Sur /la Révolte des masses/ (notes de lecture)

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Sur /la Révolte des masses/ (notes de lecture)

Message  Invité le Jeu 3 Nov 2016 - 0:06

Lire : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t543-jose-ortega-y-gasset#28729

Les premières pages du premier essai sont édifiantes d'inspiration nietzschéenne judicieuse, courage en moins : OyG, dans la préface, dit texto, "je suis quelqu'un de peureux", pour ce que cette "peurosité" lui confère de minutie - minutie sur laquelle ne crache pas le philologue Nietzsche ... mais je dirais d'intuition bergsonienne, qu'OyG ressort des consciencieux de l'esprit, Hommes supérieurs apparaissant dans le chapitre : la Sangsue https://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Quatri%C3%A8me_partie/La_sangsue - et qui a un autre quart d'heure de gloire dans le livre, en parlant de la Science https://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Quatri%C3%A8me_partie/De_la_science

***

J'ai fini le premier essai, nietzschéen de part en part.
Les premières pages du second continuent de le répéter.

En réalité, Nietzsche, intuitif, n'égraine pas autant qu'OyG dans la description du phénomène, que Nietzsche d'ailleurs approfondissait de Tocqueville, d'une réelle originalité rapport à Toqueville.

***

La façon dont se conclut le troisième essai, que je cite sur la Transférence, n'est cependant pas nietzschéenne. Nietzsche en effet, recherche l'avenir, quand OyG cherche paradoxalement des appuis dans le passé tout en n'en voulant pas s'y reconnaître ici ou là, et paradoxalement toujours en faisant appel à un sens historique nietzschéen, de ce que Nietzsche vivait le temps comme rassemblé là (être-été heideggerien).

Il faut contester ce propos OyGassetien, que nos temps s'exalteraient en même temps qu'ils s'effraieraient de leur puissance vitale : il confond indistinctement ses apôtres et ses apeurés, tout en n'indiquant pas que les apôtres sont dans une plénitude qui laisse à désirer quand bien même identifiée à la force, et sans indiquer non plus qu'il partage l'effroi des apeurés. Confusions des ordres matérialistes et existentialistes, existentialistes au point de vue desquels il tend à se placer pourtant, dans son genre.

Finalement, il parle depuis une néantité de l'être heideggerien, radicalement. En tout état de cause Princeps, il faut que tu lises Heidegger, comme tu le pressentais. Son nietzschéisme est un peu court.

Mais je n'en suis qu'au début du livre.

***

Je n'en suis qu'au début du livre, sinon que le heideggerisme et toute la phénoménologie de la chose, se confirment très vite pp.34-35, sur l'acheter. Ce qui me conforte dans la courtesse du nietzschéisme OyGassetien, mais pas spécialement de sa pensée, assurément.

Mais rien de plus ridicule et de plus malheureux pour un "nietzschéen" que ceci ...
p.40, OyG a écrit:D'ordinaire, nous nous refusons à constater cette effrayante pulsation qui fait de chaque instant sincère un cœur minuscule et éphémère ; nous nous efforçons de recouvrer notre assurance et de nous rendre insensibles à notre destin dramatique, en l'endormant sous la coutume, les usages, les lieux communs - chloroformes habituels. Il est donc fructueux que pour la première fois depuis près de trois siècles, nous ayons découvert en nous la conscience de ne pas savoir « ce qui va se passer demain ».
Tous ceux qui adopteront devant l'existence une attitude sérieuse et qui auront le sentiment de leur responsabilité, éprouveront une sorte d'insécurité qui les incitera à demeurer sur le « qui-vive ».
... de ce que précisément Nietzsche reconnaît probement un vivre dans ces "coutume, les usages, les lieux communs", parfois révérencieux à l'égard du passé, parfois débiles dans l'éjouissance des temps critiquée par OyG (qui, au fond, moralise). Il n'y a pas de tragique OyGassetien. Lui-même, emploie-là le mot dramatique, mais le drame est raillé par le tragique, par quoi le tragique est dans une Grande Responsabilité (nietzschéennement parlant). "Pire que cela", OyG fait suffisamment d'allusions par ailleurs, pour laisser entendre que nos temps seraient nietzschéens ! *Lol*

