De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

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De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Jeu 6 Oct 2016 - 16:04

Considérant en premier lieu la définition de la substance donnée par Spinoza ; "[...] ce qui est en soi et qui est comme par soi, c’est-à-dire ce dont le concept n’a pas besoin du concept d’une autre chose duquel il doive être formé."

Considérant en deuxième lieu la définition de l'attribut donnée par Spinoza ; "J’entends par attribut ce que l’entendement perçoit d’une substance comme constituant son essence."

Je ne peux que constater une contradiction.

La pièce maîtresse de la description de substance est la complète indépendance d'un concept vis-à-vis de n'importe quel autre. Or affirmer cette complète indépendance, c'est ne rien faire d'autre qu'affirmer une transcendance puisque je suis dans l'incapacité de penser quoi que ce soit posé ailleurs que dans une étendue. Que ce soit un point infiniment petit ou une étendue infiniment grande, je pose chacun de mes concepts, irrémédiablement, dans un espace et une durée. Ainsi, pour pouvoir affirmer a minima que la substance est ce qui est conceptuellement autonome, je me dois d'utiliser le concept d'existence, celui d'autonomie et donc de la relation (empêchée), celui encore de concept, tout simplement, et quantité d'autres. Il s'agit donc ici d'un exercice de pensée projectif, une hypothèse invérifiable par nature.

On ne peut à ce stade blâmer Spinoza, après tout il pose les jalons qu'il souhaite, c'est son droit le plus strict. Mais lorsque la définition d'attribut s'invite dans la danse, alors les sirènes de l'apocalypse résonnent car la transcendance affirmée dans la première définition, celle de substance, se heurte de plein fouet au contact perceptif entre deux entités, l'entendement et la substance, dans la définition de l'attribut. C'est bel et bien l'entendement qui perçoit quelque chose. Où la chose en soi spinozienne, car sa substance y fait fortement penser, se laisserait tout de même percevoir, mais par quelque chose de mystérieux nommé ici entendement, et uniquement en termes d'étendue et de pensée.

Il y a un je ne sais quoi de circulaire, ne trouvez-vous pas ?

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Le Repteux le Jeu 6 Oct 2016 - 17:28

Il y a de la récursivité dans tout, j'ai même montré comment elle se trouvait à l'origine du mouvement, alors c'est tout à fait naturel qu'il y en ait dans nos raisonnements. Quand on les pousse dans leurs retranchements, ils se mordent tous allègrement la queue. La seule manière de progresser est donc de déraisonner, quitte à se tromper, et à déraisonner autrement le cas échéant.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Jeu 6 Oct 2016 - 22:22

CW a écrit:La pièce maîtresse de la description de substance est la complète indépendance d'un concept vis-à-vis de n'importe quel autre. Or affirmer cette complète indépendance, c'est ne rien faire d'autre qu'affirmer une transcendance puisque je suis dans l'incapacité de penser quoi que ce soit posé ailleurs que dans une étendue
Non.
Comme dirait Nietzsche, c'est l'homme pris dans les rets du langage.
Depuis la grammaire stoïcienne, on n'a jamais fait beaucoup mieux qu'enregistrer cela, que les substantifs sont des substances ... et que les adjectifs sont des attributs.
Paradoxalement, l'adjectif peut bien être substantivé, mais c'est un phénomène progressif que cela, avec notamment les mots en *ité (facilité, amabilité, etc.) encore que le suffixe *itas gouverne assez bien son latin.
Bref : à ce stade, c'est la logique illogique.
Pour autant, quand je lis homme, et quand bien même je forme humanité dessus ou à peu près ... homme me semble naïvement plus substantiel que l'adjectif hollandais qui le complétera éventuellement : hollandais est là attribut d'homme, pour spécifier Spinoza, dont la substance est homme, et l'attribut hollandais.
Je sais, ce n'est plus exactement convaincant depuis l'avènement de la linguistique et de ses précurseurs philologues, etc. mais il n'en reste pas moins qu'on en est là et, pour revenir à Nietzsche : quand bien même il sentit en Spinoza un précédent philosophique, il n'en reste pas moins que Spinoza, eut égard au nietzschéisme, est risible. Or, il l'était déjà au plan de l'immoralisme, puisque l'immoralisme spinozien est au fond moral par excès de rationalisme ... ce même rationalisme qui le plante alors, concernant la substance et l'attribut + circularité.

