Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Aller en bas

Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Benedictus Haren le Mer 20 Juil 2016 - 21:36

Bonsoir à tous,

Depuis quelques temps, je m'intéresse au travail de Michel Onfray. Je rentre l'an prochain en classe de Terminale Littéraire et avec quelques camarades, nous avons reçu une liste de grands ouvrages de la Philosophie à lire cet Été. En fin de liste, il y avait deux ouvrages de Philosophie contemporaine: Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion de Marcel Gauchet (1985) et enfin un livre de Michel Onfray: Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique (2005).
L'ouvrage de Michel Onfray était passionnant, car au-delà de la critique de la religion et en particulier des Trois Monothéismes (Judaïsme, Christianisme, Islam), j'ai pu ressentir le véritable "style Onfray": usage d'un vocabulaire satirique, ironique, sa plume flambe d'une colère certaine mais son nietzschéisme avéré ne laisse aucune place à la haine et à la jouissance volatile.
Ainsi, j'ai cumulé les lectures des livres de Michel Onfray: sur la Politique, l'Esthétique, l'Hédonisme, la Littérature... En prenant un peu de hauteur, je me suis demandé si Onfray était au final un Philosophe, car en réalité, je pense que ses ouvrages sont des "propositions de vie" et parfois aussi (dans le cas de sa Contre-Histoire de la Philosophie) des ouvrages d'une Généalogie et d'une Archéologie sur des théories et des théoriciens célèbres comme inconnus (des Philosophes de l'oubli aux équivalences d'un Platon, d'un Voltaire...).
C'est pour cela que je me pose cette question: Michel Onfray est-il un Philosophe qui remet à la lumière une part d'inconnu pour créer une nouvelle Philosophie avec des "systèmes" comme l'Hédonisme ou l'Anarchisme ? Ou bien, Michel Onfray est-il un Historien de la Philosophie qui à partir de principes hégéliens et nietzschéens, fait l'effort de chercher de fond en comble pour remettre au goût du jour une Philosophie de l'oubli ? J'aimerai avoir vos avis et j'espère que je ne suis pas trop approximatif car la Philosophie est encore un vaste domaine inconnu pour moi, même si cela m'intéresse grandement.

Merci.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Mer 20 Juil 2016 - 22:32

Salut Benedictus Haren, et bienvenue sur le forum. Puisses-tu nous enrichir encore longtemps de ta présence !

C'est en Terminale aussi, que j'ai découvert Onfray, avec la Sculpture de Soi et Politique du Rebelle. Et vraiment, il était stimulant pour moi. C'est que je lisais passionnément Nietzsche, et que je m'étais demandé qui de nos jours "reprenait le flambeau".

J'ai vite déchanté : Onfray est un plumitif qui fait du bon boulot dans son genre, et la question que tu te poses en témoigne, que de savoir s'il s'agit bien d'un philosophe ou plutôt d'un historien de la philosophie. Pour moi, c'était l'usage manichéen qu'il fait des Apollon & Dionysos nietzschéens, qui me laissait perplexe. De fait, j'ai été amené à le considérer comme un historien plutôt, et ça fait plus genre, préfixé d'un "contre" : les historiens-mêmes, de la philosophie ou non, lui trouvent à redire, et moi aussi depuis, qui suis jeune formateur en culture dans l'enseignement supérieur.

En fait, Michel Onfray me semble même un idéologue, avec tout le mépris que cette notion d'idéologie peut susciter, quand bien même il serait un bon fossoyeur de thèmes. Mais en vrai, tiens, voilà : je le considère comme un bon fossoyeur de thèmes, en effet, et c'est tout. Le reste est littérature chez lui, ce qui peut être sympa, mais redondant à la longue, de livre en livre, car il n'est pas littéraire non plus. A ce niveau-là de la littérature, il fait "son Français" ... je tiens à préciser que je le suis, français. Or à ce jeu-là de la littérature française, il ne vaut mieux pas rater son coup.

Au reste, je t'invite vivement à explorer cette partie du forum. A mon avis, tu y trouveras de quoi répondre à tes interrogations, et à te positionner par toi-même.

Je suis content que ton nouveau topic m'ait donné à penser dans ce sens du fossoyeur de thèmes.

