Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

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Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  LibertéPhilo le Jeu 10 Avr 2014 - 10:28

"Relativisme des valeurs", "généalogie", "mort de Dieu", "amor fati", les plus grands concepts de Nietzsche sont expliqués par Luc Ferry, à partir de citations du philosophe allemand. Une analyse claire et agréable, qui a le mérite de partir du commencement, à savoir Socrate et Platon, indispensables à mon avis pour comprendre la philosophie nietzschéenne, qui ne l'oublions pas, fut d'abord un philologue, c'est-à-dire, pour son époque, un savant versé dans les textes antiques gréco-latins.



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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Sam 27 Fév 2016 - 16:01

Dommage que les vidéos ne soient plus disponibles. Mais je me souviens avoir lu voilà longtemps, le recueil Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, où intervenait Luc Ferry. Mais, non seulement le titre lui-même indique qu'il n'a pas compris Nietzsche (il ne peut proprement y avoir de nietzschéens - encore qu'il s'agisse assurément d'un titre racoleur plutôt qu'autre chose) mais en plus Luc Ferry reprochait à Nietzsche, en somme, de faire partie de la réaction politique. C'est trop court.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 11:14

Je viens de terminer, pour le fun et le repos, le premier tome "Apprendre à vivre", de Luc Ferry. Facile à lire, j'ai trouvé l'ensemble à mon goût, et son analyse de Nietzsche très convaincante.

Un retour ?

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 11:19

Je n'ai pas lu ce livre. Peux-tu synthétiser ce que tu en retiens/t'as semblé pertinent.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 11:23

Nietzsche comme déconstructeur des systèmes fondés sur des idoles, sur la transcendance, quelle qu'elle soit. Nietzsche prolongerait l'acidité de l'humanisme jusqu'à en revenir à une conclusion identique à celle des stoïciens : se contenter du temps présent, chez Nietzsche l'amor fati.

Très succinctement, bien sûr.

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 11:52

Comme ça, c'est un propos qui se tient à mon sens.
Sinon que je relèverai quelques points, qui peut-être sont de ton fait :
* La déconstruction : la déconstruction est un terme traduit de Heidegger près d'un siècle après le Nietzsche philosophant, pour lequel valent aussi destruction, désobstruction, démantèlement. Viendra ensuite la grammatologie de Jacques Derrida, sur un plan strictement textuel (époque du structuralisme), qui dira déconstruction à son niveau.
Disons surtout que philosopher à coups de marteau est quelque chose comme destruction, oui, et dionysiaque, certes, mais sans les autres nuances. Je crois d'ailleurs surtout Nietzsche dans un besoin explosif, rapport à ses intuitions, et l'ambiance inconsciente dans laquelle il baigne encore à son époque. Dans une impatience, et une saturation. Le à coups de marteau s'adresse d'ailleurs assez bien à l'idole que l'on explose (paradoxalement dans une démarche ultrachrétienne, pour l'anecdote).
* Transcendance & immanence : ce sont des vocables que l'on plaque sur Nietzsche inconsidérément a posteriori : il ne les emploie jamais, de mémoire de lecteur assidu. Je pense même que Nietzsche est - pour le paraphraser - Par-delà Transcendance et Immanence, avec sa théorie fragmentaire de la volonté de puissance (voire d'autres topics sur ce forum, creuser pour les retrouver, mais il me semble que dans quelque récent, j'en parle à l'adresse de Philo).
* Le stoïcisme de Nietzsche :
§9 de Par-delà bien et mal:
C’est « conformément à la nature » que vous voulez vivre ! Ô nobles stoïciens, quelle duperie est la vôtre ! Imaginez une organisation telle que la nature, prodigue sans mesure, indifférente sans mesure, sans intentions et sans égards, sans pitié et sans justice, à la fois féconde, et aride, et incertaine, imaginez l’indifférence elle-même érigée en puissance, — comment pourriez-vous vivre conformément à cette indifférence ? Vivre, n’est-ce pas précisément l’aspiration à être différent de la nature ? La vie ne consiste-t-elle pas précisément à vouloir évaluer, préférer, à être injuste, limité, autrement conformé ? Or, en admettant que votre impératif « vivre conformément à la nature » signifiât au fond la même chose que « vivre conformément à la vie » — ne pourriez-vous pas vivre ainsi ? Pourquoi faire un principe de ce que vous êtes vous-mêmes, de ce que vous devez être vous-mêmes ? — De fait, il en est tout autrement : en prétendant lire, avec ravissement, le canon de votre loi dans la nature, vous aspirez à toute autre chose, étonnants comédiens qui vous dupez vous-mêmes ! Votre fierté veut s’imposer à la nature, y faire pénétrer votre morale, votre idéal ; vous demandez que cette nature soit une nature « conforme au Portique » et vous voudriez que toute existence n’existât qu’à votre image — telle une monstrueuse et éternelle glorification du stoïcisme universel ! Malgré tout votre amour de la vérité, vous vous contraignez, avec une persévérance qui va jusqu’à vous hypnotiser, à voir la nature à un point de vue faux, c’est-à-dire stoïque, tellement que vous ne pouvez plus la voir autrement. Et, en fin de compte, quelque orgueil sans limite vous fait encore caresser l’espoir dément de pouvoir tyranniser la nature, parce que vous êtes capables de vous tyranniser vous-mêmes — car le stoïcisme est une tyrannie infligée à soi-même, — comme si le stoïcien n’était pas lui-même un morceau de la nature ?… Mais tout cela est une histoire vieille et éternelle : ce qui arriva jadis avec les stoïciens se produit aujourd’hui encore dès qu’un philosophe commence à croire en lui-même. Il crée toujours le monde à son image, il ne peut pas faire autrement, car la philosophie est cet instinct tyrannique, cette volonté de puissance la plus intellectuelle de toutes, la volonté de « créer le monde », la volonté de la cause première.
* Se contenter du temps présent : Disons surtout, d'abord, compter avec lui, quand bien même "inactuellement". Mais ce philosophe méconnu a toujours songé qu'il serait connu posthumement, voire que son propos serait audible dans un siècle (de nos jours, donc ?), sans parler de ses injonctions vers le surhumain, qui est une promesse d'avenir, quelle que soit sa nature (voir à ce sujet de l'Homme supérieur, dans le Zarathoustra : "En avant !"). Ceci, sans parler des images de la navigation vers de nouveaux Occidents.

