Entretien imaginaire sur Charles Darwin

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Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Philosophos le Dim 9 Fév 2014 - 18:19

L'interviewer : Bonjour. J'aimerais revenir aujourd'hui sur les théories de Darwin. Il me semble qu'il s'est dit beaucoup de bêtises sur les idées de ce naturaliste.
Moi : Bonjour. Oui, vous avez raison. Dès la publication de l'Origine des espèces, une grande incompréhension s'est installée, à la suite de polémiques outrancières, auxquelles Darwin n'a jamais souhaité participer.
L'interviewer : Tiens, c'est curieux, je l'avais imaginé d'un tempérament combatif.
Moi : Il a toujours préféré se tenir éloigné des polémiques, sûr du sérieux de ses travaux et de leur valeur scientifique. De plus, il était d'un naturel anxieux et il était préférable pour sa santé (il était fréquemment malade) d'éviter les tensions inutiles.
L'interviewer : J'ai entendu parler de cette maladie, une fièvre paraît-il.
Moi : On ne sait pas grand chose là-dessus. Il aurait effectivement contracté une fièvre dans les forêts vierges du Brésil lors de son voyage à bord du Beagle, mais il pouvait aussi s'agir d'une maladie psychosomatique. En tout cas, le contraste entre le vigoureux jeune homme et l'homme adulte est frappant. Le capitaine Fitz-Roy, chargé de recruter l'équipage de son bateau, aurait jugé qu'il était trop faible pour ce voyage. Finalement, il s'est révélé être l'un des plus actifs à bord, ne cessant jamais de travailler.
L'interviewer : On dit aussi que sans ce voyage, Darwin n'aurait jamais été le grand Darwin qu'on connaît.
Moi : C'est incontestable. On cite souvent l'étape aux Galapagos comme décisive pour l'intuition de sa théorie de la sélection naturelle, mais on oublie de mentionner les émotions profondes et durables qui l'ont marqué durant ce voyage. C'est là que l'ex-futur pasteur, devant le spectacle de la nature, s'est débarrassé pour de bon de ses convictions chrétiennes. Mais pas tout à fait non plus, nous aurons l'occasion d'y revenir.
L'interviewer : Quand vous évoquez les Galapagos, vous faites allusion aux variations entre les espèces qu'il a observées d'île en île ?
Moi : Tout à fait. Et heureusement qu'un habitant de ces îles lui a mentionné ce fait, car sinon, il serait probablement passé à côté ! Les grandes découvertes tiennent parfois à peu de choses.
L'interviewer : En effet, oui ! D'où lui est venue cette idée de la sélection naturelle?
Moi : Vous serez surpris, mais il ne l'a pas tirée de ses observations de la nature. C'est un économiste, Malthus, qui la lui a suggérée, à son retour en Angleterre. Malthus pensait que l'espèce humaine finirait par manquer de ressources, et qu'il faudrait réguler les naissances. Darwin a cru reconnaître dans la nature une loi de ce genre.
L'interviewer : Mais n'est-ce pas anthropomorphique comme conclusion ?
Moi : C'est certain, oui, mais d'un autre côté, toute pensée humaine est, quelque part, anthropomorphique. C'est inévitable. Le tout est de savoir si cette loi fonctionne, et le fait est qu'elle fonctionne. C'est cela qui est extraordinaire à mon sens.
L'interviewer : Justement, comment expliquez-vous le formidable succès de cette théorie, et ses bouleversements pour la pensée humaine, similaires à la révolution copernicienne ?
Moi : Il existait déjà plusieurs théories pour expliquer l'évolution des espèces, dont la plus connue est celle de Lamarck. Un jeune naturaliste, Wallace, qui voyagea comme Darwin dans les mers du Sud, était arrivé aux mêmes conclusions que Darwin, avant de lui concéder loyalement la primauté de sa découverte. Le grand-père de Darwin lui-même, Erasmus, avait réfléchi sur l'évolution. Cette idée était à la mode, mais c'est Darwin qui en a donné une explication scientifique recevable. Avec le recul, on se dit que cette pensée, une fois transposée dans le domaine sociétal, comme on dirait aujourd'hui, correspondait très bien, ou au contraire s'opposait violemment aux idées politiques révolutionnaires de l'époque, le libéralisme, le socialisme, qui agitaient non seulement l'Angleterre, mais l'Europe tout entière.
L'interviewer : Darwin a été tenté par l'eugénisme, dit-on, mais il a aussi été récupéré par les socialistes.