Néanmoins, il faut conjecturer que Spinoza - et pour imparfait que soit le langage, eut égard au spinozisme - est dans une ontologie réaliste (y compris au plan linguistique), dans laquelle fonctionne très bien le spinozisme donc : veritas aedequatio intellectus et rei est. Par quoi, "hélas", il a loupé le coche de la querelle scolastique réalisme/nominalisme linguistique, par laquelle règne désormais le nominalisme dans notre épistémologie post-nietzschéenne, post-wittgensteinienne, post-foucaldienne, etc.

Cela ne laisse pas moins à Spinoza sa valeur.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Jeu 6 Oct 2016 - 23:51

Sauf que chez Spinoza, sa substance est unique et se suffit à elle-même. Là réside tout le problème.

A moins que je n'ai pas compris entièrement ce que tu veux signifier dans ta réponse ?

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Jeu 6 Oct 2016 - 23:54

Peut-être.

Mais, à tout le moins, la substance spinozienne, c'est Deus sive Natura, panthéiquement, donc a-conceptuellement, en dehors du nom de Dieu.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 0:03

Malcolm a écrit:Peut-être.

Mais, à tout le moins, la substance spinozienne, c'est Deus sive Natura, panthéiquement, donc a-conceptuellement, en dehors du nom de Dieu.

Dans ce cas sa conception se rapproche dangereusement d'une forme de condition pour l'expérience. Le vérifier est aisé : ôte le concept de substance chez Spinoza, que reste-t-il de son système ? Rien. En fin de compte il aurait mieux valu, tant qu'à faire, se contenter d'énoncer la contingence, tant des choses que des formes d'entendement, sans préciser quoi que ce soit sur l'"origine" de cette contingence et du fait de l'expérience sensible. En avançant une substance une, il calque inévitablement sur chaque représentation un double évanescent transcendant.

Q. : Quelle est la plus-value de la substance dans son système ?

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Ven 7 Oct 2016 - 8:16

Dans ce cas sa conception se rapproche dangereusement d'une forme de condition pour l'expérience. Le vérifier est aisé : ôte le concept de substance chez Spinoza, que reste-t-il de son système ? Rien.
Peut-être, mais elle en fait partie, comme Tout. On ne peut pas en faire l'économie dans l'abord du spinozisme.
En fin de compte il aurait mieux valu, tant qu'à faire, se contenter d'énoncer la contingence, tant des choses que des formes d'entendement, sans préciser quoi que ce soit sur l'"origine" de cette contingence et du fait de l'expérience sensible.
Mais ce n'eut pas été le spinozisme alors. Et puis, ne pas ignorer l'anthropologie historique & culturelle dans laquelle il appert : l'âge classique hollandais, protestant, scientifisant progressivement, tout doucement libre-penseur.
En avançant une substance une, il calque inévitablement sur chaque représentation un double évanescent transcendant.
Euh ... Spinoza est plutôt connu pour son immanentisme radical. Deus sive Natura, dans une ontologie réaliste-rationaliste. Ce qui est dire que ce que tu vis, quand bien même tu peux "décoller", est la substance en tant que tu l'es et que tu l'as parcourt comme une de ses modalités parmi ses modalités, "attributivée(s)". D'ailleurs, même tes potentiels "décollages", pour dérationnels qu'ils soient jusqu'à l'irraison, sont encore des modalisations attributives de la substance.
Q. : Quelle est la plus-value de la substance dans son système ?
L'immanentisme radical, donc.

On peut reprocher à Spinoza (ce que j'ai fait dès les débuts de son Éthique, pour quoi je n'ai pas poussé trop avant ma lecture) c'est que tout chez lui se fait per definitio. En effet, ayant posé progressivement substance, attribut, mode, pour en faire découler que Dieu = substance infinie, dont tout serait attribut et mode, et quand bien même tout l'édifice systématique est une cathédrale rationnelle more geometrico, on voit bien que l'on entre alors dans une "caisse de raisonances" pure. Qui néanmoins, vaut tout aussi bien qu'un matérialisme & naturalisme radical, à la Ragnar II du temps où il militait massivement ici dans ce sens, en prisant d'ailleurs - au moins textuellement - le spinozisme. C'est pourtant un système dogmatique, aussi libérateur d'un certain moralisme soit-il, sans parler de son pré-positivisme relativement adapté à nos jours encore.

