Généalogie de l'establishment

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Généalogie de l'establishment

Message  Malcolm le Mar 7 Juin 2016 - 19:20

L’État, c'est d'abord un établi(ssement) (e)statique. C'est-à-dire une motion espérante humaine, par laquelle on veut pouvoir promettre holistiquement une (e)stabilité territoriale. Dans cet éta(blissement) (e)stable, ainsi qu'en une étable, ou une écurie, ou une grange ... on va trier, ranger, engranger, organiser, planifier, établir, administrer les différents pans de l'existence.

Clairement, il n'est d’État que dans ce souci sécuritaire/(re)censitaire-là, afin d'effectuation performante/maximisée de la gouvernementalité. Ca vient, dit Marcel Gauchet, du tournant axiologique ayant eut lieu dès la première antiquité impérialiste. Forcément : les mecs, sur une planète peuplée de moins d'un milliard d'habitants, ne rencontrent quasiment personne, et les armées peuvent "conquérir" à peu de frais. Or pourtant, il faut bien gouverner tout cela à distance, donc non content d'État/blir, on invente simultanément la connaissance & communication distancielle (l'écriture, qui commence par des registres comptables & des rapports). Or, comme cela semble magique, ainsi que toute technologie nous fait à peu près cet effet, l’État est spontanément et idéologiquement consubstantiel du divin (Mésopotamie : Akkad, Sumer, Babylone ; Amériques précolombiennes : Californiens, Aztèques, Mayas, Incas ; Asie : Chine, Inde, Cambodge, etc. ; sans parler de tous ces royaumes africains & océaniens dont je n'ai jamais bien eu vent).

L’État, donc, c'est un fonctionnalisme, un machinisme, un technicisme, une technologie de la gouvernance, qui est à distinguer d'autres types de gouvernements (chefferies, jarls, juges, sachems, chamanes, druides, etc.). Une technologie développée inhéremment aux grandes étendues & richesses à gérer, avec ces prémisses bureaucratiques de mandarins & magistrats qui n'atteindront vraiment leur perfectionnement qu'à partir de la Renaissance, encore qu'il me semble la Rome antique pas mal dans son genre, déjà : la Renaissance voudra la réactualiser, et ce fut auparavant "l'erreur de Charlemagne", que de ne pas se doter d'un tel établissement européen, mais "l'erreur de Napoléon" ne fut pas celle-là !

En somme, je dirais qu'un État est par soi une neutralité d'outillage gouvernemental, mais que ses possibilités sont terrifiantes, et que son humaine utilisation, elle, ne saurait être neutre, sans parler des possibilités de phagocytages qui ne sauraient autant exister sous d'autres formes de gouvernances. Au reste, le bureaucratisme-même, génétiquement, nous conduisit au totalitarisme, et je sens que tous les gardes-fous étatiques de tous les mondes (prescriptivement philosophiques ou non) ne sont à ce niveau-là que de la branlette (e)statolâtrique.

L’État est un atavisme prime-antique à l'heure du Web, encore que le Web n'existerait pas sans l’État, ses recherches armées, etc. Paradoxe.
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Malcolm
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Du tribalisme

Message  Mal' le Mer 14 Fév 2018 - 15:01

Il se passe autre chose encore, dans la genèse d'un establishment, qui est un devenir-métaréaliste du monde.

La première fois que j'ai parlé de métaréalisme sur ce forum, symptomatiquement, c'était justement sur la notion de secrétariat, de bureau, de gestion. Mais de quoi s'agit-il ? ... On pourra s'informer au lien juste donné. Précisons encore : "Le métaréalisme est au réalisme, ce que le métalangage est au langage, mais pas ce que la métaphysique est à la physique bien qu'il s'en veuille."