Moi : Oui, du fait de ses contradictions. Il faut revenir en arrière, aux débuts de sa vie. Tout a commencé par une éducation très chrétienne. Darwin baignait dans une atmosphère très favorable à la compassion, au respect des autres, en témoignent ses réactions de dégoût devant l'esclavage et la façon dont on traitait les "sauvages". Il ne faut jamais oublier cet aspect de sa personnalité quand on veut comprendre les contradictions du penseur de la sélection naturelle, du caractère impitoyable de la nature. Plus tard, ayant considéré que l'homme n'était qu'une branche du grand arbre de la vie, et non une création de Dieu, il a voulu appliquer sa théorie à l'humanité. Une différence de degré et non de nature avec l'animal. Mais il a vu aussi que l'homme n'avait réussi à dominer les autres espèces animales que grâce à ses capacités sociales, en résumé à l'entraide. Si l'homme était un animal comme les autres, alors il devrait être soumis lui aussi à la loi de la sélection naturelle, qui élimine les êtres débiles. Or, nous dépensons une énergie folle à les secourir. Il ne viendrait à l'idée d'aucun éleveur de préserver ses animaux les plus faibles. Seulement, dit Darwin, ce serait aller contre la plus noble part de notre nature de ne pas aider l'humanité souffrante. Lui-même a beaucoup souffert de la mort de sa fille. Mariée à sa cousine, il a toujours eu peur que la consanguinité ait été à l'origine de cette mort. Très souvent malade, il a pu bénéficier du soutien de sa femme, très compatissante.
L'interviewer : Vous me dressez là de Darwin un portrait nouveau, une face que j'ignorais. Je n'avais retenu de lui que l'homme du "survival of the fittest". Nous n'avons pas abordé le fond de sa théorie. Voulez-vous que nous le fassions maintenant, ou préférez-vous que nous y consacrions une autre conversation ?
Moi : Je préférerais que nous en parlions une autre fois, car ce sujet risquerait de nous entraîner trop loin. Il n'y a pas que la sélection naturelle, mécanisme déjà fort complexe derrière son apparente simplicité.
L'interviewer : D'accord, mais permettez-moi d'aborder un dernier point. Etait-il l'athée inconditionnel qu'on nous présente aujourd'hui ?
Moi : Non, pas vraiment. D'abord, il s'est déclaré ouvertement agnostique. Il a  bien sûr émis des doutes sur l'existence de Dieu. Il existe une lettre très claire où il les expose ouvertement. Il s'agit d'arguments classiques en philosophie. Il était convaincu que l'admiration devant les merveilles de la nature, dans son cas, les immenses forêts vierges du Brésil, n'était que ce que Kant a appelé le "sentiment du sublime". L'autre argument contre l'existence de Dieu est sa cruauté. Un être infiniment bon n'aurait pas pu faire souffrir une enfant aussi innocente que l'était sa fille.
L'interviewer  : Il penchait donc nettement dans l'athéisme.
Moi : On peut le penser. Mais, fait curieux, la conclusion de l'Origine des espèces évoque un Créateur à l'origine du monde. Etait-ce un reste de ses croyances religieuses ? Une concession à l'église anglicane, pour apaiser les tensions qu'il savait inévitables suite à la parution de son livre ? Je pense que non. A mon avis, Darwin avait trouvé le juste milieu entre ses convictions religieuses et ses certitudes scientifiques. C'est comme s'il se défendait d'avance d'opposer les unes aux autres. "Il y a une véritable grandeur à penser ainsi la vie", dit-il en substance. La création est divine, mais à partir d'une ou de quelques espèces, les lois naturelles ont permis à la vie de se diversifier infiniment, et cette diversité est de jour en jour plus merveilleuse. On trouve aussi dans cette conclusion une sorte de théodicée. La souffrance, la lutte à mort aboutissent au fait le plus admirable, la production des animaux supérieurs. Darwin continuait donc à voir le monde sous un aspect chrétien, optimiste. Le meilleur des mondes possibles.
L'interviewer: C'est en effet troublant. Je n'avais jamais entendu parler de Darwin sous cet angle. Je vous remercie pour cet éclairage. A une prochaine fois donc, pour évoquer ses théories en détail.
Moi : C'est le privilège de Liberté Philo, nous n'avons pas besoin d'être consensuels ; étant totalement libres de tout respect et de toute obligation, nous pouvons nous permettre le luxe de l'originalité, et osons le dire, de la vérité, un luxe qui devient de plus en plus rare. Merci et à bientôt.

