Alain Finkielkraut (biopic)

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Alain Finkielkraut (biopic)

Message  LibertéPhilo le Ven 11 Avr 2014 - 14:48

Doit-on y voir une consécration pour les réacs' ? Ou bien, n'est-ce pas une tendance historique de cette institution monarchique ?


http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/04/11/alain-finkielkraut-un-antimoderne-a-l-academie-francaise_4399590_3260.html

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Alain Finkielkraut

Message  Malcolm le Ven 9 Sep 2016 - 19:47

On sait d'Alain Finkielkraut, qu'il est de formation khâgneuse, et que sa physionomie y sied bien. On sait donc aussi qu'insensiblement, il se rendit à la philosophie, de ce qu'il jugeait le devenir contemporain toujours moins cultivé : interventions médiatiques à l'appui (à commence par la Défaite de la pensée, qui empreinte beaucoup à la Connaissance inutile, de Jean-François Revel).

Une polémique inaugurée en 2002 par Daniel Lindeberg (Enquête sur les nouveaux réactionnaires), le rangea avec d'autres (Zemmour, E. Lévy, Onfray un peu plus tard, Dieudonné, voire E. Badinter) donc, dans la catégorie des "néoréacs" inventée pour les besoins de la cause, mais qui correspond à une fractale d'indépendant(e)s, parfois flirtant avec la Nouvelle Droite, parfois plus proche de ce qu'Antoine Compagnon (Collège de France) nomma les Antimodernes, en en faisant la généalogie de Joseph de Maistre à Roland Barthes.

Mais assez inconsidérément, on dit de Finkielkraut que c'est un sioniste or, il condamne la politique israëlienne à l'égard de la Palestine, sans certes remettre en cause l’État juif. De plus, de ce qu'il se mêla d'identité nationale (l'Identité malheureuse, où il explique entre autre que racisme ou antiracisme, c'est toujours racialisme ; ou bien : discriminations négative ou positive, c'est toujours discrimination), mais aussi (et paradoxalement, rapport à l'item précédente) d'anti-islamisme, que certaines voix médiatiques ont tôt fait de relier à islamophobie (ainsi que Michel Onfray, d'ailleurs, sans parler de ce que le vocable fut inventé par l'ayatollah Khomeini qui, connaissant la rage occidentale contre toutes les sortes de *phobie, créa ainsi un anathème bizarrement laïco-islamique). A cela, enfin, il faut ajouter que la nostalgie vieille & douce France de Finkielkraut, à l'ère où "progrès, progressisme" résonne comme un mot magique (depuis le XIXème siècle, en fait : voir G. Flaubert, et aujourd'hui Ph. Muray - Muray, que Finkielkraut interviewa d'ailleurs) ... eh bien, il faut ajouter que cette nostalgie, voire cette Sehnsucht  (manque addictif eut égard à l'avenir), place l'intellectuel au rang médiatique des conservateurs, des passéistes, des réacs et, donc, des "nouveaux réacs" (un vocable qui, à mon sens, masque plus de réalités qu'il n'en révèle), aveugles aux distinguos philosophiques profonds, qui existent entre ces différents termes (sans parler de ce que "néoréac" ne recouvre aucun contenu bien philosophique).

A la fin, donc, Alain Finkielkraut s'inscrit sans originalité particulière, dans une tradition qu'il fait remonter à Charles Péguy au moins (la Seule Exactitude), mais qui passa aussi par des Hommes tels qu'Albert Thibaudet, Emmanuel Mounier, Philippe Muray & René Girard d'ailleurs aussi. C'est-à-dire : une tradition en faveur, dirais-je, de "la respectabilité des choses", que notre époque aurait perdu.

A noter que, au sein du débat médiatique, Finkielkraut n'est pas toujours très clair/n'a pas toujours la conscience très tranquille, de ce qu'il arrange lui-même certains faits : témoignant contre Nuit Debout où sa visite fut huée au poins que ç'eût pu tourner à la rixe plus-que-verbale, il n'en employa pas moins des insultes sur le moment, à la manière de Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture in illo tempore de sa (première ?) présidence, mais qu'il n'en touche pas un mot quand on l'interroge sur son aventure.

Donc : bien entendu qu'il n'y a pas d'extrême-droitisme dans tout cela, ça ne fait pas sens, mais simultanément il y a des entre-soi qui sonnent moins comme Culture que comme Malversation (encore que, selon le mot de Nietzsche dans le Nihilisme européen, éd. Mille et une nuits, la culture ne s'épanouit jamais mieux que par temps de corruption, versus l'épanouissement de la civilisation, par exemple romaine antique). A la fin, l'Académie française le reçut de justesse, précisément dans la lignée de son travail en faveur de la culture, du respect de l'héritage et de la conservation du patrimoine - notamment littéraire, évidemment, mais aussi relativement moral - malgré les flous de sa démarche, mais démarche demeurant pour le moins rectiligne.