  • Sur le rapport langage/métalangage, je conseille d'explorer ce lien, sur la phrase-T d'Alfred Tarski. En somme, le métalangage, c'est le langage quand il parle de soi-même, redoublant ainsi l'entente logique, tout comme la conscience de soi est une sorte de conscience de conscience. Ce qui donc, permet de dire que le métaréalisme double le réalisme. Or il le double, dans les deux sens du terme : d'une part, le métaréalisme dédouble le réalisme (de même que la notion de métalangage dédoublait le langage, singulièrement) ; d'autre part, le métaréalisme dépasse malotrusement le réalisme (comme quelqu'un voudrait vous doubler dans une file d'attente).
  • Sur ce point de dépasser malotrusement, le métaréalisme soutient aussi la comparaison avec la métaphysique. C'est-à-dire qu'il est de sens commun aujourd'hui, de dire que la métaphysique est inutilement de trop. En effet, le métaréalisme, dans la mesure où il double le réalisme, est inutilement de trop - et c'est le même problème d'ailleurs, lorsqu'il s'agit de croire que le métalangage est d'une autre essence que le langage (comme sur la phrase-T d'Alfred Tarski) car après tout, langage ou métalangage, c'est toujours langage qui parle de quelque chose en tant que langage, serait-ce de soi-même en tant que langage. Mais enfin ! la métaphysique, pour y revenir, n'est pas morte aujourd'hui. Et, vivante, elle cherche toujours à démontrer qu'elle est utile à la physique, en tant que question sur les tenants et les aboutissants, les sources et les fins, ultimes. Hélas, le métaréalisme n'y va qu'à tâtons depuis son surplomb réaliste, et ne peut que procéder soi-même d'un réalisme spécifique, sans jamais saisir les tenants et aboutissants, les sources et les fins, ultimes. Donc le métaréalisme ne fait que s'en vouloir (de la métaphysique), à convoquer et se légitimer, justement, et comme je le disais dans le premier post, du divin, d'une idéologie, etc.

Ainsi donc, de l’État (et je sais que, ce disant, je rejoins les philosophies politique anarchistes, libertariennes ou néolibérales, diversement selon leurs spécifications sous-théoriques divergentes et autres différances tendancielles, différance avec un a comme dans Derrida).

Mais que se passe-t-il, au juste, avec l’État ? ...

Comme je le disais au post ci-dessus :
Invité a écrit:L’État, c'est d'abord un établi(ssement) (e)statique. C'est-à-dire une motion espérante humaine, par laquelle on veut pouvoir promettre holistiquement une (e)stabilité territoriale. Dans cet éta(blissement) (e)stable, ainsi qu'en une étable, ou une écurie, ou une grange ... on va trier, ranger, engranger, organiser, planifier, établir, administrer les différents pans de l'existence.
J'aurais pu tout reprendre mais, en somme, il s'agit du tournant axiologique décrit par Marcel Gauchet, selon lequel les peuples passèrent de mondes pré-étatiques à des mondes étatiques (où je ne sais pas si nous pouvons passer à des mondes post-étatiques, comme l'escomptent anarchistes, libertariens ou néolibéraux, diversement selon leurs spécifications sous-théoriques divergentes et autres différances tendancielles, différance avec un a comme dans Derrida).

Dans tous les cas - et c'est encore plus patent avec le rationalisme moderne et Désenchantement du monde idoine (Max Weber, sur la bureaucratisation) - il appert que l'étaticité (l'essence de l’establishment) correspond à un métaréalisme, rapport au réalisme des vies quotidiennes. Le métaréalisme les embrassent, c'est-à-dire qu'il embrasse leur réalisme en les traitant, c'est-à-dire en en faisant des données secrétariales, documentaires et paperassières : bref, des dossiers - genèse du big data contemporain, facilité exponentiellement par le numérique. Mais enfin, la dossiérisation est un effet de l'étaticité comme le miel de la ruche, en tant que l'étaticité est procédurière. (Auquel point, j'en appelle à Milan Kundera sur les possibilités humaines dans le monde actuel, à caractère totalitaire.)

Je m'explique :


  • Dominique est une personne dont toutes les connaissances attestent la fiabilité courante. Néanmoins, un jour que Dominique est en entretien avec son équipe sur des points essentiels, oubli est fait de prévenir le cadre avec qui il y a rendez-vous.
  • Le cadre, depuis son bureau, active la procédure "absence" dans le dossier "Dominique" (où Dominique ne désigne plus une personne, mais sert de matricule-individuel et de référence-dossier - la plupart du temps, Dominique y sera référé par un numéro d'attribution).
  • Puis, un client de Dominique diminue d'une heure tel rendez-vous, en dernière minute. Dominique consulte ses messages et, du fait de la dernière minute, comprend que le rendez-vous est annulé au lieu que d'être diminué d'une heure, car son rendez-vous commença par s'épandre en excuses et à annoncer un chevauchement d'agenda quant à lui.
  • Bref, Dominique n'est pas une machine, et ignore ce rendez-vous. Seulement, son rendez-vous qui l'attend, contacte son cadre qui, à ce stade, réactive la procédure "absence" dans le dossier toujours aussi impersonnel (quoiqu'on nomme cela ressources humaines) "Dominique".
  • À la troisième absence, Dominique recevra un blâme, et ce blâme pèsera dans toutes les décisions futures quant aux évaluations bureaucratiques de sa fiabilité - alors que toutes ses connaissances attestent sa fiabilité courante.

