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Spinoza et la sexualité

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Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 19:22

Je suis actuellement en train de lire l'Éthique – que je trouve très intéressant d'ailleurs – mais j'ai remarqué qu'hormis un bref passage (Scolie de la Proposition XXXV de la Partie III) Spinoza ne parle jamais de la sexualité. Je cite le passage susmentionné :

Spinoza a écrit:« Celui qui imagine en effet la femme qu'il aime s'offrir à un autre, éprouvera non seulement de la Tristesse, parce que son propre appétit sera réprimé, mais encore de l'aversion, parce qu'il sera contraint de lier l'image de l'objet aimé aux parties intimes et aux excrétions de l'autre »

Et donc je me pose la question suivante : quelle image Spinoza avait-il de la sexualité ?

Je sais qu'il a vécu une amourette pour une certaine Clara Maria mais qui n'a jamais abouti ; on ne lui connait aucune autre relation, il aurait été un véritable ascète, sexuellement parlant. D'après l'extrait précédent, je pense que Spinoza devait avoir une piètre image de la sexualité, ce qui peut sembler étrange pour le philosophe de la joie par excellence.

Bernard Pautrat, spécialiste de Spinoza, a écrit un livre à ce sujet Ethica sexualis : Spinoza et l'Amour mais je ne l'ai pas lu.

Bref, j'aimerais recueillir vos avis à ce sujet.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 20:05

En effet, et d'ailleurs pour ne pas avoir trop lu l’Éthique, j'ai pourtant essoré le hors-série du PhiloMag à son sujet (Spinoza), or c'est un aspect qui n'apparaît nulle part sauf peut-être dans une phrase de l'un ou de l'autre interviewé à son sujet (Spinoza), ce qui n'est rien.

En fait, il semblerait que ce prophète de la béatitude rationaliste ait d'une manière ou d'une autre puritanisé la raison, de façon fort religio-phronétique dans l'âme - lui qui était saisi, dans son époque, par des disputes avec des docteurs religieux. Au reste, le débat sur la question de l'athéisme ou du théorationalisme spinozien n'a jamais été bien tranchée, et même : il semblerait bien qu'il fut ratiocroyant selon sa correspondance (quand bien même son dieu embrasse les manifestations dérationnelles de l'existence).
Or, l'épuration puriste du rationalisme contient psychodynamiquement bien quelque chose de puritain ...

Rapport à la phrase que tu cites, je la trouve d'ailleurs expérienciellement fucking simpliste ! sur la base de mes circonnaissances spinoziennes ...

A la fin, je dirais que de toutes manières le PhiloMag a quelque chose de très-puritain dans l'âme (très-contempoain hyposexuel par-devers la poronographie ambiante, inhérent au désir épuisé alors), et je tenais à te remercier pour ce topic fort édifiant, insurgent dans les termes, rapport au spinozisme.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 21:13

Il y a aussi d'autres facteurs à prendre en compte : peut-être Spinoza était-il tout simplement pudique ? Toutefois je pense que ma question initiale est un peu mal posée : à l'époque où a vécu Spinoza c'est normal qu'on ne puisse parler de la sexualité aussi librement qu'aujourd'hui.

La question correcte serait : quelle image Spinoza avait-il de l'Amour (entre l'homme et la femme) ?

Malcolm S. Cooper a écrit:et je tenais à te remercier pour ce topic fort édifiant, insurgent dans les termes, rapport au spinozisme.

Il est effectivement édifiant dans le sens que c'est un sujet peu abordé par les spinozistes ; mais je ne m'oppose pas au spinozisme. Je trouve ça juste étrange que pour un système qualifié de "parfait" par certains philosophes il y est un vide pour cette question primordiale.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 21:47

Kaloskagathos a écrit:mais je ne m'oppose pas au spinozisme.
Je n'avais pas compris que tu t'y opposerais, mais que tu demandais des clarifications.

Au reste tu as raison, mais je dirai pudibonderie plutôt que pudeur. Le pudique se cache respectueusement, parce qu'il pense respectueux de se cacher ; le pudibond se cache par honte mêlée d'appétence pourtant : or c'est bien ce que le moralisme suscite - de la pudibonderie plutôt que de la pudeur, un tabou-envieusement-transgressable plutôt que des mœurs-simplement-habituées. Les "bonnes mœurs" sont pudibondes en cette époque, malgré la moralité de la pudeur ...
Kaloskagathos a écrit:quelle image Spinoza avait-il de l'Amour (entre l'homme et la femme) ?
A mon avis : une image simpliste - je veux dire rationaliste-modéliste.