Ça ira pour ce soir.
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Re: Sur /la Révolte des masses/ (notes de lecture)

Message  Princeps le Jeu 3 Nov 2016 - 10:05

En réalité, Nietzsche, intuitif, n'égraine pas autant qu'OyG dans la description du phénomène, que Nietzsche d'ailleurs approfondissait de Tocqueville, d'une réelle originalité rapport à Tocqueville.
Tocqueville, quoi qu’on en pense, reste un horizon indépassable. Comme Nietzsche et Weber, ils sont trop imposants pour s’en passer, trop pertinent pour ne pas essaimer partout où l’on pense.
quand OyG cherche paradoxalement des appuis dans le passé
Ce qui ne peut que plaire à un historien *Lol*.
il confond indistinctement ses apôtres et ses apeurés
Tu as un passage en particulier ? Ce peut être l’absence d’élite qui explique cela. L’absence d’apôtres.

Edit : J'ai trouvé. Que reproches-tu à cette fin de chapitre sur la responsabilité ?
Pour les non-lecteurs : En bref, il s'agit de critiquer le futurisme joyeux, de ceux qui pensent que l'Histoire Avancera inexorablement vers un but déterminé, sans accros. Si j'ai bonne mémoire.
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Re: Sur /la Révolte des masses/ (notes de lecture)

Message  Invité le Jeu 3 Nov 2016 - 11:02

*Pouce*

C'est-à-dire quant au futurisme, sur lequel je te/le rejoins à 100% pour l'avoir déjà diagnostiqué à part moi - ce que les "néoréacs" d'aujourd'hui nomment Parti Progressiste ou Parti de Demain, - en fait, OyG, par allusions comme je disais (il dit aurore, ce qui est le titre d'un Nietzsche - et pas qu'aurore, - OyG, donc, l'associe aux apôtres. Où Nietzsche, comme tu me le disais par ailleurs, voyait une pleutrerie bourgeoise, trop autosatisfaite d'elle-même (quand bien même "ouverte") pour être vraie.
Je te cite MP pour tous :
Nietzsche, c’est comme « A la recherche du temps perdu », tout le monde le cite, personne ne l’a lu [ceci dit pas spécialement à l'endroit d'OyG].
A propos de la « peurosité » il faut se souvenir de son engagement politique [à OyG] – qui veut dire action réelle, et se défie de la pleutrerie bourgeoise.
C'est bon signe tout ça *Pouce*
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Re: Sur /la Révolte des masses/ (notes de lecture)

Message  Invité le Dim 13 Nov 2016 - 0:09

Voir avant tout : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1536-aristocratisme-de-gauche#29195

Il faut que je revienne sur ce que je disais comparativement à Nietzsche : OyG accuse (au moins le coup) de la "puissance" qui est aujourd'hui à disposition de l'homme-masse. Or, pour mettre bien en garde : cette "puissance" (technico-intellectuelle) n'est pas la puissance nietzschéenne, bien plus proche de la force d'âme, qu'OyG subsume lorsqu'il parle de "l'âme petite, fermée" de l'homme-masse, ainsi que lorsqu'il parle de "l'effort" du noble - qu'il renvoie à son étym. de connu, et connu pour sa valeur efforcementale. Pour autant ... cette "noblesse" n'est pas exactement non plus la noblesse nietzschéenne, qui se déploie aisément dans le cœur discret, masqué, paillard même.

Bref : sous l'angle nietzschéen, OyG est plus maniéré. Mais, sous l'angle oygassetien, Nietzsche est "confondant" (I'm confused, it's confusing) - ce que son intérêt positif pour les Anglais (à OyG) ne contredit pas, quand Nietzsche les descend !

A la fin, donc, OyG me semble - sur une base nietzschéo-heideggerienne - hyper-pertinent, mais absolument pas immoraliste, au contraire ! *Lol*

Il va quand même falloir que je termine ce livre (j'en suis aux deux-tiers).