A un moment donné, on doit être spinozien, c'est ainsi. Mais cela n'ôte rien à sa valeur, je le répète. Sortant de la lecture du Traité politique, il faut réaliser que sa perspective est contributive, enrichissante, comme toute philosophie, des présocs aux postmods contemporains.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 10:13

Si son système était vraiment immantentiste, il aurait pu dire que la substance Une est ce de quoi tout part, qu'elle s'assimile à l'entendement. Mais il n'accorde à l'entendement qu'une parcelle limitée de l'infinité supposée des attributs de la Substance, c'est-à-dire de soi même. Spinoza offre donc un immanentisme qui ne se connaît pas entièrement lui-même sans en donner l'explication. Et c'est précisément cette absence d'explication qui ébranle son jeu. Un immanentisme doit être complet, entier, sans quoi il ouvre la porte au transcendant.  Quel sens y a-t-il à affirmer qu'un attribut est nécessaire pour imaginer tous les autres (sans entendement, son système s'effondre à nouveau).

Spinoza reste substantialiste, à la limite du dualisme même. Car qui est ce tu dont toi-même use et abuse ? En gros, la substance qui se parcourt elle-même en s'auto-limitant ? Bref, plus d'âme, plus d'esprit et le néant après la mort ? Et quid d'autrui ? La même substance ?

Cela dit, je vois très bien son idée de Substance Une de laquelle tout, absolument tout le possible "découle". Mais cela ne tient pas logiquement.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Hks le Ven 7 Oct 2016 - 10:30

Crosswind a écrit:Ainsi, pour pouvoir affirmer a minima que la substance est ce qui est conceptuellement autonome, je me dois d'utiliser le concept d'existence, celui d'autonomie et donc de la relation (empêchée), celui encore de concept, tout simplement, et quantité d'autres. Il s'agit donc ici d'un exercice de pensée projectif, une hypothèse invérifiable par nature.

C'est à dire que Spinoza ne dit pas que  la substance est essentiellement une assertion (disons "assertion" comme expression linguistique  d'un concept).
Il ne dit d' ailleurs pas plus que la substance est un concept.
Au plus dirait- il que le concept de substance est un concept.(tautologie).

Spinoza qui a conscience qu'il est en train de penser (et d' écrire ) parle donc de la conceptualisation de la substance.
D 'où la  répétition de intelligo (voire de dicitur).(il fait une description phénoménologique de l'intelligo visé.)

crosswind a écrit:Il s'agit donc ici d'un exercice de pensée projectif, une hypothèse invérifiable par nature.
Tout le problème est alors celui des invérifiables par nature .
Tu te reportes si souvent à la conscience laquelle m'apparait  comme justement un invérifiable par nature !
Mais est ce le seul invérifiable par nature ?

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Hks le Ven 7 Oct 2016 - 10:40

crosswind a écrit:Quel sens y a-t-il à affirmer qu'un attribut est nécessaire pour imaginer tous les autres (sans entendement, son système s'effondre à nouveau).
Spinoza fait un description phénoménologqiue de notre expérience de la substance et comme tu le dis si bien plus haut  
crosswind a écrit:je suis dans l'incapacité de penser quoi que ce soit posé ailleurs que dans une étendue.


Tu reprends exactement ce qui conduit Spinoza à poser l'étendue comme essentiel à notre intellection de la substance. On ne peut pas le lui reprocher.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 10:55

Salut hks, content de te "retrouver" (et merci pour ta participation) !

La substance de Spinoza, finalement, n'a pas d'étendue, (n'est donc ni un point, ni un volume, ni une surface ni rien de ce genre), n'a pas de volonté propre (ce n'est pas elle qui crée les attributs). Elle est, simplement, d'un certain point de vue interne, elle est la contingence totale des expériences. C'est un champs illimité des possibles vu depuis l'un (ou plutôt deux) d'entre eux.

