Est-ce le rôle de l'historien de condamner la guerre ?

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Est-ce le rôle de l'historien de condamner la guerre ?

Message  Philosophos le Mer 19 Mar 2014 - 14:35

C'est une réflexion qui m'est venue hier en regardant Apocalypse, le documentaire en plusieurs épisodes diffusés par France 2 à l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale. On y a présenté cette guerre comme une immense boucherie, avec comme interludes fréquents une mort armée de sa faux qui balaie l'Europe.

Est-ce le rôle de l'historien de juger de la guerre ? Non seulement, il a un devoir d'objectivité, même si parfois, en l'absence de preuves, il peut avoir à trancher avec son intime conviction, mais la question se pose aussi d'un point de vue philosophique. Hier soir, on est passé subrepticement du "Comment (la guerre) ?" au "Pourquoi ?". La guerre est-elle nécessairement un mal ? C'est en tout cas une nouveauté de notre époque de la considérer ainsi, car dans la totalité de l'histoire, la guerre a toujours été sinon exaltée, au moins considérée comme normale, comme faisant partie du cours naturel des choses. Ne dit-on pas encore "C'est de bonne guerre" ?

En illustration, voici le logo, explicite, du Mémorial de Caen sur la Seconde Guerre mondiale :



http://www.memorial-caen.fr/
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Message  Princeps le Mer 19 Mar 2014 - 19:29

Philosophos a écrit:Est-ce le rôle de l'historien de juger de la guerre ? Non seulement, il a un devoir d'objectivité, même si parfois, en l'absence de preuves, il peut avoir à trancher avec son intime conviction, mais la question se pose aussi d'un point de vue philosophique.

Même dans les cas où l’historien se risque à l’hypothèse – c’est d’ailleurs plus la règle que l’exception – il se doit de s’appuyer sur un raisonnement argumenter d’un faisceau de preuves. Pour les historiens orientés idéologiquement – Hobsbawm par exemple -  la chose est plus délicate. Ils sont, mais c’est personnel, les plus passionnants parce que les plus subtils et les plus stimulants.
Paul Valery dans Regards sur le monde actuel, disait que l’Histoire « justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout ». Le « rigoureusement » me semble fondamentale : rien n’est inéluctable en histoire. Toutefois, en bon aspirant romaniste je ne peux que donner ma préférence à Cicéron « l’histoire est maîtresse de vie ». Les événements ne se reproduisent pas, mais les des logiques déjà observer ont de fortes chances de reproduire des conséquences similaires. Je fais un lien avec mes lectures actuelles, mais Hayek dans « La route de la servitude » n’a de cesse de mettre en garde ses compatriotes britanniques face aux désirs de socialisme de ceux-ci. Il rappelle combien se socialisme fut important dans l’essor du nazisme.
Philosophos a écrit:Hier soir, on est passé subrepticement du "Comment (la guerre) ?" au "Pourquoi ?". La guerre est-elle nécessairement un mal ? C'est en tout cas une nouveauté de notre époque de la considérer ainsi, car dans la totalité de l'histoire, la guerre a toujours été sinon exaltée, au moins considérée comme normale, comme faisant partie du cours naturel des choses. Ne dit-on pas encore "C'est de bonne guerre" ?
Le « Comment » et le « Pourquoi » me semblent des interrogations légitimes. J’ajouterai « les Conséquences ». Sur la guerre comme intrinsèquement mauvaise, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un questionnement historique. C’est une conviction, une opinion, qui fluctue dans le temps. Les Grecs se moqueraient bien de nous et de notre embarras face à la guerre, eux qui considèrent la paix comme une simple trêve. Polèmos n’est-il pas le père de toutes choses ?  
Tu interroges aussi le rôle de l’historien. Doit-il former des patriotes, ou des citoyens ? Doit-il être partie prenante de l’histoire, ou au-dessus ?
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Message  Philosophos le Jeu 20 Mar 2014 - 15:25

Princeps a écrit:Même dans les cas où l’historien se risque à l’hypothèse – c’est d’ailleurs plus la règle que l’exception – il se doit de s’appuyer sur un raisonnement argumenter d’un faisceau de preuves. Pour les historiens orientés idéologiquement – Hobsbawm par exemple -  la chose est plus délicate. Ils sont, mais c’est personnel, les plus passionnants parce que les plus subtils et les plus stimulants.
On reste alors tributaire de la vision antique de l'histoire, stoïcienne notamment, la croyance à une Raison, à un cosmos (un ordre du monde) et à la moralité de l'action humaine, tout ceci étant très peu compatible avec les philosophies du XIXe et du XXe siècle. Une idéologie appliquée à l'histoire, voilà quelque chose de tout à fait moderne, par contre !