Que s'est-il passé ?

Sur la base de réalités diverses, proprement réalistes, l'establishment - via la personne du cadre, qui de toutes façons est lui-même sujet à bien d'autres procédures et dossiérisations idoines - vient de sécréter en bureau secrétarial, une métaréalité, c'est-à-dire une réalité procédant d'autres réalités, mais sans prégnance directe, car ne marchant que de soi-même pour soi-même en soi-même, endogamiquement ... j'ai nommé son métaréalisme, pseudo-métaphysique d'une situation imposée à la physique des situations, tenant un métalangage extra-situationnel depuis les langages propres à chaque situation.
C'est-à-dire que l'étaticité, l'establishment, leurs procédures et leurs dossiers - qui, comme vous le comprenez bien, ne sont pas propres aux États, mais à toutes les bureaucraties, dont d'entreprises (ce qui est extrêmement valable des firmes transnationales, ONG lucratives entre les ONG censément non-lucratives) - c'est-à-dire, disais-je, que ce phénomène fallacie (to fake) intrinsèquement et sans ménagement par-devers tous ses néo/managements - et justement à cause de tous ses néo/managements - le réalisme des réalités, au seul principe de sa marche métaréalistes sécrétant les métaréalités par lesquelles il escompte gérer les réalités.

Autrement dit, le métaréalisme des establishments étatico-entrepreneuriaux confectionne des métaréalités (statistiques, dossiers, schémas, tableaux, ingénieries) depuis lesquelles il prétend à la réalité. C'est complètement tordu, il n'y a pas d'autre maux.

Où vous remarquerez nettement, que le néolibéralisme n'est pas la solution, puisqu'il laisse-faire les bureaucraties d'entreprises. Le libertarianisme n'y peut rien quant à lui puisque, au nom de ses principes mêmes, il doit permettre que certains bureaucratisent à l'envi ; de plus, le libertarianisme procède d'une gentillesse interhumaine monstre. L'anarchisme enfin, semble le plus conséquent, avec ses problématiques spécifiques toutefois, à commencer par cela qu'il compte tout purement sur l'autodiscipline, la bonne foi et la bonne volonté, des Hommes.

Au final, il me semble que la chefferie communautaire soit la forme la plus naturelle d'organisation, comme il advient souvent dynamiquement dans nos groupes d'amusement - avec certes ce relâchement festif, de pouvoir se dissoudre en un rien de temps. Bref, un tribalisme. Ce qui, pour ceux qui se souviennent de l'intervenant-forum, était de Ragnar, sur la biodynamique des groupes, à 7-40-150 optimum-maximum. Reste qu'aucune politique ne saurait ignorer alors, les délires métaréalistes de toute bureaucratie (exemplairement sans conteste, quoique point Godwin, le nazisme, mais aussi les scandales de la vache folle, du sang contaminé, ad nauseam).


Dans la veine, j'avais un jour écris :
Noblesse de cœur n'est pas noblesse de chiffres

Sur les cendres d'une époque féodale allègrement célébrée par le cinéma hollywoodien-même, à travers force films sur le roi Arthur, les croisades à Jérusalem, Robin des Bois, etc. naquit une époque absolue allègrement dénigrée par le cinéma hollywoodien-même, à travers force films sur la Révolution, américaine ou française, sans évidemment parler du cinéma français et ses Ridicules, Jacquou le Croquant, Pacte des Loups, etc. avant que ne s'élève une époque terrible allègrement horrifiée par le cinéma hollywoodien-même, à travers force films sur les Misérables, Germinals, etc. et aujourd'hui toujours avec ses Gangs of New York, Gatsby le Magnifique, Ennemis d’État, Le Loup de Wall Street, etc.

