"Aristocratisme de gauche"

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"Aristocratisme de gauche"

Message  Malcolm le Lun 31 Oct 2016 - 1:46

On dit : aristocratisme de gauche, et l'on voudra aussitôt conspuer "la gauche caviar" au pouvoir (hollandisme).

Mais, concrètement, cela pose une contradictio in adjecto pour le sens commun, puisqu'il dit aristocratisme de gauche, alors que la gauche (et la droite) naqui(ren)t d'une Assemblée révolutionnaire française, décidant de la mort du roi, où les partisans de son étêtement se placèrent à gauche. Les droitistes, quant à eux, se placèrent à droite, en faveur d'une monarchie constitutionnelle de type anglosaxonne, ce qu'ils firent d'une manière ou d'une autre sous la Restauration (1815-1848) après Napoléon Ier, et que fit d'une certaine manière impérialiste, Napoléon III, de 1852 à 1870.

Pourtant, Napoléon Ier sembla une aberration à l'ensemble de l'Europe, d'une part à cause de la menace qu'il représenta, mais d'autre part à cause de l'aberration anthropologique alors, d'une gouvernance rationnelle juridico-militaire - format impérial. Tout le monde se souvient du refus napoléonien, que d'être couronné par le pape, à se poser lui-même sa couronne sur la tête, en présence du malheureux pontife et d'autres grandeurs d'alors.
Aussi bien, Napoléon réalisa impérialement les idéaux révolutionnaires, en rationalisant la vie publique, inventeur du droit civil & pénal contemporain, de même qu'inventeur des départements administratifs, etc. - du moins advinrent-t-ils sous sa gouvernance qui l'autorisa, et la France ne serait pas la France sans cette armature postrévolutionnaire.

Mais la gauche commune ne sait que faire de cet "énergumène", tandis que la droite ne sut y adhérer par monarchisme, et ne sait y adhérer désormais par démocratisme, ce qui en fait un "bâtard" idéologique rétrospectivement, quand bien même des néobonapartistes défendent toujours actuellement cette forme de gouvernance, marqués fort à droite, et même plutôt extrême.
Il y a là un universel concret à trouver : à savoir la possibilité d'un aristocratisme de gauche, qui peut certes s'exprimer dans d'autres formes.

La gauche commune évoque des notions de solidarité, de générosité, d'amitié, encontre la droite commune évoquant des notions d'individualité, de vénalité, de mondanité. Or, on voit très bien à travers l'Histoire universelle de bons aristocrates, à l'image de Michel Eyquem de Montaigne, et des mythifiés Louis IX (la réalité est moins reluisante) ou Henri IV (la réalité demeure intéressante). A partir de quoi, on sent - et savait, au fond, - que les valeurs se répartissant entre la gauche et la droite, ne sont pas foncièrement et fondamentalement liées à un régime particulier. Or, cela rejoint encore Charles de Montesquieu, philosophe des Lumières, pour qui la démocratie n'est pas le meilleur des gouvernements - virant assez vite à l'ochlocratie, soit le règne des passions populaires, règne des "foules sentimentales" pour parler avec Alain Souchon. C'est pourtant lui qui théorisa la fameuse séparation des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire, afin de contrer l'absolutisme de Louis XIV, en partie.

De sorte qu'il est tout à fait possible d'être de gauche, et aristocratiste.

Reste ce point essentiel, qui fait toute la différence : l'aristocratisme de gauche, constitutionnel, ne saurait être l'aristocratisme historique, héréditaire et courtisan - mais bien un aristocratisme éthique, élitaire et partisan d'une sélection fondée en nature & formation, après, précisément, avoir donné ses chances à tout un chacun, afin de vaste sélection méritocratique.
A partir de quoi, le méritant devient aristocrate pour le temps qu'il est en demeure de soutenir l'effort nécessaire, à travers remises à l'épreuve et diagnostics réguliers, l'obligeant à s'entretenir, et aboutissant certainement sur "une retraite bien méritée".