Paul Valery dans Regards sur le monde actuel, disait que l’Histoire « justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout ». Le « rigoureusement » me semble fondamentale : rien n’est inéluctable en histoire. Toutefois, en bon aspirant romaniste je ne peux que donner ma préférence à Cicéron « l’histoire est maîtresse de vie ». Les événements ne se reproduisent pas, mais les des logiques déjà observer ont de fortes chances de reproduire des conséquences similaires. Je fais un lien avec mes lectures actuelles, mais Hayek dans « La route de la servitude » n’a de cesse de mettre en garde ses compatriotes britanniques face aux désirs de socialisme de ceux-ci. Il rappelle combien se socialisme fut important dans l’essor du nazisme.
Cicéron était un stoïcien, cf. ce que je dis juste au-dessus. Hayek me semble ici un idéologue. On pourrait discuter longtemps pour décider si le socialisme est vraiment responsable du nazisme.

Sur la guerre comme intrinsèquement mauvaise, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un questionnement historique. C’est une conviction, une opinion, qui fluctue dans le temps. 
En plus du documentaire Apocalypse, présentant Joffre comme un boucher, on a aussi dans la même veine le dernier livre de Jospin sur Napoléon. A relier au scandale Poutine. Peut-être est-on en dessous d'un questionnement métaphysique sur la mort, ou pour se rapprocher des historiens de l'antiquité, de la fortuna, en tout cas, on est en plein dans la morale. Tuer est mal, tuer en masse encore plus, donc tout personnage historique qui a tué est mauvais. Raisonnement simpliste qui provient de ce qu'on ne supporte plus la guerre. Je pense aussi au livre de Freud et d'Einstein, au lendemain de 14-18, qui s'intitulait précisément "Pourquoi la guerre ?". Du moins y avait-il chez Freud une tentative d'explication par la pulsion de mort, au lieu d'une leçon de morale.

Tu interroges aussi le rôle de l’historien. Doit-il former des patriotes, ou des citoyens ? Doit-il être partie prenante de l’histoire, ou au-dessus ?
J'aurais pu aussi critiquer Apocalypse en disant que ce film de formera pas des patriotes, mais des pacifistes, donc des citoyens du monde, puisqu'un citoyen est encore obligé de défendre son pays en cas d'agression.

L'historien n'influence pas le cours de l'histoire, enfin, je ne crois pas, je ne connais pas d'exemple, si ce n'est des inspirateurs, comme les récits de Tite-Live qui inspirèrent Napoléon (qui au passage détestait Tacite), mais peut-il se placer au-dessus de son temps ? C'est très difficile, comme on le voit avec la vision moderne de la guerre, qui interdit de parler de Napoléon ou de Joffre autrement que comme des bouchers. Si on le fait, on est marginalisé. Paul Valéry a cependant bien réussi dans ses Regards à s'élever au-dessus de son temps. Mais il disait que les événements ne l'intéressaient pas, seul l'universel, le permanent l'intéressait (comme Goethe ou Schopenhauer).
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Message  Princeps le Jeu 20 Mar 2014 - 17:55

Philosophos a écrit:On reste alors tributaire de la vision antique de l'histoire, stoïcienne notamment, la croyance à une Raison, à un cosmos (un ordre du monde) et à la moralité de l'action humaine, tout ceci étant très peu compatible avec les philosophies du XIXe et du XXe siècle. Une idéologie appliquée à l'histoire, voilà quelque chose de tout à fait moderne, par contre !
Tu associes la recherche rationnelle à la compréhension d’une raison historique ?
Les antiques furent aussi de grand rationaliste, je pense à Polybe ou Thucydide. Certes les éléments qui relèvent de la Fortuna, ou de la Tychè sont présent, mais il y a un effort de compréhension par le fait.