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Re: Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Neo' le Lun 10 Fév 2014 - 14:44

Je cite :
Moi : Tout à fait. Et heureusement qu'un habitant de ces îles lui a mentionné ce fait, car sinon, il serait probablement passé à côté ! Les grandes découvertes tiennent parfois à peu de choses.
L'interviewer : En effet, oui ! D'où lui est venue cette idée de la sélection naturelle?
Moi : Vous serez surpris, mais il ne l'a pas tirée de ses observations de la nature. C'est un économiste, Malthus, qui la lui a suggérée, à son retour en Angleterre. Malthus pensait que l'espèce humaine finirait par manquer de ressources, et qu'il faudrait réguler les naissances. Darwin a cru reconnaître dans la nature une loi de ce genre

C'est erroné. Dans un écosystème naturel, où l'homme n'interfère pas, il n'y a aucun risque de surpopulation, puisque justement un écosystème est par définition en équilibre. Et on voit par là même que notre espèce ne peut plus être comprise seulement par les lois de la nature. On sait autrement tout ce que Darwin pensait de Malthus et quelques autres, j'y viens. L'épisode des pinsons des Galapagos est devenu " grand public", un élément de la légende, monté en épingle pour édifier les foules à peu de frais. Dans les notes de son voyage, on voit les prémisses de la théorie de l'évolution à partir des arrêts sur la cote orientale de l'Amérique du Sud et avant l'arrivée aux Galapagos, notamment à propos de fossiles récents de marsupiaux géants du Brésil, en clair, pinsons des Galapagos ou pas, il aurait accouché de la théorie. Darwin élevait des pigeons. Et, très précisément, que fait l'homme en domestiquant une espèces sauvage et en travaillant à obtenir des variétés qui répondent à ses besoins concrets et/ou ludiques ( De l'utilité du yorkshire ! ) : il sélectionne. Ce n'est plus la nature qui sélectionne mais l'homme et à ses fins.
Le jeune Wallace était effectivement sur la bonne piste. Il correspond avec Darwin, qui ayant vécu ce cheminement, comprend que Wallace  fonce tout droit vers la solution, cela provoquera une publication anticipée, selon Darwin, alors qu'en fait il bétonne déjà depuis plusieurs années.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Russel_Wallace

Pour le " darwinisme social ", en plus d'être foncièrement contre, que " cela " porte son nom le catastrophait, alors qu'on sait que le nom correct est " spencérisme ", c'est Herbert Spencer qui théorise le " Darwinisme social " dont s'empare avec délices les économiste anglo-saxons, forts réputés pour leur humanité, ce qui vaut encore pleinement, pour euphémiser. Et que c'est un anarchiste français qui à la lecture des développements de Spencer forgera " darwinisme social ".

Darwinisme social, fiche wikipédia, extrait :
Envisagé à l’échelle de la compétition entre les individus, il préconise la levée des mesures de protection sociale, l’abolition des lois sur les pauvres ou l’abandon des conduites charitables. Herbert Spencer, un des idéologues, pense ainsi que « toute protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe social auquel ils appartiennent, dans la mesure où cette protection a pour effet [...] de le mettre en position d'infériorité face aux groupes sociaux rivaux1. » Son versant racialiste fait, à l’échelle de la compétition entre les groupes humains, de la « lutte entre les races » le moteur de l’évolution humaine. Il s’est conjugué à la fin du XIXe siècle avec les théories eugénistes.
Selon Patrick Tort, spécialiste de l'œuvre de Darwin, l'expression « darwinisme social » est apparue pour la première fois dans un tract intitulé Le Darwinisme social publié en 1880 à Paris par Émile Gautier, un théoricien anarchiste français. De son vivant, Charles Darwin s'est opposé avec vigueur à l'application « brutale  » de la sélection naturelle au sein des sociétés humaines, publiant en 1871 La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe contre le spencérisme. Il y avance que la sociabilité et l'empathie ont été sélectionnées au cours de l'évolution humaine.
Il est donc préférable et plus juste de nommer cette conception évolutionniste des sociétés le spencérisme

Nietzsche, qui n'encoure pas le soupçon de socialisme, pour le moins, à propos de Spencer parlera de " nausée ", de " divagation ", dit qu'une telle perspective est,  je cite encore strictement, " digne de mépris et d'anéantissement ". Nietzsche est un aristocrate, oui, mais surtout un aristocrate métaphysique, pas un capitaliste dont il réprouve et méprise les manières, la petitesse et la rapacité, en pressant parfaitement les " funestes conséquences ", à commencer par le socialisme, toujours selon Nietzsche. L'homme est d'abord un animal, parmi les autres ( Pour leur plus grand malheur, il est très officiellement la cause de la sixième grande extinction de masse dans l'histoire du vivant. ), mais décidément pas comme les autres.