***

Je ne peux réfréner un moment de dégoût quand, arrivé à la page 97, je réalise tout le manque d'anthropologie - y compris culturelle et historique ! - ... quand je constate tout le mécanisme culturel et historique, d'OyG. Et, à la fin, c'est un ... progressiste ! *Lol* - c'est la nietzschéité, qui se froisse ainsi dans mon âme. La critique du primitivisme oygassetienne a de la bourgeoisie. Sa notion de culture se rattache à la civilisation, mais l'anthropologie dit tout à la fois que l'incivilisation a une culture, et que l'incivilisation-même est une forme de civilisation - selon définitions des termes. C'est-à-dire qu'OyG est finalement positiviste comtien dans la démarche, quand bien même il en critique bien des travers - pas assez de travers ! *Lol* Soit donc : sans renversement de toutes les valeurs, pour causer avec l'autre. - OyG est relativement ethnocentrique. Relativement.

C'est encore très XIX-XXème dans l'âme, et pour cause. Finalement, je lui trouve l'optimisme tragique d'un Emmanuel Mounier, personnaliste.

***

Parvenu à la page 121, je dois reconnaître qu'OyG me fatigue de gargarisme repus et satisfait, cachant assez mal sous tant de bonnes manières le ressentiment qu'il a pour tout le modernisme, son homme-masse, etc.
Oh, ce n'est pas que je les prise quant à moi non ... c'est jusque que tant d'accusation durement masquée sous son régime textuel, cette tendance à absolument vouloir chercher l'amitié de son lecteur, cette volonté de copinage, etc. me rebutent et, ne tenant pas spécialement à sentir toute la vilenie de son idéalisme, je préfère reprendre de la hauteur, et m'en laver.

En fait, de ce que j'en sais, je rangerai OyG sous la catégorie des Emmanuel Mounier et des Philippe Muray, donc.
Je n'ai pas connaissance que ces deux-là aient connu OyG, mais très franchement (surtout le deuxième, très récent), ils n'ont pas inventé la poudre oygassetienne (en fait, Mounier est son assez exact contemporain - donc une belle intertextualité, comme disent les littéraires), et Ph. Muray continue pour nos jours le oygassetisme. Néanmoins, le plus bidonnant dans cette affaire, c'est que Ph. Muray croyait cet homme-masse nouveau et s'en croyait l'unique contempteur, avec de si prestigieux prédécesseurs (Mounier, OyGasset) qu'il ne cite jamais, pour ne pas les connaître.

Aussi les appelé-je des auteurs utiles, mais tellement moralistes et idéalistes ! *Lol* que leur lecture m'est aujourd'hui extrêmement pénible, et que je ne les cite jamais qu'à titre d'arguments supplémentaires accablants ! *Lol* soit donc à titre d'instruments.
Or, cela, je ne peux le faire avec Nietzsche comme avec eux, et pas parce que j'ai de la déférence pour Nietzsche, mais parce que Nietzsche en impose par lui-même : il a l'âme forte, et ne se cherche pas des succédanés solutoires (succès damnés), comme eux trois.

Ce verdict est cruel, mais sans appel. Je vais quand même, par probité, jeter un œil à la conclusion.

***

OyG, p.201, dernière partie, ''XV. Où l'on débouche dans la vraie question'', a écrit:Telle est donc la question : l'Europe est restée sans morale.


Au fond, OyG n'est que réactionnaire. *Lol*


EDIT: au reste, je trouve qu'OyG se redit beaucoup, voire parle souvent, en conséquence, pour ne rien dire.
Si l'on veut, Nietzsche est "actionnaire" - sans certes tenir de l'actionnariat ! *Lol*

Voir aussi diversement, sur des façons d'user et de mésuser de Nietzsche, inversement proportionnelle dans l'anti-réaction/la proaction : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1592-le-cas-victor-digiorgi-ragnar-lothbrok-ragnar-ii
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