A la fin, cette rectilignité, elle est souverainiste d'esprit.

Qu'est-ce à dire ?
Qu'apporte-t-il au débat public ?
Quels sont ses points aveugles ?
Que sais-je ?


Dernière édition par Malcolm S. Cooper le Sam 10 Sep 2016 - 13:57, édité 3 fois
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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  Prince' le Ven 9 Sep 2016 - 21:26

Sans originalité particulière
C'est bien ce qui défini le mieux nos intellectuels médiatiques.

Sur Finkelkraut, il y a un délit de sale gueule. Reste à savoir s'il en joue (in-consciemment) ou s'il le subit.
Sur ses idées, n'est-il pas plutôt conservateur* ? Effectivement, il n'est pas d'extrême droite (une marotte catégorielle de notre modernité dérangée).
Sur De Maistre que dit-il ? I. Berlin a produit une analyse excellente sur son compte. C'est lui qui le premier parle d'antimodernes.
Je serai curieux d'y trouver quelques similitudes avec Finkelkraut - similitude
Synhtése pas trop mauvaise


*Conservateur entendu dans son acception courante. Je n'entends pas l'assimiler à Oakeshott ou Léo Strauss, restons sérieux ! Même si définir sérieusement ce qu'est le conservatisme ne ferait de mal à personne. J'ai bien conscience qu'in fine le débat se situe sur cette question précise. Il sera toujours temps d'y revenir.
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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  Malcolm le Sam 10 Sep 2016 - 12:48

Sans originalité particulière
C'est bien ce qui défini le mieux nos intellectuels médiatiques.
C'est vrai.
Sur Finkelkraut, il y a un délit de sale gueule. Reste à savoir s'il en joue (in-consciemment) ou s'il le subit.
Oui.
Je pense en effet, qu'à la longue, il s'est assez aisément glissé dans le rôle du martyr des temps.
Sur ses idées, n'est-il pas plutôt conservateur* ? Effectivement, il n'est pas d'extrême droite (une marotte catégorielle de notre modernité dérangée).

*Conservateur entendu dans son acception courante. Je n'entends pas l'assimiler à Oakeshott ou Léo Strauss, restons sérieux ! Même si définir sérieusement ce qu'est le conservatisme ne ferait de mal à personne. J'ai bien conscience qu'in fine le débat se situe sur cette question précise. Il sera toujours temps d'y revenir.
Oui, tu n'as pas tort : il est plus conservateur que souverainiste : il ne se mêle pas de souveraineté, ou bien alors culturelle, via le conservatisme réhabilitant quelque idée de respect & autorité morale. Donc souverainiste en forçant un peu, ou en associant d'idées (j'avais dit "souverainiste d'espritt"). Où l'on voit que moi-même, je me laisse sociologiquement avoir par l'étiquette néoréacs, à vouloir amalgamer (tandis que, contradictoirement, les "anti-néoréacs" médiatisés crient haro sur les amalgames que feraient les "néoréacs" ... ).
Sur De Maistre que dit-il ? I. Berlin a produit une analyse excellente sur son compte. C'est lui qui le premier parle d'antimodernes.
Je suis désolé mais ma mémoire fait défaut. J'avais pourtant lu de A à Z les Antimodernes d'A. Compagnon. C'est juste que Compagnon y établissait des critères, qui ne valaient même pas bien pour ceux qu'il intronisait antimodernes. Par exemple : Nietzsche, quand l'un de ses critères est la croyance au péché originel. Après l'avoir étudié/démantelé, je suis passé à autre chose ... Mais, sur Berlin, je me régalerai de tes documents.

Je lirai ton lien en temps et en heure.
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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  Propos le Dim 30 Oct 2016 - 11:47

Alexandre del Valle inspire-t-il Alain Finkielkraut ? http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1523-les-vrais-ennemis-de-l-occident
Finkielkraut, qui par ailleurs prend déjà sur beaucoup d'autres (JF Revel pour l'impensée dominante, etc.) sans toujours bien les citer, et préférant citer ses dadas (Ch. Péguy, etc.).
[EDIT: j'ai parlé un peu vite, pardon : http://www.revuedesdeuxmondes.fr/]

A noter que, pendant que certains croient utiles de défendre un peuple juif introuvable ... A. Finkielkraut emploie allègrement Heidegger, Arendt, etc. et est athée laïc.
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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  LibertéPhilo le Mar 8 Mai 2018 - 10:15

Dada de Finkielkraut ou pas, Charles Péguy intéresse :

Atlantico
"Péguy le visionnaire" : un hussard de la République, héroïque et très actuel

1 point pour Finkielkraut.