Sinon, les biographies de Darwin nous montrent un homme qui somatisait à l'extrême, il semble que ce fut le cas de nombreux hommes de têtes, encore plus des génies ( Sade, Nietsche, etc, etc. ).
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Re: Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Philosophos le Lun 10 Fév 2014 - 17:17

Neopilina a écrit:Dans un écosystème naturel, où l'homme n'interfère pas, il n'y a aucun risque de surpopulation, puisque justement un écosystème est par définition en équilibre. Et on voit par là même que notre espèce ne peut plus être comprise seulement par les lois de la nature.
Darwin a fait le chemin inverse. Il ne s'agit pas d'une démarche de naturaliste, mais de philosophe, qui trouve dans les idées de son temps de quoi expliquer les observations multiples sans lien entre elles qu'il a accumulées. Ce lien, ce sera la découverte des théories malthusiennes. Et il a non seulement dans un premier temps appliqué la théorie de Malthus à la nature, mais ensuite, il a tenté de transposer cette nouvelle théorie issue du malthusianisme, la sélection naturelle, à l'humanité. Il a fait l'aller-retour, homme->nature puis nature->homme. Dans la Descendance de l'homme, il pense qu'il serait bon que l'on applique la sélection naturelle à l'homme, par analogie avec les éleveurs, c'est-à-dire l'élimination des plus faibles, en arrêtant l'aide aux pauvres et en leur interdisant le mariage, n'était la révolte que cette pensée nous inspire, l'absence de compassion qu'elle implique. D'autres n'auront ni cette éducation chrétienne, ni cette compassion.

L'épisode des pinsons des Galapagos est devenu " grand public", un élément de la légende, monté en épingle pour édifier les foules à peu de frais. Dans les notes de son voyage, on voit les prémisses de la théorie de l'évolution à partir des arrêts sur la cote orientale de l'Amérique du Sud et avant l'arrivée aux Galapagos, notamment à propos de fossiles récents de marsupiaux géants du Brésil, en clair, pinsons des Galapagos ou pas, il aurait accouché de la théorie.
Peut-être y serait-il parvenu sans son voyage aux Galapagos, mais c'est peu probable. Le premier dessin de l'arbre de vie a été réalisé en réfléchissant aux variétés qui se sont modifiées sur ces îles. Il observe également la similitude entre ces animaux et ceux d'Amérique du Sud, ce qui prouve leur modification.



Sinon, les biographies de Darwin nous montrent un homme qui somatisait à l'extrême, il semble que ce fut le cas de nombreux hommes de têtes, encore plus des génies ( Sade, Nietsche, etc, etc. ).
Darwin n'a été vraiment malade qu'après son retour en Angleterre. Il a aussi souffert d'une sorte de fièvre (mal définie) pendant son voyage. C'était quelqu'un de très nerveux, ce qui est effectivement la caractéristique de pas mal de génies.

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Re: Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Neo' le Lun 10 Fév 2014 - 22:47

Il a 25 ans à la fin de son voyage, il vit 73 ans, et il a été malade, un souffreteux chronique, toute sa vie.

Wiki ( Je n'ai plus de biographies de Darwin sous la main, mais j'en garde des souvenirs précis. ):
Tous ces efforts finissent par se faire sentir et, dès juin, il est forcé de s'aliter quelques jours sans interruption en raison de problèmes d'estomac, de migraines et de symptômes cardiaques. Tout le reste de sa vie, il devra plusieurs fois s'arrêter de travailler avec des épisodes de douleurs à l'estomac, de vomissements, de furoncles sévères, de palpitations, de tremblements et d'autres malaises, surtout dans les moments de tension, comme lorsqu'il doit assister à des réunions ou répondre à des controverses sur sa théorie. La cause de cette maladie reste inconnue de son vivant, et les traitements n'ont que peu de succès. Des essais récents de diagnostic suggèrent la maladie de Chagas, que lui ont peut-être communiqué des piqûres d'insectes en Amérique du Sud, la maladie de Menière, ou encore différents troubles psychologiques, comme le trouble panique. Les spécialistes restent encore dans l'incertitude à ce sujet
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Re: Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Philosophos le Mar 11 Fév 2014 - 8:32

Ce qui, comme je le dis dans mon Entretien, contraste étrangement avec l'activité dont il a fait preuve durant le voyage. Il serait étonnant qu'il n'y ait pas attrapé quelque chose.

