Du véritarisme

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Du véritarisme

Message  Malcolm le Ven 17 Juin 2016 - 16:54

En somme, et puisque Nietzsche identifie la vérité à une erreur serviablement vitale (errance intrinsèquement illus-oire/-onnée de toute vie, par-devers ses décisions), quand bien même potentiellement indécrottable (l'espace-temps vécus en 3D & linéairement, par exemple, du "sujet transcendantal" kantien), il ... s'avère ... non seulement que l'absolutisme véritaire n'est plus possible, mais en sus qu'un scepticisme perspectif se voit appliquer à tous & tout. C'est donc le règne de l'interprétation, où les protagonistes humains ou non-humains s'entre-prêtent des apparences les uns aux autres, les autres aux uns, les uns par les autres, les autres par les uns, les uns pour les autres, les autres envers les uns, etc. avec tous les types de prépositions que vous préférerez.

De sorte que La Vérité, ça n'existe plus, ou plus alors qu'en tant que véritarisme, soit donc la (comporte)mentalité de qui interprète les choses sous l'angle d'une condition de possibilité de La Vérité à laquelle il prête Foi Dogmatiquement, même nesciemment.

Pour autant, reconnaissons il est vrai - je le dois probement à Crosswind entre autres, au sujet de la certitude, - reconnaissons il est vrai ... reconnaissons qu'à ce titre nietzschéen, n'est plus vrai absolument que le principe d'interprétation perspectif. Cela, au moins, est certain, digne de foi, sûr, fiable, vrai : il faut bien se fonder en raison ... Et si Nietzsche jugea son "propre système" même "douteux" sceptiquement, il n'en reste pas moins qu'il en procéda, et qu'à ce titre il fonda toute sa philosophie neuve & philosophe idoine, but surhumaniste du créateur de valeurs par elles législateur d'avenir, au plan (comporte)mental (des valeurs, donc) où la vérité effectivement correspondait à un choix en termes de valeurs, choix en faveur de la sécurité jusqu'à la mortification morbide (on veut le vrai pour se rassurer/s'assurer dans l'existence, cette r/assurance peut prendre des proportions fanatiques et, à tout le moins, trop-assertives/certitudinales, pour être vraies ... ).

Mais en somme, donc, il y a bien une vérité chez Nietzsche, par laquelle on peut songer qu'un Homme, pour autant qu'il parviendrait à embrasser les perspectives de nombre de ses congénères (élargissement de la perspective, amplification/augmentation/développement de son champ de conscience), aurait accès au réel anthropo-logique/-morphique/-centrique. C'est donc que, nietzschéennement, il est une vérité principielle, suivie de vérités circonstancielles plus-et-moins englobantes, catégorialement. Ainsi y aurait-il des Hommes plus "gros de vérités" que d'autres, plus "petits", où en vérité la vérité-toute-la-vérité-rien-que-la-vérité, pourrait tuer quelque plus "petit".

Attention : ce "gros" et ce "petit" ne recoupent pas forcément ses "forts" et "faibles", car le "fort" traverse les "gros" et les "petits", où les "gros forts" sont les mieux dotés, les "gros faibles" vont gérer leurs vérités ès théories, les "petits forts" sont capables de supporter quelque vérité supplémentaire/de l'écarter judicieusement comme indésirable, les "petits faibles" condamnés à envier mesquinement & vilement le reste du monde ès stratégies plus-et-moins salopardes.



Bref : l'anti-véritarisme nietzschéen (critique de la valeur de la vérité) procède bien d'une vérité nietzschéenne principielle (l'interprétation perspective générale) de laquelle découlent toutes les autres vérités partielles-et-partiales, car perspectives. La vérité nietzschéenne principielle est donc un fort-gros centre chaud depuis lequel tout réviser/relativiser/circonstancier/situer, une méthode qui a son efficience, ne devant son existence qu'à une sorte de rétorsion intellectuelle, depuis laquelle/lieu depuis lequel, il est encore possible d'énoncer quelque chose de viable, perspectivement.

D'où suit qu'il y a comme une transcendantalité/transcendance de l'interprétation perspective, chez Nietzsche, quand bien même critique de ces éléments-mêmes. Sorte de sujet transcendantal kantien, ou encore, pour le dire littérairement, de sujet esthétique, auctorial (sujet esthétique et auctorialité sur lesquels je conseille quelque recherche internautiques au moins) : vérité dionysiaque, vérité de Dionysos, apparence embellie par Apollon - un apollinien que Nietzsche souhaitait néoclassique, à l'avenir, dans une sagesse tragique.

Mais enfin : s'il y a bien une vérité métaphysique nietzschéenne, serait-elle méthodologique, cela resitue le nietzschéisme à hauteur de toutes les autres philosophies avant & après lui, sans en ôter la singularité interprétative-perspective, pourtant.