Cicéron était un stoïcien, cf. ce que je dis juste au-dessus. Hayek me semble ici un idéologue. On pourrait discuter longtemps pour décider si le socialisme est vraiment responsable du nazisme.
Cicéron mange à tous les râteliers *Lol*. Je n’ai pas eu l’occasion de vraiment le pencher sur sa conception de l’histoire- honte à moi ! J’avais toujours compris cette citation comme érigeant l’Histoire en enseignante des erreurs à ne pas reproduire.
J’attends de finir son ouvrage pour discuter de l’ouvrage d’Hayek qui est fascinant. Je rectifie mon propos, il parle des idées socialistes- notamment l’égalité, et le progrès rapide – comme source du nazisme. Les socialistes sont d’avantages aveugles aux méfaits que pleinement conscient des risques que leur doctrine peut engendrer. Enfin, Hayek est plus essayiste qu’historien.
(…) ou pour se rapprocher des historiens de l'antiquité, de la fortuna, en tout cas, on est en plein dans la morale.
Justement, la recherche historique devrait permettre de ne plus s’en remettre à des explications par la Fortuna.
Tuer est mal, tuer en masse encore plus, donc tout personnage historique qui a tué est mauvais. Raisonnement simpliste qui provient de ce qu'on ne supporte plus la guerre. Je pense aussi au livre de Freud et d'Einstein, au lendemain de 14-18, qui s'intitulait précisément "Pourquoi la guerre ?". Du moins y avait-il chez Freud une tentative d'explication par la pulsion de mort, au lieu d'une leçon de morale.

On pourrait débattre du pourquoi, encore que l’Histoire semble avoir fait la lumière sur ce point, mais c’est une question plus que légitime.
J'aurais pu aussi critiquer Apocalypse en disant que ce film de formera pas des patriotes, mais des pacifistes, donc des citoyens du monde, puisqu'un citoyen est encore obligé de défendre son pays en cas d'agression.
J’aurai préféré qu’il forme des citoyens – j’entends des Hommes au fait de l’Histoire, apte à juger (cf. Cicéron).


L'historien n'influence pas le cours de l'histoire, enfin, je ne crois pas, je ne connais pas d'exemple, si ce n'est des inspirateurs, comme les récits de Tite-Live qui inspirèrent Napoléon (qui au passage détestait Tacite), mais peut-il se placer au-dessus de son temps ?
Il faut souligner que les antiques étaient des hommes d’actions, et qu’aujourd’hui la dimension littéraire de l’Histoire tend à disparaître – nivellement par le bas oblige.

C'est très difficile, comme on le voit avec la vision moderne de la guerre, qui interdit de parler de Napoléon ou de Joffre autrement que comme des bouchers. Si on le fait, on est marginalisé. Paul Valéry a cependant bien réussi dans ses Regards à s'élever au-dessus de son temps. Mais il disait que les événements ne l'intéressaient pas, seul l'universel, le permanent l'intéressait (comme Goethe ou Schopenhauer).
Chez les historiens – au sens noble – les dimensions multiples d’un personnage sont abordées. N’y-a-t-il pas aussi (et surtout) une dimension sentimentale exacerbée par la proximité temporelle ? Alexandre ou César sont la causes de morts innombrables, hors sauf théories farfelues (Alexandre inventeur des camps de concentration) on passe rapidement sur cet aspect au profit de « la légende ». J’admets bien volontiers que l’absence de documentation fiable ne joue pas en la faveur des historiens.
On tombe dans la moraline dès lors qu’on dresse un tableau monochrome d’un personnage historique. L’Homme est complexe, et pas aussi libre qu’on se plait à le penser.
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Message  Philosophos le Ven 21 Mar 2014 - 14:49

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit:On reste alors tributaire de la vision antique de l'histoire, stoïcienne notamment, la croyance à une Raison, à un cosmos (un ordre du monde) et à la moralité de l'action humaine, tout ceci étant très peu compatible avec les philosophies du XIXe et du XXe siècle. Une idéologie appliquée à l'histoire, voilà quelque chose de tout à fait moderne, par contre !
Tu associes la recherche rationnelle à la compréhension d’une raison historique ?
Les antiques furent aussi de grand rationaliste, je pense à Polybe ou Thucydide. Certes les éléments qui relèvent de la Fortuna, ou de la Tychè sont présent, mais il y a un effort de compréhension par le fait.
La recherche rationnelle appliquée à l'histoire suppose que l'humanité agit de façon rationnelle. Un philosophe comme Nietzsche, qui ne croyait pas à cette rationalité (le monde est un chaos de forces, l'homme est compris dedans, son corps est aussi un tel assemblage), est donc allé chercher dans des motivations souterraines, il s'est appelé pour cette raison "psychologue des profondeurs". C'est exactement ce que fait Freud quand il entreprend d'expliquer les raisons de la guerre avec son inconscient et sa pulsion de mort.

