu est mort" que Nietzsche a tué Dieu ?
Moi : Tout à fait. Nietzsche constate un événement qu'il juge s'être produit depuis longtemps. Il joue le rôle d'éveilleur des consciences. C'est pour cela qu'il se fait passer pour fou, car dans l'Antiquité, seul le fou avait le droit de révéler des pensées aussi subversives. Le fou ne risquait pas non plus la folie, puisqu'il l'était déjà. D'ailleurs, Nietzsche a dû avoir à ce moment-là le pressentiment qu'il finirait fou.
L'interviewer : C'est intéressant. Vous affirmez que Nietzsche savait qu'il mourrait fou ?
Moi : Je le pense, oui. Nietzsche avait vu son père mourir d'un ramollissement cérébral, lui-même était fréquemment en proie à d'intenses migraines, qui n'étaient pas sans lui rappeler la fin prématurée de son père.
L'interviewer : Sa philosophie semble annoncer une fin du monde, comme si tout l'édifice rationnel que l'homme avait conçu devait disparaître...
Moi : C'est ce qu'on comprend en général de sa philosophie, une mise en cause radicale de la philosophie occidentale, et par extension de la société et de ses valeurs. Mais il faut nuancer fortement cette idée, je devrais dire ce préjugé. Nietzsche, à l'époque d'Humain trop humain, admire Voltaire et la philosophie des Lumières. D'une manière plus générale, il compte beaucoup sur la science. On ne peut donc pas dire qu'il était un esprit anti-scientifique, ni même anti-rationnel. Au contraire, il veut en finir avec tout ce qui obstrue la voie de la raison, tout ce qui empêche l'homme d'être lucide envers lui-même. D'où son livre Le crépuscule des idoles, qui n'est pas qu'un contrepied à l'opéra de Wagner, Le crépuscule des Dieux, mais une étape essentielle de son propre cheminement philosophique. Sa maladie, qui l'a mis plus ou moins à l'écart du monde civilisé, en tout cas intellectuellement, lui a permis de sonder les valeurs de cette société, ses fondements.
L'interviewer : Pourquoi vouloir les détruire ?
Moi : Bonne question. Parce qu'il avait un esprit révolutionnaire, il se sentait investi d'une mission, plus précisément d'une tâche. Enlevons tout messianisme de cette conviction. Nietzsche n'était pas religieux pour un sou. Mais il avait la conviction d'être une étoile, tout comme son ami Richard Wagner, il nous en fait la confidence dans un aphorisme du Gai Savoir. S'il ne croyait pas en Dieu, il croyait au destin, il se surnommait "fatalité". Tout cela dans la droite ligne de l'Antiquité, mais sans l'attirail mythologique.
L'interviewer : Croyez-vous en Dionysos ?
Moi : (Rires) Non, bien sûr que non ! Le Dionysos de Nietzsche est un concept philosophique. Il s'agit du cycle de la nature, fait de morts et de renaissances perpétuelles. Le tout est d'accepter la mort des individus, leur sacrifice à cette nécessité grandiose.
L'interviewer : Vous évoquez l'Eternel Retour ?
Moi : Oui, tout à fait, le concept de l'Eternel Retour est intimement lié à celui de Dionysos, et au sentiment du tragique, dont il a cru un temps que Wagner allait le mettre en scène, avant de s'apercevoir que Wagner faisait le jeu du christianisme.
L'interviewer : Qu'est-ce qui est à l'origine de leur brouille ? Ils formaient pourtant une belle amitié...
Moi : Nietzsche s'était imaginé que Wagner avait rejeté le christianisme pour un néopaganisme, alors qu'il n'a jamais été question pour Wagner , malgré ce que Nietzsche affirme dans la Généalogie de la morale, et ce que les Nazis ont voulu croire, de quitter le giron chrétien. Peut-être que le syncrétisme wagnérien est à l'origine d'une méprise, plus ou moins volontaire, de ses admirateurs. En tous les cas, Wagner a contempté le christianisme uniquement parce qu'il ne le trouvait pas assez noble, contrairement au bouddhisme, issu selon lui de l'aristocratie indienne.