NB. Heidegger, quand bien même dans d'autres termes, n'aurait donc pas eu tort, de dire Nietzsche encore un métaphysicien, sinon qu'Heidegger, songeant que faire l'histoire des métaphysiques l'en exempterait (de métaphysique) doit bien procéder de l'une ou de l'autre, quand bien même tue, quand bien même heideggerienne seulement. Il y a des constantes humaines, comme ça ...

*

En y repensant, trois choses :

1° sur la rétorsion intellectuelle : j'ai mis en lien de l'Esprit de pesanteur du Zarathoustra, où il est indiqué qu'il faut savoir s'aimer soi-même jusqu'à la rétorsion, d'un amour retors. Cela peut sembler étrange comme formulation, mais elle rejoint ce topic (sur l'ego), où l'on voit assez bien qu'il ne s'agit pas de narcissisme, donc (le Narcisse s'aime superficiellement, vaniteusement, voire vantardement, quand cet amour retors doit savoir mépriser autant que priser nos âmes, corps, cœurs & sagesses, soit donc ne pas se voiler la face en vérité sur son propre compte, et pourtant célébrer l'innocence du devenir dans l'amor fati dont on est). Aussi bien, on pourrait dire plutôt (afin de désambiguïté), contorsion intellectuelle inter-perspective, qu'il faut savoir mûrement manier (perspectivisme impliquant un contorsionnisme, tout comme Zarathoustra célèbre un funambule courageux pour commencer). Bref : amour contors, contorsion intellectuelle.

2° sur la métaphysique : j'ai fini pas dire, rapport à Heidegger, que Nietzsche est quand même un métaphysicien. S'il fallait aller au-delà, je préciserais : une ontologie catastrodynamique de l'évaluativité. Bah oui : tout procède, chez Nietzsche, d'une dynamique de devenir (catastro*) dont les composants perméables s'entre-prêtent des valeurs, à commencer par s'en accorder à eux-mêmes quand ils le peuvent. Néanmoins, à ce titre, et au titre de l'amour contors/contorsion intellectuelle, il appert récursivement/rétroactivement, que l'ontologie-même tient de l'évaluativité, et que l'évaluativité-même se ruine autophagiquement comme évaluativité. C'était donc que tout ce "petit monde" s'agit(e) par le gré-à-potentialités ("volonté de puissance" ... ) de par le devenir-dynamique-entreprêteur de valeur. Aussi bien sommes-nous là bien dans une description pure des "choses", démétaphysicée, donc désontologisée. - En fait, il n'y a "ontologie catastrodynamique de l'évaluativité", qu'aux percepteurs du nietzschéisme restants sur sa touche (au nietzschéisme), soit donc dans quelque autre tradition philosophique et/ou dans l'entendement intellectuel/académique prétendument neutre - qui sont des options philosophiques perspectives, "renvoyant la balle" au nietzschéisme, qui "la leur renvoie" en retour, and so on. De sorte que le nietzschéisme est autant une "ontologie catastrodynamique de l'évaluativité" qu'il n'en est pas une et qu'il parvient à dissoudre la métaphysique.

3° la vérité : c'est une notion que je n'ai pas bien pensé ci-dessus, et qui ne laisse entendre d'elle que la traditionnelle aedequatio intellectus et res, sinon que la "vérité", sous la plume/dans la bouche de Nietzsche, cela signifie d'abord & avant tout tréfonds insoutenable (et insoutenu) de toute possibilité, par quoi il nous conduit droit à l'effroi mortel. C'est Dionysos-qui-est-toujours-déjà-gré-à-potentialités - et toutes-potentialités, extramoralement, des plus atroces aux plus béates - par la diffraction d'Apollon-qui-potentialise-dans-un-sens-ou-dans-un-autre. A partir de là, donc, je n'ai jamais parlé ci-dessus que d'une vérité fort apollinienne admise comme aedequatio intellectus et res, un peu niaisement. Si donc on se focalise sur la vérité dionysiaque, on réalise qu'elle est comme recouverte du voile d'Isis mystériquement/initiatiquement, et qu'aux yeux de l'un ou de l'autre, elle sera traumatique, quand elle endurcira les meilleurs d'entre nous. Dans tous les cas, c'est sa tragédie, qui aura traumatisé ou endurci. Bref : il lui faut un amour contors/contorsion intellectuelle, pour survivre à sa négontologie catastrodynamique de l'évaluativité, et ce sont non seulement "les perspectives les plus hautes & larges" qui sont "dans le vrai", mais ces mêmes perspectives "profondes & fines" - ainsi que Zarathoustra indique qu'il faut autant de racines que d'envergures.
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Malcolm
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