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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  Shub le Mar 8 Mai 2018 - 12:15

Il y a un décalage spectral général (effet Doppler?) vers la droite et le neo-conservatisme (on les surnommait d'ailleurs les neo-cons !) de tout ce que la France compte ou comptait d'intellectuels "engagés" pendant une époque.
Finkielkraut que je lisais au début avec une certaine fougue n'est à mon sens qu'un symptôme de cette peur (peur quasiment panique au fait) qui les a envahis, lui et d'autres intellectuels, au moment de l'affaire du 11 Septembre... et qui a fait qu'il sont devenus chiraquiens dans un premier temps, sarkozystes dans une deuxième (voir feu André Glucksmann) et je crois qu'on pourrait parler du "syndrôme du 11 Septembre". Chirac puis Sarkozy et d'autres sont devenus les garants de l'ordre et la sécurité face au péril islamiste, le seul rempart apparemment pour eux...
Mais cela concerne aussi Alexandre Adler, son coéquipier Pascal Bruckner qui m'avait lui aussi enchanté une époque, moi et bien d'autres, avec leur Nouveau désordre amoureux.

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Re: Alain Finkielkraut (biopic)

Message  Mal' le Mar 8 Mai 2018 - 17:14

A proprement parler, il n'est de néo-conservatisme qu'américain, toute une stratégie politique autour de la famille Bush. En France, le schéma néo-conservateur est inapplicable comme tel et, s'il l'est, ça n'est pas à Alain Finkielkaut qu'il s'applique. Alain Finkielkraut est strictement conservateur, ce qui s'appelle conservateur.

Qui sont plus certainement les néo-cons ''à la française'' ? - Cliquez pour déployer:
Les néo-conservateurs, ce sont plutôt ceux qui font de postmodernité, tradition, et politique affairiste concomitante (c'est-à-dire, après les années 70 et la fameuse Condition postmoderne de J.F. Lyotard). En somme ? ... L'actuel président, avec éminences grises et affidés idoines : toute "la macronie".
Et, bien qu'Alain Finkielkraut puisse souscrire à des "macroneries" çà et là, avec ses adeptes de Causeur - sans parler de son immortalisation académique - il est tout bêtement dans une réaction conservatrice. Leur dada antislamiste ne ressort décidément pas de l'islamophobie, d'autant plus que la notion est apparue à cause de Khomeyni, pour châtrer toute critique de l'islam à la racine, sachant notoirement la crainte des Occidentaux devant les *phobies.
La notion d'islamophobie ressort de la taqiya (suivre).

Il ne faut pas succomber benoîtement aux réflexes médiatiques poussant tout contre-discours à l'extrême-droite, c'est ridicule (le fameux "pas d'amalgame"). Comment l'extrême-droite française, traditionnellement antisémite, pourrait-elle accueillir Finkielkraut, lui qu'on taxe sottement d' "euro-atlantiste sioniste" tenant un discours mainstream par ailleurs ? Soyons sérieux une seconde : les reproches s'affolent tant qu'ils ne sont pas crédibles.

Alain Finkielkraut défend le format héréditaire de la France IIIème République ; on peut ne pas y souscrire, on ne peut pas l'extrême-droitiser. Sinon, autant extrême-droitiser notre passé, et clore le débat démocratique tout de suite - ce qui, en fait, se fait assez régulièrement, par réflexes moralistes irréfléchis (cf. "l'indignation morale, idéo-affective", déjà relevée sur Aurélien Barrau).
Mais tout cela, c'est aussi la connerie due à la mode (déjà datée) des "nouveaux philosophes" (suivre) qui d'ailleurs soutiennent très bien "le néo-conservatisme français (et européen)" qui règne désormais.

Car tous ces réflexes moralistes irréfléchis à prétention philosophique, t'ont complètement fait perdre de vue que Finkielkraut est péguyste, ce qui était donc l'objet de la relance du topic : il n'y a pas que Finkielkraut, pour dire que le péguysme est sain, d'où suit que Finkielkraut le péguyste n'est certainement pas celui qu'on caricature sans l'avoir lu ni entendu calmement.

Charles Péguy n'était pas maurrassien, ni d'ailleurs barrésien !
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