Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

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Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  Kal' le Ven 21 Fév 2014 - 18:29

Neopilina a écrit:Quant on a tout l'échiquier politique sur les barricades, ce qui n'est pas l'un des moindres problèmes, il y a des radicaux qui tirent à balles réelles sur les force de l'ordre, unanimes face au népotisme, parangon de la corruption, qui vous refait payer votre appartement, etc, n'est-ce pas une révolution ?

Voilà qui interroge sur la Révolution. Comment la définir, que comporte-t-elle.

On entend souvent Révolution comme un changement brutale, violent, radicale des institutions d’un Etat. Le passage d’une monarchie à un régime plus libéral par exemple. J’ai en tête Montesquieu qui disait dans l’esprit des lois : » Toutes nos histoires sont pleines de guerres civiles sans révolutions, et de révolutions sans guerres civiles »
Sous sa plume, la Révolution est l’apanage de l’extrême, des despotismes. Que faire alors de la France ? Son climat tempéré ne devrait-il pas la prémunir contre ce fléau révolutionnaire ? Montesquieu se trompe simplement.

Effectivement, la Révolution se démarque de la révolte dans sa recherche, son but, son aspiration au changement radicale dans l’organisation de la société – qui englobe le système politique, n’en doutons pas.  La révolte est un refus individuel – la dimension collective me semble importante, dans une révolution les révolutionnaires font corps. Prenons exemple sur Spartacus ; il aurait peut-être pu faire sombrer Rome, mais préfère fuir. Il n’y a finalement pas la volonté de renversement propre à une révolution.  A l'inverse son compagnon gaulois veut faire tomber Rome, sans avoir d'idée d'un éventuel "après" - ce qui le disqualifie des révolutionnaires, entraîner qu'il est pas la vengeance.

Pour Camus, les révoltes ne sont que des convulsions de l’Histoire : «  Alors que l’histoire, même collective, d’un mouvement de révolte est toujours celle d’un engagement sans issue dans les faits, d’une protestation obscure qui n’engage ni système, ni raisons, une révolution est une tentative pour modeler l’acte sur une idée, pour façonner le monde dans un cadre théorique ». L’exemple le plus flagrant me semble-t-être la révolution française, celle de 1848 qui aboutit sur le printemps des peuples. On retrouve cette unité de corps que j’évoquais péniblement plus haut, Baudelaire dira qu’il s’agit « d’un moment unique de l’histoire ». Notons, non sans une certaine ironie de l’histoire, qu’une fois encore la révolution aboutie à un empire en 1852.

Bref, est-ce à dire que les Révolutions sont autres choses que des accidents de l’Histoire ? Il n’y a jamais eue de Révolution accomplie. Car il s’agit d’imposer l’Idée face à au cours de l’Histoire. En bref, il y a un temps durant lequel il faut gouverner. Or c’est un art princier qui échappe aux idéalistes qui poussent à la révolution. IL faut savoir s’adapter aux caprices de la fortune – pour reprendre Machiavel – c’est cela gouverné. Jamais l’Idée ne triomphe vraiment, elle donne des principes, des idéaux… c’est l’étoile polaire qui doit guider l’action du politique.

De manière tout aussi ironique, en physique, la révolution définit un retour au point de départ. La définition me semble davantage s'appliquer au champ politique.  *Lol* 

J’ajouterai un paragraphe supplémentaire sur Saint Just dans la soirée.

PS : j'espère avoir placer le sujet dans le bon topic.
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Re: Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  Neo' le Ven 21 Fév 2014 - 20:07

" Accident " ? On a des gens excédés à qui ne se propose aucune autre alternative. On a bien un cumul qui tend irrésistiblement vers l'actualisation.
P.S. Fabius a dit que les négociations s'étaient déroulées, je cite : " Dans un climat effrayant ". Dans la bouche d'un diplomate, chef de 'une diplomatie, ce n'est pas rien.
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Re: Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  Princeps le Ven 21 Fév 2014 - 20:37

Le sujet n'a pas vocation à parler de l'Ukraine. J'ai changé de topic exprès. Je rebondis sur votre message pour théoriser sur ce qu'est, ou n'est pas, une Révolution.

Le terme d'accident symbolise le fait qu'aucunes révolutions n'a aboutie à un changement durable, à la constitution d'un système en adéquation avec son Idée(al).
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Re: Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  Neo' le Sam 22 Fév 2014 - 1:34

Princeps a écrit:Le terme d'accident symbolise le fait qu'aucunes révolutions n'a aboutie à un changement durable, à la constitution d'un système en adéquation avec son Idée(al).

