Le mot « réac » est-il une insulte ?

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Le mot « réac » est-il une insulte ?

Message  LibertéPhilo le Dim 13 Avr 2014 - 19:08

Un ami Facebook nous a interpellé sur un de nos derniers articles consacrés à l'élection d'Alain Finkielkraut à l'Académie Française :

François Xavier a écrit:Vous arrêtez avec le terme réac, aussi idiot que facho pour le FN ; il serait temps que les médias respectent un peu ceux qui ne pensent pas dans le sens commun et se posent la seule question valable : pourquoi ?

Il s'agit d'un malentendu. D'abord, le mot "réac" n'est pas plus condamnable que celui de "facho". Rappelons que, d'après l’actualité la plus brûlante, le mot "fasciste" a été considéré par les tribunaux comme un terme à connotation politique :
Le tribunal a souligné que «si le terme "fasciste" peut prendre une connotation outrageante quand il est utilisé en dehors de tout contexte politique ou s’il est accompagné d’autres termes dégradants, il est, en revanche, dépourvu de caractère injurieux lorsqu’il est employé entre adversaires politiques sur un sujet politique».
http://www.liberation.fr/politiques/2014/04/10/jean-luc-melenchon-relaxe-apres-avoir-traite-marine-le-pen-de-fasciste_994584 Donc, d'après la loi, je puis vous caractériser de "fasciste" sans risquer de condamnation. Voilà qui est rassurant, après l'affaire Dieudonné, qui a fait craindre à la main-mise d'un homme politique, Manuel Valls, sur la société française et tous ses citoyens. Ouf !

Qu'en est-est-il du mot "réac", qui est une abréviation de "réactionnaire", signifiant la volonté d'un retour à une époque passée ? Considérons d'abord le lien entre "facho" et "réac". Le seul point qui pourrait les rapprocher est que le fascisme est historique : la marche de Mussolini sur Rome : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marche_sur_Rome. Mais alors, tout ce qui est historique est réac ! On pourrait lier le mot "réactionnaire" à la totalité de l'histoire !

Qui est alors véritablement le "réac" ? D'abord, c'est quelqu'un qui ne se sent pas de son temps, un "inactuel" pour reprendre le titre des dissertations du jeune Nietzsche. On peut ressentir une inadéquation avec l'esprit de son temps. Et rêver alors d'une époque antérieure, facile à retrouver par la littérature abondante du passé (et l'imagerie). Le réac peut par exemple, à l'instar d'Eric Zemmour, souhaiter vivre en 1600, rêve inaccessible, bien sûr. Il est alors un nostalgique d'une époque qu'il juge, à tort à ou à raison, comme meilleure que les temps actuels. Je me souviens avoir vu une exposition au musée Fabre de Montpellier, consacrée au XVIIe siècle, qui m'a enchanté. "Quelle formidable époque", me suis-je dit en moi-même, et combien aurais-je aimé y vivre ! Les magnifiques tableaux de Georges de La Tour, l'élégance, la finesse d'esprit, la distinction des figures du peuple, le recueillement des personnages religieux, qui m'évoquaient immanquablement La Bruyère et Pascal, ont fait de moi un nostalgique du XVIIe siècle. Nous étions en 1993, et voilà qu'aujourd'hui, une simple exposition fait de moi un réac ! Car, j'admire toujours autant les "deux infinis" de Pascal et les tableaux de Georges de La Tour, ainsi que les Caractères de La Bruyère, inspirés de Théophraste. Mais comment, à l'époque de la mondialisation et du libéralisme, peut-on éprouver autant d'amour pour le XVIIe siècle, le Grand Siècle de la France, ce siècle éternel vers lequel convergent tous les touristes du monde ?

Je prends donc sur moi le terme de "réac", et j'en suis fier ! Oui, être "réac" au XXIe siècle, c'est admirer la beauté et la grandeur d'une nation, la France, nation éternelle, dépositaire du goût, symbole de raffinement et d'excellence dans tous les domaines, lumière du monde, créatrice des doctrines politiques les plus modernes ! L'Europe défend aujourd'hui la politique de l'offre, mais ne sait-elle pas qu'elle défend un esprit des Lumières, Jean-Baptiste Say, contemporain de Voltaire et Jean-Jacques Rousseau ?

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Re: Le mot « réac » est-il une insulte ?

