L'artificialisme (Clément Rosset)

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L'artificialisme (Clément Rosset)

Message  Malcolm le Jeu 24 Mar 2016 - 13:30

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Au fait, quant à moi, sur la question du matérialisme et du naturalisme, j'évolue petit à petit, à travers la lecture de l'Anti-Nature de Rosset, dans laquelle je me reconnais intimement, je reconnais intimement mon aperception-apprésentation des choses depuis tout enfant, et je serai près d'embrasser Francis Bacon, si seulement je n'étais pas qu'à la moitié du livre.

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Dans la veine de ce que je dis plus tôt sur ce topic, et suite à mon je reviendrai terminatoresque, allons-y donc pour un topo sur l'artificialisme, justement dans la dynamique de mon phaticisme et du Grand Hasard idoine.

Puisque donc, je sors de la lecture bien entamée mais inachevée toujours, de l'Anti-Nature de Clément Rosset, voyons :


  1. La notion de nature n'a pas de contenu assignable, pas plus que celle de matière, en dehors d'un "sensitivisme" déjà décrit ici, ou d'un "sens des réalités" décrit ailleurs de même (des éléments détaillés magistralement, et en quelques pages seulement, dès le début du livre, avec cette nuance près que Rosset affirme que ces éléments contre-intuitifs au sens kantien, ne sont pas prêt de changer, et qu'il n'y a pas mort d'Homme).
  2. Sur la base de Francis Bacon, ainsi que de l'âge dit baroque-classique qui lui succéda (Descartes excepté), et dans le joyeux désordre de la période dite de la Renaissance, Clément Rosset nous apprend qu'il est de coutume désormais (sources innombrables à l'appui) de sourire de l'ascientificité de Bacon, en ce qu'il ne permet pas bien d'établir de régularités scientifiques, mais plutôt un naturalisme au sens de la période dite d'Ancien Régime, où les naturalistes répertoriait essentiellement la nature. Là-dessus, Bacon n'en avance pas moins un expérimentalisme actuellement scientifique, sinon qu'il penserait (si je ne me trompe dans ma lecture) qu'il s'agit toujours déjà d'une construction expérimentale.
  3. A ce point, ce n'est plus Rosset qui le dit, mais il me semble bien que certaines sciences actuelles, rejoignent doucement cette perspective, où l'on juge bien que l'expérimentation construit le résultat dans un certain cadre paramétrique et épistémique, de sorte que, pour autant que des régularités scientifiques soient démontrées, on ne les prenne pas pour intrinsèquement naturelles ou matérielles (dans un référentiel non-anthropocentrique ni anthropomorphique) mais bien pour des observations fatalement sujettes à leurs auteurs (fatalement anthropocentriques et anthropomorphiques, les machines ne venant que faire ainsi - anthropocentriques et anthropomorphiques, dans la logique de leur conception - des observations autrement inaccessibles).
  4. Ce qui rejoint, et c'est encore moi qui relie, le propos de Nietzsche (que Rosset dit artificialiste) selon lequel les lois naturelles (régularités scientifiques) ne sont jamais que des projections humaines foncièrement morales, dans Par-delà bien et mal notamment, uniquement propices à telle conjonction cosmologique, ni nécessairement valables ailleurs, ni nécessairement valables avant ou après ladite conjonction cosmologique (il se trouve juste qu'elle perdure un long moment par là, anthropocentriquement et anthropomorphiquement).
  5. Si à cela on ajoute le sujet transcendantal kantien (Kant, qui certes n'était pas anti-naturaliste) on a encore, via l'apriorisme, un élément de déjugement naturaliste, en faveur d'un construit expérimental inhérent à l'anthropocentrisme et à l'anthropomorphisme fatals (Kant pensait que la philosophie serait désormais une anthropologie, comprise en un sens moins ethno-, ni socio- ou psycho-logique - c'est-à-dire comme préhension de notre condition humaine, - mais plus en tant que préhension de notre "nature" transcendantale). Passons.

