Schopenhauer, temps, espace, causalité

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Schopenhauer, temps, espace, causalité

Message  Kal' le Sam 19 Nov 2016 - 1:54

Schopenhauer nous dit que le temps n'existe que dépendamment du cerveau. Avec l'espace, il est une idéalité, une illusion qui structure la réalité au travers du principium individuationis. Ainsi, le passé et le futur n'ont aucune consistance, le temps n'existe que sous la forme du présent. Les hommes du passé n'ont pas disparu, ils sont toujours là : nous sommes eux, tout comme eux étaient nous ; alors les individus ne font que s'effacer derrière l'espèce après leur mort - permanence, donc, de l'espèce en tant qu'Idée. Le temps ne tient sa source que du sujet connaissant, et non de phénomènes qui lui seraient extérieurs. Cette idéalité du temps va de pair avec celui de l'espace. De la sorte, l'homme ne peut imaginer les choses que comme des phénomènes dans le temps et l'espace. La chaîne de la causalité lie le temps et l'espace par une substance, la matière comme états de changement, une interaction mutuelle en somme, qui elle aussi ne peut être qu'envisagée, bien naturellement, dans le temps et l'espace.

Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, a écrit:Si le temps et l’espace peuvent être connus par intuition chacun en soi et indépendamment de la matière, celle-ci ne saurait en revanche être aperçue sans eux. D’une part, la forme même de la matière, qu’on n’en saurait séparer, suppose déjà l’espace ; et, d’autre part, son activité, qui est tout son être, implique toujours quelque changement, c’est-à-dire une détermination du temps. Mais la matière n’a pas pour condition le temps et l’espace pris séparément ; c’est leur combinaison qui constitue son essence, celle-ci résidant tout entière, comme nous l’avons démontré, dans l’activité et la causalité. En effet, tous les phénomènes et tous les états possibles, qui sont innombrables, pourraient, sans se gêner mutuellement, coexister dans l’espace infini, et, d’autre part, se succéder, sans plus de difficulté, dans l’infinité du temps ; dès lors, un rapport de dépendance réciproque, et une loi qui déterminerait les phénomènes conformément à ce rapport nécessaire deviendrait inutile et même inapplicable : ainsi, ni cette juxtaposition dans l’espace, ni cette succession dans le temps ne suffisent à engendrer la causalité, tant que chacune des deux formes reste isolée et se déploie indépendamment de l’autre. Or, la causalité constituant l’essence propre de la matière, si la première n’existait pas, la seconde aussi disparaîtrait. Pour que la loi de causalité conserve toute sa signification et sa nécessité, le changement effectué ne doit pas se borner à une simple transformation des divers états pris en eux-mêmes : il faut d’abord qu’en un point donné de l’espace, tel état existe maintenant et tel autre état ensuite ; il faut, de plus, qu’à un moment déterminé, tel phénomène se produise ici et tel autre là. C’est seulement grâce à cette limitation réciproque du temps et de l’espace l’un par l’autre que devient intelligible et nécessaire la loi qui règle le changement. Ce que la loi de causalité détermine, ce n’est donc pas la simple succession des états dans le temps lui-même, mais dans le temps considéré par rapport à un espace donné ; ce n’est pas, d’autre part, la présence des phénomènes à tel endroit, mais leur présence en ce point à un instant marqué. Le changement, c’est-à-dire la transformation d’état, réglée par la loi de causalité, se rapporte donc, dans chaque cas, à une partie de l’espace et à une partie correspondante du temps, données simultanément. C’est donc la causalité qui forme le lien entre le temps et l’espace.


Dernière édition par Kalos le Lun 27 Mar 2017 - 2:17, édité 6 fois
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Re: Schopenhauer, temps, espace, causalité

Message  Philosophos le Sam 19 Nov 2016 - 9:59

Kaloskagathos a écrit:Ainsi, le passé et le futur n'ont aucune consistance, le temps n'existe que sous la forme du présent. Les hommes du passé n'ont pas disparu, ils sont toujours là : nous sommes eux, tout comme eux étaient nous. Les individus ne font que s'effacer derrière l'espèce après leur mort.
Il faut préciser que pour Schopenhauer, il existe des Idées (platoniciennes) des espèces (une Idée du chat, par exemple, ou des dinosaures), qui ne dépendent pas du cerveau humain, mais qui sont une représentation de la Volonté (elle-même représentation de la "chose en soi"), de même qu'une Vierge de Raphaël ou une symphonie de Mozart. Schopenhauer n'était pas un idéaliste absolu, c'était un kantien pour qui la "chose en soi" existe, indépendamment du "monde", donc de la matière et de notre cerveau.

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Re: Schopenhauer, temps, espace, causalité

Message  Malcolm le Sam 19 Nov 2016 - 10:28

Sur ce plan :
Kaloskaghatos a écrit:Les hommes du passé n'ont pas disparu, ils sont toujours là : nous sommes eux, tout comme eux étaient nous. Les individus ne font que s'effacer derrière l'espèce après leurs morts.
J'invite à lire C.G.Jung, qui évoque d'ailleurs Schopenhauer je-ne-sais-plus-où : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1283-psychologie-analytique-carl-gustav-jung - Jung trouve une ontogénèse individuelle reprenant toute la chaîne évolutionnaire, à la psyché.
Et puis, il y a l'être-été heideggerien qui, pour succédant à l'être-jeté-au-monde, n'en procède pas moins d'une factivité de l'être-Là, elle-même issue du fond des âges et Là-donc par l'être-été factif : http://www.liberte-philosophie-forum.com/f130-heidegger
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Re: Schopenhauer, temps, espace, causalité

Message  Kal' le Dim 20 Nov 2016 - 23:37

Kaloskagathos a écrit: La chaîne de la causalité lie le temps et l'espace par des effets d'interaction mutuelle, qui eux aussi ne peuvent être qu'envisager que dans le temps et l'espace.

Je me rends compte que ce n'est pas très clair, je vais expliciter. J'entends ici que l'effet de la causalité, c'est de lier temps et espace par des phénomènes dans un ordre de succession ou de simultanéité. Ces phénomènes sont des objets étendus dans l'espace ou des modulations, des variations dans le temps, perçus par l'intuition empirique. Cette perception dans le cadre du temps et de l'espace est ce que Kant appelle « formes a priori de la sensibilité », qui elle-même détermine nécessairement notre « faculté de connaissance ».
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Re: Schopenhauer, temps, espace, causalité

Message  Malcolm le Dim 20 Nov 2016 - 23:42

Oui, exception faite des synchronicités, qui d'ailleurs sont rendues possibles par la Volonté atemporelle & aspatiale. Par contre Kant, ne reconnaissant pas cette possibilité synchronistique métaphysiquement volontariste - au fond Schopenhauer pas plus, de ce qu'il ne retient que la causalité, sans envisager ladite possibilité, - ne sait pas où situer le transcendantal (glande pinéale post-cartésienne !). D'aucuns, aujourd'hui, le situeraient dans l'inconscient cognitif (le cerveau) à la manière de Schopenhauer dans l'extrait que tu mis - en cela précurseur. Mais la Volonté "fonctionne" aussi bien, en tant que Tout irreprésentationnel.
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Re: Schopenhauer, temps, espace, causalité

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