En somme, dans un sens ton très-bref résumé n'a pas tort et, dans un autre, il se fourvoie lamentablement, justement sur la base de Luc Ferry qui n'y entend goutte.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 12:05

Merci pour cette réponse. L'une des choses que j'ai retenue est que Nietzsche, justement, ne peut promettre l'avenir puisqu'il casse toutes les idoles. Et en effet, tout espoir d'un présent meilleur demande une idole, l'idée d'un atteignable. Ce n'est pas la seule critique de Ferry, qui rajoute le fait élémentaire qu'il est pratiquement très difficile de s'accommoder du présent avec bonheur.

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 12:22

Sur les idoles : voir des Tables anciennes & nouvelles, dans le Zarathoustra. Mais d'ailleurs, dans un monde "désidolé", Nietzsche propose pourtant, prophétiquement-poétiquement de son propre aveu : la figure de style du surhomme.

A ce niveau, Nietzsche est cohérent avec lui-même : il laisse les choses ouvertes. Apparemment, Ferry voudrait qu'on lui dise où aller, en tout cas ça le satisferait plus si/il attendrait de Nietzsche que, sa philosophe avait/ait défini un projet clair.
Dans le topic Encontre et avec Nietzsche, je dis même qu'il y aurait infaisabilité nietzschéenne, sous un certain angle. Pourquoi pas ? ... Mais un angle que je critique assez vite, aussi, dans mon monologue.

On ne demande pas au philosophe explicitement à l'esprit libre & projetant le philosophe de l'avenir, de ne pas nous dire comment faire, ainsi que fait Luc Ferry, qui non seulement se gourre sur le présentisme nietzschéen, mais en plus sur son futurisme.
C'est dire si Ferry est compétent ... car en fait, Ferry adresse à Nietzsche des procès d'intentions.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 12:28

Mais cette figure, du surhomme, n'est-elle pas une idole ? En fin de compte, que propose Nietzsche ? Si ce n'est d'aimer le présent à tout prix, si ce n'est de tendre vers un projet, ne serait-ce qu'accepter la fatalité avec ses malheurs ? Devrais-je simplement me complaire dans ce qui vient ? Dans ce dernier cas l'on n'avance pas beaucoup.

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 12:38

Je pense que l'amor fati nietzschéen est plutôt de l'ordre d'un "Que ce qui doit arriver, arrive !" par-delà bien et mal, soit donc : qu'il s'agisse de construction comme de destruction. De plus, en tant que nous sommes nous-mêmes toujours-encore des parts de fatum, notre action pugnace a toute sa place : il n'y a pas à se résigner, en tant que résignation est encore fatum. D'un autre côté, il y a ceux qui "pestent contre le sort", mais pester ainsi, c'est pareil : se révolter contre le sort est encore fatum. A partir de là, donc, le grand style exige, sans résignation (trop chrétienne dans la démarche) ni révolte ("la révolte, c'est la noblesse de l'esclave"), de faire de nécessité vertu, finalement de façon machiavélienne (voir cet auteur sur le forum). Il s'agira donc de faire preuve de virtu pour saisir les kairoi par la Fortuna, soit donc de faire preuve d'aristocrate virilité.

A ce titre, la figure du surhomme est vouée à deux destins : ou bien est-elle réifiée par ses tenanciers, et tout cela tourne, par exemples, à l'aryanisme nazi & au stakhanovisme soviet, comme le petit lait - donc des idoles, en effet. Ou bien, en tant que Nietzsche la déclare belle & bien figure de style prononcée par un prophète-poète (Zarathoustra), nous disons : "OK, le surhomme, c'est une autre façon de désigner l'inconnu à venir, le devenir de l'humain, et c'est tout, processuellement mais non-projectivement." You got it ?

