Philippe Muray, renégat de la gauche

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Philippe Muray, renégat de la gauche

Message  Malcolm le Mar 27 Sep 2016 - 18:29

Philippe Muray, contrairement à ce que son nom laisse croire, est un auteur français.

Philippe Muray, contrairement à ce qu'un certain "médiatisme" laissa entendre, n'est pas un réactionnaire :
Ph. Muray, in Essais, 'On purge bébé, examen d'une campagne anticélinienne', Belles-lettres, p.875, a écrit:Cette ridicule obsession du complot, qui se trouve au fondement de tant de pensées réactionnaires [...]
Philippe Muray leur est associé de longue date (depuis 2002) suite à un pamphlet plumitif de Daniel Lindenberg, qui regroupait en outre Élisabeth Lévy, fondatrice du magazine Causeur. Un organe de presse dit (néo)réac par ailleurs, quand l'étiquette de souverainiste lui irait mieux (Alain Finkielkraut, Natacha Polony), mais il se tient à distance de Zemmour ou méprise Dieudonné. Philippe Muray inspira à Élisabeth Lévy la fondation de Causeur, après sa mort en 2006 (le mag naît sur le net en 2007).

Or, si je parle si peu de Muray au "profit" du mag, c'est que de la biographie de Muray, on ne sait pas encore grand-chose, sinon qu'il vécut de publications dans N magazines & revues, regroupées entre autres dans ses dits Essais, mais aussi de la rédaction de romans policiers sous pseudonymes toujours cachés. Par ailleurs, il écrivit quelques romans méconnus sous son vrai nom.

Concrètement ("politiquement"), on pourrait le dire renégat de la gauche, vieux libéral, de ce qu'il apprécie la France telle qu'issue de la Seconde Guerre mondiale, résistantielle, soit donc la France solidariste institutionnellement, mais aussi primo-gaullienne, célinienne sans antisémitisme quant à lui qui apprécia son œuvre la plus chiadée (non-antisémite dans les termes, quand par ailleurs L.F. Céline produisit de la mauvaise qualité littéraire quand il antisémitisait - dixit le Céline, de Muray) ... donc une France parlementaire tumultueuse, intégrant intrinsèquement, fondamentalement, sans political correctness, le débat conflictuel, le négatif historique au sens de Friedrich Hegel. Par ailleurs, c'est un grand citeur/référencé de Nietzsche, à qui il trouvait de la maniaco-dépressivité machinique-modernisante dans l'éternel retour :
Ph. Muray, in le XIXe siècle à travers les âges, réf. de la page perdue hélas, a écrit:Ce serait déjà [le modernisme] plus proche de l’éternel retour de Nietzsche, à condition de sortir cette découverte  de  la  joie stridente, presque maniaco-dépressive, dans laquelle elle nous est annoncée. Éternel retour comme perception brutale de la technique [...] C’est ce qui arrive à l’humanité depuis le 19e siècle peu à peu. Elle se futurise, s’anticipe, se projette en avant. Se science-fictionnise ...
On le voit, ce penseur inclassable (les libraires ne savent où le ranger, entre leurs rayons de philo, de litté ou de socio), n'est pas progressiste non plus, ni moderne, ni contemporain, mais entre dans le champ de ceux qu'il est convenu d'appeler les antimodernes, les mécontemporains ... Or, je le disais renégat de la gauche, vieux libéral, certes sur la base historique dite (qu'il n'évoque jamais explicitement) ainsi que sur la base de Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Lévy (2005) et d'articles Causeur à son sujet (que Muray ne peut donc plus approuver) : cela ne veut pas rien dire.

Cela veut dire que cet homme, dans les dernières décennies du XXe et la première du XXIe, vit advenir un Empire du Bien, un monde Après l'Histoire, c'est-à-dire une planète qui, sur la base de l'Occident, dénie progressistement le Mal qu'elle sécrète & agit concrètement tous les jours, des interactions les plus "anodines" aux transactions les plus "globales".