Un peu comme le personnage principal après Charlotte Gainsbourg, dans Nymphomaniac, de Lars von Trier, joué par Stellan Skarsgård.


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Re: Spinoza et la sexualité

Message  LibertéPhilo le Jeu 7 Juil 2016 - 22:03

Ce n'est pas un sujet traditionnellement abordé par les philosophes. En tant que passion, l'amour ne peut qu'éveiller la méfiance du philosophe.

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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 22:07

Qui n'est pas abordé par les philosophes ante-XVIIIe, je dirais. Au XIXe siècle, les philosophes abordant le thème de la sexualité (et de l'amour homme-femme) sont multiples.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 22:09

D'où suit que Nietzsche ...
... dans PDBM, a écrit:
189.
Les races laborieuses ont grand’peine à supporter l’oisiveté. Ce fut un coup de maître de l’instinct anglais de sanctifier le dimanche dans les masses et de le rendre ennuyeux pour elles, à tel point que l’Anglais aspire inconsciemment à son travail de la semaine. Le dimanche devient pour celui-ci une sorte de jeûne sagement inventé et intercalé, tel qu’on le rencontre souvent dans le monde antique (bien que ce ne soit pas toujours en vue du travail, comme il convient chez les peuples du Midi —). Il faut qu’il y ait des jeûnes de diverses sortes ; et partout où dominent des habitudes et des instincts puissants, les législateurs ont à se soucier d’introduire des jours intercalaires, durant lesquels un de ces penchants est chargé de chaînes pour apprendre de nouveau à avoir faim. Considérées à un point de vue supérieur des races et des époques tout entières apparaissent, dès qu’elles se présentent avec quelque fanatisme moral, comme l’équivalent de ces périodes intercalées de jeûne et de contrainte, durant lesquelles un instinct apprend à se plier et à se soumettre, mais aussi à se purifier et à s’affiner. Certaines sectes philosophiques (par exemple le stoïcisme au milieu de la culture gréco-romaine, avec son atmosphère ardente et surchargée de parfums aphrodisiaques) permettent, elles aussi, une pareille interprétation. — Ainsi s’explique en quelque sorte ce paradoxe que, dans la période la plus chrétienne de l’Europe, et en général sous la pression des évaluations chrétiennes seulement, l’instinct sexuel s’est sublimé jusqu’à l’amour (amour-passion).
***

J'ajouterais que Spinoza devait avoir une vision de la sexualité onaniste & projective de vieux garçon, éventuellement de "passeur", donc assez crûment préhensive. Ce n'est pas un hasard, que le seul ou l'un des seuls extraits où il parle sexe, traite de jalousie.

***

Quatrième de couverture d'Ethica sexualis :
L'éthique étant cette partie de la philosophie qui s'emploie à dégager la formule de la vie bonne ou de la vie heureuse, et la sexualité et l'amour étant des expériences centrales qui concernent chaque homme et chaque femme, on attend de toute éthique qu'elle nous dise comment vivre et bien vivre notre sexualité. Or le monumental traité de Spinoza intitulé Éthique observe sur la question une espèce de silence : s'il est disert sur l'Amour, le sexe y demeure caché. Mais caché ne veut pas dire absent, et l'objet du présent ouvrage est de mettre au jour ce qu'on pourrait appeler la "géométrie" de l'amour sexuel et, par voie de conséquence, les principes de "la bonne vie sexuelle". Pour ce faire, l'auteur considère une "histoire d'amour" entre deux individus quelconques, dans toute sa banalité quotidienne, et entreprend de la comprendre à la lumière de la conceptualité mathématique énoncée abstraitement dans les théorèmes du traité. Il constate alors que Spinoza nourrit à l'égard de ce qu'il nomme "l'amour ordinaire" une méfiance constante, et que la vraie voie et la bonne vie consistent, autant que faire se peut, sinon à tout à fait s'en passer, du moins à le dépasser en accédant à un autre Amour, entaché d'aucun des "vices" de l'amour ordinaire, un Amour éternel, indestructible et suprême, l'Amour envers Dieu. Au terme de quoi l'on peut bien affirmer que la doctrine de Spinoza n'est pas seulement une machine à tuer les "passions tristes" (ce qui vaut à ce penseur la faveur d'un large public), mais qu'elle a également pour cible, à égalité, les "passions joyeuses", celles-là même où nous tous, ignorants que nous sommes, croyons trouver la clé de la vie heureuse.Mais pourquoi Spinoza, résolument hostile à tout idéal ascétique, observe-t-il une telle méfiance à l'égard de l'amour ? La tradition nous livre un épisode de sa jeunesse qui, s'il est authentique, pourrait nous éclairer : un grand chagrin d'amour, peut-être bien cette "maladie mortelle" qu'il évoque dans son traité De l'amendement de l'intellect et qui l'aurait déterminé à chercher quelque chose qui soit, à la différence de l'argent, des honneurs et du plaisir sexuel, un bien véritable capable de mener à "une Joie constante pour l'éternité". Or la réalisation de ce programme, ce n'est rien d'autre que l'Éthique. Si l'auteur rapporte en conclusion "l'histoire d'amour" de Spinoza, c'est pour suggérer qu'au cas où elle serait vraie, nous devrions ce chef d'œuvre de la pensée à une idylle avortée, dans les années 1650, à Amsterdam, entre un certain Baruch Spinoza et une certaine Clara Maria Van den Enden.
Ne manque que l'évocation de la frustration sexuelle freudiennement sublimée.


