Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

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Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Mer 14 Déc 2016 - 23:53

Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation a écrit:La vraie philosophie de l'histoire revient à voir que sous tous ces changements infinis, et au milieu de tout ce chaos, on n'a jamais devant soi que le même être, identique et immuable, occupé aujourd'hui des mêmes intrigues qu'hier et que de tout temps : elle doit donc reconnaître le fond identique de tous ces faits anciens ou modernes, survenus en Orient comme en Occident ; elle doit découvrir partout la même humanité, en dépit de la diversité des circonstances, des costumes et des mœurs. Cet élément identique, et qui persiste à travers tous les changements, est fourni par les qualités premières du cœur et de l'esprit humains - beaucoup de mauvaises et peu de bonnes. La devise générale de l'histoire devrait être: Eadem, sed aliter [la même chose mais autrement]. Celui qui a lu Hérodote a étudié assez l'histoire pour en faire la philosophie; car il y trouve déjà tout ce qui constitue l'histoire postérieure du monde : agitations, actions, souffrances et destinée de la race humaine, telles qu'elles ressortent des qualités en question et du sort de toute vie sur terre.

Pour Schopenhauer, l'histoire n'est qu'une simple connaissance et non pas une science en tant que telle. En effet, la science subsume des concepts et les catégorise. Tandis que l'histoire ne fait que lister des faits, aucun système ne peut de la sorte en découler, ce qui la rend imprédictible. Ainsi, cette mauvaise manie de considérer l'histoire comme une rivière suivant proprement son cours, obéissant à une logique, n'a pas lieu d'être (incompatibilité avec la finalité, inanité de la téléologie historique). Schopenhauer ne nie pas l'avancée de la technique, mais elle ne concerne en rien ce qui constitue l'essence de l'homme, la Volonté, qui n'est pas rationnelle. Inanité des utopies politiques, donc, car il ne faut pas oublier la primauté de la Volonté dans les décisions humaines : le régime, les modèles économiques et sociaux sont adoptés en fonction des caprices de l'espèce.


Dernière édition par Kalos le Ven 31 Mar 2017 - 1:06, édité 1 fois
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 0:26

Et une fois cela dit, tout reste à dire, précisément parce que rien n'a été dit. En l'état, on en reste à du Hobbes simplifié - il manque l'humour british.
Dire que César et Napoléon sont atteint d'hybris, comme tant d'autres avant et après eux, pour peu que ce soit vrai et vérifiable, ce n'est pas faire de l'Histoire. C'est du P.M.U. de bobo.
Du reste, quant à savoir si c'est l'Homme qui fait l'Histoire, on ne sort pas de ce débat entre volonté et contingence. Il suffit de relire Tolstoï et ce qu'il dit d'un bataille sur la Volga ; Napoléon enrhumé pense diriger ses troupes, alors qu'elles oeuvrent sans rien suivre de ces consignes.

Schopenhauer : " (...)  partout la même humanité, en dépit de la diversité des circonstances, des costumes et des mœurs." Que dit-il que je n'ai pas dis au préalable ? C'est bien la prise en compte de ces circonstances qui intéresse l'historien. On se rend compte que le bon César n'est peu être pas si fou de gloire qu'on veut bien le dire - je renvoies à Morstein-Marx* qui a écrit un quelque chose là-dessus, même s'il m'incombe de souligner que c'est une approche qui n'est pas majoritaire chez les antiquisants.
Bis repetita, donc.

Edit : sujet en lien avec celui-ci : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1679-toujours-plus
* "Dignitas and res publica: Caesar and Republican legitimacy," in Eine politische Kultur (in) der Krise? Die "letzte Generation" der römischen Republik, edited by K.-J. Hölkeskamp (Munich 2009).
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Jeu 15 Déc 2016 - 0:43

Ce sujet, quoiqu'en lien avec le précédent, n'avait pas pour but de relancer le même débat.

Princeps a écrit: C'est bien la prise en compte de ces circonstances qui intéresse l'historien.