En somme, cet aristocratisme-là tient du républicanisme, est républicain dans les gènes.

Reste la question des critères de sélection, or elle est simple : habileté dans le domaine affecté & magnanimité dans la démarche, vérifiables toutes les deux ès savoir-faire, savoir-être & savoir-vivre. Toute une docimologie de l'aristocrate ...

A la fin, il s'agit bien d'une utopie, en l'état - l'utopisme : dynamique de gauche.

***

Il faut lire https://monoskop.org/images/4/45/Ortega_y_Gasset_Jose_La_revolte_des_masses.pdf - p.58 et suivantes, Vie noble et vie médiocre ou effort et inertie, pour en prendre la mesure.


Dernière édition par Mal' le Dim 8 Oct 2017 - 15:43, édité 3 fois
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Re: "Aristocratisme de gauche"

Message  Princeps le Mar 8 Nov 2016 - 23:17

Tu en as pensé quoi ? Non pas que j'en ignore les grandes lignes mais je reste curieux.
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Re: "Aristocratisme de gauche"

Message  Malcolm le Mar 8 Nov 2016 - 23:44

Je suis ... à la page 67
C'est juste que j'ai un puissant esprit métonymique et analogique, dont je n'ai d'ailleurs couramment pas conscience, et que je sens juste que je peux me permettre, que j'ai le droit de faire, des ponts en cours de lecture.
Comme j'ai deviné OyG, où il veut en venir, je l'ai en ma mienneté, comme dirait Heidegger.
Mais, si tu veux mon avis, j'en pense du bien ; l'avis complet viendra en son heure.

Contestera qui veut mon "aristocratisme spirituel", mais après avoir lu Nietzsche et OyG comme on lit pour soi "des banalités" - exquises banalités, par ailleurs.
"Nan mais pour qui i's'prend c'ui-là, ho l'aut' eh !"

***

OyG, dans le chapitre suivant, a écrit:En revanche, l'homme médiocre de notre temps, ce nouvel Adam, ne doute jamais de sa propre plénitude. Sa confiance en lui-même est paradisiaque. L'hermétisme inné de son âme lui interdit ce qui serait la condition préalable de la découverte de son insuffisance: se comparer à d'autres êtres.
Pour faire cette comparaison, il lui faudrait sortir un instant de lui-même, et pénétrer son prochain. Mais l'homme médiocre est incapable de telles transmigrations - sport suprême.
Les choses ont empiré : l'homme médiocre se croit empathique, de ce qu'il humanitarise-réflexe hostilement dès qu'il peut, sans réaliser que cela ne le tire pas encore de soi pour un sou.


EDIT: pour l'anecdote, je connais des personnes sans formation, sans érudition, qui ont l'empathie dont ça parle, mais qu'on ne s'en sente pas trop vite justifié, de ne pas avoir de formation ni d'érudition - avis aux médiocres.

REDIT: *Lol*
Je devançais justement ma lecture :
Quelques lignes plus tard, OyG a écrit:Il ne s'agit pas ici de dire que l'homme-masse soit un sot. Au contraire. L'homme-masse de notre temps est plus éveillé que celui de n'importe quelle autre époque ; il a une bien plus grande capacité intellectuelle. Mais ses aptitudes ne lui servent à rien ; en fait, le vague sentiment de les posséder ne lui sert qu'à se replier plus complètement encore sur lui-même et à ne pas en user.
Lire aussi Nietzsche : Richard Strauss, dans les Considérations inactuelles.
Au reste, il faut dire qu'OyG est "banal" pour moi, du fait même que je connaisse Nietzsche et Heidegger.
Voir aussi Alain Deneault : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1570-alain-deneault

Mais enfin, voilà tout ce que je nomme humanisme.


PS: je voudrais tout citer d'OyG, mais le lien vers son livre vaut mieux, donc.


Et, pour enchaîner sur la Révolte des Masses : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1561-sur-la-revolte-des-masses-notes-de-lecture - et laisser ce topic à la réflexion sur la possibilité d'un "aristocratisme de gauche".
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