Généalogie des marchés

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Généalogie des marchés

Message  Malcolm le Mar 15 Nov 2016 - 21:46

On dit "les marchés". Les marchés ... Marchés financiers surtout, marchés des capitaux, marchés boursiers, marchés des biens, marché du travail (comme par hasard il n'y en a qu'un ! *Lol* ), etc. - Or, on dit "les marchés", sur la base de cette petite place de village, et pas que de village : ce souk improvisé sur une oasis en plein désert, c'est aussi un marché. Et encore : deux caravanes se croisant, il n'a jamais été rare qu'elles fassent leurs marchés, etc. Fort bien ! Donc c'est bien, c'est super, c'est génial, j'ouvre grand les yeux avec vous - allez-y, faîtes de même, vous aller ne pas voir ... J'ouvre grand les yeux avec vous - puisque vous êtes bons publics, n'est-ce pas ? - et nous ne voyons rien. sont les marchés ? ... A Wall Street ? A la Bourse de Paris ? A la City ? A Hong Kong peut-être ? ... Ah non pardon, je ne vois pas de marché : je vois des bourses, dont le nom ne procède pas moins d'un abus de langage d'ailleurs.

Vous me direz : cette petite expérience de philosophie quotidienne a ses limites : bien des mots perdirent leur signifcation, dans la langue, et s'en chargèrent d'une autre. Et puis, vous me direz, marché, on comprend bien l'idée, de la petite place à Burdigala sous l'Empire Romain (Bordeaux), jusqu'à "la Planète". En plus, il ne faut quand même pas exagérer dans l'autre sens : les hauts-lieux de la finance contemporaine sont très géolocalisés. Je viens d'en citer quelques uns, il suffit d'y ajouter les banques, les maisons-mères des grandes firmes. J'hésite à mettre les États là-dedans, mais reconnaissons qu'ils ont le potentiel, quand ils veulent - et pas seulement privatiser.

Non parce que, enfin, en sommes, les marchés, ça ne veut rien dire. C'est un peu comme la société, en dehors de l'être-en-compagnie : la société, là, assis tranquillement derrière mon bureau, seul, ça n'existe pas ! ... La société, elle est une abstraction sociologique, donc scientifique, conceptuelle. Là, maintenant, je ne vis absolument pas la société, ou bien comme objet de pensée, ou bien comme fantôme & phantasme : elle s'est volatilisée depuis mon dernier être-en-compagnie, mais on la découpe pourtant techniquement dans le cadre d'un territoire administratif. *Lol* Et l'on appelle cela une société ! *Lol* Et l'on se plaint qu'il n'y ait plus de vivre-ensemble ! *Lol* ... La statistique et la cybernétique ne nous aideront pas là, pas exactement en tout cas : le moment où vous vous retrouverez nez à nez avec quelqu'un, il faudra bien tenter de faire société. Après tout en effet : pas plus que le microcosme ménager (familiers, proches, colocataires), deux parfaits inconnus ne font société : ils sont là, simplement là, à s'évaluer. A moins que - je ne sais plus où j'ai lu ça - on envisage sociologiquement ce rapport de jauge comme une première socialisation. En effet. D'ailleurs, ces inconnus, s'ils ne s'ignorent pas, devront bien faire quelque chose de l'autre. Les moralistes et moralisateurs disent : faire quelque chose avec l'autre, mais les rapports de sujétion, à Dieu mort ne plût, sont des formes d'associations, Servitude volontaire de la Boétie à l'appui.

Bon. Or, qu'est-ce qu'un marché, sinon "une société mercatique" ? ... Je ne vous laisserai pas deviner la suite : il n'y a jamais que des Hommes qui se rencontrent, et qui font affaire, là assez tranquillement sans souci de faire quelque chose de ou avec l'autre, dans le pire des cas. (Pauvres moralistes & moralisateurs ! Pleurez !) Or, toutefois, personne ici n'est sans savoir que des partenariats réseautiques fractales, avec des collègues, des clients, des supérieurs, des inférieurs, des sous-traitants, des législateurs, etc. provoquent assez bien des collusions voire des associations affinitaires, sympathiques ou antipathiques, quand bien même motivées par quelque intérêt : il faut bien se détendre parfois, même si business is business. Et, si l'on se prend la tête, il faut bien se reprendre : business is business, encore aussi ! *Lol*

De telle sorte qu'au réel des "marchés", il n'y ait jamais qu'un être-en-compagnie - ou au moins en contact, avec les technologies de la communication, du pigeon voyageur au mail, en passant par quelque courrier/poste. Soit donc : "les marchés", en dehors de ces contacts, ça n'existe pas. Je ne sais pas m'expliquer la montée de la croyance en la "volatilité des marchés" (comme en fog alentour et entre nous ! *Lol* ) autrement que par une apophénie progressive, inhérente aux médias, de la presse quotidienne à l'Internet 4G et +. Entre l'électricité, la radio, le wi-fi et les satellites, la croyance aux ondes aura fait beaucoup de mal aux imaginations, quand bien même je trouve quelque transférence aux choses.

Tout ce qui est donc dire que "les marchés", c'est dans la tête, dans les représentations sociales, selon une dynamique de groupe connue en psychologie sociale, servant d'ailleurs nombres de communiquants pour nous les mettre en tête. "Magie magie ! et vos idées ont du génie !" *Flèche* - surtout depuis que la monnaie n'est plus étalonnée sur l'or, ni sur rien que "les fluctuations des marchés". Le néant s'ajuste sur le néant *Lol*

Valeur d'arbitrage des être-en-compagnie. Les seuls tôliers du monde, "c'est nous". Les USA le vivent d'ailleurs assez bien : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1617-genealogie-des-usa

*

En fin de comptes, à bien y penser, le mot société, le mot marché (société productrice-commerciale), donnent une sensation de promiscuité, selon un principe invocatoire-convocatoire-évocatoire propre à la magie, dans tout ce que ce terme a de plus superstitieux. A savoir que le mot vaut pour la chose, oubli aliéné de la chose-mot rapport à un réel/vécu-agrégatif.