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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 22:14

J'ajouterais que Spinoza devait avoir une vision de la sexualité onaniste & projective de vieux garçon, éventuellement de "passeur", donc assez crûment préhensive. Ce n'est pas un hasard, que le seul ou l'un des seuls extraits où il parle sexe, traite de jalousie.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 22:22

Quatrième de couverture d'Ethica sexualis :
L'éthique étant cette partie de la philosophie qui s'emploie à dégager la formule de la vie bonne ou de la vie heureuse, et la sexualité et l'amour étant des expériences centrales qui concernent chaque homme et chaque femme, on attend de toute éthique qu'elle nous dise comment vivre et bien vivre notre sexualité. Or le monumental traité de Spinoza intitulé Éthique observe sur la question une espèce de silence : s'il est disert sur l'Amour, le sexe y demeure caché. Mais caché ne veut pas dire absent, et l'objet du présent ouvrage est de mettre au jour ce qu'on pourrait appeler la "géométrie" de l'amour sexuel et, par voie de conséquence, les principes de "la bonne vie sexuelle". Pour ce faire, l'auteur considère une "histoire d'amour" entre deux individus quelconques, dans toute sa banalité quotidienne, et entreprend de la comprendre à la lumière de la conceptualité mathématique énoncée abstraitement dans les théorèmes du traité. Il constate alors que Spinoza nourrit à l'égard de ce qu'il nomme "l'amour ordinaire" une méfiance constante, et que la vraie voie et la bonne vie consistent, autant que faire se peut, sinon à tout à fait s'en passer, du moins à le dépasser en accédant à un autre Amour, entaché d'aucun des "vices" de l'amour ordinaire, un Amour éternel, indestructible et suprême, l'Amour envers Dieu. Au terme de quoi l'on peut bien affirmer que la doctrine de Spinoza n'est pas seulement une machine à tuer les "passions tristes" (ce qui vaut à ce penseur la faveur d'un large public), mais qu'elle a également pour cible, à égalité, les "passions joyeuses", celles-là même où nous tous, ignorants que nous sommes, croyons trouver la clé de la vie heureuse.Mais pourquoi Spinoza, résolument hostile à tout idéal ascétique, observe-t-il une telle méfiance à l'égard de l'amour ? La tradition nous livre un épisode de sa jeunesse qui, s'il est authentique, pourrait nous éclairer : un grand chagrin d'amour, peut-être bien cette "maladie mortelle" qu'il évoque dans son traité De l'amendement de l'intellect et qui l'aurait déterminé à chercher quelque chose qui soit, à la différence de l'argent, des honneurs et du plaisir sexuel, un bien véritable capable de mener à "une Joie constante pour l'éternité". Or la réalisation de ce programme, ce n'est rien d'autre que l'Éthique. Si l'auteur rapporte en conclusion "l'histoire d'amour" de Spinoza, c'est pour suggérer qu'au cas où elle serait vraie, nous devrions ce chef d'œuvre de la pensée à une idylle avortée, dans les années 1650, à Amsterdam, entre un certain Baruch Spinoza et une certaine Clara Maria Van den Enden.
Ne manque que l'évocation de la frustration sexuelle freudiennement sublimée.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 22:29

Malcolm S. Cooper a écrit:J'ajouterais que Spinoza devait avoir une vision de la sexualité onaniste & projective de vieux garçon, éventuellement de "passeur", donc assez crûment préhensive. Ce n'est pas un hasard, que le seul ou l'un des seuls extraits où il parle sexe, traite de jalousie.