L'étendue et la pensée sont des possibles, des attributs, vécus dans mon cas, mais d'autres possibles pourraient tout aussi bien étre. Fort bien. Mais ce qui est alors gênant aux entournures, c'est tout d'abord l'hypothèse de la contingence. En réalité on ne peut affirmer la nécessité de la contingence (on n'en sait rien du tout). On n'a aucun moyen de départager une contingence absolue d'une étendue affirmée ontologiquement (en tant que principe premier). Ensuite, et c'est à mon sens plus important, l'éveil aux concepts d'étendue et de pensée, le fait plein et entier de l'expérience n'est, si je ne m'abuse, pas assimilé à un attribut. C'est pour cette raison que j'assimile volontiers son concept de substance Une, "source" d'un champs des possibles sans limites, au fait conscient. C-à-d que, pour pouvoir pénétrer les attributs, il faut bien un éveil, une ouverture à... Et c'est exactement le rôle de sa "substance" Une. Mais il semblerait que cette vue ne soit pas partagée par tout le monde, et probablement pas par l'auteur lui-même puisque, si sa substance Une n'est ni étendue ni pensante, elle n'en reste pas moins dotée d'une caractéristique : la capacité d'être cause d'elle-même. Or pour pouvoir attribuer une caractéristique, il faut quelque chose, il faut un substrat apte à la recueillir... Et donc, la substance de Spinoza est un Etant, un monisme neutre dans le sens où ce n'est ni une substance pensante, ni une substance matérielle qui est à l'origine, mais une substance "neutre" qui permet à un entendement humain de saisir deux de ses attributs. Et c'est encore là qu'un problème se pose car, cet intellect, quel est-il ? Un attribut ? Un dérivé d'un attribut ? Autre chose ?

Et donc, pourquoi les critiques envers Spinoza comme moniste neutre ? La seule voie que je pourrais imaginer étant celle qui nie la qualité proprement substantielle à la Substance Une, cette dernière ne revêtant aucune caractéristique et se contentant de n'être qu'un constat phénoménologique du fait qu'il y a.

Et enfin, nous retombons ici : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t420p850-reflexion-sur-la-question-de-dieu

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Ven 7 Oct 2016 - 16:07

Ce qui me dérange Crosswind dans ta démarche, c'est qu'elle a son relent de scolastique, de disputatio volo. C'est-à-dire que tu me sembles surtout chercher à invalider pour invalider, par dégoût, indépendamment de l'intérêt spinozien. Et c'est drôle alors, comme ton parti-pris déclaratif pour l'absence de fondement ou assimilé, scientifiquement, cherche des arrêts définitifs sur tout ce qui le chiffonne. En ce qui me concerne, cela chiffonne mon goût perspectiviste.

Modération : Hks, laisse de côté le double-postage, merci - http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1424-du-bon-usage-du-forum
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Hks le Ven 7 Oct 2016 - 16:09

crosswind a écrit:La substance de Spinoza, finalement, n'a pas d'étendue, (n'est donc ni un point, ni un volume, ni une surface ni rien de ce genre), n'a pas de volonté propre (ce n'est pas elle qui crée les attributs). Elle est, simplement, d'un certain point de vue interne, elle est la contingence totale des expériences. C'est un champs illimité des possibles vu depuis l'un (ou plutôt deux) d'entre eux.

L'étendue et la pensée sont des possibles, des attributs, vécus dans mon cas, mais d'autres possibles pourraient tout aussi bien étre. Fort bien.
Il me semble ( excuse- moi) que c'est la substance de crosswind ( pas celle de Spinoza ) :).
Je ne dis pas que ta définition soit tout à fait hors du propos de Spinoza mais qu'elle introduit des inflexions problématiques.(ce que je souligne)

crosswind a écrit:C'est pour cette raison que j'assimile volontiers son concept de substance Une, "source" d'un champs des possibles sans limites, au fait conscient. C-à-d que, pour pouvoir pénétrer les attributs, il faut bien un éveil, une ouverture à... Et c'est exactement le rôle de sa "substance" Une.
Je vois là que tu extrapoles de Spinoza à crosswind.
Je vois que tu assimiles un concept (celui que tu penses être la pensée de Spinoza ) à un autre qui te semble plus fiable ou plus crédible .

le fait plein et entier de l'expérience n'est, si je ne m'abuse, pas assimilé à un attribut.
Certes et Spinoza propose une thèse (sur l'infinité des attributs) thèse qu'il appuie sur l'idée d 'infinité ou de complétude nécessaire si l'on veut.