Mais ce n'est pas tant qu'elle ne se reconnaît pas de "défauts", que ce fait qu'elle ne les endure plus, qu'elle ne veut plus endurer cette frustration, par quoi elle en appelle toujours & plus à se "moderniser" (Exorcismes spirituels, notamment Modernes contre Modernes) de telle sorte que ce qui semble contradictoire en elle ne concourt plus jamais qu'à la même fin : abolir la condition historique, négative au sens hegelien, c'est-à-dire tout bonnement la condition humaine, qui doit subir le Sort ou une sorte de Sort, de Malheur, de Souffrance, de Douleur, sinon qu'infantilement (Muray aime à psychanalyser) les Homini festivi que nous sommes tous en quelque manière, veulent généraliser la fête, faire de l'existence une fête permanente, un loisir permanent, une satisfaction, un "bonheur" permanents, des pieds à la tête de la société (récemment : le mariage asexué pour la base - sachant que ceux de la Manif pour Tous sont dans la même dynamique que les homophiles, - les affaires DSK, ou Hollande et Gayet pour le sommet, par exemples) sans plus de frustration psychique, sans plus de négatif-donc, comme s'il était seulement possible de s'amputer de ces phénomènes, jusqu'au transhumanisme.

Or, j'ai parlé de "Sort", et Ph. Muray est un drôle de catholique où Dieu y est assimilable, car il postule dans ses Essais qu'Il n'y a que la mauvaise foi qui sauve (en titre) dans un Désaccord parfait (titre anthologique) avec ce qui se déroule normalement, standarisément, correctement, politiquement, actuellement, dans la moindre des (comporte)mentalités. Ce catholicisme est bien plus une façon de se positionner éthiquement, voire philosophiquement, en tout cas anthropologiquement ... pragmatiquement, de telle sorte à bénéficier d'une extraction du "moderne" ou "contemporain", afin d'évaluation. Il ne milita jamais, il resta absolument non-prosélyte, en dehors des questions qu'on lui posa en ce sens, et qui sont la moindre des politesses en terme de réponse, à une époque où légalement la laïcité, comme séparation de l’Église et de l’État, reste une possibilité d'expression religieuse dans l'espace publique (en dehors de quelques aménagements sur les "signes ostentatoires" dans les institutions, rien que de cohérent à mon sens). Ce qui est dire que reprendre Ph. Muray sur la religion, serait totalement manquer Muray.

Muray qui se détacha donc de la mentalité degôche comme dirait, et sur son modèle dans la démarche, Élisabeth Lévy, qui ne se sent pas exactement de droite. "Ces gens-là" veulent simplement ne rien dénier psychanalytiquement, et pouvoir parler probement, honnêtement, des choses, en débattant sans pourrissement idéologique. Cela ne les dit pas encore "dans le réel", mais cela les fait assurément francs, ce que d'ailleurs Michel Onfray leur reprendra, dans la critique du gauchisme (ou ce qu'il en reste) contemporain.

En somme, donc, Philippe Muray est un penseur du contemporain, dans des motions très littéraires, où son projet, selon ses propres mots, était de dépeindre ce qui se passe : une psychose ordinaire généralisée, si généralisée que toi, lecteur qui me lit, et pour consciencieux que tu sois, tu ne puisses si aisément t'en dire exempt, quoi que tu en croies.

*

Causeur
Muray, souvenir d’une quinzaine antifasciste - 2002-2017: un entre-deux-tours chasse l’autre


Dernière édition par Mal' le Mar 4 Avr 2017 - 14:20, édité 1 fois
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Malcolm
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Re: Philippe Muray, renégat de la gauche

Message  LibertéPhilo le Mer 9 Mai 2018 - 22:05

Muray s'en prenait certainement, à gauche, aux mêmes que Guy Hocquenghem (suivre), je suppose.

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