L'interviewer : Tout comme Nietzsche, finalement...
Moi : Exactement, ils se retrouvaient là-dessus.
L'interviewer : Je voudrais encore évoquer l'immoralisme de Nietzsche, sur lequel nous n'avons fait que passer au tout début de notre entretien. Pensez-vous que Nietzsche était vraiment immoral ? Ou n'était-ce pas une façade qu'il se donnait ? Un intellectuel qui veut se faire passer pour un dur, l'homme d'action qu'il aurait rêvé d'être ?
Moi : Vous avez raison sur la dernière partie de votre analyse. Nietzsche était un homme très doux, un faible, comme on dirait si on voulait reprendre sa terminologie et son échelle de valeurs. Mais je pense, pour répondre à votre question, qu'il était vraiment immoral. Non pas au sens d'un délinquant ou d'un criminel, mais parce qu'il était intimement persuadé que les valeurs morales n'ont aucun fondement, ni naturel ni divin. Ainsi on le voit critiquer autant le socialisme que le christianisme, qu'il assimile d'ailleurs volontiers dans leurs idéaux d'arrière-monde, leur croyance au progrès social ou moral. Pire que ça, il prétend que le crime a ses vertus. Il raffermit l'humanité qui sans cela sombrerait dans l'apathie.
L'interviewer : N'est-ce pas une idée dangereuse, notamment auprès des jeunes, qui ne possèdent pas encore une morale bien établie ?
Moi : C'est en tout cas une des raisons du fort attrait de ce penseur sur la jeunesse, de tout temps. Le phénomène s'observe encore de nos jours, malgré l'affaiblissement de l'éducation chrétienne, qui est à l'origine de la révolte de Nietzsche adulte.
L'interviewer : Comment expliquez-vous que Nietzsche nous questionne encore alors qu'on a intégré ses idées, qui aujourd'hui paraissent presque banales, en particulier sur la sexualité ?
Moi : Ne croyez pas que nous en ayons fini avec le christianisme ! Il imprègne et imprégnera pour longtemps nos moeurs et nos idées. Nietzsche, par son style provocateur, nous force à nous poser tout un tas de questions sur des croyances auxquelles on ne fait même plus attention. C'est un penseur stimulant. Là est sa principale force, la raison pour laquelle il agit encore sur nous.
L'interviewer : Vous voulez dire que son style l'a sauvé ?
Moi : Son talent d'écrivain est pour beaucoup dans sa popularité, par exemple son sens de la formule. Il a eu l'art de créer des phrases qui se gravent en nous pour toujours. Qui ne connait pas "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" ?
L'interviewer : Excusez-moi, mais j'ai toujours trouvé cette formule stupide. Comment par exemple un accident qui nous laisserait invalide pourrait-il nous rendre plus forts ?
Moi : C'est là qu'on voit tout le talent de provocateur de Nietzsche. Bien sûr que toute personne sensée vous dira que cette maxime ne va pas de soi. Mais on la retient, parce qu'il y a malgré tout quelque chose de vrai en elle. La souffrance nous fait progresser, elle nous permet de mûrir, de prendre davantage conscience de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. En cela, oui, "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort".
L'interviewer : La souffrance désespérait Schopenhauer, alors qu'elle a l'air d'enthousiasmer Nietzsche ?
Moi : Nietzsche parle quelque part de "l'odeur de croque-mort" de la philosophie de Schopenhauer. Il voulait avant tout sortir de ce qu'il appelait son nihilisme.
L'interviewer : Lequel ? Celui de Schopenhauer ou le sien ?
