Dressage, élevage, surhumain

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Dressage, élevage, surhumain

Message  Malcolm le Mar 1 Nov 2016 - 23:03

Grand (re)lecteur de Nietzsche, j'ai eu une idée en baladant mon chien d'un an et demi, tandis que je comprenais que son attitude, "adolescente", était en passe de devenir "jeune adulte", pour son espèce. Qu'est-ce donc ? ... C'est que : à l'état de nature, mon chien n'aurait jamais été entravé, quand bien même j'emploie une longe sur des terrains verts et arborés, pour le laisser divaguer. Bien sûr, je préfère pouvoir le lâcher mais : 1) ce n'est pas autorisé dans toutes les zones et, 2) même dans la cambrousse, j'ai rencontré des débiles croyant mon chien agressif de ce qu'ils ont peur et, ayant peur, de ce qu'ils le rendent ainsi sur ses gardes voire lâchant un aboiement ("justifiant" leur peur aux yeux des débiles, ce qui m'a toujours beaucoup fait rire au fond, tandis qu'il faut bien gérer ces débiles pourtant). Bref, donc, à l'état sauvage, qui devrait être sa condition naturelle, mon chien n'aurait pas été entravé - et serait peut-être demeuré lupin comme ses cousins, mais c'est une autre histoire évolutionnaire ...

A l'état sauvage, non-entravé, mon chien aurait eut toute la réflexologie nécessaire à sa survie, et précisément en meute (les chiens vivent en meute, on dit aussi meute de chiens à leur sujet). Là, il passerait pour lupin, donc, bien plus farouche à l'humain qu'il ne l'est qu'envers les seuls débiles entre les humains (à cause d'un trauma non-surmonté, comme à cause de leur névrose narcissique, leur mode de vie sur-smartphoné quand bien même gamers des pires jeux vidéos Pegi18, ou que sais-je). Il serait passé pour plus farouche, précisément, de ce qu'il n'aurait pas été domestiqué. Mais remarquons aussitôt que la domestication de mon chien est bien plus légère, que la domestication que ma vieille voisine a donnée à sa petite crotte à ruban : toujours au pied ou dans ses bras, prête à aboyer comme la crotte qu'elle est, à la fois au faîte de sa vulnérabilité de crotte, et débilitée par sa domestication. Mon chien, pour qu'il reste au pied sans tiroter, il faut que je lui refasse une semaine "à la courte" *Lol* mais je l'aime ainsi vitalisé par tous les sprints qu'il peut s'autoriser sur 10 mètres, quand le croisant renifler, il ne me poursuit qu'au bout des 5 mètres de longe et me dépasse jusqu'au bout, où d'ailleurs il a appris à ralentir plutôt qu'à valdinguer depuis le temps ! *Lol* (sa taille est moyenne, il ne m'emportera nulle part).

Or, donc, je me disais ce soir, le baladant, que pour moins débile qu'il soit, comparé à la crotte de ma voisine, il n'en reste pas moins débilité en quelque façon : il ne vit pas en meute, quand bien même j'aime à le socialiser librement avec ses pairs quand je peux (ce qui est rare, vue la débilité des gens par les temps qui courent, sans parler des maîtres disposés à laisser jouer leur chien, même très-volontaires à me devancer dans la démarche, mais qui prennent leur chien pour un avatar d'eux-mêmes et ne supportent pas que dans la hiérarchie de dominance à laquelle s'adonnent ces bêtes, mon chien domine - quand c'est le leur, pas de problème, les débiles ; où je me fous que mon chien gagne ou perde : ça lui apprendra) ... mon chien ne vit pas en meute, donc, et il faudra toujours que je le discipline d'une manière ou l'autre, à la fois rapport aux lois et rapport à moi, sans quoi "monsieur" prendra ses aises "à la maison", par égoïsme instinctif. Rien que de normal.

Pour autant, j'étais presque blessé, navré et déçu, à l'idée de me dire que cette bestiole ne prendra jamais son autonomie, ne s'émancipera jamais, quand bien même je ne suis pas de ceux à pleurer devant l'Envolée sauvage ou le Grand Voyage, depuis mes 10 ans. En effet, je pensais à l'enfance humaine qui, devenant adolescente, devait pouvoir prendre son autonomie, s'émanciper (ce à quoi, au passage, l'actuelle jeunesse n'est plus préparée, débilement & débilitée). Il s'agit bien là, de donner à nos petits d'Hommes, les moyens d'en devenir - des Hommes. Et pourtant ! il faut bien les discipliner comme des chiens, aussi ! sinon que cette discipline n'a pas les mêmes formes ni vocations.

Naturellement, Jean-Jacques Rousseau ne serait pas d'accord avec moi. Mais alors, non seulement Jean-Jacques Rousseau est-il le premier ou le quasi-premier (dans l'Histoire universelle) à vanter les mérites du rien-faire-éducatif (l’Émile) mais en sus les nations plus sauvages que sa civilisation, desquelles il crut bon de devoir s'inspirer, et pour autant qu'elles laissassent divaguer leurs enfants dans des conditions qui sembleraient atroces à n'importe quelle mère occidentale, ne sont absolument pas dans le rien-faire-éducatif : laisser-faire, donner-à-jouer librement, qu'on se le dise ou qu'on le réalise, sont humainement des choix. Or, les nations en question sont fortement disciplinaires par ailleurs. Exit Rousseau, et avis à l'éducation populaire & autres pédagogistes rousseauistement trop-enthousiastes : vous ne faîtes jamais que sous-hominiser le monde.

Bon.