Où l'on voit se succéder la noblesse d'épée (féodale, héréditaire), la noblesse de robe (absolue, parvenue, achetant ses titres de noblesse), et la "noblesse de chiffre" (terrible, bourgeoise, financière). Cette "noblesse de chiffre" qui n'a pas l'honneur de la noblesse d'épée, et qui n'a pas la révolte de la noblesse de robe, et qui n'a que le réseau conforté & conformatif de ses chiffres.

C'est cette "noblesse de chiffre" qui, surfant sur la corruption de la noblesse d'épée par la noblesse de robe (courtisane), achève la corruption vindicative de ladite robe, pour le véreux, la "vérosité", des chiffres, auxquels on peut faire tout & rien dire. Surface perverse, retorse, distorse, tordue, égalitariste par l'accès aux marchés, que s'établissent les plus véreuses familia technique'étatiques grand'entrepreneuriales/grand'entrepreneuriales technique'étatiques, sur le modèle de la mafia tant critiquée en Sicile, mais adorée ès films tels que le Parrain, les Affranchis, etc. qui ne sont rien d'autres que l'image exacte du lucrativisme capitaliste : l'ouvrage Freakonomics avère que les distributeurs de drogues tiennent les mêmes livres de comptes que nos comptables étatiques-entrepreneuriaux, selon les mêmes bureaucraties hiérarchiques - à partir de quoi tout cela relève bien des terribles freaks, qui se montrent médiatiquement en spectacle, à la manière des circus du dix-neuvième far western et washingtonien.

Sinon que ces freaks s'exposent de leur plein gré, et ne sont pas du tout/plus du tout, des marginaux, mais au cœur même d'une organisation mondialiste : G20, Siècle, Bilderberg, Sommet de la Terre, etc. par quoi ils nous ont si bien terrifiés qu'ils freakèrent/friquèrent l'univers, auxquels nous nous rendons assez insouciamment quand on y regarde bien, nous, devenus aussi freaks/frics qu'eux, par égalitarisme fondant tout dans la masse, sauvagerie adorée.

A partir de quoi, disposant chacun d'un accès relatif aux marchés, nous aspirons tous plus et moins connement à cette noblesse de chiffre, noblesse virtuelle, noblesse de pacotille, noblesse de Panurge, ainsi que des Pantagruel & des Gargantua désireux de devenir plus gros encore, ainsi que la grenouille de la fable, et tous explosent alors en s'exposant ainsi freakement/friquement, à la manière d'Apollo 13, sorte de réactualisation du mythe de Babel inversé. Inversé parce que nous communions tous dans le même "langage" mutique des chiffres, silencieux comme de bons cons individualistes commerciaux humanitaires avec conditions idoines. Mais c'est une véritable Atlantide réalisée, à laquelle nous assistons, civilisation suicidaire.

Où donc passa la noblesse de cœur ? Cette noblesse dont nous disposions tous potentiellement, adolescents, et que l'adolescence actuelle tente assez de faire valoir, hollywoodiennement-même, ès Hunger Games, Maze Runner/Labyrinthe, 5ème Vague, et autres teen movies de même (dis)qualité ? ... Elle meurt cette noblesse, parce qu'on la ravala ès adolescenteries, alors que nous sommes tous adultes physiologiquement dès après la puberté, soit en moyenne à 15 ans.

Elle meurt cette noblesse, parce que nous nous entre-infantilisons tous, du haut au bas de l'échelle sociale, en nous imaginant des "adultes" en noblesse de chiffre insignifiante - ou en rejetant "l'adulte" quand on voit ce à quoi il aspire infantilement désormais : enfants éternels, éternellement révoltés.

Non.

La noblesse de cœur, c'est la noblesse du courage (même étymologie l'un et l'autre), la noblesse de valeur (étymologiquement : être fort), la noblesse de vie (étymologiquement : force). Cette noblesse de cœur qui n'a pas peur des inégalités, pourvues qu'elles soient sensées, signifiantes, et sensées/signifiantes de ce que cette noblesse-ci sait (savoir-être, savoir-vivre, savoir-faire) - de ce qu'elle sait la fatalité du rang instinctif et naturel, nous faisant tous différents.

Mais les chiffres sont les mêmes pour tous.
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