Je pense à peu près la même chose. Si Spinoza parle peu d'amour c'est que (tout comme Kant) il n'en avait aucune expérience. Mais cela n'est pas grand-chose  en comparaison du système spinoziste qui reste remarquable dans sa globalité.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 22:33

C'est une phrônesis.

Pour en revenir au PhiloMag, "ce n'est peut-être pas un hasard", que l'édito d'été d'Alexandre Lacroix s'en prend au carpe diem, pas forcément à tort, mais que par ailleurs il sort une petite philosophie du bronzage, comme en sensualité de substitution. Et puis, avec un nom comme le sien ... (1, 2) ... Lacroix chrétienne ?

Il y a une réelle affection joyeuse du PhiloMag pour Spinoza, cela s'est vu suite aux attentats, par exemple, à t'exploiter onfrayiennement Spinoza (improbement).

Mais enfin, cela en dirait long sur l'humanisme spinozien & phrônesis idoine (pudibonderie). Moralisme contemporain, des lois anti-prostitution par exemple, bien-pensance humanitaire, alors que des prostitué(e)s aiment leur métier ...

*

Pour en revenir au PhiloMag, "ce n'est peut-être pas un hasard", que l'édito d'été d'Alexandre Lacroix s'en prend au carpe diem, pas forcément à tort, mais que par ailleurs il sort une petite philosophie du bronzage, comme en sensualité de substitution. Et puis, avec un nom comme le sien ... (1, 2) ... Lacroix chrétienne ?

Il y a une réelle affection joyeuse du PhiloMag pour Spinoza, cela s'est vu suite aux attentats, par exemple, à t'exploiter onfrayiennement Spinoza (improbement).

Mais enfin, cela en dirait long sur l'humanisme spinozien & phrônesis idoine (pudibonderie). Moralisme contemporain, des lois anti-prostitution par exemple, bien-pensance humanitaire, alors que des prostitué(e)s aiment leur métier ...


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Re: Spinoza et la sexualité

Message  LibertéPhilo le Jeu 7 Juil 2016 - 22:55

Kaloskagathos a écrit:Au XIXe siècle, les philosophes abordant le thème de la sexualité (et de l'amour homme-femme) sont multiples.
Je vois surtout Schopenhauer, sous l'influence des sciences naturelles, et de manière très négative.

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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 22:59

Nietzsche, en (im)moraliste.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Kal' le Jeu 7 Juil 2016 - 23:22

Philo a écrit:
Kaloskagathos a écrit:Au XIXe siècle, les philosophes abordant le thème de la sexualité (et de l'amour homme-femme) sont multiples.
Je vois surtout Schopenhauer, sous l'influence des sciences naturelles, et de manière très négative.

Schopenhauer, en effet, on peut aussi citer non-exhaustivement :  Novalis, Schlegel, Herder... Principalement des romantiques. L'analyse – si c'en est une – des romantiques est très éloignée de celle de Schopenhauer et Freud qui ont une conception beaucoup moins transcendantale de l'amour.

Malcolm S. Cooper a écrit:Mais enfin, cela en dirait long sur l'humanisme spinozien & phrônesis idoine (pudibonderie). Moralisme contemporain, des lois anti-prostitution par exemple, bien-pensance humanitaire, alors que des prostitué(e)s aiment leur métier ...

Assez paradoxal pour le spinozisme, qui est en quelque sorte lui aussi un immoralisme (il n'y a ni bien ni mal au sens chrétien du terme).


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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Jeu 7 Juil 2016 - 23:28

Jette voir un œil à mes autres interventions sur Spinoza ici, pour mieux situer. Mais en effet, Nietzsche trouvait un précurseur en Spinoza. (Au passage, le PhiloMag shunte complètement le texte en lien, quand il produit une double-page pour juxtaposer les deux philosophes ... )

Freud est empédocléen.
Voir aussi le premier spoiler en lien.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  LibertéPhilo le Ven 8 Juil 2016 - 9:29

Kaloskagathos a écrit:Schopenhauer, en effet, on peut aussi citer non-exhaustivement :  Novalis, Schlegel, Herder... Principalement des romantiques. L'analyse – si c'en est une – des romantiques est très éloignée de celle de Schopenhauer et Freud qui ont une conception beaucoup moins transcendantale de l'amour.
Je pense que malgré l'influence des sciences naturelles, Schopenhauer et Freud ont une conception philosophique de l'amour qui est très traditionnelle. En effet, ils l'analysent et cherchent à en protéger l'homme. En cela, ils nous ramènent sur la voie de la raison.