Bien à toi
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Princeps le Mer 20 Juil 2016 - 23:43

Lis.ez Gauchet. C'est bien meilleur.
Je répondrai plus largement demain - bienvenue et bonne participation !
avatar
Princeps
Sapientius


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2280-charte-du-forum#4

Revenir en haut Aller en bas

Malcolm

Message  Benedictus Haren le Jeu 21 Juil 2016 - 0:04

Merci Princeps ! J'attends avec impatience votre réponse ! Bien à vous.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Benedictus Haren le Jeu 21 Juil 2016 - 0:06

Merci pour cette réponse Malcolm S. Cooper ! En effet, le "cas" Michel Onfray semble tout de même intéressant et profondément paradoxal. J'espère un jour avoir le courage de lire l'ensemble de son œuvre afin d'avoir un avis définitif sur sa Pensée. Je partage avec toi le fait que Michel Onfray n'est pas un littéraire et ses deux ouvrages sur Don Quichotte et Sade (Contre-Histoire de la Littérature) sont pour le peu décevants, car j'ai l'intime conviction que la sensibilité romanesque ainsi que la poésie de l'histoire ne semblent pas l’interpeller grandement. Je pense que sa méthode de travail est cohérente quand il travaille sur des Philosophes, avec son livre sur Nietzsche ou encore sur Camus: la lecture de l’œuvre complète, une biographie et la correspondance. Sauf que quand il s'attache à la Littérature, il oublie que le réel est irréel et que le sous-entendu romanesque l'emporte sur l'idéologie de la conviction et de l'affirmation; ce qui est un peu dommage je trouve...
Malgré cela, je ne me contente pas de regarder l’œuvre et je regarde aussi l'Homme qu'il est. Je pense que tu le sais, Michel Onfray a toujours su fait preuve d'une irréprochable Fidélité par rapport à son origine, une origine de pauvre (comme il l'affirme lui-même) et cela se ressent dans plusieurs de ses ouvrages, et ce n'est pas le cas d'autres Philosophes qui s'emploient bien souvent à la "gloire glorifiée" de leurs parcours et des chiffres de ventes de leurs livres !

P-S: j'ai un peu navigué sur le Forum, c'est passionnant et je compte bien y aller souvent !


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 9:59

Je rejoins évidemment Compagnon Princeps au sujet de Marcel Gauchet, que j'ai déjà lu par ailleurs.
B.H. a écrit:Sauf que quand il s'attache à la Littérature, il oublie que le réel est irréel et que le sous-entendu romanesque l'emporte sur l'idéologie de la conviction et de l'affirmation; ce qui est un peu dommage je trouve...
Je te trouve génial sur cette phrase, Benedictus Haren. En fait, je dirais n'avoir jamais lu énoncé aussi synthétiquement & judicieusement le distinguo littérature-philosophie. C'est de toi ?
Au reste oui, M.O. est nul en littérature. Encore une fois, il se la préfixe - comme l'Histoire - d'un "contre", genre, et croit que ça ira !


D'ailleurs, nous rejouant donc des micro-révolutions comme quelque grand enfant joue tardivement toujours aux Miromachines (mettons : à 13 ans) ... nous rejouant cela, dis-je, Michel Onfray cherche sans bien trouver des petites bêtes, des puces et des poux au monde alentour, car on n'en est plus là : la recherche en sciences humaines & philosophies dispose aujourd'hui de la latitude nécessaire aux contradictions. C'est juste qu'Onfray prend l'air médiatique pour la pensée intellectuelle, et s'y prend mé-chéamment comme Don Quichotte s'en prend aux moulins à vent ou Sade inflige ses fantasmes a ses personnages (rien d'étonnant alors, à ce que psychodynamiquement Onfray s'en prissent à eux pour leur faire la concurrence mascarade-combative, de même qu'il s'en prit à Freud de ce qu'il lui faisait la concurrence principiellement hédoniste ... ). Pour quoi, Onfray met le monde entier dans ce sac de l'air médiatique, adopte la posture du lutteur atlatique, mais c'est de l'esbroufe, alors que paradoxalement il prétend descendre les esbroufes autour de lui. Et là, en en descendant des vraies et des imaginaires, le chaland plus ou moins intelligent finit par croire à l'onfrayisme : philosopheurs lambda comme chercheurs ès intellects. J'ai connu des universitaires vivement intrigués - comme tu peux l'être Benedictus Haren - par l'onfrayisme, et j'ai moi-même mis du temps à m'en départir.
Mais c'est qu'il s'agit réellement d'un énorme comédien de sa propre farce, qui ne fait rire personne - encore que ... Il s'agit d'une admirable rétorsion intellectuelle que l'onfrayisme.