De là suit méthodiquement l'artificialisme, posant que tout, absolument tout, soi compris, n'est jamais qu'une construction expériencielle (commun des mortels) voire expérimentale (scientifiques entre les mortels), de sorte que nous advenions à la problématique de l'interpréter pur déjà dite plus haut sur ce topic.
Le "sensitivisme", le "sens des réalités", dépendent chacun et ensemble, d'un agencement expérienciel (commun des mortels) voire expérimental (scientifiques entre les mortels). Agencement dans lequel le philosophe, à la nietzschéenne, artialise les expériences-même, sachant que tout était toujours déjà art (artifice) - voir à ce propos l'Origine de la tragédie, où les sciences sont des arts socratiques-euripidiens-alexandriques-apolliniens.
Mais il n'y a pas de regret artificialiste, d'une nature ou d'une matière perdues (encore que Rosset nous apprenne que le matérialisme, contrairement au naturalisme, est un artificialisme - et l'on se contredit, à les adjoindre - idem du physicalisme, qui est une conjonction des deux, ajouté-je). Tout cela, cette analytique passionnelle envers la nature perdue, à perdre potentiellement, ou encore à retrouver potentiellement, il la poursuit merveilleusement bien en philosophant ès arts littéraires notamment (Molière, Baudelaire, Mallarmé, etc.), sans hésiter à dire psychanalytiquement qu'il y a tentative de repréhension de la mère, certes inconsciemment perdue à jamais. Mais on voit bien que la nature (c'est moi qui commente) est, c'est selon, perçue comme terrible et dangereuse (mère archaïque), perçue romantiquement (mère imaginaire), ou perçue comme numineusement indifférente (mère symbolique) - soit des interprétations d'auteurs tels que, par exemple, et respectivement : Hobbes, Rousseau et Nietzsche ; et l'on voit bien que Nietzsche ne tente plus rien envers elle tout en s'éjouissant d'exister, tandis que Hobbes va vouloir l'endiguer par crainte, et Rousseau s'y laisser bercer par affection.

Voilà tout ce que je dirais ou à peu près, témoignant (à ma manière) d'une perspective de laquelle je me sens partie-prenante depuis toujours en vérité (mais Rosset, ai-je appris dans une interview, n'en est pas : il l'a décrite pour ce que ses recherches l'y conduisirent). Reste enfin que, dit Rosset, les penseurs artificialistes sont joyeux, car ils ne regrettent rien.

Bien à vous

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PS: ceci étant, pour ce que je connais de Rosset, je suppute qu'il ne s'en dit pas partie-prenante, afin qu'on ne l'enjoigne pas à entrer dans des débats stériles.

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Comme je n'étais pas au bout de mon aventure lectorale, la probité exige que je revienne sur Hobbes que je connaissais mal, et dont Rosset fait un artificialiste conséquent. Néanmoins, Rosset n'est pas la Sainte Bible du philosophe, il se peut que je ne me trompe pas trop psychanalytiquement, mais il est clair que Rosset en fait un artificialiste sociopolitique au moins, et je suis heureux d'en apprendre sur Hobbes par là.

Quant au matérialisme, encore un erratum : ceux de Démocrite et d’Épicure sont d'une manière ou d'une autre naturalistes, nous apprend Rosset, pour ce qu'on les lise apparemment souvent au prisme de l'ultérieur Lucrèce. Au reste, j'ajouterai que je (re)tombe récemment sur ce nietzschéisme, qui ne me laisse pas indifférent :
Nietzsche, §12 de Par-delà bien et mal, a écrit:Pour ce qui en est de l’atomisme matérialiste, celui-ci appartient aux choses les mieux réfutées qui soient. Peut-être, parmi les savants, personne aujourd’hui, n’est-il assez ignorant pour lui accorder une importance quelconque, si ce n’est pour la commodité personnelle et l’usage courant (je veux dire pour abréger la terminologie) — grâce surtout à ce Polonais, Boscovich, qui fut, jusqu’à présent, avec un autre Polonais, Copernic, le plus grand et le plus victorieux adversaire de l’apparence. Tandis que Copernic nous a persuadés de croire, contrairement à l’affirmation de nos sens, que la terre n’est pas immobile, Boscovich enseigna à abjurer la croyance en la dernière chose qui passât pour « établie » sur la terre, la croyance en la « matière » et l’atome, dernière réduction de la terre. Ce fut le grand triomphe remporté jusque-là sur les sens. — Mais il faut aller plus loin, et déclarer aussi la guerre au « besoin atomique » qui survit encore de la façon la plus dangereuse, sur des domaines où personne ne le soupçonne, au même titre que ce fameux besoin métaphysique, et ce sera une guerre au couteau et sans merci. Il faudrait aussi, avant toute autre chose, donner le coup de grâce à cet autre atomisme, plus néfaste encore, l’atomisme des âmes que le christianisme a le mieux et le plus longtemps enseigné. Qu’il me soit permis de désigner par ce mot la croyance qui considère l’âme comme quelque chose d’indestructible, d’éternel, d’indivisible, comme une monade, comme un atome. C’est cette croyance qu’il faut expulser de la science ! Il n’est d’ailleurs nullement nécessaire, soit dit entre nous, de se débarrasser de l’« âme » elle-même et de renoncer à l’une des hypothèses les plus anciennes et les plus vénérables, comme il arrive de le faire à la maladresse des naturalistes qui, dès qu’ils touchent à l’ « âme », la perdent aussitôt. Mais la vie reste ouverte à de nouvelles conceptions plus subtiles de l’âme, considérée comme une hypothèse, et des idées comme celle de l’« âme mortelle », de l’ « âme, pluralité de sujets », de l’ « âme, coordinatrice des instincts et des passions », veulent dorénavant avoir droit de cité dans la science. Cependant, le psychologue nouveau, en mettant fin à la superstition qui pullulait jusqu’à présent autour de la notion de l’âme, avec une abondance presque tropicale, s’est, en quelque sorte, rejeté lui-même dans un nouveau désert et une nouvelle méfiance. Il se peut que les psychologues anciens s’en soient tirés plus agréablement. Mais, en fin de compte, le nouveau psychologue se voit condamné par là à inventer — et, qui sait, peut-être aussi à découvrir. —
Or, sans dire de Nietzsche qu'il est une Sainte Bible non plus, il reste une Bible Profane pour moi, de par son sens des réalités - ce que j'ai singulièrement nommé phaticisme, - et de toutes façons, la matière scientifique étant composée de près de 99% de "vide" (d'ondes, d'énergie, peu importe ... ) ... mais on m'aura compris.