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Re: Entretien imaginaire sur Charles Darwin

Message  Malcolm le Sam 20 Aoû 2016 - 23:54

En tout état de cause, la suite de l'entretien m'intéresse assurément :)
C'est un bon moyen de vulgariser, et je ne connais pas Darwin dans le texte, prenant cela pour une bonne entrée en matière, avec "le luxe de la vérité LibertéPhilotienne" ! *Héhéhey*

Plus concrètement, sur Nietzsche : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1064-qu-est-ce-a-dire

Il y a quelque volontarisme nietzschéen ("voluntapotentiarisme" ou "thélémadynamisme") par lequel la "force" n'est plus de cet ordre naturaliste en effet, et tend vers l'aristocratie par artificialisme (Clément Rosset) c'est-à-dire que : en tant que l'articité étymologique, la tekhnè, serait cause de tout. "L'anthropomorphisme" dit dans l'entretien imaginaire, est de cet art[efact] - certes inconscient ou nescient, de ce qu'il procède at least de l'inconscient cognitif ... sinon que dire "inconscient cognitif" c'est être naturaliste, à naturaliser cet art en lui trouvant un fondement observé naturellement ... alors que cette observation-même en procède artificialistement, comme anthropomorphisme & pire : comme théorie, toute inspirée de la pratique soit-elle.

En effet : comment l'observateur s'observant ne souffrirait-il pas des mêmes défauts d'observation que pour l'observation de tout observable et/ou observé en tant que considération (a)perceptive ? - c'est du Kant sans noumène et, a fortiori, sans chose en soi ; bref : du Nietzsche. Sans parler, donc, de la mise-au-carré opérée par la théorisation.

En somme, la "force" nietzschéenne, elle est l'énergie par laquelle on est à même de s'efforcer par-delà (tendant à l'aristocratisme, donc) sans lien exact avec le naturalisme de l'évolution des espèces, encore que le surhumain nietzschéen puisse être la résultante d'un tel effort dans un devenir évolutionnaire de l'espèce humaine (posthumanisme sans transhumanisme ; transhumanisme qui est proprement un "technumanitarisme" témérairement optimiste ou irresponsable, face à la fameuse "singularité technologique").

Bref : "l'évolutionnisme nietzschéen", s'il existe, résulte d'une gouvernance philosophique de soi (grande santé du grand style, débouchant collectivement sur la grande politique). Car, en tant que relativement "artificialiste", il n'est de "nature" nietzschéenne qu' "artificiale", ce qui est donc dire/ramener toute "humanité" (pensée comme qualitative) à "l'animalité" (pensée comme quantitative), en tant que ni l'une ni l'autre ne se dissocie, mais que l'une est l'autre par l'une comme l'autre, et notre conscience intellectuelle n'est qu'un fruit hasardeux très-illusionné sur son propre compte (voir à ce sujet : le Gai savoir) - sa propre "supériorité".

Or il semble que, pour Charles Darwin, l'humanité ait bien une distinction qualitative (le "christianisme" annoncé par l'entretien imaginaire sans creuser) de ce qu'elle procède du secours des malheureux. Sauf que, pour Nietzsche, ce secours est chrétien, donc, et on sait bien que toutes les sociétés humaines n'en procédèrent pas aussi activement que le christianisme (il est naturel de prendre soin des affaiblis, mais "contre-nature" de s'échiner massivement à les sauver sans sélectivité). Aussi bien voit-on le spencerisme/darwinisme social, être lui-même non-nietzschéen.

Nietzsche d'ailleurs, ne tarit pas ès railleries à l'égard des Anglais, dans son œuvre, et notamment Par-delà bien et mal, "Peuples & patries" ... Mais pourquoi donc Nietzsche me semble-t-il le plus intelligent de tous ceux-là cités ? :roll:

...

Enfin bref, cet entretien imaginaire m'a éclairé sur la présence de Charles Darwin parmi les philosophes, sur ce forum. Et puis, de toutes façons, comme je l'ai dit pour Aristote, la philosophie est la science (l'inverse n'étant pas exactement vrai).
L'esprit de disciplination experte-spécialiste nous tuera, et nous tue d'ailleurs déjà paranoïdement. A commencer par une base deleuzo-guattarienne, dans Capitalisme et schizophrénie I & II (l'Anti-Œdipe et Mille plateaux).
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