Le fidéisme-originaire n'est pas un argument : il le brandit comme une marionnette à gaine, se servant du biographisme bien au-delà de Nietzsche. Nietzsche ne dit pas l’œuvre concorde avec l'existence, ce qui serait un mimétisme débile. D'ailleurs, Nietzsche n'a de cesse de dire que, pour autant qu'il écrit "avec son sang", son œuvre n'est pas lui ou s'en détache. Non : ce que dit Nietzsche en disant qu'une œuvre est confession involontaire de son auteur, c'est que l’œuvre témoigne textuellement d'un régime existentiel : d'une volonté de puissance, d'un complexe pulsionnel caractérisé auctorialement.
A ce titre alors, Michel Onfray commet avec les philosophes, non seulement l'erreur de croire être plus nietzschéen que Nietzsche-même - à donner dans le biographisme, - mais en plus il commet l'erreur critique de s'adonner à un moralisme biographique aberrant, dont les XIXème & début XXème siècles critiques avaient cru s'être débarrassés en art.
En sus de réactualiser cette donne, Onfray l'applique vilement aux philosophes.

Vois-tu Benedictus Haren, sur YouTube tu vas trouver parfois des vidéos intitulées fun facts : des faits drôles. Mais le fait, de soi, n'est ni triste ni drôle : il indique aspectuellement un accompli (ce qui a été fait, ce qui est fait, ce qui se donne comme fait) - accompli qui de soi dépend du perspecteur (tout comme les structures sémiologiques sociales font un livre, en critique structurale), suite à quoi ledit perspecteur produit une interprétation, par exemple, triste ou drôle (tout comme le lecteur interprète un livre, en critique pragmatique & de la réception).
Or, Onfray "s'en tient aux faits" sans commentaire quand ça l'arrange, puis "plie les faits" à son intentionnalité thématique voire idéologique, quand ça l'arrange toujours - déjà qu'un fait est toujours génétiquement perspectif, je ne te raconte pas la superfétation ...
Bref : Onfray ne fait jamais que défendre sa peau sur la scène intellectuelle, et me fait penser à un naturaliste tardif : à un Zola abâtardi qui aurait décidé de philosopher. Un "renaturaliste" un peu con-con, à l'heure scientiste-écologiste-altermondialiste. Or, comme on sait, au fond, d'aucun n'est pas si con.

Au plaisir B.H.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Philosophos le Jeu 21 Juil 2016 - 10:07

Salut benedictus !

Onfray est un vulgarisateur de la philosophie, à travers son Université Populaire. Il met les philosophes à la portée des gens qui n'ont pas envie de les lire dans le texte. Ce faisant, il use de sa liberté de penser pour déformer leurs écrits dans le sens qui lui plaît, à savoir gauchiste et populiste. Quant à ceux qu'il ne peut tordre parce qu'ils sont trop différents de lui, il les bannit tout simplement de son "université", ou invente des histoires à dormir debout, comme ce Kant alcoolique ou ce Sade assassin.

La seule chose intéressante que je trouve chez lui, mais qui en vaut la peine, ce sont ses conférences sur les philosophes, de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, c'est-à-dire avant l'arrivée des Nazis, parce que depuis qu'il est arrivé à la période d'Hitler, il ne parle plus que des Nazis. J'ai arrêté d'écouter ses conférences dès que j'ai vu cette obsession chez lui. En fait, il a toujours cherché des boucs émissaires, quand c'est Platon ou l'Eglise, passe encore, mais les Nazis, ça a été pour moi la goutte qui fait déborder le vase.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 10:19

En contradiction totale avec Nietzsche en effet, Onfray est dans des esprits de pesanteur et de vengeance monstres, totalement mainstream. C'est complètement dingue de le penser rebelle. En fait, c'est un "rebellocrate", un "intellectuel en rollers", un "mutin de Panurge" (Ph. Muray).
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Philosophos le Jeu 21 Juil 2016 - 10:26