Message  Princeps le Dim 13 Avr 2014 - 19:50

Philosophos a écrit:Il s'agit d'un malentendu. D'abord, le mot "réac" n'est pas plus condamnable que celui de "facho". Rappelons que, d'après l’actualité la plus brûlante, le mot "fasciste" a été considéré par les tribunaux comme un terme à connotation politique (…)
En historien « bas de plafond » je suis toujours estomaqué de voir la facilité avec laquelle l’adjectif de fasciste est attribué, comme celui de nazi d’ailleurs. Sans parler du bien-fondé de telles accusations, il y a souvent des amalgames. Les deux termes ne sont pas équivalents, étant spécifique à deux réalités historiques différentes : l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie.
Philosophos a écrit:Qui est alors véritablement le "réac" ? D'abord, c'est quelqu'un qui ne se sent pas de son temps, un "inactuel" pour reprendre le titre des dissertations du jeune Nietzsche. On peut ressentir une inadéquation avec l'esprit de son temps.
D’où l’image d’un dépressif chronique qui colle à la peau des réactionnaires, forcement de vieux machins envieux de leur propre jeunesse.
Philosophos a écrit:Je prends donc sur moi le terme de "réac", et j'en suis fier ! Oui, être "réac" au XXIe siècle, c'est admirer la beauté et la grandeur d'une nation, la France, nation éternelle, dépositaire du goût, symbole de raffinement et d'excellence dans tous les domaines, lumière du monde, créatrice des doctrines politiques les plus modernes ! L'Europe défend aujourd'hui la politique de l'offre, mais ne sait-elle pas qu'elle défend un esprit des Lumières, Jean-Baptiste Say, contemporain de Voltaire et Jean-Jacques Rousseau ?
Le réac’ est-il de facto chauvin ?
La croyance dans le Progrès est bien la seule chose qui reste des Lumières. Le pauvre Kant peut bien asséner son « Sapere Aude ! », il reste inaudible.

Un portrait de Finkelkraut assez instructif : http://www.canalplus.fr/c-divertissement/c-le-grand-journal/pid5411-le-grand-journal-l-emission.html?vid=1052605
et la suite : http://www.canalplus.fr/c-divertissement/c-le-grand-journal/pid5411-le-grand-journal-l-emission.html?vid=1052605
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Re: Le mot « réac » est-il une insulte ?

Message  LibertéPhilo le Lun 14 Avr 2014 - 15:14

Princeps a écrit:
Philosophos a écrit:Il s'agit d'un malentendu. D'abord, le mot "réac" n'est pas plus condamnable que celui de "facho". Rappelons que, d'après l’actualité la plus brûlante, le mot "fasciste" a été considéré par les tribunaux comme un terme à connotation politique (…)
En historien « bas de plafond » je suis toujours estomaqué de voir la facilité avec laquelle l’adjectif de fasciste est attribué, comme celui de nazi d’ailleurs. Sans parler du bien-fondé de telles accusations, il y a souvent des amalgames. Les deux termes ne sont pas équivalents, étant spécifique à deux réalités historiques différentes : l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie.
"Facho" aussi bien que "réac" sont des termes qu'on accole à des gens de droite (la gauche se réservant celui de "progrès"), même s'il ne faut pas confondre les conservateurs et les réactionnaires. Quand Marine Le Pen promet de redonner la fierté à la France, elle est réactionnaire. Rien de tel chez les Juppé ou les Fillon.

Philosophos a écrit:Qui est alors véritablement le "réac" ? D'abord, c'est quelqu'un qui ne se sent pas de son temps, un "inactuel" pour reprendre le titre des dissertations du jeune Nietzsche. On peut ressentir une inadéquation avec l'esprit de son temps.
D’où l’image d’un dépressif chronique qui colle à la peau des réactionnaires, forcement de vieux machins envieux de leur propre jeunesse.
Ce qui ne signifie pas que le réac' soit un inadapté, on peut très bien vivre avec la nostalgie.

Le réac’ est-il de facto chauvin ?
Oui, à moins de détester son pays, comme Nietzsche qui ne supportait plus l'Allemagne de son temps, et voulait en faire une Grèce nouvelle. Encore Nietzsche ambitionnait-il les plus hautes destinées pour l'Allemagne.

La croyance dans le Progrès est bien la seule chose qui reste des Lumières. Le pauvre Kant peut bien asséner son « Sapere Aude ! », il reste inaudible.
Il n'y a pas grande différence entre un réactionnaire et un progressiste, car aucun des deux ne vit dans le présent. Ils s'opposent d'ailleurs tout à fait logiquement. Zemmour n'a pas de mots assez durs contre les "bien-pensants". On est loin de la doctrine d'Epicure enseignant de vivre au maximum dans le présent.