Moi : Les deux. Nietzsche savait bien qu'on ne sort pas indemne d'une lutte avec le néant. L'humanité est fondamentalement désespérante. Schopenhauer le ressentait douloureusement. Nietzsche a voulu combattre ce sentiment, qu'il pensait inutile si on ne le dépasse pas. Tout l'orgueil de la vie humaine est justement de surmonter ce désespoir, qui saisit l'homme sitôt sorti de l'enfance. Rappelons-nous cette citation de Rousseau mise en exergue du Monde comme Volonté et comme Représentation. Nietzsche doit à Schopenhauer cette lucidité issue des Lumières, passée à travers le tempérament dépressif de Schopenhauer.
L'interviewer : Au fond, Nietzsche n'était-il pas un pessimiste, un dépressif, malgré sa bonne humeur, sa "grande santé" ?
Moi : Il passait par des moments d'optimisme incroyable, avant d'être atteint par une des innombrables crises de sa maladie, d'origine inconnue, et de s'abrutir d'opium et de chloral, un somnifère en vogue à l'époque. Néanmoins, je pense qu'il aimait la vie, non pas en jouisseur, quoiqu'il aurait bien aimé être une de ces natures puissantes de la Renaissance, un Rabelais par exemple, mais en épicurien véritable. Il le dit explicitement quand il compare le bonheur à une bulle de savon ou un papillon. Un de ses rêves récurrents, aussi bien pendant son sommeil, qu'éveillé, était de pouvoir voler. Etre allégé des contingences de la vie, pouvoir oublier ce qui fait souffrir, et qui "seul reste dans la mémoire".
L'interviewer : Vous voulez dire que le remède de Nietzsche à la souffrance était l'oubli ? Un pharmakon nietzschéen ?
Moi : Oui, tout à fait. Vous avez bien saisi cette dimension thérapeutique de la philosophie nietzschéenne. Toute sa lutte contre le platonisme est en fait une lutte contre l'obsession de Platon pour la réminiscence, le souvenir, tout ce qui alourdit la vie, tout ce qui fait dire à l'homme qu'il est un éternel reproche. On peut même aller plus loin, toute sa critique de la morale tient là-dedans. L'animal est oublieux, or l'homme s'est créé une mémoire, pour pouvoir se souvenir des règles nécessaires pour vivre en société.
L'interviewer : Pourtant, beaucoup d'animaux vivent harmonieusement en société ?
Moi : En effet, c'est pourquoi Nietzsche trouve aussi une vertu à la mémoire, à condition de dépasser la morale, et d'avoir si bien intégré la morale qu'on puisse l'oublier. Alors pourra venir le temps du surhumain.
L'interviewer : Le surhumain n'est-il pas un mythe ?
Moi : C'est encore un concept, comme l'éternel retour. Il n'y a et n'y aura jamais de surhomme. C'est un appel au dépassement de soi, toujours dans l'idée qu'on doit laisser derrière soi celui que l'on était l'instant d'avant, "Deviens ce que tu es", ce bout de vers de Pindare qu'il a repris à son compte. L'Etre n'existe que dans le présent, il est mouvement incessant, fuite permanente. D'où l'idéal nietzschéen de l'art comme projet de civilisation.
L'interviewer : Est-ce à dire que nous devrons tous devenir peintres ou musiciens ?
Moi : (Rires) Non, pas du tout ! L'art selon Nietzsche est une façon de voir la vie, comme un dépassement continuel, ainsi que je vous le disais.
L'interviewer : Merci pour cette discussion fort intéressante. J'avais encore plein de questions à vous poser, mais je ne veux pas vous importuner plus longtemps, et je crains que nous ayons déjà impatienté nos lecteurs.
Moi : Nietzsche est un philosophe passionnant. Je suis sûr que vous reviendrez à lui d'ici très peu de temps.
L'interviewer : Je n'en doute pas. En tous les cas, merci de votre patience, et à très bientôt.
Moi : Merci.

FIN DE L'ENTRETIEN.

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Moralisation gentilhomme

Message  Malcolm le Mar 17 Mai 2016 - 16:08

Un entretien intéressant en effet, que j'ai suivi tout du long, et que je trouve fort passionnant dans la dynamique auto-dialogique qu'il propose, sur un mode sympathique-scientifique - fatalement, de par sa mono-auctorialité dissociative. Un exercice de style dans lequel il m'arriva de verser, et que je suis tenté de reprendre alors. Merci pour ta gentilhomie intellectuelle.