Malcolm S. Cooper a écrit:En contradiction totale avec Nietzsche en effet, Onfray est dans des esprits de pesanteur et de vengeance monstres
Peut-être parce que Nietzsche n'est pas issu d'une famille ouvrière, bien que je ne crois pas à ce genre de thèse à la Marc Sautet ? Mais chez Onfray, la lutte des classes semble avoir pesé lourd. Alors que l'amour de la culture aurait dû triompher chez lui, comme chez Nietzsche.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Princeps le Jeu 21 Juil 2016 - 10:47

Votre réflexion trouve son écho dans une ribambelle de sujets sur lesquels s’opposent deux courants qui traversent les échanges sur le forum : Onfray philosophe, Onfray historien.
Aussi, ta remarque est pleine de bon sens.

Onfray ne nous apprend littéralement rien ; l’ensemble de ce qu’il entend rappeler n’est ni oublié, ni jeté aux ordures de l’enseignement. Il vulgarise en étant partisan. Sur l’anarchisme, il suffit de lire le « Que sais-je ? » de Cl. Nicolet.

NB : Ce qui m’étonne, c’est l’importance accordée à la fidélité. Ragnar m’a opposé un argument semblable : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1261-discussion-entre-alain-finkelkraut-luc-ferry-et-michel-onfray?highlight=onfray




avatar
Princeps
Sapientius


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2280-charte-du-forum#4

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 12:25

Oui, la remarque de Benedictus Haren est pleine de bon sens. Et, @ B.H. : Princeps est étudiant avancé en Histoire.
Philo a écrit:Peut-être parce que Nietzsche n'est pas issu d'une famille ouvrière, bien que je ne crois pas à ce genre de thèse à la Marc Sautet ? Mais chez Onfray, la lutte des classes semble avoir pesé lourd. Alors que l'amour de la culture aurait dû triompher chez lui, comme chez Nietzsche.
Oui, comme je disais : Onfray brandit ses origines comme une marionnette à gaine ! *Lol*
Où l'on voit que le gauchisme anticommunautariste communautarise quand ça lui chante ... Les "faits" veulent tout et rien dire, comme je disais toujours.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Benedictus Haren le Jeu 21 Juil 2016 - 12:39

Un grand merci pour toutes vos réponses ! Je suis enfin satisfait de me retrouver en face d'internautes prêts à répondre avec des ARGUMENTS et non pas de longues jérémiades inutiles et usantes (comme j'ai pu rencontrer quand j'ai essayé de parler de Michel Onfray autour de moi).
Malcolm S. Cooper, la phrase que tu as pu citer dans une de tes réponses est bien de moi mais je considère que la "synthèse judicieuse" de ce "distinguo littérature-philosophie" est plus complexe que ça et mérite une plus profonde réflexion, une macération ainsi qu'une méditation sur cette mise en perspective entre la littérature et la philosophie.
Il est vrai et je suis d'accord avec Philo sur ce point: depuis que Michel Onfray a écrit et publié son livre sur Freud, il est en permanence obsédé par cette dimension du nazisme, du ad hominem mais aussi de l'austrofascisme et, on le sait tous, l'obsession de la permanence dans le propos d'un Homme et surtout d'un Philosophe peut parfois tomber dans le piège total (selon moi) de l'absentéisme de la Pensée. Ainsi, Onfray prend une posture du "contrôle de la Pensée", en l'écoutant dans plusieurs interviews, j'ai la vive impression qu'il prend de haut l'Autre en l'accusant d'une dérive d'une "Non-Pensée" et cela me dérange pour le moins.
Pour Princeps, je ne vais pas m'étaler plus longtemps sur cette Fidélité chez Onfray par rapport à son origine sociale mais je veux juste rappeler le plus synthétiquement possible ceci: selon moi, la Bourgeoisie n'est jamais fidèle de là où elle provient car elle a acquis et assimilé tout ce qu'on lui a donné étant jeune: le Monde des Livres, l'Art, la Culture...
La Pauvreté est toujours fidèle car on ne lui a jamais donné tout ce petit monde là de la Culture, on a essayé de transmettre des valeurs morales et bien souvent de sagesse(s) pour que l'Enfant sache surmonter la Bêtise et la Mondanité du Monde chez l'Adulte qu'il deviendra et qu'il rencontrera. C'est pour cela que je crois plus en "l'Autodidacte respectueux et respectable" qu'au "Normalien trop bavard et trop formaté", si j'ose dire... Mais je laisse Princeps juger de l'Histoire et trouvera sûrement des exemples concrets et précis en mettant en perspective les Grandes Époques de l'Humanité, accompagnée de l'histoire sociale, économique et politique ainsi que des mœurs.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 13:03