Bref : Ferry est un Fillon.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 12:48

Mais oui ! Maintenant je te reprends, non sans politesse : énoncer que ce qui doit arriver, arrive, ramène à une maladresse qui m'étonne de ta part. Le verbe "devoir" instille dans la proposition une forme ou l'autre de déterminisme, que Nietzsche ne pourrait adouber puisque le concept même est idolâtre. Reformulé, l'on parlerait plus volontiers d'une tautologie : ce qui arrive, arrive. Mais l'affaire va plus loin, bien plus loin, car ce n'est pas tant ce qui arrive qui a de l'importance, mais du lien que l'on entretient avec le présent. En réalité, je n'ai d'autre choix que d'accepter ce qui arrive, mais puis-je pour autant aimer ici et toujours mon quotidien ? Il y a une marge entre accepter le fait même d'être dans une situation, et l'aimer. Quelle place accorde Nietzsche au concept de volonté ?

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 14:34

Crosswind a écrit:Mais oui ! Maintenant je te reprends, non sans politesse : énoncer que ce qui doit arriver, arrive, ramène à une maladresse qui m'étonne de ta part.
Merci. Or je me réjouis de demeurer plein de surprises.
Le verbe "devoir" instille dans la proposition une forme ou l'autre de déterminisme, que Nietzsche ne pourrait adouber puisque le concept même est idolâtre.
Oui, mais quand je dis que ce qui doit arriver, arrive, le deuxième terme est un subjonctif à valeur impérative troisième personne (venant compléter l'impératif défectif autrement). Or l'impératif est à la fois mode de l'ordre, et de l'exhorte, volontariste. Et quoi ? La volonté de puissance est principe de hiérarchisation superdynamique (commandement/ordre, obéissance/exécution). Puisque donc tu me demandes ce qu'est la volonté nietzschéenne, je te renvoie au §§13, 19, 36 de Par-delà bien et mal (surtout 19, mais à enchaîner impérativement par les autres) et aussi à la Victoire sur soi du Zarathoustra.

Pour en revenir au verbe devoir, il peut tout autant renvoyer à un déterminisme qu'un fatalisme ou un nécessitarisme (étant entendu que le moralisme est ici évidemment hors de champ).
Nietzsche dégoupille le déterminisme comme on ouvre une canette de soda mais, au reste, il ne fustige jamais le fatalisme qu'en tant que défaitisme, résignation & abnégation (voir Pour la critique du pessimisme, dans ce sous-forum), et propose bel & bien un fatalisme des forts, heureux. Enfin, Nietzsche est assurément nécessitariste. Or, au sein de cette nécessité, vouloir [donne le sentiment de puissance de] libère[r]. Il ne faut pas lire autrement son Vouloir libère ! dans le Zarathoustra.
Mais l'affaire va plus loin, bien plus loin, car ce n'est pas tant ce qui arrive qui a de l'importance, mais du lien que l'on entretient avec le présent. En réalité, je n'ai d'autre choix que d'accepter ce qui arrive, mais puis-je pour autant aimer ici et toujours mon quotidien ?
Je te renvoie au topic Éternel Retour de ce sous-forum consacré à Nietzsche.

Je répète que Luc Ferry est mauvais lecteur de Nietzsche - aussi mauvais qu'Onfray. Je conseille infiniment plus Patrick Wotling et, peut-être, Dorian Astor. Mais d'abord : André Gide (écrivain), Georges Bataille, Martin Heidegger, Gilles Deleuze, quand bien même ils n'en détiennent pas non plus la clef de voûte.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 15:10

Il y a donc bien idole, ne fut-ce que d'un bonheur à atteindre au quotidien. De même, accepter le concept de volonté ne peut que mener à l'idole, car la volonté est toujours volonté de quelque chose, c-à-d un but à atteindre...

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Malcolm le Ven 2 Sep 2016 - 15:12

Le bonheur et le but absolument comme idoles *Blase*
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Crosswind le Ven 2 Sep 2016 - 15:13

Malcolm S. Cooper a écrit:Le bonheur et le but absolument comme idoles *Blase*

Pourrais-tu développer ?

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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

Message  Mal' le Mar 6 Fév 2018 - 16:29

Tu es trop radical, à considérer que bonheur et but constituent des idoles, quoi qu'ils puissent y tourner - comme le petit lait - ainsi que le royaume des cieux, ou le temps des cerises. Néanmoins, Nietzsche n'encense pas le bonheur, il faut en rester maître comme de son malheur - dit-il, - et il exalte le but comme moteur de sens non-nihiliste, sans qu'il soit nécessaire de s'y immoler. Toutefois, la vertu du grand but, dit-il, est d'ennoblir - le but comme moyen d'ennoblissement ! *Lol* Bref : il faut rester maître de son but comme de son heur.

Luc Ferry, à ce titre, castre littéralement la portée du nietzschéisme.
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Re: Quand Luc Ferry tente d'expliquer Nietzsche

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