Or, paradoxalement, c'est précisément par là que tu pèches nietzschéennement, à mes yeux, encore que ta perspective soit pertinente & impertinente aussi bien.
L'interviewer : Pensez-vous que Nietzsche était vraiment immoral ? Ou n'était-ce pas une façade qu'il se donnait ? Un intellectuel qui veut se faire passer pour un dur, l'homme d'action qu'il aurait rêvé d'être ?
Moi : Vous avez raison sur la dernière partie de votre analyse. Nietzsche était un homme très doux, un faible, comme on dirait si on voulait reprendre sa terminologie et son échelle de valeurs. Mais je pense, pour répondre à votre question, qu'il était vraiment immoral. Non pas au sens d'un délinquant ou d'un criminel, mais parce qu'il était intimement persuadé que les valeurs morales n'ont aucun fondement, ni naturel ni divin.
La douceur de Nietzsche est précisément issue de son analyse radicale des raffinements de la cruauté moralement spiritualisée - moralement-des-esclaves. Par quoi Nietzsche n'était absolument pas immoral, mais amoral eut égard aux esclaves, du fait de son immoralisme intellectuel, nihiliste, permettant un projet sur-nihiliste. Car le nihilisme, il appartient aux esclaves faibles d'âme. La faiblesse congénitale-constitutive du corps nietzschéen, elle est précisément la condition maladive provoquant son élan vers la maîtrise de la volonté de puissance, dans une morale des maîtres, donc, qu'il proposa continûment dans son œuvre. La surdétermination du dépassement, c'est qu'il y ait à dépasser, pour en avoir la force - avec l'âme idoine, toutefois : le reste faible périra de soi-même.
La morale des maîtres, c'est précisément "la véritable morale pouvant se moquer de la morale" selon le mot pascalien - Pascal, que Nietzsche saluait, en dehors de son sacrifizio del intelleto chrétien - dont Nietzsche se navrait.
L'interviewer : Comment expliquez-vous que Nietzsche nous questionne encore alors qu'on a intégré ses idées, qui aujourd'hui paraissent presque banales, en particulier sur la sexualité ?
Moi : Ne croyez pas que nous en ayons fini avec le christianisme ! Il imprègne et imprégnera pour longtemps nos moeurs et nos idées. Nietzsche, par son style provocateur, nous force à nous poser tout un tas de questions sur des croyances auxquelles on ne fait même plus attention. C'est un penseur stimulant. Là est sa principale force, la raison pour laquelle il agit encore sur nous.
Dire penseur stimulant, c'est précisément gentilhomme à son égard philosophique. Nietzsche n'est pas seulement stimulant, il est émulant, il éprend expérienciellement, ou alors on est fatalement rendu à en traiter existentiellement inférieur à sa supériorité existentielle.
Bref : la gentilhomie est d'un honnête homme, pas d'un "prince hors-la-loi" (Vögelfrei, en poème conclusif au Par-delà ...) - et tu perds le nietzschéisme ("Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite.").
L'interviewer : Au fond, Nietzsche n'était-il pas un pessimiste, un dépressif, malgré sa bonne humeur, sa "grande santé" ?
Moi : Il passait par des moments d'optimisme incroyable, avant d'être atteint par une des innombrables crises de sa maladie, d'origine inconnue, et de s'abrutir d'opium et de chloral, un somnifère en vogue à l'époque. Néanmoins, je pense qu'il aimait la vie, non pas en jouisseur, quoiqu'il aurait bien aimé être une de ces natures puissantes de la Renaissance, un Rabelais par exemple, mais en épicurien véritable. Il le dit explicitement quand il compare le bonheur à une bulle de savon ou un papillon. Un de ses rêves récurrents, aussi bien pendant son sommeil, qu'éveillé, était de pouvoir voler. Etre allégé des contingences de la vie, pouvoir oublier ce qui fait souffrir, et qui "seul reste dans la mémoire".