Un grand merci pour toutes vos réponses ! Je suis enfin satisfait de me retrouver en face d'internautes prêts à répondre avec des ARGUMENTS et non pas de longues jérémiades inutiles et usantes (comme j'ai pu rencontrer quand j'ai essayé de parler de Michel Onfray autour de moi).
Si j'ai bien compris, Philo (anciennement Philosophos), "Iuppiter" (admin) de ce forum, après s'être fait bannir de tous les autres fora de philo pour d'obscures & débiles raisons (l'envie dont tu traites dans ta signature girardienne ?) ... Philo, donc, a créé ce forum pour ce que tu dis.
Malcolm S. Cooper, la phrase que tu as pu citer dans une de tes réponses est bien de moi mais je considère que la "synthèse judicieuse" de ce "distinguo littérature-philosophie" est plus complexe que ça et mérite une plus profonde réflexion, une macération ainsi qu'une méditation sur cette mise en perspective entre la littérature et la philosophie.
C'est évident : je ne saurais parler de synthèse qu'au titre d'une analyse préalable que j'ai déjà menée. Nous pourrons en reparler si tu veux. En attendant, regarde voir ce topic ...
Il est vrai et je suis d'accord avec Philo sur ce point: depuis que Michel Onfray a écrit et publié son livre sur Freud, il est en permanence obsédé par cette dimension du nazisme, du ad hominem mais aussi de l'austrofascisme et, on le sait tous, l'obsession de la permanence dans le propos d'un Homme et surtout d'un Philosophe peut parfois tomber dans le piège total (selon moi) de l'absentéisme de la Pensée. Ainsi, Onfray prend une posture du "contrôle de la Pensée", en l'écoutant dans plusieurs interviews, j'ai la vive impression qu'il prend de haut l'Autre en l'accusant d'une dérive d'une "Non-Pensée" et cela me dérange pour le moins.
Rapport à ça (à survoler/à suivre), donc, je dirai qu'Onfray est plus fascisant que les fascisteries qu'il croit dénoncer.
Pour Princeps, je ne vais pas m'étaler plus longtemps sur cette Fidélité chez Onfray par rapport à son origine sociale mais je veux juste rappeler le plus synthétiquement possible ceci: selon moi, la Bourgeoisie n'est jamais fidèle de là où elle provient car elle a acquis et assimilé tout ce qu'on lui a donné étant jeune: le Monde des Livres, l'Art, la Culture...
Auquel cas alors, si tu as raison, le "bourgeois" est méprisable quand il méprise la culture (par exemple, les actuels "nouveaux riches", jet setters internationaux), mais estimable quand sa culture lui fait mépriser la "bourgeoisie", car dans ce mépris il s'élève - sauf à se vautrer dans les rebellitudes faciles : le hippysme, le dandysme, le philistinisme & le dilettantisme ... ce qui peut vite venir réflexement. Reste que de soi, le capital culturel "bourgeois" demeure un bien.
La Pauvreté est toujours fidèle car on ne lui a jamais donné tout ce petit monde là de la Culture, on a essayé de transmettre des valeurs morales et bien souvent de sagesse(s) pour que l'Enfant sache surmonter la Bêtise et la Mondanité du Monde chez l'Adulte qu'il deviendra et qu'il rencontrera. C'est pour cela que je crois plus en "l'Autodidacte respectueux et respectable" qu'au "Normalien trop bavard et trop formaté", si j'ose dire... Mais je laisse Princeps juger de l'Histoire et trouvera sûrement des exemples concrets et précis en mettant en perspective les Grandes Époques de l'Humanité, accompagnée de l'histoire sociale, économique et politique ainsi que des mœurs.
Là tu te goures à mon sens : la pauvreté toujours fidèle ? ... et la "racaille" qui aspire au "bling-bling" ?
Quant au Normalien alors, s'il fait partie des "bourgeois" échappant à l'écueil "bourgeois", je ne vois pas où est le problème. L'académisme a les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités, comme tout.