à plus
je n'ai pas trop de temps là pour répondre plus avant

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 16:12

Malcolm a écrit:Ce qui me dérange Crosswind dans ta démarche, c'est qu'elle a son relent de scolastique, de disputatio volo. C'est-à-dire que tu me sembles surtout chercher à invalider pour invalider, par dégoût, indépendamment de l'intérêt spinozien. Et c'est drôle alors, comme ton parti-pris déclaratif pour l'absence de fondement ou assimilé, scientifiquement, cherche des arrêts définitifs sur tout ce qui le chiffonne. En ce qui me concerne, cela chiffonne mon goût perspectiviste.

Non point. Je suis incapable d'entrer dans la pensée de Spinoza et je tente de comprendre pourquoi. Autant des types comme Kant ou Wittgenstein me paraissent limpides (quoi que certainement pas sans défaut), autant la lecture de Spinoza heurte systématiquement mon sens logique. Je m'en explique plus haut. Et je voudrais vraiment comprendre, comprendre, comprendre, l'astuce qui rend ces propositions logiques aux yeux d'autrui !

Ni plus, ni moins.

Je ne partage pas les idées de Bergson, celles de son Essai du moins. Mais je comprends parfaitement ce qu'il veut signifier (du moins je le crois !). Spinoza, par contre...

hks a écrit:
le fait plein et entier de l'expérience n'est, si je ne m'abuse, pas assimilé à un attribut.
Certes  et Spinoza propose une thèse (sur l'infinité des attributs) thèse qu'il appuie sur l'idée d 'infinité ou de complétude nécessaire si l'on veut.

Je serais intéressé d'en lire plus !

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Ven 7 Oct 2016 - 16:27

OK Crosswind.

Je dirai donc là que, non seulement je rejoins Hks, mais qu'en plus il me semble que tu fasses l'impasse sur l'ontologie "réaliste-rationaliste" (c'est moi qui formule) qui anime Spinoza.

Dans l'ordre de cette ontologie (si je ne m'abuse sur sa caractérisation précédente), la réalité-rationalité ontologique, c'est le substantiel. Ce substantiel ou cette substance, fonctionne comme une hydre à infinité de têtes. Ces têtes, ce sont les modes de la substance, leurs attributs, qui tous ensemble sont des affections de la substance (Deus sive Natura). C'est-à-dire que la substance est les modes, ses attributs, leurs affections, mais qu'on ne peut jamais la penser différentiellement & intellectuellement donc, qu'en tant que modes, attributs, affections, ces modes, attributs, affections, qui sont pourtant la substance infinie, hydre métaphorique par les modes, attributs, affections de ce Dieu-Nature panthéique/pan-natural.

Ou bien, dit autrement, c'est un déisme avant l'heure des Lumières. Un déisme du dieu identifié à l'étant, qui donc est l'étant, sans distinction entre être & étant, et dont les étants sont les modes, attributs et affections, tandis que l'être est substance. Je crois que cela s'éloigne de la Tradition quant à la substance, celle par laquelle tu trouves des contradictions à Spinoza.

Mais enfin, pour causer Gilles Deleuze, ce Deus sive Natura/Substance infinie/Hydre, c'est un plan d'immanence, absolu, un Aiôn, par lequel filent des lignes de fuite & de mire ainsi que des devenirs, nommés modes, attributs, affections.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 16:34

Mais ces modes, ces attributs, se manifestent. Pourquoi, selon Spinoza ? Et pourquoi seulement deux attributs seulement ? Et enfin, pour qui ou quoi ces manifestations ?