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Re: Le mot « réac » est-il une insulte ?

Message  Malcolm le Mar 3 Jan 2017 - 0:56

Voir aussi : La francité

***

Tiré de ...
Kercoz a écrit:Le libéral n'est pas perçu comme un réactionnaire, bien que souvent sa position est conservatrice et consiste à réagir contre une position acquise par une précédente évolution politique.

Il y a une nuance de taille entre conservatisme et réactionnarisme.
Le réactionnaire s'arrête devant le passé, il y a une réaction façon au présent, comme un temps d'arrêt rétrospectif.
Le conservateur progresse débonnairement, si l'on veut, dit rapidement, et certes a des motions défensives face au progressisme, mais qui l'attachent à l'advenir-là, et parce qu'il est attaché à l'advenir-là.

Le pragmatisme réactionnaire est éternaliste, ce qui fait sombrer nombres de réacos dans le résistantialisme historique.
Le pragmatisme conservateur est momentanéiste, ce qui fait sombrer nombre de conservos dans le quiétisme historique.
Le pragmatisme progressiste est projectif, ce qui fait sombrer nombre de progros dans l'idéalisme historique.


Voir aussi : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1489-nihilisme-et-politique-leo-strauss

***

*!!!* Ça fait positivement réfléchir : Homo reactus : où en est l’homo festivus retourné ?

Enfin moi j'aime bien.

***

Approfondissons

Concernant le mot néoréac plus si employé que ça je crois, il me semble qu'il désignerait - réellement - des personnes si peu confiantes dans l'époque, qu'elles seraient rejetées sans compassion par cette même époque, qui n'endurerait pas les angoisses susceptibles d'émerger, du fait des défiances néoréacs.

Cela ne dit certes pas que les défiances sont fondées ; mais cela ne dit pas plus que les rejets sans compassion sont fondés de même. Or, ils sont sans compassion, de ce qu'ils s'imaginent réactivement les néoréacs dans le rejet, de ce que, précisément, les rejeteurs anti-néoréacs ont peur des angoisses que pourraient susciter les néoréacs chez eux. Soit donc que les rejeteurs anti-néoréacs sont fondamentalement faibles, qu'ils le pressentent, et que pour cela ils se confortent vindicativement et nombreusement contre les néoréacs - ce que je viens d'appeler rejets anti-néoréacs. Hélas, ce qui renforce les défiances néoréacs, c'est précisément cette absence de compassion devant leurs défiances : voilà que nul ne veut les rassurer, que tout le monde hargne et peste contre eux voire, pire, les menace et ostracise : de quoi se défier, certes ! ...

De plus, le plus souvent, les néoréacs sont du genre "singularistes" : ils s'affirment farouchement ou fièrement personnels, devant les foules - considérées comme masses indistinctes à tort ou à raison, de même que cette faroucherie et cette fierté est auto-estimée valable à tort ou à raison, par le néoréac.

Le réel est probablement distribué entre les deux pôles, ou du moins s'enferrer dans un des pôles (néoréaction ou rejet anti-néoréacs) est une façon d'en perdre une bonne partie, puisque dans les deux cas les uns et les autres sont réactifs aux autres et aux uns. Néanmoins, nous dirons qu'ils se font paradoxalement du bien les uns les autres, en vertu de ce nietzschéen propos du Gai savoir :

Nietzsche a écrit:

1.
LA DOCTRINE DU BUT DE LA VIE. — J’ai beau regarder les hommes, soit avec un regard bienveillant, soit avec le mauvais œil, je les trouve toujours occupés, tous et chacun en particulier, à une même tâche : à faire ce qui est utile à la conservation de l’espèce humaine. Et ce n’est certes pas à cause d’un sentiment d’amour pour cette espèce, mais simplement puisque, en eux, rien n’est plus ancien, plus fort, plus inexorable, plus invincible que cet instinct, — puisque cet instinct est précisément l’essence de notre espèce et de notre troupeau. Quoique l’on arrive assez rapidement, avec la vue basse dont on est coutumier, à séparer nettement, selon l’usage, à une distance de cinq pas, ses prochains en hommes utiles et nuisibles, bons et méchants, lorsque l’on fait un décompte général, en réfléchissant plus longuement sur l’ensemble, on finit par se méfier de cette épuration et de cette distinction et l’on y renonce complètement. L’homme le plus nuisible est peut-être encore le plus utile au point de vue de la conservation de l’espèce ; car il entretient chez lui, ou par son influence sur les autres, des instincts sans lesquels l’humanité serait amollie ou corrompue depuis longtemps. La haine, la joie méchante, le désir de rapine et de domination, et tout ce qui, pour le reste, s’appelle le mal : cela fait partie de l’extraordinaire économie dans la conservation de l’espèce, une économie coûteuse, prodigue et, en somme, excessivement insensée : — mais qui, cela est prouvé, a conservé jusqu’à présent notre race. Je ne sais plus, mon cher frère en humanité, si, en somme, tu peux vivre au détriment de l’espèce, c’est-à-dire d’une façon « déraisonnable » et « mauvaise » ; ce qui aurait pu nuire à l’espèce s’est peut-être éteint déjà depuis des milliers d’années et fait maintenant partie de ces choses qui, même auprès de Dieu, ne sont plus possibles. Suis tes meilleurs ou tes plus mauvais penchants et, avant tout, va à ta perte ! — dans les deux cas tu seras probablement encore, d’une façon ou d’une autre, le bienfaiteur qui encourage l’humanité, et, à cause de cela, tu pourras avoir tes louangeurs — et de même tes railleurs ! Mais tu ne trouveras jamais celui qui saurait te railler, toi l’individu, entièrement, même dans ce que tu as de meilleur, celui qui saurait te faire apercevoir, suffisamment pour répondre à la vérité, ton incommensurable pauvreté de mouche et de grenouille ! Pour rire sur soi-même, comme il conviendrait de rire — comme si la vérité partait du cœur — les meilleurs n’ont pas encore eu jusqu’à présent assez de véracité, les plus doués assez de génie ! Peut-être y a-t-il encore un avenir pour le rire ! Ce sera lorsque, la maxime : « l’espèce est tout, l’individu n’est rien », se sera incorporée à l’humanité, et que chacun pourra, à chaque moment, pénétrer dans le domaine de cette délivrance dernière, de cette ultime irresponsabilité. Peut-être alors le rire se sera-t-il allié à la sagesse, peut-être ne restera-t-il plus que le « Gai Savoir ». En attendant il en est tout autrement, en attendant la comédie de l’existence n’est pas encore « devenue consciente » à elle-même, en attendant c’est encore le temps de la tragédie, le temps des morales et des religions. Que signifie cette apparition toujours nouvelle de ces fondateurs de morales et de religions, de ces instigateurs à la lutte pour les évaluations morales, de ces maîtres du remords et des guerres de religion ? Que signifient ces héros sur de pareilles planches ? Car jusqu’à présent, ce furent bien des héros ; et tout le reste qui, par moments, était seul visible et très proche de nous, n’a jamais fait que servir à la préparation de ces héros, soit comme machinerie et comme coulisse, soit dans le rôle de confident et de valet. (Les poètes, par exemple, furent toujours les valets d’une morale quelconque.) — Il va de soi que ces tragiques, eux aussi, travaillent dans l’intérêt de l’espèce, bien qu’ils s’imaginent peut-être travailler dans l’intérêt de Dieu et comme envoyés de Dieu. Eux aussi activent la vie de l’espèce, en activant la croyance en la vie. « Il vaut la peine de vivre — ainsi s’écrie chacun d’eux — la vie tire à conséquence, il y a quelque chose derrière et au-dessous d’elle, prenez garde ! » Cet instinct qui règne d’une façon égale chez les hommes supérieurs et vulgaires, l’instinct de conservation, se manifeste, de temps en temps, sous couleur de raison, ou de passion intellectuelle ; il se présente alors, entouré d’une suite nombreuse de motifs, et veut, à toute force, faire oublier qu’il n’est au fond qu’impulsion, instinct, folie et manque de raisons. Il faut aimer la vie, car… ! Il faut que l’homme active sa vie et celle de son prochain, car… ! Et quels que soient encore tous ces « il faut » et ces « car », maintenant et dans l’avenir. Afin que tout ce qui arrive, nécessairement et toujours par soi-même, sans aucune fin, apparaisse dorénavant comme ayant été fait en vue d’un but, plausible à l’homme comme raison et loi dernière, — le maître de Morale s’impose comme maître du but de la vie ; il invente pour cela une seconde et autre vie, et, au moyen de sa nouvelle mécanique, il fait sortir notre vie, ancienne et ordinaire, de ses gonds, anciens et ordinaires. Oui, il ne veut à aucun prix que nous nous mettions à rire de l’existence, ni de nous-mêmes — ni de lui. Pour lui l’être est toujours l’être, quelque chose de premier, de dernier et d’immense ; pour lui il n’y a point d’espèce, de somme, de zéro. Ses inventions et ses appréciations auront beau être folles et fantasques, il aura beau méconnaître la marche de la nature et les conditions de la nature : — et toutes les éthiques furent jusqu’à présent insensées et contraires à la nature, au point que chacune d’elles aurait mené l’humanité à sa perte, si elle s’était emparée de l’humanité — quoi qu’il en soit, chaque fois que « le héros » montait sur les planches quelque chose de nouveau était atteint, l’opposé épouvantable du rire, cette profonde émotion de plusieurs à la pensée : « oui, il vaut la peine que je vive ! oui, je suis digne de vivre ! » — la vie, et moi et toi, et nous tous, tant que nous sommes, nous devînmes de nouveau intéressants pour nous. — Il ne faut pas nier qu’à la longue le rire, la raison et la nature ont fini par se rendre maîtres de chacun de ces grands maîtres en téléologie : la courte tragédie a toujours fini par revenir à l’éternelle comédie de l’existence, et la mer au « sourire innombrable » — pour parler avec Eschyle — finira par couvrir de ses flots la plus grande de ces tragédies. Mais malgré tout ce rire correcteur, somme toute, la nature humaine a été transformée par l’apparition toujours nouvelle de ces proclamateurs du but de la vie, — elle a maintenant un besoin de plus, précisément celui de voir apparaître toujours de nouveau de pareilles doctrines de la « fin ». L’homme est devenu peu à peu un animal fantasque qui aura à remplir une condition d’existence de plus que tout autre animal : il faut que, de temps en temps, l’homme se figure savoir pourquoi il existe, son espèce ne peut pas prospérer sans une confiance périodique en la vie ! Sans la foi à la raison dans la vie. Et, toujours de nouveau, l’espèce humaine décrétera de temps en temps : « Il y a quelque chose sur quoi l’on n’a absolument pas le droit de rire ! » Et le plus prévoyant des philanthropes ajoutera : « Non seulement le rire et la sagesse joyeuse, mais encore le tragique, avec toute sa sublime déraison, font partie des moyens et des nécessités pour conserver l’espèce ! » — Et par conséquent ! par conséquent ! par conséquent ! Me comprenez-vous, ô mes frères ? Comprenez-vous cette nouvelle loi du flux et du reflux ? Nous aussi nous aurons notre heure !