Je disais donc, qu'il fallait bien discipliner notre jeunesse. Le lecteur militamment réflexe aura déjà bondi, à la lecture de mon comme des chiens, mais je ne vois pas en quoi une génitrice canine diffère techniquement d'une génitrice humaine, en dehors du temps de maturation et des formes & vocations éducatives. Si, avant trois mois, le chiot est retiré à sa mère, il aura un trauma doublé d'un manque d'esprit canin pratique, de même que le petit d'Hommes avant ses quelques cinq ans (pour autant, au-delà de deux mois, il ne viendrait à aucune génitrice canine l'idée de protéger plus avant son petiot, contrairement à ces débiles humaines au fond incestuelles dans la démarche, qui te débilitent leurs enfants doublement gâtés & atrophiés). Notez que l'Homme a fort besoin d'un second dans la démarche éducative, mais certes pas autant que toutes nos "communautés éducatives" veulent bien se croire justifiées, bien que cela puisse aider, dans des sociétés aussi complexes que les nôtres. Tout est à relativiser, dans un sens comme dans l'autre.

Bref.

Entre mon chien et la crotte de ma voisine, ou entre untel enfant éduqué par une mère reconnaissante envers son second (les maîtres/les parents sains existent, heureusement) et tel autre enfant absorbé dans un utérus symbolique comme en phallus imaginaire, etc. il y a un monde disciplinaire/éducatif, par lequel nous sommes maintenant en mesure de réaliser ce que Nietzsche définit par élevage et dressage, quand bien même il ne parle vraiment de domestication que pour le deuxième terme.

Élève, celui qui donne-les-moyens-de, disciplinairement, y compris en accordant des libertés en confiance. Par exemple, si vous voyez que telle personne est vraisemblablement nulle en Truc, vous l'orienterez disciplinairement pour qu'elle puisse s'encapaciter, y compris en la laissant à sa débrouille parfois, sans quoi elle ne comprendra jamais la nécessité d'avoir à s'en tirer de soi, ni ne connaîtra jamais ses limites et ses possibilités.
Dresse, celui qui donne-les-manies-de, sentimentalement, y compris en accordant des libertés en méfiance. Par exemple, si vous voyez que telle personne est vraisemblablement nulle en Truc, vous la séduirez sentimentalement pour qu'elle vous ressemble, et par là ne puisse jamais aller au-delà du point où vous êtes arrivés - sauf à réaliser qu'elle s'embourbait/se dépatouillait avec un débile, - par quoi dans l'immédiat, elle ne comprend pas la nécessité d'avoir à s'en tirer de soi, ni ne connaît une seule toute petite de ses limites et de ses possibilités réelles, malheureuse, irréaliste dans la démarche à travers votre coresponsable débilité (vous la sentez, là, l’Éducation Nationale féminisée à 95% ? à la fois maternante quand les femmes qui l'animent sont débiles, or les débiles sont nombreux aujourd'hui ... et à la fois sur-dressante, institutionnellement, quand bien même "les bons profs" disciplinent de façon élevante). Pour un chien, passe encore : il n'a pas le potentiel développemental d'un humain.

A la fin, donc, Nietzsche ne parle jamais d'émergence du surhumain, que dans les dispositions de l'élevage. Soit donc cet Homme (et "Quand je parle des Hommes, j'embrasse toutes les femmes", V. Hugo ... ), Homme auquel, de la naissance jusqu'à l'adolescence, on aura donné une éducation élevante, n'ayant jamais pour fin que l'émancipation, que d'aller au-delà de tous et tout, mais dans ce qu'il peut faire, indépendamment de toute performance concurrentielle débile, quand bien même des compétitions çà et là ne font jamais de mal, comme on prend le pouls de ses capacités.
Cet Homme, alors, à tous les niveaux (instinctifs, émotifs, cognitifs) doit avoir bénéficié des meilleures dispositions, pour sentir sans avoir à y penser, tout son potentiel - toute la volonté de puissance qu'il est toujours-déjà. Or, le sentant, cet Homme ne peut plus endurer qu'avec un sourire ironique les environnements dressants (de travail ou autre) et avec un rire dionysiaque les débiles & débilités idoines ...

... cet Homme, s'il n'est pas surhumain, est en passe de le devenir, mais il a toute l'humanité contre lui qui, comme disait Nietzsche, le prend pour un démon, un salopard, un fou dangereux, un psychopathe à enfermer aussi vite que possible, à évincer re- ou dis-torsement, à dénier, refouler, oublier, rejeter comme paria - et, ce, sans même qu'il ait levé le petit doigt, par transférence.

Mais enfin, mettons maintenant que cet Homme surhumanisant finisse par régner sur Terre, ayant aboli toute débilité, ou bien l'exploitant pour son devenir dans la domestication que les débiles aiment encore le mieux. Sur des éons, ne faut-il pas que la surhumaniste société de notre Homme, accouche d'une sur-espèce humaine, évolutionnairement ? ... accouche du Surhomme, qui ne sera plus Homme, ni même Sur, mais Tout-Autre ? ...

... Et dans ces conditions, comment voulez-vous que le transhumanisme et transhumanistes idoines, accouchent du surhumain ? ... Ils n'en ont tout simplement pas les moyens : leurs projets sont humains, trop humains, par dressage biotechnologique cypher- & cyber-punk, hacker ou pas, et le Néo des Watchowskis dans Matrix peut aller se coucher.


EDIT: S'il faut aller par là, Nietzsche donne à lire quelque solarpunk de sagesse tragique.

Et, comme en confirmation, je tombe là dessus : http://www.telerama.fr/idees/en-politique-comme-dans-les-entreprises-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir,135205.php


Dernière édition par Mal' le Jeu 6 Avr 2017 - 22:45, édité 1 fois
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