Malcolm S. Cooper a écrit:Nietzsche, en (im)moraliste.
Nietzsche ne s'est jamais intéressé à la sexualité ni à l'amour passion. Il n'a sur le sujet que des positions hygiénistes.

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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Ven 8 Juil 2016 - 12:47

Schopenhauer et Freud ont une conception philosophique de l'amour qui est très traditionnelle. En effet, ils l'analysent et cherchent à en protéger l'homme. En cela, ils nous ramènent sur la voie de la raison.
Si par "traditionnel", tu entends millénairement hérité (depuis Empédocle par exemple), certes. Mais, en tant qu'il fait de l'amour une motion consubstantielle de la haine, moins, quand bien même ces deux passions furent toujours l'avers & le revers de la même médaille : Freud ne les distingue plus. Éros & Thanatos - Thanatos pouvant dépasser Éros, in Au-delà du principe de plaisir - plaide en défaveur du traditionnel, et ce n'est que depuis Freud qu'on associe intensément le sexe & la mort, comme par exemple Comte-Sponville dans le Sexe ni la mort.
De plus, ça ne cherche pas à en protéger l'homme chez Freud, puisque ça cherche simplement à en décrire la "mécanique", rationnellement certes, mais selon un principe dérationnel : la libido.
Enfin donc, difficile de dire que ça nous ramène sur la voie de la raison, surtout quand on se penche sur les continuateurs & divergents. Disons que "chacun fait ce qu'il peut" pour décrire opératoirement tout cela.
Nietzsche ne s'est jamais intéressé à la sexualité ni à l'amour passion. Il n'a sur le sujet que des positions hygiénistes.
Il ne faut vraiment pas avoir lu le Zarathoustra pour oser dire cela, ainsi qu'ignorer la valorisation nietzschéenne du fin'amor des troubadours, sans parler de toutes ses maximes sur les femmes, les enfants et le mariage, tout au long de son œuvre, avec en définitive l'amour comme sublimation de l'instinct de possession (par quoi il commencerait bien par "la préhension" dite ci-dessus quant à Spinoza, avant que de finir, et textuellement dans je-ne-sais-plus-quel-aphorisme, par la subtilité de laisser le partenaire "libre" tout en connaissant son âme - or la passion de la connaissance est une arrogation du réel par la volonté de puissance, une possession).
Le seul distinguo fait par Nietzsche, tient en ceci, que l'homme trouve son sentiment de puissance/sa joie, à acquérir, et la femme à se donner. Ce qui est, pour le coup, fort traditionnel, mais rien ne nous dit que la tradition a tort.
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  LibertéPhilo le Ven 8 Juil 2016 - 18:01

Malcolm S. Cooper a écrit:
Schopenhauer et Freud ont une conception philosophique de l'amour qui est très traditionnelle. En effet, ils l'analysent et cherchent à en protéger l'homme. En cela, ils nous ramènent sur la voie de la raison.
Si par "traditionnel", tu entends millénairement hérité (depuis Empédocle par exemple), certes.
Je pensais à la tradition philosophique à partir de Socrate. Maîtrise des passions jusqu'à l'ascétisme, ou bien, sublimation de la sexualité comme chez Platon.

De plus, ça ne cherche pas à en protéger l'homme chez Freud, puisque ça cherche simplement à en décrire la "mécanique", rationnellement certes, mais selon un principe dérationnel : la libido.
Le but de Freud, il le dit à plusieurs reprises (par exemple, de mémoire, L'avenir d'une illusion, ou encore, Pourquoi la guerre ?) est de rendre la vie de l'homme plus agréable, plus douce, plus sereine, en le libérant de ses angoisses.