Je veux bien ne plus parler de substance, mais dans ce cas quel est le moteur de sa philosophie ? A nouveau, on retombe alors dans une phénoménologie du tout est possible.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Ven 7 Oct 2016 - 16:41

Bonne question : Spinoza ne l'explique pas - à ce que j'en sais - par contre je suppose qu'ils "se manifestent" en tant qu'ils sont la substance, et que la substance humainement modalisée, perçoit la substance autre. Cette manifestation entre dans le champ de ton besoin de conscience, comme dit Hks avec ses mots. C'est-à-dire que tu as besoin d'un représentant et d'un représenté.

Effectivement, dans le spinozisme, il y a quelque chose d'abrutissant dans l'inexplication de ces différentiels entre la substance et ses, disons, expressions - plutôt que manifestations - dans l'ordre de son ontologie (expressions = modes, attributs, affections). C'est probablement la raison pour laquelle il parvient à une béatitude rationaliste : credo quia absurdum rationem.

Néanmoins, cela ne diffère pas tant que cela de l'hypothèse méthodique nietzschéenne (§36 de PDBM), selon laquelle tout est volonté de puissance, et rien d'autre, encore que chez Nietzsche, et si l'on en croit Patrick Wotling, la volonté de puissance est interprétative, par quoi déjà elle semble mieux représentable que la substance spinozienne.

En passant, je tiens à dire que tu formules l'impensé spinozien - à ce que je sais de Spinoza - par lequel je ne l'apprécie pas éthiquement/ontologiquement, non plus, c'est-à-dire pas plus que tu n'apprécies Bergson.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 16:56

Malcolm a écrit:Bonne question : Spinoza ne l'explique pas - à ce que j'en sais - par contre je suppose qu'ils "se manifestent" en tant qu'ils sont la substance, et que la substance humainement modalisée, perçoit la substance autre. Cette manifestation entre dans le champ de ton besoin de conscience, comme dit Hks avec ses mots. C'est-à-dire que tu as besoin d'un représentant et d'un représenté.

C'est même LA question qui m'empêche de le lire sans me gratter nerveusement : l'incarnation, et l'indissociable finitude qui l'accompagne, l'expérience le montre obstinément, s'oppose frontalement à toute idée d'infini immanent. Partout, chez Deleuze comme dans les textes glanés ici et là sur le net, l'on parle d'un entendement qui "saisi", d'une perception, d'un lien, et même mieux d'une connaissance ! Chez Spinoza, partout se rencontre le "nous" et le "là". Et personne ne semble s'en émouvoir ?

Et quand bien même ce "nous" ne serait qu'une illusion de la substance sur la substance, toute omnipotente dans son infinie contingence, Comment justifier l'incarnation dans cet ici et pas un autre ? Je peux imaginer que, tout étant possible, une auto-circonscription dans le fini est, fatalement, possible. Mais pourquoi pas l'inverse ?

Pourquoi pas l'inverse ? Parce que, précisément, c'est ainsi et pas autrement me rétorquerait-on. Mais cette réponse rend laisse à l'état de coquille vide le concept de substance. Si ce qui est, est, eh bien ma foi inutile d'en rajouter une couche en extrapolant pour extrapoler.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Malcolm le Ven 7 Oct 2016 - 17:03

Je voudrais bien, mais c'est donc ignorer l'anthropologie historique & culturelle de l'âge classique hollandais, comme je disais initialement. Spinoza est pris dans ses rets, quand bien même excommunié de toutes les communautés.
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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

Message  Crosswind le Ven 7 Oct 2016 - 17:07

Malcolm a écrit:Je voudrais bien, mais c'est donc ignorer l'anthropologie historique & culturelle de l'âge classique hollandais, comme je disais initialement. Spinoza est pris dans ses rets, quand bien même excommunié de toutes les communautés.

Je te le concède, on ne lit pas un auteur uniquement pour y trouver des réponses, et Spinoza, indiscutablement, sur le plan historique et humain, est un révolutionnaire en son genre. Mais comment des personnes de l'âge "moderne" peuvent encore trouver chez lui des réponses aptes à satisfaire leurs propres questions existentielles, cela m'échappe grandement.

Surtout, je crains que les débats incessants qui portent sur ses écrits ne verront jamais la paix puisque la source même de son système philosophique se mord la queue, ou est vide de sens.

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Re: De la validité des définitions d'attribut et de substance : circularité

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