A l'inverse, on peut espérer, comme les Anciens, comprendre les actes humains, mais cela suppose qu'ils agissent dans un monde saisissable par la raison humaine. C'était le cas des historiens stoïciens, pour qui le monde est gouverné par une grande Raison morale. Concernant les faits, je peux rappeler ici la phrase de Nietzsche  : "Il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations", qui est bien symptomatique de la fin de cette croyance que la raison suffit à expliquer l'homme, et qui avait quand même été la grande découverte des Grecs. Il suffit d'opposer Hérodote, qui utilise encore beaucoup la mythologie, et Thucydide.

Cicéron mange à tous les râteliers *Lol*. Je n’ai pas eu l’occasion de vraiment le pencher sur sa conception de l’histoire- honte à moi ! J’avais toujours compris cette citation comme érigeant l’Histoire en enseignante des erreurs à ne pas reproduire.
Oui, mais cela suppose que le monde soit ordonné par la raison. D'ailleurs, les Stoïciens croyaient à l'éternel retour de toutes choses. Cicéron était un adepte du stoïcisme, il ne croyait pas vraiment aux dieux romains. D'une manière générale, les Anciens croyaient au cosmos, à un monde ordonné, ils étaient férus d'astrologie. Cette croyance a duré jusqu'à Copernic, relayée par le monothéisme chrétien. Combien ont cherché dans les astres de quoi les guider, quand ce n'était pas dans les dieux ! Les historiens antiques nous le racontent presque à chaque page.

On pourrait débattre du pourquoi, encore que l’Histoire semble avoir fait la lumière sur ce point, mais c’est une question plus que légitime.
Attention à ce que ce "pourquoi" ne soit pas un "comment" déguisé. Les causes de la guerre de 14-18 sont assez claires, mais le pourquoi de cette barbarie (pour reprendre le qualificatif du documentaire) reste un mystère. Par exemple, "l'homme est un loup pour l'homme" est une réponse au "pourquoi".

J'aurais pu aussi critiquer Apocalypse en disant que ce film de formera pas des patriotes, mais des pacifistes, donc des citoyens du monde, puisqu'un citoyen est encore obligé de défendre son pays en cas d'agression.
J’aurai préféré qu’il forme des citoyens – j’entends des Hommes au fait de l’Histoire, apte à juger (cf. Cicéron).
On voit là encore un refus de la politique. Un tel documentaire ne nous enseigne strictement rien sur la politique. Il ne fait que dénoncer la barbarie. Simple posture morale, donc.

Il faut souligner que les antiques étaient des hommes d’actions, et qu’aujourd’hui la dimension littéraire de l’Histoire tend à disparaître – nivellement par le bas oblige.
Nous sommes à l'ère de la technique. On ne croit plus du tout que la littérature soit une voie royale vers la compréhension du monde, ce qu'elle est pourtant. Quant à la philo, elle n'est considérée que grâce à son aspect technique.

On tombe dans la moraline dès lors qu’on dresse un tableau monochrome d’un personnage historique. L’Homme est complexe, et pas aussi libre qu’on se plait à le penser.
La question de la liberté est intéressante, elle nous éviterait, si on pensait que l'homme n'est pas libre, toute moraline. On mettrait la cruauté d'Alexandre sur le compte de son hybris, comme Quinte-Curce.
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Re: Est-ce le rôle de l'historien de condamner la guerre ?

Message  Princeps le Sam 22 Mar 2014 - 16:30

Tu poses plusieurs questions : celle de l’objectivité, celle de l’interprétation, et celle du moteur de l’histoire.
Philosophos a écrit:La recherche rationnelle appliquée à l'histoire suppose que l'humanité agit de façon rationnelle. Un philosophe comme Nietzsche, qui ne croyait pas à cette rationalité (le monde est un chaos de forces, l'homme est compris dedans, son corps est aussi un tel assemblage), est donc allé chercher dans des motivations souterraines, il s'est appelé pour cette raison "psychologue des profondeurs". C'est exactement ce que fait Freud quand il entreprend d'expliquer les raisons de la guerre avec son inconscient et sa pulsion de mort.
Est-ce à l’historien de se préoccuper de ces types d’explications ? Tu cites un psychanalyste et un philosophe. La recherche rationnelle me semblait définir l’attachement aux faits, aux sources à la compréhension par la raison déductive. Veyne parle d’intrigues. Le fait peut ne pas être rationnelle – la Shoah – ou issu d’une raison défaillante, mais l’historien s‘attache à comprendre comment on en arrive là, sans invoquer la Providence. Peut-être plus clairement, l’action humaine est orienter vers un but, il incombe à l’historien dans comprendre le sens, les causes. Toutes ne se valent pas, et c’est l’Historien qui les hiérarchise.
Philosophos a écrit:A l'inverse, on peut espérer, comme les Anciens, comprendre les actes humains, mais cela suppose qu'ils agissent dans un monde saisissable par la raison humaine. C'était le cas des historiens stoïciens, pour qui le monde est gouverné par une grande Raison morale.
On peut comprendre la passion – moteur de l’action humaine. Si la raison ne peut expliquer « la majeure partie de l’histoire » - il existe un part de hasard (défaut technique, météo, que sais-je encore) – comment étudier le passé ?
Philosophos a écrit:Concernant les faits, je peux rappeler ici la phrase de Nietzsche : "Il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations", qui est bien symptomatique de la fin de cette croyance que la raison suffit à expliquer l'homme, et qui avait quand même été la grande découverte des Grecs. Il suffit d'opposer Hérodote, qui utilise encore beaucoup la mythologie, et Thucydide.
Nietzsche voit juste. L’interprétation reste le maître mot. Sans raison, que reste-t-il pour « comprendre et expliquer » l’histoire ?
Oui, mais cela suppose que le monde soit ordonné par la raison. D'ailleurs, les Stoïciens croyaient à l'éternel retour de toutes choses. Cicéron était un adepte du stoïcisme, il ne croyait pas vraiment aux dieux romains. D'une manière générale, les Anciens croyaient au cosmos, à un monde ordonné, ils étaient férus d'astrologie. Cette croyance a duré jusqu'à Copernic, relayée par le monothéisme chrétien. Combien ont cherché dans les astres de quoi les guider, quand ce n'était pas dans les dieux ! Les historiens antiques nous le racontent presque à chaque page.
Sans aller jusqu’à l’éternel retour, forme de déterminisme, on peut par la compréhension du passé, comprendre les dynamiques du présent. Encore que je vois peu d‘historien si risquer, et davantage de philosophe.
Attention à ce que ce "pourquoi" ne soit pas un "comment" déguisé. Les causes de la guerre de 14-18 sont assez claires, mais le pourquoi de cette barbarie (pour reprendre le qualificatif du documentaire) reste un mystère. Par exemple, "l'homme est un loup pour l'homme" est une réponse au "pourquoi".
La barbarie de la première guerre mondiale ? Les trachées et l’utilisation de gaz s’expliquent très bien.
On voit là encore un refus de la politique. Un tel documentaire ne nous enseigne strictement rien sur la politique. Il ne fait que dénoncer la barbarie. Simple posture morale, donc.
Il est plus dur de former un citoyen, que de distribuer les bons et mauvais points.
Nous sommes à l'ère de la technique. On ne croit plus du tout que la littérature soit une voie royale vers la compréhension du monde, ce qu'elle est pourtant. Quant à la philo, elle n'est considérée que grâce à son aspect technique.
Ni l’Histoire.
La question de la liberté est intéressante, elle nous éviterait, si on pensait que l'homme n'est pas libre, toute moraline. On mettrait la cruauté d'Alexandre sur le compte de son hybris, comme Quinte-Curce.
Il faut aussi transposer un acte avec son époque. Puis ne sommes-nous pas philosophes pour dompter nos passions ?
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