Non content d'évaluer tes termes irrespectueux (la précision n'est pas le respect ; elle est d'un homme théorique, non-intuitif au sens de l'Origine ... ) je te trouve une impudeur gnoséologique, notamment académicienne (impudeur, dont tu sais ce qu'en pensait Nietzsche, quoiqu'il s'y adonnait à ses heures). Au reste, il faut lire ce que Nietzsche disait de la virtu dormitiva de l'épicurisme, par quoi, Philo, ton propos corresponds aux chaires de la vertu zarathoustriennes ... Il y a de la cruauté intellectuelle, inexorablement, dans cette gentilhomie (le gentilhomme est cruellement excellent, s'admirant soi-même proto-dandystement)
L'interviewer : Vous voulez dire que le remède de Nietzsche à la souffrance était l'oubli ? Un pharmakon nietzschéen ?
Moi : Oui, tout à fait. Vous avez bien saisi cette dimension thérapeutique de la philosophie nietzschéenne. Toute sa lutte contre le platonisme est en fait une lutte contre l'obsession de Platon pour la réminiscence, le souvenir, tout ce qui alourdit la vie, tout ce qui fait dire à l'homme qu'il est un éternel reproche. On peut même aller plus loin, toute sa critique de la morale tient là-dedans. L'animal est oublieux, or l'homme s'est créé une mémoire, pour pouvoir se souvenir des règles nécessaires pour vivre en société.
Non : l'homme s'est créé une mémoire afin de promettre, promesse nécessaire à Zarathoustra-même, afin de surhumanisme.
L'interviewer : Pourtant, beaucoup d'animaux vivent harmonieusement en société ?
Moi : En effet, c'est pourquoi Nietzsche trouve aussi une vertu à la mémoire, à condition de dépasser la morale, et d'avoir si bien intégré la morale qu'on puisse l'oublier. Alors pourra venir le temps du surhumain.
Il ne s'agit pas d'intégrer la morale, mais de la surmonter immoralistement ("autodépassement de la morale") grâce à l'intégration, pour le coup, du non-intentionnel aux jugements de valeurs - dans une morale des maîtres. L'articulation de la mémoire et de la morale ne tient qu'à l'incorporation généalogique héréditaire, par condiscipline sociale-sociétale hiérarchique-juridique (pénitence, châtiment, punition, etc.) qu'il faut précisément révéler.
L'interviewer : Le surhumain n'est-il pas un mythe ?
Moi : C'est encore un concept, comme l'éternel retour. Il n'y a et n'y aura jamais de surhomme. C'est un appel au dépassement de soi, toujours dans l'idée qu'on doit laisser derrière soi celui que l'on était l'instant d'avant, "Deviens ce que tu es", ce bout de vers de Pindare qu'il a repris à son compte. L'Etre n'existe que dans le présent, il est mouvement incessant, fuite permanente. D'où l'idéal nietzschéen de l'art comme projet de civilisation.
Il y a du vrai dans ce propos, sinon que le para-darwinisme nietzschéen (non-anti-darwinien) projette l'incorporation de la nouvelle noblesse, évolutionnistement, afin d'aboutir à ce qui ne saurait jamais être appelé pour l'heure que poétiquement surhumain, soit le surdevenir-humain, sociobiologique & éthologique, dans cette "physiologie de la morale" inhérente à la sympathie dérationnelle du corps comme Soi, sur-moi non freudien grand'rationnel.

Mais il est vrai qu'être spécialiste de Nietzsche ne signifie pas sympathiser avec lui ... sinon qu'il appelle à lui cette sympathie, ultranietzschéenne, depuis le- & afin de- sens de la terre. Le gentilhomme est trop efféminé pour cela, dans les termes de Nietzsche, car dépourvu d'écodynamisme existentiel par la volonté de puissance forte.
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