Tout à fait de quoi accréditer mon propos : on a vu plus d'une révolution prendre de court les politiques, de tout bord, et voir ceux-ci courir derrière. La formule va être un peu cavalière, mais au moins claire : les politiques étaient à la ramasse de l'histoire.
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Re: Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  LibertéPhilo le Sam 22 Fév 2014 - 14:55

PS : j'espère avoir placé le sujet dans le bon topic.
La liberté, ou la politique. Je viens de m'apercevoir que j'ai oublié cette rubrique !  :idea:  *!!!* 

Il n’y a finalement pas la volonté de renversement propre à une révolution.
 
L'étymologie des deux mots, révolte et révolution, est identique. Tout au plus le mot revolutus est en latin un participe passé passif, tandis que le mot revolutio est un nom d'action. Le révolté serait ainsi plus passif que son pendant le révolutionnaire. Le mot de révolution s'est longtemps employé sans aucune connotation politique, jusqu'à la révolution de 1789. La phrase célèbre « Non sire, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution. » indique que la révolte pouvait être matée facilement, n'étant le fait que d'un petit groupe d'hommes, tandis que la révolution impliquait le soulèvement du peuple.

Sous sa plume, la Révolution est l’apanage de l’extrême, des despotismes. Que faire alors de la France ? Son climat tempéré ne devrait-il pas la prémunir contre ce fléau révolutionnaire ? Montesquieu se trompe simplement.
La fameuse "théorie des climats". L'Orient serait-il despotique parce qu'il y fait chaud, et les pays scandinaves des modèles de tolérance parce qu'il y fait froid ? Malgré l'erreur de Montesquieu, cette façon de voir, qui rend les hommes dépendants de leurs conditions de vie, connaîtra un grand succès au XIXe siècle.

Pour Camus, les révoltes ne sont que des convulsions de l’Histoire : «  Alors que l’histoire, même collective, d’un mouvement de révolte est toujours celle d’un engagement sans issue dans les faits, d’une protestation obscure qui n’engage ni système, ni raisons, une révolution est une tentative pour modeler l’acte sur une idée, pour façonner le monde dans un cadre théorique ».
Plus simplement, ne faut-il pas voir dans l'idéal révolutionnaire quel qu'il soit une unification des esprits, nécessaire à toute action coordonnée, mais qui n'est pas pensée par des élites ? Souvent les adversaires de la révolution croient à un complot, parce qu'ils pensent impossible cette unité d'action sans esprit supérieur pour guider les hommes. Mais l'idéal peut en tenir lieu un temps. Une fois la fièvre retombée, quand le rêve fait place à la réalité, la politique reprend ses droits, donc le machiavélisme, l'art du bon gouvernant qui sait s'adapter aux circonstances, ce que fit Napoléon après la révolution française.

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Re: Révolutions, révoltes, insurrections e tutti quanti

Message  Princeps le Dim 23 Fév 2014 - 16:59

Tout au plus le mot revolutus est en latin un participe passé passif, tandis que le mot revolutio est un nom d'action.
N’est-ce pas le fond de la différence ? Un révolté tourné vers sa situation, et un révolutionnaire qui voit vers le futur, vers le changement, l’action ?

La fameuse "théorie des climats". L'Orient serait-il despotique parce qu'il y fait chaud, et les pays scandinaves des modèles de tolérance parce qu'il y fait froid ? Malgré l'erreur de Montesquieu, cette façon de voir, qui rend les hommes dépendants de leurs conditions de vie, connaîtra un grand succès au XIXe siècle.
Exact. Il me semble que les sciences politiques ont repris cette théorie, mais apposée à la terre. Une terre fertile, permet d’avoir de petits parcelle, donc l’esprit d’entreprise. A l’inverse une terre moins généreuse conduit à la mutualisation, c’est-à-dire de grands domaines et le salariat (sur le domaine ou à l’usine, devant furie le chômage).

Plus simplement, ne faut-il pas voir dans l'idéal révolutionnaire quel qu'il soit une unification des esprits, nécessaire à toute action coordonnée, mais qui n'est pas pensée par des élites ? Souvent les adversaires de la révolution croient à un complot, parce qu'ils pensent impossible cette unité d'action sans esprit supérieur pour guider les hommes. Mais l'idéal peut en tenir lieu un temps. Une fois la fièvre retombée, quand le rêve fait place à la réalité, la politique reprend ses droits, donc le machiavélisme, l'art du bon gouvernant qui sait s'adapter aux circonstances, ce que fit Napoléon après la révolution française.
Oui, la révolution me semble impliquées ce que j’ai maladroitement appelé un « esprit de corps », une unification des esprits.
Sur l’élite je suis plus nuancé. N’est-elle pas inhérente à toute collectivité humaine ? L’idéologue, qui est l’initiateur de cette révolution mais aussi le meneur n’est-il pas cette élite ? Lénine par exemple me semble symboliser ce personnage à la fois théoricien et homme d’action.
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