"La Métaphysique" version Henri Bergson

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"La Métaphysique" version Henri Bergson

Message  Malcolm le Mar 30 Aoû 2016 - 19:12

La métaphysique passe communément :
1. Soit pour une réflexion sur les principes et les fins derniers du "monde", de "la vie", de "l'univers", au-delà des observabilités ;
2. Soit pour quelque chose de nébuleux par trop noosphérique pour être digne d'intérêt.

Mais voyez plutôt :
Henri Bergson, /Introduction à la métaphysique/, p.51 aux éd. Payot (premières lignes), a écrit:Si l'on compare entre les définitions de la métaphysique et les conceptions de l'absolu, on s'aperçoit que les philosophes s'accordent, en dépit de leurs divergences apparentes, à distinguer deux manières profondément différentes de connaître une chose. La première implique qu'on tourne autour de cette chose ; la seconde, qu'on entre en elle. La première dépend du point de vue où l'on se place et des symboles [signes, discours, formules] par lesquels on s'exprime. La seconde ne se prend d'aucun point de vue et ne s'appuie sur aucun symbole. De la première connaissance on dira qu'elle s'arrête au relatif ; de la seconde, là où elle est possible, qu'elle atteint l'absolu.
Là, il devient évident que pour Bergson, c'est ce second connaître, qui va constituer la métaphysique. Or, remarquez aussitôt que :
1. Il ne s'agit absolument pas de savoir les principes et les fins derniers du "monde", de "la vie", de "l'univers", au-delà des observabilités ;
2. Il ne s'agit absolument pas de quelque chose de nébuleux par trop noosphérique pour être digne d'intérêt.
Au contraire, Bergson infléchit l'entendement métaphysique :
1. Vers ce que je nommerai "l'intrinséquence" des choses, qu'il appelle "absolue" (connaître "de l'intérieur") ;
2. Vers ce que je nommerai "l'endensité" des choses, donc, en conséquence, et très pragmatiquement.
C'est dire que, pour Bergson, il est un Absolu Pragmatique, saisissable dans ce qu'il nomme intution non plus au sens kantien (saisie immédiate de la donne sensorée), mais donc au sens bergsonien (saisie intrinséquentielle-endensitaire).
Henri Bergson, pp.53-54, a écrit:Soit un personnage de roman dont on me raconte les aventures. Le romancier pourra multiplier les traits de caractère, faire parler et agir son héros autant qu'il lui plaira : tout cela ne vaudra pas le sentiment simple et indivisible que j'éprouverais si je coïncidais un instant avec le personnage lui-même. Alors, comme de la source, me paraîtraient couler naturellement les actions, les gestes et les paroles. Ce ne seraient plus là des accidents s'ajoutant à l'idée que je me faisais du personnage, enrichissant toujours et toujours cette idée sans arriver à la compléter jamais.
Cette image édifiante de la fiction romanesque est propice au bon entendement de ce que Bergson désigne par métaphysique, en ce qu'elle met en valeur toutes les projections auxquelles il faut intuitivement procéder avec l'Absolu Pragmatique-dit.
En somme : tel personnage n'est pas la somme de ses descriptions & narrations (premier connaître "de l'extérieur"), mais il a un Absolu Pragmatique que je peux éventuellement saisir métaphysiquement par intuition (saisie intrinséquentielle-endensitaire) - Absolu Pragmatique du personnage, par lequel j'en aurais une compréhension suprême, évidente, où tout coulerait de source & irait de soi pour moi en ce qui le concerne, si je l'avais (cette intuition). D'ailleurs, il me semble à moi, MSC, qu'il vaut mieux en avoir une (intuition de tel personnage), pour prendre plaisir à tel roman ... Sinon que les critiques littéraires vous diraient qu'il s'agit d'un mirage lectoral, sur la base de billets textuels judicieusement agencés par le travail auctorial ... Critiques littéraires auxquels on peut retourner que le travail auctorial, par un judicieux agencement de billets textuels, tente précisément de nous communiquer l'intuition (de tel personnage), comme en communication directe d'esprit à esprit.

DIgression pour des intervenants du forum:
Tout ce qui légitimerait, donc, que la communication d'esprit à esprit soit possible, tout purement, absolument, dans les termes du bergsonisme. Ceci dit, encontre vos tendances à radicaliser l'incommunicabilité d'esprit à esprit, ou bien à dramatiser les distorsions, à la Bernard Werber croyant réinventer la poudre quand il dit "Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que tu veux entendre, ce que tu entends, ce que tu veux comprendre, ce que tu crois comprendre, et ce que tu comprends... Au fond de toi tout bas tout bas... Il y a au moins neuf possibilités de ne pas s'entendre..." - mais Bernard Werber donne dans le sentimentalisme et le tendre kikoolol, afin d'augmenter sa bisounourserie à son lectorat de toutes façons toujours-déjà bisounours. Bref : Henri Bergson upercute ce guignolard d'écrivain mystico-scientifique new agisant ! *Lol*