Nietzsche ne s'est jamais intéressé à la sexualité ni à l'amour passion. Il n'a sur le sujet que des positions hygiénistes.
Il ne faut vraiment pas avoir lu le Zarathoustra pour oser dire cela, ainsi qu'ignorer la valorisation nietzschéenne du fin'amor des troubadours, sans parler de toutes ses maximes sur les femmes, les enfants et le mariage, tout au long de son œuvre, avec en définitive l'amour comme sublimation de l'instinct de possession
Tout ceci est théorique. Il ne parle pas en homme passionné par l'amour ou le corps de la femme, mais en planificateur d'une humanité future, ou en misogyne, ou bien il fustige les rapports sexuels chez l'artiste (allusion polémique à l'artiste hyper sensuel et décadent qu'était Wagner) comme incompatibles avec la création, ou, à propos des troubadours provençaux, en homme d'une politesse exquise avec les femmes, la même dont il usait personnellement, avec le peu de succès qu'on sait, ce qui est logique compte tenu de ce qu'attendent réellement les femmes par-delà les conventions sociales.

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Re: Spinoza et la sexualité

Message  Malcolm le Mar 4 Oct 2016 - 16:15

Le plus cocasse dans cette affaire, est que les troubadours n'étaient pas des saints.
Que Freud songeait pourtant apporter "la peste" aux Amériques, rapport à leur puritanisme probablement aussi.
Que Platon monte le cheval blanc pour le pouvoir ("le divin Platon"), dans une métaphore sexualisante (monter la femme-jument).

Que "l'innocence des sens" zarathoustrienne, ne te dit pas d'être chaste si tu es satyriasique.
Que le grand homme a besoin de plusieurs femmes.

***

EDIT:
Spinoza, Traité politique, final : chap. IX De la démocratie, a écrit:
4. Mais, me demandera peut-être quelqu’un, est-ce par une loi naturelle ou par une institution que les femmes sont sous la puissance des hommes ? Car si ce n’est que par une institution humaine, assurément aucune raison ne nous oblige à exclure les femmes du gouvernement. Mais si nous consultons l’expérience, nous verrons que l’exclusion des femmes est une suite de leur faiblesse. En effet, on n’a vu nulle part régner ensemble les hommes et les femmes ; au contraire, partout où l’on rencontre des hommes et des femmes, les femmes sont gouvernées et les hommes gouvernent, et de cette façon la concorde existe entre les deux sexes. Tout au contraire les amazones, qui régnèrent jadis, suivant la tradition, ne permettaient pas aux hommes de demeurer dans leur pays ; elles n’élevaient que leurs filles et tuaient leurs enfants mâles. Or, s’il était naturel que les femmes fussent égales aux hommes et pussent rivaliser avec eux tant par la grandeur d’âme que par l’intelligence qui constitue avant tout la puissance de l’homme et partant son droit, à coup sûr, parmi tant de nations différentes, on en verrait quelques-unes où les deux sexes gouverneraient également, et d’autres où les hommes seraient gouvernés par les femmes et élevés de manière à être moins forts par l’intelligence. Comme pareille chose n’arrive nulle part, on peut affirmer sans restriction que la nature n’a pas donné aux femmes un droit égal à celui des hommes, mais qu’elles sont obligées de leur céder ; donc il ne peut pas arriver que les deux sexes gouvernent également, encore moins que les hommes soient gouvernés par les femmes. Considérons en outre les passions humaines : n’est-il pas vrai que le plus souvent les hommes n’aiment les femmes que par l’effet d’un désir sensuel et n’estiment leur intelligence et leur sagesse qu’autant qu’elles ont de la beauté ? Ajoutez que les hommes ne peuvent souffrir que la femme qu’ils aiment accorde aux autres la moindre faveur, sans parler d’autres considérations pareilles qui démontrent facilement qu’il ne se peut faire, sans grand dommage pour la concorde, que les hommes et les femmes gouvernent également. Mais en voilà assez sur cet objet…
Le reste manque.
C'est comme si d'avoir parlé des femmes, l'avait interdit, arrêté, empêché de continuer, de finir son traité.
Quelqu'un en connaîtrait peut-être la raison ?


REDIT: elles auront suscité chez lui trop de passions tristes, de Tristesse ?? *Lol* (et la démocratie derrière elles, aussi ?)
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Re: Spinoza et la sexualité

Message  LibertéPhilo le Mar 4 Oct 2016 - 16:52

Je sais que Nietzsche faisait le lien (comme Taine, et sûrement d'après le philosophe français) dans Par-delà entre une déconvenue sentimentale de jeunesse et son implacable amour de Dieu, qui nécessite de ne rien lui demander en retour. A part ce rapprochement psychologique bancal, que Spinoza n'ait pas trouvé de plaisir dans la sensualité est raccord avec son éthique, où il recommande les plaisirs simples et frugaux. La joie spinoziste ne consistait pas dans le plaisir, mais dans l'amour de Dieu.

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Re: Spinoza et la sexualité

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