Dernière édition par Malcolm S. Cooper le Jeu 21 Juil 2016 - 13:47, édité 1 fois
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Benedictus Haren le Jeu 21 Juil 2016 - 14:07

Je conçois avoir oublié cette partie de la Pauvreté, qui n'en a rien à faire de l'existence, qui jouit du bonheur inutile et qui n'a aucune barrière sur les consciences. Mais comme je l'ai dit, je laisse le soin à Princeps de répondre à cela. Cette différenciation entre la Bourgeoisie et la Pauvreté pourrait remplir de nombreux articles sur ce Forum ! Et enfin, pour te répondre Malcolm S. Cooper, je ne sais pas dans quelle voie je m'engage mais j'ai la conviction d'exposer dans la plus grande sérénité mes idées. J'avoue que j'ai eu l'envie de m'inscrire sur ce Forum pour avant tout "recevoir et partager". Ce site deviendra un formidable outil pour moi et me guidera pour l'année de Terminale l'an prochain et je l'espère, pour les années à venir. De plus, les réponses apportées au sujet que j'ai proposé ont été révélatrices d'un réel "choc intersidéral" qui conduit bonnement et grandement au sentier que je désire emprunter.

P-S: Ces topics que tu me proposes ont l'air de porter de l'intérêt (surtout le premier !).

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 14:20

Qu'il en soit ainsi !
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Princeps le Jeu 21 Juil 2016 - 14:55

Oserai-je dire que l'influence de Marx fait jour ? Consciemment ou pas, d'ailleurs. Ici, Bourgeoisie et Pauvreté sonnent comme des classes, avec tout ce que cela comprend de déterminisme.
Pour exemplifier abstraitement : un normalien peut fort bien être issu de la Pauvreté. C'est en gros ce que dit M.C.
Je suis surpris, en revanche, que M.C. n'ait pas réagit à l'autodidactie : on y retrouve une part importante de l'aristocratisme - un jour, il faudra en discuter sérieusement.

NB
: Princeps est étudiant avancé en Histoire.
Vends pas la mèche ! Comment je terrorise les p’tits nouveaux après ?


avatar
Princeps
Sapientius


Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2280-charte-du-forum#4

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Jeu 21 Juil 2016 - 20:55

Sur l'aristocratisme, je pense qu'il faut en revenir aux fondamentaux : pouvoir des meilleurs. Naturellement, ce meilleur est à définir par rapport à la définition-même d'un souverain bien. Ces meilleurs alors, ont du pouvoir, voire le pouvoir. S'ils ont du pouvoir, c'est relativement au souverain bien défini. Mais s'ils ont le pouvoir, c'est donc que nous sommes dans un régime aristocratique qui, dans les faits, tourne plus ou moins à l'oligarchisme, par réalisme politique hobbesien-machiavélien ou non.

Tenons-nous-en au régime : le régime aristocratique, oligarchisme réaliste-politique, ne peut tourner que sur une base logistique, militaire & foncière. Militaire : pour la force de frappe ; foncière : pour alimenter la force de frappe comme la richesse (et quand bien même ce foncier est mué en financier, de ce que la finance spéculative-même, vampirise le foncier - l'économie réelle). Je crois donc (je me fie, je fais confiance, j'ai foi) - je crois donc que l'aristocratisme régimental est "assez simple" à comprendre : sexe, pouvoir & fric. Lire Molière, Beaumarchais ou Balzac, pour plus de renseignements.
Qu'y ajouter de plus ? ...
... Y ajouter qu'il est plausible, de marier le régime aristocratique à la définition du souverain bien aristocratique qui vient, un peu comme dans le roman courtois. Roman courtois, qui ne fut pas la réalité haute-médiévale, tout en en constituant l'idéologie transversale qui nourrira l'idéal-type du gentilhomme, de l'honnête homme, du gentleman. En quoi, donc, on voit que l'aristocratisme régimental peut se caler, par-devers le réalisme politique, sur un souverain bien.