Mais alors, donc, nous voici face à cet écran, mais quelle est la métaphysique de notre écran (de portable, fixe ou smartphone) ? ... A le connaître "de l'extérieur", nous en retiendrons le nombre de pouces, et la texture en verre ou en plastique spécial. Mais, à le connaître "de l'intérieur", nous en intuitionnerons toute l'intrinséquence-endensité. Une expérience qui, certes, peut sembler fort "projectionniste" ! ou "impressionniste" ! ou "créationniste" ! ... Le psychiatre diagnostiquerait probablement d'ailleurs : apophénie, aliénation, forclusion, projection psychique, psychosomatisation de l'entour extérieur ... par quoi Henri Bergson passerait pour un dément à ranger dans les cartons des idioties de l'Histoire des idées ! ... sauf que ...

... sauf qu'un autre que lui, deux ou trois dizaines d'années plus tôt, proposait :
Nietzsche, /Par-delà bien et mal/ §36, a écrit:En admettant que rien de réel ne soit « donné », si ce n’est notre monde des désirs et des passions, que nous n’atteignons d’autre « réalité » que celle de nos instincts — car penser n’est qu’un rapport de ces instincts entre eux, — n’est-il pas permis de se demander si ce qui est « donné » ne suffit pas pour rendre intelligible, par ce qui nous ressemble, l’univers nommé mécanique (ou « matériel ») ? Je ne veux pas dire par là qu’il faut entendre l’univers comme une illusion, une « apparence », une «  représentation » (au sens de Berkeley ou de Schopenhauer), mais comme ayant une réalité de même ordre que celle de nos passions, comme une forme plus primitive du monde des passions, où tout ce qui, plus tard, dans le processus organique, sera séparé et différencié (et aussi, comme il va de soi, affaibli et efféminé —) est encore lié par une puissante unité, pareil à une façon de vie instinctive où l’ensemble des fonctions organiques, régulation automatique, assimilation, nutrition, sécrétion, circulation, — est systématiquement lié, tel une forme primaire de la vie. — En fin de compte, il est non seulement permis d’entreprendre cette tentative, la conscience de la méthode l’impose même. Ne pas admettre plusieurs sortes de causalité, tant que l’on n’aura pas poussé jusqu’à son extrême limite l’effort pour réussir avec une seule (— jusqu’à l’absurde, soit dit avec votre permission), c’est là une morale de la méthode à quoi l’on ne peut pas se soustraire aujourd’hui. C’est une conséquence « par définition », comme disent les mathématiciens. Il faut se demander enfin si nous reconnaissons la volonté comme agissante, si nous croyons à la causalité de la volonté. S’il en est ainsi — et au fond cette croyance est la croyance à la causalité même — nous devons essayer de considérer hypothétiquement la causalité de la volonté comme la seule. La « volonté » ne peut naturellement agir que sur la « volonté », et non sur la « matière » (sur les « nerfs » par exemple) ; bref, il faut risquer l’hypothèse que, partout où l’on reconnaît des « effets », c’est la volonté qui agit sur la volonté, et aussi que tout processus mécanique, en tant qu’il est animé d’une force agissante, n’est autre chose que la force de volonté, l’effet de la volonté. — En admettant enfin qu’il soit possible d’établir que notre vie instinctive tout entière n’est que le développement et la différenciation d’une seule forme fondamentale de la volonté — je veux dire, conformément à ma thèse, de la volonté de puissance, — en admettant qu’il soit possible de ramener toutes les fonctions organiques à cette volonté de puissance, d’y trouver aussi la solution du problème de la fécondation et de la nutrition — c’est un seul et même problème, — on aurait ainsi acquis le droit de désigner toute force agissante du nom de volonté de puissance. L’univers vu du dedans, l’univers défini et déterminé par son « caractère intelligible », ne serait pas autre chose que la « volonté de puissance ». —
Et plus encore, au plus coriace des scientifiques, j'ai posé cette colle, de l'indistinction entre for intérieur et entour extérieur, qu'il devrait tirer de "ses amours de sciences".

Aussi bien, donc, Henri Bergson, avec sa métaphysique, demeure intrinséquentiellement-endensitairement d'actualité : nos intuitions à tous plaident pour lui. Cela ne dit certes pas encore "qu'il a raison", mais cela plaide certainement pour l'Absoluité Pragmatique de sa philosophie.


NOTA BENE: Il me semble que l'Historien se prenne énormément à cette sorte d'entendement intuitif-métaphysique bergsonien, dans son élaboration, même méthodologique, de l'Histoire.

Idem du psychologue, quand il veut saisir une psychodynamie.

Mais, aussi bien, on dira cela de l'ordre des abductions-inductions d'expérience pragmatique ?
Là, devinez quoi : Henri Bergson correspondait épistolairement avec William James & Charles Dewey (pères du pragmatisme) ...
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Malcolm
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