Je dis plus haut entre parenthèses, commerciale, mais c'est en effet le commerce des Hommes, dont je parle déjà auparavant, à la fois pour le phénomène-marchés sensationnel, et pour le phénomène-société tout purement, au fond. En effet, le mot commerce avait autrefois cette propriété de désigner les relations qu'entretiennent çà & là les Hommes, indépendamment de leur qualité parfois marchande. On disait du commerce des Hommes, du commerce entre les Hommes, qu'il correspondait à leurs interactions, non seulement à leurs transactions. Par exemple, si je me rends ce soir chez un ami, et toutes les personnes que je rencontre en ce jour, on disait que j'ai commerce plus ou moins intense avec eux, quelle que soit la nature de nos relations, dont le marchand donc n'aurait été qu'un éventuel aspect - marginal.

Cette "économie" relationnelle, retrouve tout son sens répartitif-distributif originel, par lequel "l'économiste" s'intéresse au phénomène-répartitivité/distributivité des relations, selon leurs natures, qualités, intensités, y compris voire surtout diplomatiques et affectives, soit donc politiques, d'un politique désignant tout précisément la citoyenneté, en tant qu'elle engage les Hommes entre eux, dans leurs rapports. Voir alors complémentairement : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1512-les-deux-cites - sous cet angle.

Où il est piteux, de constater l'évolution sémantique du terme commerce, de ce qu'il ne concerne désormais plus que les relations marchandes. Mais c'est dire toute la puissance représentationnelle qu'a pris le phénomène-marchés sensationnel, dans nos comporte'mentalités, par quoi désormais existe quelque convivialisme, vivrensemblisme, tentant aphasiquement de renouer avec cette prime définition du commerce entre les Hommes, politique au sens large.

D'ailleurs, ne nous leurrons pas : lorsqu'un auteur de la période classique tel qu'Adam Smith, Ricardo, etc. parlent d'étendre le commerce pour la paix des Hommes - comme on vanta la Communauté Économique Européenne comme vectrice de paix - on avait bien en tête, même confusément, cette dimension que l'on croyait développer comme par magie sur le terreau mercatiquement intéressé des relations. Or, il faut bien admettre sous un angle, que cela pacifia : mais pacifia d'une pax œconomica répandant une forme de contrôle social hyper-spécifique donc, par quoi les craintes face à la "société de surveillance" ne constituent jamais qu'un déplacement du refoulement de ce fait, que nous vivons dans des "sociétés de finance" dont la finance, précisément, garantit depuis longtemps déjà la surveillance, qui n'a manifestement pas attendu la chute du mur de Berlin. (Symptomatiquement en France, et négativement : Jacques Mesrine, récemment cinématographié : toute sa biographie témoigne d'une impétuosité face au contrôle.)

Promiscuité, disais-je, et plutôt précisément sentiment superstitieux de promiscuité, encore qu'il soit assez manifesté par la densité de population au kilomètre carré, mais nous craignons plus que tout "l'individualisme", n'est-ce pas ? ...

... Eh bien je vais vous dire : cet individualisme, la défiance même des Français en particulier ("société de défiance") sont des contractions saines, quand bien même massivement néfastes. En effet, ce sont des contractions saines, quand on éprouve de telles sentiments - même magiques, même superstitieux, même irrationnels - promiscuitaires - un tantinet corroborés par l'urbanisation de la vie, ainsi que la densité de population, donc.

Or, Internet y contribue "magiquement" pour beaucoup à sa façon : Facebook, LinkedIn, YouTube, Google, mais avant eux la rapidité des boîtes mails et des mises en ligne pour le monde entier (ce qui est faux, le monde n'est pas encore et de loin "branché, connecté") .. En effet, sensationnellement, ces plateformes, avec leurs serveurs et leurs interfaces-logiciels (on pourrait compter là-dedans ForumActif) produisent des effets promiscuitaires, par condensation des activités informatiques. En réalité encore, cela commença dès l'avènement des mass media : presses, cinémas, radios, et évidemment télévisions, téléphonies fixes puis mobiles, etc.

Ce qui se passe, c'est cette fameuse "focalisation zombie". En réalité, les supports sont à chaque fois différents : un exemplaire autre de tel journal, un transistor différent du voisin, une autre salle de cinéma avec matériel particulier, une télé de marque différente, un PC qui - comme son nom l'indique - est personnal, etc. Nous consacrons nos attentions à des émetteurs différenciés, quand bien même fonctionnellement identiques, et identiques encore en termes praxéo-sémiologiques manifestes, mais à chaque fois dans des contextes "infestes" ou latents, différents. C'est-à-dire que, récepteurs des mêmes data, nous ne les recevons pas moins dans des milieux via des techniques relativement différentes, malgré les standards. Serait-ce nos positionnements géohistoriques (biographies comprises) différents. C'est-à-dire que nous ne sommes "évidemment" pas des clones, ni des robots sériels.

En tout état de cause, ces points focaux fonctionnent "magiquement" comme en vortex, plexus & nexus. Si jamais nous nous y croyons agglutinés et empêtrés comme dans une poisse, nous ne le devons jamais qu'à notre ... stupidité ! *Lol*

Et les marchés, nous les faisons être sociopolitiquement de notre vœu, non seulement sous le coup institutionnel qui - certes - entérine et fixe.
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