Nous philosophons. Nous sommes en philosophie. De plus, l'aristocratisme, à ce niveau, en notre éon (aire & ère), il a été défendu par Nietzsche : philosophe.
Aussi bien, le souverain bien en question est philosophique, voire "philosophal" (d'une philosophie d'âme forte, noble, maîtresse d'elle-même). Il y a donc une école philosophique aristocratiste. Je l'esquisse à peine : ce n'est pas la seule voie, mais c'est une voie.
Ce philosophisme souverainement bien, il implique certes de la philosophie, mais c'est là que se séparent potentiellement les chemins académiques & autodidactes. Seulement, c'est plus compliqué : un autodidacte peut devenir académicien, et un académicien peut faire preuve d'autodidaxie (d'ailleurs, à un certain niveau de maîtrise académique, tout se passe comme si notre autodidaxie de haute volée était légitimée par le diplôme et/ou l'ancienneté). Ce qui est dire que les académismes ou autodidactismes comme pratiques sociales, ne sont pas déterminants.
Ce qui est déterminant, c'est bien la philosophie d'âme forte, noble, maîtresse d'elle-même. Qui peut statuer à ce sujet, sinon, selon le mot de Nietzsche, le respect de soi dont un individu fait preuve ? (in PDBM) Mais enfin : c'est encore là une voie potentielle : la voie, ça n'existe pas ! sinon à idéaliser.


C'est là que ce cheminement intellectuel rejoint Michel Onfray : Michel Onfray s'annonce comme une telle âme. Mais cette annonce concorde-t-elle avec la réalité ? ... Dans l'immédiat : Michel Onfray a-t-il le respect de soi nietzschéen ? ... Force est de constater que non : s'il s'imagine probe, il n'a pas ce stendhalisme du philosophe encensé par Nietzsche, d'avoir le regard sec, clair, comme celui de quelqu'un ayant fait fortune dans la banque. Au contraire, pour le dire antiquement, Michel Onfray est chaud-humide. Nietzsche veut de l'hyperboréalisme : une limpidité glaciale mais éclatante de soleil, antiquement froide-sèche. La striction onfrayienne ("génie colérique" dans ses termes auto-apologétiques ... ) ne nous y trompera pas.

Mais enfin, donc, un régime aristocratique qui définirait le souverain bien comme hyperboréalisme, serait d'une grande politique de grand style nietzschéens, favorisant la grande santé idoine, surhumanistement, où l'Homme chercherait incessamment à se surmonter soi-même, ainsi que la vie nietzschéennement définie comme complexion "volontappotentiaire". On voit bien que l'anarchisme hédoniste-matérialiste onfrayien ne propose jamais qu'une statique Camus-like du réel, encontre tout scepticisme signe de l'âme dite - quand bien même il n'est pas tout, ce scepticisme (et Camus veut des certitudes).

Au reste, si donc je défends l'aristocratisme, ce n'est pas autrement que dans ce terme, par lequel il faut bon gré mal gré, discriminer entre Hommes médiocres & supérieurs, et encore : entre Hommes supérieurs surhumanistes ou non (le surhumanisme, les médiocres peuvent s'y inscrire parodiquement). Ces hiérarchies instinctives, j'atteste de leur existence : encore faut-il oser voir les choses autrement que démocratiquement-mercatiques-humanitaires.

Comme toujours : question de perspective. Mais ce hiérarchisme, n'est-il pas une perspective de plus ? rétorquera-t-on. C'est bien : il faut rétorquer, oui.
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Philosophos le Ven 22 Juil 2016 - 10:03

Princeps a écrit:Oserai-je dire que l'influence de Marx fait jour ? Consciemment ou pas, d'ailleurs. Ici, Bourgeoisie et Pauvreté sonnent comme des classes, avec tout ce que cela comprend de déterminisme.
C'est un fait qu'Onfray est déterministe, en matérialiste convaincu. Mais il rappelle souvent que même le plus rigoureux des matérialistes a besoin d'un peu de liberté pour pouvoir faire des choix. Chez Epicure, par exemple, ce sont les atomes crochus, dont l'invention selon Onfray ne correspond qu'à ce but : se ménager un peu de liberté.

Donc, certes Onfray est déterminé par sa naissance dans la famille d'un ouvrier et d'une femme de ménage, mais il a eu ce petit plus de liberté qui lui a permis de faire des études et de se sortir de sa condition, pas assez toutefois pour l'oublier.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Malcolm le Ven 22 Juil 2016 - 13:02

Pour moi, c'est une coquetterie démontrant qu'il n'est pas plus de libre-arbitre que de serf-arbitre, mais un situ-arbitre dans "le flux".
avatar
Malcolm
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un philosophe ou un historien de la philosophie ?

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum