La vulgarisation de l'histoire

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La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 29 Déc 2013 - 16:06

Reprise d'un sujet sur Dieudonné qui a digressé sur la vulgarisation de l'histoire, sujet fort intéressant auquel je consacre ce fil.

On a assez vu que des éditions en poche d'ouvrages d'abord édités dans un autre format recontextualisaient plus qu'honorablement. J'ai une dizaine de poche sur la Mésopotamie, tous les auteurs sont ou étaient des éminences en Assyriologie. Le XVIII siècle av. J.C. à Babylone est et sera toujours mieux documentée que l'Europe du Haut Moyen-Age, notre " dark-age ".
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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Dim 29 Déc 2013 - 16:13

Neopilina a écrit:On a assez vu que des éditions en poche d'ouvrages d'abord édités dans un autre format recontextualisaient plus qu'honorablement. J'ai une dizaine de poche sur la Mésopotamie, tous les auteurs sont ou étaient des éminences en Assyriologie.
On peut trouver des livres d'érudits dans des collections universitaires, comme les PUF. Mais encore une fois, le nombre de lecteurs de ces ouvrages est très faible.


Dernière édition par Philosophos le Sam 1 Fév 2014 - 9:13, édité 1 fois

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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 29 Déc 2013 - 16:23

Prends " La Mésopotamie " de Georges Roux, c'est un inépuisable best-seller, une formidable mise en bouche pour cette région, il s'en vend tous les jours, comme les Bottéro ( On aura compris que la lecture du " Thureau-Dangin " nécessite impérativement d'être déjà un familier de cette civilisation. ), nos premiers ascendant directs par delà  mondes grec et biblique, ce que n'est pas l'Egypte.
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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Dim 29 Déc 2013 - 16:37

Neopilina a écrit:Prends " La Mésopotamie " de Georges Roux, c'est un inépuisable best-seller, une formidable mise en bouche pour cette région, il s'en vend tous les jours
Combien ? A titre d'exemple, Lorant Deutsch a vendu 800 000 exemplaires de son Métronome.

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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 29 Déc 2013 - 19:41

On est bien sur loin de ces chiffres, quoique, Bottéro, décédé, continue à faire la fortune de son éditeur, et dans ces cas plusieurs centaines de milliers d'exemplaires est l'ordre de grandeur, je parle de valeurs sûres dans un domaine, et qui donc s'inscrivent dans la durée. Roux a remanié son livre quasiment jusqu'à sa mort. " La Mésopotamie ? Commencez par Roux ! " Des bases solides, alléchantes.  
Les ventes dont tu parles n'interfèrent pas, on est dans un autre registre ( Y'a fallu que j'aille voir sur Google qui était Deutsch, on dirait l'acteur ?, et son " Métronome ". C'est très bien ce genre d'ouvrage : dans le lot, il y en aura bien pour vouloir approfondir (  Un exemple " récent ", " Le monde de Sophie ". ).
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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Lun 30 Déc 2013 - 10:08

Neopilina a écrit:Les ventes dont tu parles n'interfèrent pas, on est dans un autre registre ( Y'a fallu que j'aille voir sur Google qui était Deutsch, on dirait l'acteur ?, et son " Métronome ". C'est très bien ce genre d'ouvrage : dans le lot, il y en aura bien pour vouloir approfondir.
Je suis de cet avis, mais les historiens spécialistes les détestent (et envient leur succès) !

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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 5 Jan 2014 - 0:00

Sur Deustch - je serai surement trop absolu - mais ce genre d'ouvrage est un scandale. Il se prétend historien, alors qu'il déblatèrent des conneries, sans parler du sous-entendus idéologique de son "livre" qui occulte tout ce qui a attrait à la royauté.  Je crains que le nombre de ceux qui "poussent" soit très largement inférieur à celui de ceux qui "s'en contente". Le mal de l'Histoire c'est d'être passer dans le lot de l'érudition, et plus dans cette besace culturelle indispensable à l'honnête citoyen. La tentative d'annulation de l'Histoire pour les terminales S le prouve bien. Je pense à Ortega, mais finalement, l'Histoire devient obsolète, et on en arrive à ce genre de pseudo-débat sur Dieudonné.

Pour Dieudonné, il faut l'assimiler à son compère Alain Soral - qui parle au nom du peuple (définit comme l'ensemble de ceux qui sont opprimés) de France. J'ai toujours du mal avec ce genre de propos...
Je suis néanmoins d'accord avec l'exemple américain proposé par Philosophos : l'interdiction est scandaleuse. Qu'il s'agisse de Dieudonné, ou du négationnisme, l'interdiction apporte de l'eau à leurs moulins. C'est par la démonstration historique que des propos fallacieux, mensongers doivent être combattu. La méthode même de l'Historien honnête se fonde sur la révision permanente et le débat. Il faut impérativement conserver cette liberté. Comme il faut élever le débat, et élever le niveau de l'enseignement pour permettre à chacun de se forger son opinion. Le problème de l'interdiction c'est que c'est une solution de facilité qui perversement ne résout rien.
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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Dim 5 Jan 2014 - 0:48

Princeps a écrit:Sur Deustch - je serai surement trop absolu - mais ce genre d'ouvrage est un scandale. Il se prétend historien, alors qu'il déblatèrent des conneries, sans parler du sous-entendus idéologique de son "livre" qui occulte tout ce qui a attrait à la royauté.  
Il était passé chez Zemmour et Naulleau pour défendre Hexagone. Je me souviens que Zemmour était globalement favorable à son livre. Il l'avait même défendu contre l'accusation d'idéologie. Tous les historiens importants avaient une idéologie, disait-il. Le parti pris de raconter l'histoire de France par les routes ? Braudel a bien raconté l'histoire par la Méditerranée ! Voilà ce qu'ils disaient à peu près. Deustch se défendait de son royalisme, en disant aimer surtout les monarchies constitutionnelles comme l'Angleterre. Zemmour c'est plutôt la France de 1600, mais bon, voilà le seul point sur lequel ils n'étaient pas d'accord. Rien à dire sur la vulgarisation de l'histoire. Quelque temps avant, ils avaient reçu Onfray, puis les Bogdanov, et à chaque fois, le problème s'était posé : l'université et le CNRS contre les vulgarisateurs à succès.

Je crains que le nombre de ceux qui "poussent" soit très largement inférieur à celui de ceux qui "s'en contente".
Ses lecteurs regardent sûrement aussi Secrets d'histoire. Il ne faut pas se faire d'illusion, l'histoire ne plaît que parce qu'elle fait rêver, le côté théorique n'intéresse pas grand monde.

Le mal de l'Histoire c'est d'être passer dans le lot de l'érudition, et plus dans cette besace culturelle indispensable à l'honnête citoyen.
Oui, c'est bien le problème. L'érudition ne fait pas une pensée. Ajoutons aussi que l'entre-soi universitaire ne favorise pas l'accès au public.

Pour Dieudonné, il faut l'assimiler à son compère Alain Soral - qui parle au nom du peuple (définit comme l'ensemble de ceux qui sont opprimés) de France. J'ai toujours du mal avec ce genre de propos...
C'est du populisme, exactement le même que celui de tous les politiques, qui souvent ont honte de s'en revendiquer, mais le pratiquent tous. Comme dit encore Zemmour (n'allez pas croire que c'est pas mon maître à penser), De Gaulle était déjà populiste.

Je suis néanmoins d'accord avec l'exemple américain proposé par Philosophos : l'interdiction est scandaleuse. Qu'il s'agisse de Dieudonné, ou du négationnisme, l'interdiction apporte de l'eau à leurs moulins.
Je trouve scandaleux de renoncer à la liberté d'expression pour trois gusses qui ne font rien d'autre que de l'humour noir et de la provocation. La république compassionnelle (les millions des juifs morts qu'on croit offenser en laissant Dieudonné s'exprimer ) nous emmène à des dérives dangereuses.

C'est par la démonstration historique que des propos fallacieux, mensongers doivent être combattu. La méthode même de l'Historien honnête se fonde sur la révision permanente et le débat. Il faut impérativement conserver cette liberté. Comme il faut élever le débat, et élever le niveau de l'enseignement pour permettre à chacun de se forger son opinion. Le problème de l'interdiction c'est que c'est une solution de facilité qui perversement ne résout rien.
Tout à fait d'accord. Je pense que l'histoire doit rester aux historiens.

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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 5 Jan 2014 - 1:19

Philosophos a écrit: Tous les historiens importants avaient une idéologie, disait-il. Le parti pris de raconter l'histoire de France par les routes ? Braudel a bien raconté l'histoire par la Méditerranée !
Si je veux bien concéder avoir un jugement excessif sur son livre – que je n’ai que survolé avec un gros a priori –  mais le mettre au niveau de Braudel relève du relativisme le plus nocif. Zemmour pratique un habile amalgame entres les historiens des différentes époques. Evidemment que Grégoire de Tours et Xénophon défendent une position « idéologique », mais aujourd’hui les choses sont bien différentes. D’ailleurs, Braudel n’est en rien sujet à l’idéologie, il propose une interprétation, ce qui est radicalement différent !  Si l’ont différencie les artistes en fonction de l’époque, faisons de même pour les historiens qui n’ont pas tous les même buts, ni les même méthodes.
Ses lecteurs regardent sûrement aussi Secrets d'histoire. Il ne faut pas se faire d'illusion, l'histoire ne plaît que parce qu'elle fait rêver, le côté théorique n'intéresse pas grand monde.
Hélas ! Je n’ai rien contre la vulgarisation en soi, mais elle pourrait être infiniment plus intelligente et utile. Il existe d’excellents ouvrages sur l’antiquité en collection poche. Accessible à toutes bonnes âmes volontaires. Et des émissions tout à fait honnêtes (le dessous des cartes, C’dans l'air…). Ce que je déplore c’est justement cette marchandisation de la réalité historique pour quelques téléspectateurs. Puis les émissions peoples-historiques (je pense aux « Jupons de l’Histoire ») sont à vomir. Sous couvert de divertissement on en arrive à de l’abrutissement.
Puis, et c’est vicieux, ce désintérêt empêche l’éclosion de gens susceptible de rebooster l’Histoire. Les Peter Green, Paul Kennedy sont d’incroyables historiens, mais le « grand public » passe à côté faute de publicité.
Oui, c'est bien le problème. L'érudition ne fait pas une pensée. Ajoutons aussi que l'entre-soi universitaire ne favorise pas l'accès au public.
Certains ouvrages sont destinés à un public universitaire, c’est vrai. La recherche doit avancer elle aussi. La vulgarisation arrive dans un second temps, et reste soumise à la loi de la demande.

C'est du populisme, exactement le même que celui de tous les politiques, qui souvent ont honte de s'en revendiquer, mais le pratiquent tous. Comme dit encore Zemmour (n'allez pas croire que c'est pas mon maître à penser), De Gaulle était déjà populiste.
Le terme est en vogue semble-t-il, au point de devenir un gloubi-boulga indigeste. Le terme tend à devenir insultant, une sorte de nouveau point Godwin de la politique française. Untel est populiste alors on lui dénie toute capacité rationnelle, c’est d’avantage insultant pour le-dit peuple qui est considéré comme un enfant incapable de s’auto-administré, incapable d’autonomie.


Je trouve scandaleux de renoncer à la liberté d'expression pour trois gusses qui ne font rien d'autre que de l'humour noir et de la provocation. La république compassionnelle (les millions des juifs morts qu'on croit offenser en laissant Dieudonné s'exprimer ) nous emmène à des dérives dangereuses.
Et le problème, peut-être plus grave, c’est de ne voir personne réagir  (ce qui tendrait à confirmer les thèses complotistes de Dieudonné justement). Jamais je n’ai vu quelqu’un s’élever non pas pour le défendre d’antisémitisme, la toile pullule de ses fans, mais pour défendre le droit à la provocation.
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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Dim 5 Jan 2014 - 17:43

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit: Tous les historiens importants avaient une idéologie, disait-il. Le parti pris de raconter l'histoire de France par les routes ? Braudel a bien raconté l'histoire par la Méditerranée !
Si je veux bien concéder avoir un jugement excessif sur son livre – que je n’ai que survolé avec un gros a priori –  mais le mettre au niveau de Braudel relève du relativisme le plus nocif.
Il s'agissait uniquement du choix des routes, comme Braudel a choisi la Méditerranée. Cette comparaison ne me semble pas excessive, tant qu'on s'en tient à l'idée, et qu'on ne compare pas Braudel et Deutsch comme historiens.

Zemmour pratique un habile amalgame entres les historiens des différentes époques. Evidemment que Grégoire de Tours et Xénophon défendent une position « idéologique », mais aujourd’hui les choses sont bien différentes.
Il a cité Michelet comme idéologue. Il est vrai qu'on ne peut pas dire que Michelet historien ait été impartial et objectif. Je pense tout de même que Zemmour a raison, en ce sens que le parti pris idéologique n'influe pas sur la qualité de l'historien. Michelet était plus grand que les autres, c'est tout ! Il y a un souffle, une force qui traverse l'oeuvre et entraîne.

D’ailleurs, Braudel n’est en rien sujet à l’idéologie, il propose une interprétation, ce qui est radicalement différent !  Si l’ont différencie les artistes en fonction de l’époque, faisons de même pour les historiens qui n’ont pas tous les même buts, ni les même méthodes.
Une interprétation de l'histoire se fait sur la base d'une théorie, ou au minimum d'une idée générale. Braudel c'est, par exemple, comme Deutsch,  les routes, d'où la référence, ou le milieu (le climat, résurgence de la théorie des climats de Montesquieu).

Je n’ai rien contre la vulgarisation en soi, mais elle pourrait être infiniment plus intelligente et utile. Il existe d’excellents ouvrages sur l’antiquité en collection poche. Accessible à toutes bonnes âmes volontaires. Et des émissions tout à fait honnêtes (le dessous des cartes, C’dans l'air…).
Le dessous des cartes, oui, C dans l'air, pour la géographie. Les ouvrages de vulgarisation sont très bons, par exemple la collection La vie quotidienne au temps de....

Ce que je déplore c’est justement cette marchandisation de la réalité historique pour quelques téléspectateurs. Puis les émissions peoples-historiques (je pense aux « Jupons de l’Histoire ») sont à vomir. Sous couvert de divertissement on en arrive à de l’abrutissement.
C'était déjà le cas, bien que meilleur, au XIXe, avec Dumas et ses nègres.

Puis, et c’est vicieux, ce désintérêt empêche l’éclosion de gens susceptible de rebooster l’Histoire. Les Peter Green, Paul Kennedy sont d’incroyables historiens, mais le « grand public » passe à côté faute de publicité.
Certains ouvrages sont destinés à un public universitaire, c’est vrai. La recherche doit avancer elle aussi. La vulgarisation arrive dans un second temps, et reste soumise à la loi de la demande.
Je suis étonné malgré tout que nous n'ayons plus de Michelet, capables à la fois de séduire le grand public et d'inspirer les universitaires.

C'est du populisme, exactement le même que celui de tous les politiques, qui souvent ont honte de s'en revendiquer, mais le pratiquent tous. Comme dit encore Zemmour (n'allez pas croire que c'est pas mon maître à penser), De Gaulle était déjà populiste.
Le terme est en vogue semble-t-il, au point de devenir un gloubi-boulga indigeste. Le terme tend à devenir insultant, une sorte de nouveau point Godwin de la politique française. Untel est populiste alors on lui dénie toute capacité rationnelle, c’est d’avantage insultant pour le-dit peuple qui est considéré comme un enfant incapable de s’auto-administré, incapable d’autonomie.
Le populiste, c'est l'homme politique qui s'adresse directement au peuple sans passer par les castes, juges, syndicats, lobbies, etc. Autrement dit, tous les hommes politiques sont populistes, mais certains le sont plus que d'autres, surtout ceux comme le FN qui n'ont pas de relais dans les administrations de la République (encore que ça change avec Florian Philippot, issu de l'ENA).

Je trouve scandaleux de renoncer à la liberté d'expression pour trois gusses qui ne font rien d'autre que de l'humour noir et de la provocation. La république compassionnelle (les millions des juifs morts qu'on croit offenser en laissant Dieudonné s'exprimer ) nous emmène à des dérives dangereuses.
Et le problème, peut-être plus grave, c’est de ne voir personne réagir  (ce qui tendrait à confirmer les thèses complotistes de Dieudonné justement). Jamais je n’ai vu quelqu’un s’élever non pas pour le défendre d’antisémitisme, la toile pullule de ses fans, mais pour défendre le droit à la provocation.
Parce que tout le monde a peur de passer pour antisémite. La gauche, qui depuis son reniement de 1983, a été forcée par les marchés financiers de se convertir au libéralisme, n'a plus d'idéal socialiste, et a trouvé un second souffle dans la défense du communautarisme. La fondation de SOS racisme a été un acte politique magistral de Mitterrand. Le problème, comme je l'analysais dans un autre fil, est que la lutte contre le racisme et l'antisémitisme s'est banalisée. Tout le monde voit à présent qu'il s'agit d'une tactique politique, vouée de ce fait à l'échec, ce qui n'était pas encore perçu avec suffisamment d'évidence à l'époque de Mitterrand.

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Re: La vulgarisation de l'histoire

Message  Princeps le Dim 12 Jan 2014 - 19:04

Philosophos a écrit: Il s'agissait uniquement du choix des routes, comme Braudel a choisi la Méditerranée. Cette comparaison ne me semble pas excessive, tant qu'on s'en tient à l'idée, et qu'on ne compare pas Braudel et Deutsch comme historiens.

L’analyse de Braudel – et je tiens à ce terme d’analyse – va lui permettre de définir que la Méditerranée est le centre historique d’une région, à une certaine époque (une relecture s’impose pour ma part). Il n’y a rien d’hasardeux.

Il a cité Michelet comme idéologue. Il est vrai qu'on ne peut pas dire que Michelet historien ait été impartial et objectif. Je pense tout de même que Zemmour a raison, en ce sens que le parti pris idéologique n'influe pas sur la qualité de l'historien. Michelet était plus grand que les autres, c'est tout ! Il y a un souffle, une force qui traverse l'oeuvre et entraîne.
Je suis d’accord sur Michelet, au même titre qu’Hobsbawm est un grand historien bien que léniniste. Mais il serait risquée de suivre leurs analyses sans avoir au préalable connaissant de leurs idéaux, et de connaitre ces idéaux. C’est toute la difficulté de l’historien, ne pas devenir un idéologue, d’autant que les comparaisons sont si commodes...

Une interprétation de l'histoire se fait sur la base d'une théorie, ou au minimum d'une idée générale. Braudel c'est, par exemple, comme Deutsch,  les routes, d'où la référence, ou le milieu (le climat, résurgence de la théorie des climats de Montesquieu).

Mais cette idée provient d’une analyse, elle n’est pas a priori, ou alors cet a priori devient justifiable par le biais de l’analyse. Pour autant, je ne remets pas en cause « le droit à l’erreur ». Pour l’exemple, Fustel de Coulange n’est pas un idéologue quand il parle de Sparte, il produit le vin qu’il peut avec le raisin à sa disposition. Comme Michelet et Hobsbawm qui restent – j’ai ce sentiment – des hommes de leurs temps qui ne peuvent que parler avec les accents de leurs époques. C’est aussi la place de l’historien, la plus difficile, la plus risquée, en plein cœur de l’histoire.



Je suis étonné malgré tout que nous n'ayons plus de Michelet, capables à la fois de séduire le grand public et d'inspirer les universitaires.

C’est aussi ce qui participe au déclin de l’histoire. Je suis toujours abasourdi quand on me dit «  tu veux faire historien, mais ça sert à quoi ? ».

Le populiste, c'est l'homme politique qui s'adresse directement au peuple sans passer par les castes, juges, syndicats, lobbies, etc. Autrement dit, tous les hommes politiques sont populistes, mais certains le sont plus que d'autres, surtout ceux comme le FN qui n'ont pas de relais dans les administrations de la République (encore que ça change avec Florian Philippot, issu de l'ENA).

Par populiste j’avais cru comprendre que l’on dénoncé ce que les Grecs du V et IV appelaient des démagogues , des agitateurs de foules sans grande intelligence dont le principale danger est la capacité à faire passer l’instinct sur la rationalité (la formule est un peu bancale). Si je ne suis pas un grand défenseur de la démocratie – voilà qui fera sourire – j’ai toujours trouvé drôle la manière dont ceux qui s ‘en réclame rendent le peuple inapte à la décision avec ce genre de réflexion.
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La vulgarisation de l'histoire

Message  Philosophos le Lun 13 Jan 2014 - 14:43

Princeps a écrit:L’analyse de Braudel – et je tiens à ce terme d’analyse – va lui permettre de définir que la Méditerranée est le centre historique d’une région, à une certaine époque (une relecture s’impose pour ma part). Il n’y a rien d’hasardeux.
Je ne connais pas plus cette oeuvre de Braudel, mais est-ce une idée originale que la Méditerranée, dont le nom même signifie "au milieu des terres", ait été de tout temps au centre d'une activité commerciale et politique ? Avait-on besoin d'une analyse pour en arriver à cette conclusion ? L'analyse de Braudel, que je ne connais pas, est peut-être le véritable intérêt de son livre.

C’est toute la difficulté de l’historien, ne pas devenir un idéologue, d’autant que les comparaisons sont si commodes...
L'historien, de par sa position de narrateur, ne devrait pas céder à la partisanerie, être "sans colère comme sans passion", disait Tacite.

Une interprétation de l'histoire se fait sur la base d'une théorie, ou au minimum d'une idée générale. Braudel c'est, par exemple, comme Deutsch,  les routes, d'où la référence, ou le milieu (le climat, résurgence de la théorie des climats de Montesquieu).

Mais cette idée provient d’une analyse, elle n’est pas a priori, ou alors cet a priori devient justifiable par le biais de l’analyse.
A mon avis, l'idée d'utiliser les routes pour raconter l'histoire de France n'est qu'une astuce de conteur.

Comme Michelet et Hobsbawm qui restent – j’ai ce sentiment – des hommes de leurs temps qui ne peuvent que parler avec les accents de leurs époques. C’est aussi la place de l’historien, la plus difficile, la plus risquée, en plein cœur de l’histoire.
Que l'historien soit contemporain ou pas des faits qu'il raconte, il ne peut faire autrement que de projeter sur eux sa façon de voir le monde. A la limite, je dirais que le plus intéressant est là. En somme, Michelet n'est pas intéressant par ce qu'il nous apprend sur la Révolution, qui de toute façon sera, sinon vite caduque, du moins amélioré par ses successeurs, et donc deviendra rapidement sans valeur.

C’est aussi ce qui participe au déclin de l’histoire. Je suis toujours abasourdi quand on me dit «  tu veux faire historien, mais ça sert à quoi ? ».
On remarquera que la question s'est posée de tout temps, par exemple, Salluste commence sa Conjuration de Catilina en expliquant pourquoi l'histoire est utile et digne d'occuper un homme à la retraite.

Le populiste, c'est l'homme politique qui s'adresse directement au peuple sans passer par les castes, juges, syndicats, lobbies, etc. Autrement dit, tous les hommes politiques sont populistes, mais certains le sont plus que d'autres, surtout ceux comme le FN qui n'ont pas de relais dans les administrations de la République (encore que ça change avec Florian Philippot, issu de l'ENA).

Par populiste j’avais cru comprendre que l’on dénoncé ce que les Grecs du V et IV appelaient des démagogues , des agitateurs de foules sans grande intelligence dont le principale danger est la capacité à faire passer l’instinct sur la rationalité (la formule est un peu bancale). Si je ne suis pas un grand défenseur de la démocratie – voilà qui fera sourire – j’ai toujours trouvé drôle la manière dont ceux qui s ‘en réclame rendent le peuple inapte à la décision avec ce genre de réflexion.
Parce que d'habitude, le démocrate, à l'inverse du démagogue, s'appuie sur les élites. Dès qu'il s'adresse directement au peuple, il ne peut plus lui tenir les discours qu'il tient aux élites, et il passe pour populiste. Quand Hollande s'adressait aux Français dans sa campagne, il disait par exemple : "Je suis partisan du sérieux budgétaire", une idée qui venait de la Commission européenne, tandis que Mélenchon disait : "Les libéraux de la Commission européenne veulent nous faire croire qu'il faut se serrer la ceinture". Hollande ne s'adressait au peuple que par l'intermédiaire des élites, ici au niveau européen. Quand il a proposé sa taxe à 75%, il était par contre populiste, la seule fois où il l'a été, avec sa diatribe (vite oubliée) contre l'"ennemi sans visage", la finance. On revient aussi par là à Dieudonné et ses thèses complotistes. Les populistes font croire que le peuple est victime d'un complot des élites, et c'est intéressant de voir que même le futur président de la République a utilisé ce procédé pour se faire élire.

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Re: La vulgarisation de l'histoire

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