"Modernité" du bon Épicure

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"Modernité" du bon Épicure

Message  Malcolm le Lun 17 Oct 2016 - 19:11

JF Balaudé, /le Vocabulaire des philosophes/ sous la dir. de JP Zarader >Épicure, entrée Limite, limité, illimité, p.195, éd. Ellipses, a écrit:Hormis le Tout, illimité, tout ce qui est est limité, et se détermine par rapport à cette ou ces limites. D'une certaine manière, la limite est l'équivalent de la forme dans la pensée aristotélicienne ; les limites d'une chose déterminent en effet ses propriétés et sa forme, ou sa configuration (skhèma, skhèmatismos). Il est frappant que la plupart des erreurs et malheurs des hommes viennent de ce qu'ils ne parviennent pas à accepter leurs limites (biologiques, cognitives), et se précipitent dans la quête vaine d'un illimité illusoire.
A lire ce Vocabulaire des philosophes, méconnaisseur de l'épicurisme, je ne peux qu'être frappé par la modernité d’Épicure ou, si l'on veut, par son actualité, mais non seulement dans les termes critiques que le bon lecteur discernera rapidement dans cet "illimité illusoire" découvrant le principe de croissance économique métaphysique qui nous gouverne, dans une exponentialité productiviste dégénérée.

Dans un premier temps, je trouve l'actualité d’Épicure - et plus généralement de l'épicurisme - dans son besoin de certitudes. L'atomisme épicurien n'est, en effet, jamais rien d'autre que cette thèse selon laquelle, à un moment donné, il faut arrêter de "se prendre la tête", et admettre un Fond aux "choses". Or, cela admit, nous entrons dans le champ d'un pré-empirisme/expériencialisme, par lequel notre empirisme, politique ou non, est tout à fait rassérénant : son besoin de certitudes est édifiant. Le bavardage commun (bavardage heideggerien) s'y tient, indépendamment du mot de Georges Bataille :
Georges Bataille, /la Part maudite/, je-ne-sais-plus-où hélas, a écrit:La méconnaissance ne change rien à l’issue dernière. Nous pouvons l’ignorer, l’oublier : le sol où nous vivons ne revient jamais qu’à un champ de destructions multipliées.
Mais c'est naturellement ce "champ de destructions multipliées" auquel s'oppose Épicure, depuis une motion par laquelle, certes, à un moment donné, il faut bien procéder. Or, ce il faut bien atomiste lui permet en toute quiétude, d'atteindre quelque nirvana ataraxique tout à fait édifiant, et bien plus édifiant d'ailleurs que nos édifications actuelles, de ce que, d'une part, ces édifications sont prises dans une réflexivité-monstre et de ce que, d'autre part, l'épicurisme rayonne de simplicité - dans le meilleur sens, quasi-esthétique, du mot. Or, c'est singulièrement depuis cette simplicité que l'épicurisme se complexifie de toute une éthique, de toute une phronesis intellectuelle, par laquelle il cultive positivement l'esprit de recherche. Un esprit que nos recherches actuelles cultivent toujours, en positivisme notoirement, mais il n'est pas à ma connaissance, que le positivisme se rattacha à l'épicurisme filialement.

Alors la culture d'entreprise, avec la matrice SWOT pour Strenghts, Weaknesses, Opportunities, Threats, rentre parfaitement dans le cadre épicurien énoncé plus haut par Jean-François Balaudé, dans ledit Vocabulaire, sinon qu’Épicure l'appliquait antérieurement à l'existence personnelle, et qu'il eut la lucidité supérieure de reconnaître l'illimitisme comme une Weakness illusoire.
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Malcolm
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