Soit donc que néoréacs et rejeteurs antinéoréacs feraient mieux de se remercier les uns les autres, à commencer en se reconnaissant les uns aux autres leurs points communs. Par exemple, leur réactivité devant les uns et les autres, même de la part des rejeteurs antinéoréacs ! - même de la part de ceux donc, qui refusent d'entendre parler de réaction : ils font une réaction à la réaction ! ...

De plus, ils ont pour point commun de désirer amender l'humanité, la sauver, soit par "singularisme" (exemplarité éthique) soit par "progressisme" généralement (moralité exemplaire ... ).

De plus, si les néoréacs n'ont pas de compassion pour ce qu'ils jugent "la lie de l'époque", les rejeteurs anti-néoréacs n'ont pas de compassion pour ceux qu'ils jugent "les plaies de leur époque". Mais, aussitôt, remarquez bien que les néoréacs sont dans le "déloignement" de l'époque, tandis que les rejeteurs anti-néoréacs sont dans sa "réappropriation". Aussi les seconds se sentent-ils malaimés des premiers, pour quoi ils prennent les devants sur les premiers en les malaimant - et tout cela au nom de l'amour ! *Lol* ...

Les premiers "n'avaient rien demandé" et, "si on leur demande quelque chose", ils répondront que ça n'a rien à voir. Par contre, les seconds de même "n'avaient rien demandé" et, "si on leur demande quelque chose", ils répondront que ça fait chier. Encore un point commun : les deux escomptent vivre et laisser vivre, chacun dans leur genre.

En tout cas, ils excitent les uns les autres chez les autres et les uns, quelque combativité rhétorique, ou sentiment d'exister contre. Apparemment ils ne tiennent pas seuls debout, ni les uns pourtant "singularistes" ni les autres pourtant "autonomistes" *Lol*
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