Dernière édition par Malcolm le Mer 26 Oct 2016 - 23:36, édité 5 fois
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Re: L'artificialisme (Clément Rosset)

Message  Princeps le Lun 25 Avr 2016 - 11:29

Tu as un passage précis de Rosset ? Si artificialisme revient à contractualisme, le qualificatif peut être associer à Hobbes.
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Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2280-charte-du-forum#4

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Re: L'artificialisme (Clément Rosset)

Message  Malcolm le Mar 26 Avr 2016 - 11:46

Pour un passage ...

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Quelle dissonance, de te lire R2 sur Aristote, quand il n'est pas plus naturaliste que lui, Clément Rosset - l'Anti-Nature, partie Philosophies naturalistes, chapitre II Aristote, pp.237-242 - à l'appui :)


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Voir aussi : http://amorfati.forumactif.org/t18-materiautisme

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Natura provenant étymologiquement de naissance & assimilés, et materia provenant étymologiquement de mater, la mère, ne faudrait-il pas psychologiquement abduire quelque chose, au sujet des matérialistes/naturalistes radicaux ?

Une forme de matéri-autisme, par exemple - - -

NB: le lien précédent est mort.

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Tiré de ...
Le problème du matérialisme, c'est qu'il est comme "tautologique".
Une fois que tu as dit matière - et va me la définir - tu as tout dit, et le reste est description opératoire ("positivisme"), faction opératoire ("technicisme") et entreprise opératoire ("actionnisme") voire idéologique ("activisme"). Tout ce qu'on regroupe généralement sous pragmaticisme & pragmatisme, mais qui saurait entrer sous l'étiquette fonctionnaliste, ou factualiste.

A partir de là, il y a comme "une déception" : l'Homme aime trop à divaguer, pour le meilleur et pour le pire, car la divagation peut être aventurière comme démentielle, et d'ailleurs bien des choses qui semblaient démentielles s'avérèrent judicieusement aventurières, quand bien des aventures s'avérèrent malencontreusement démentielles : ce qu'on ne put constater qu'après-coup ; l'éternel "trop tard", encore que "qui ne tente rien n'a rien", et encore qu'il est des démences et des aventures fort matérialistes dans la démarche.

Le matérialisme ne progresse qu'en escalier, posant - tel un maçon - une brique après l'autre, atomique ou non.
Aussi bien, le non-matérialisme voire l'immatérialisme, qui ne sont pas encore l'idéalisme - prenons-y garde - proposent des jeux de l'esprit plus épistémologiques. Après, le matérialisme trouve ces jeux puériles, très-sérieusement quant à soi, même s'il peut te le dire avec le sourire. A voir. Le réalisme est fort complexe, et voir aussi cet échange pour saler encore la donne.

Avec le matérialisme, il y a matéri-au-tisme. Or les tournures d'esprit scientifique ne savent pas tout.

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Je renvoie à ce topic qui, comme tel, tend à l'artificialisme quand même sur des bases immédiates naturalistes : médiatement, il devient artificialiste.


Dernière édition par Malcolm Cooper le Dim 18 Sep 2016 - 21:04, édité 1 fois
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Re: Matérialisme et naturalisme

Message  Crosswind le Dim 18 Sep 2016 - 18:34

Modération : tiré de : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t179-liberte-philo-sur-facebook-google-et-twitter#25967

Malcolm Cooper a écrit:
Les études contemporaines sur la neuroplasticité, démontrent qu'il n'y a pas exactement de fatalité, encore qu'on fasse avec ce qu'on est génétiquement [...]

Voilà des vues réalistes, matérialistes, que je ne te connaissais pas jusqu'ici !

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L'artificialisme (Clément Rosset)

Message  Malcolm le Dim 18 Sep 2016 - 20:02

Pour moi, elles font partie du cadre artificialiste ci-dessus, dans une sagesse tragique : fatalisme non-défaitiste, laissant place au "voluntapotentiarisme" nietzschéen, et même "structurellement" tel.

EDIT: Nietzsche parle du "bloc de granit" inamovible en chacun de nous.
Formation dionysio-apollinienne -
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Re: L'artificialisme (Clément Rosset)

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