Je n'ai jamais dit le contraire, tout ce que j'ai avancé était en lien avec la réflexion de JMPBW ; ce n'est pas l'histoire qui est une inanité (sinon je serais bien mal, vu que c'est ce que j'étudie), c'est d'y appliquer, à mon sens, certaines doctrines philosophiques qui n'ont pas leur place, qui en est une.


Dernière édition par Kalos le Mer 26 Juil 2017 - 23:15, édité 2 fois
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 0:59

Ce sujet, quoiqu'en lien avec le précédent, n'avait pas pour but de relancer le même débat.
Mea culpa, la mention aura la vertu de permettre à chacun de situer convenablement les arguments.
Je n'ai jamais dit le contraire, tout ce que j'ai avancé était en lien avec la réflexion de JMPBW ; ce n'est pas l'histoire qui est une inanité (sinon je serais bien mal, vu que c'est ce que j'étudie), c'est d'y appliquer, à mon sens, certaines doctrines philosophiques qui n'ont pas leur place, qui en est une.
Et-je-n'ai-pas-dis-que-c'est-ce-que-toi-même-tu-avais-dis.
La remarque, pour fondée qu'elle soit, a-t-elle un lien avec ce qu'il proposait ? Et accessoirement, avec la citation proposée sur ce sujet ?  Du reste, partir de Keynes, ce n'est pas anodin. Il ne s'agit pas d'un philosophe, mais d'un économiste ; c'est-à-dire qu'en terme de méthode on est sur deux types de discours qui sont radicalement différents. Puisque tu es en Histoire (courage  *Lol*), lire X historien, ce n'est pas lire Schopenhauer.

NB : il y a des fautes partout, vous m'en excuserai, il est tard. Je reviendrai posément demain.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  LibertéPhilo le Jeu 15 Déc 2016 - 9:16

Il ne peut y avoir d'histoire pour Schopenhauer, pas plus que d'évolution des espèces. Cela est dû à sa métaphysique.

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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Malcolm le Jeu 15 Déc 2016 - 10:29

Je lisais récemment un extrait de sa Métaphysique de l'amour, où il disait que l'enfant à venir déjà dans les émois amoureux appelait sa naissance - certainement du fait de la Volonté atemporelle, aspatiale & acausale - et que chez les amours malheureuses, le malheur venait justement de ce qu'aucun enfant ne cherchait ou voulait naître. Auquel titre en effet, on voit mal comment l'Histoire pourrait bien exister au sens où on l'entend, sinon comme double-effet de la Volonté au plan représentationnel, "tirant dans les deux sens" à la fois passé et futur, bizarrement dans notre entendement courant de l'Histoire comme enquête sur un déroulé jusqu'à nos jours. Il y a une sorte de "téléologie" à l’œuvre, chez Schopenhauer, encore qu'elle soit aveugle. Sorte de convocation qui, au final, n'est "rien de plus" qu'une émergence de la Volonté, comme en "hasard objectif radical".
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 11:19

C'est un secret de polichinelle, je ne l'ai pas lu. Je me suis donc abstenu d'aller jusque là.
Rien à redire - hormis qu'un historien devrait avoir d'autres lectures *Lol* !
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Malcolm le Jeu 15 Déc 2016 - 11:43

Non mais ta réaction me semble parfaitement honorable, quand bien même motivée par ton amour de l'Histoire : quand JMPBW dit :
le régime, les modèles économiques et sociaux sont adoptés en fonction des caprices de l'espèce.
"Je veux bien", mais Schopenhauer ne porte pas ce dédain subliminal ("caprice"), et d'autre part "pour des caprices", ils ont plutôt une belle importance en effet, parmi les Hommes. C'est-à-dire que, pour effets de la Volonté que soient les variances interhumaines, il n'en reste pas moins que leur Représentation constitue le ballet de nos vies représentationnelles. Et, si pourtant Schopenhauer - sa philosophie plus que sa vie - conduit vers la contemplation, l'art et la sainteté bouddhique-assimilée - afin d'échapper/annuler la Volonté - c'est bien pour quoi ? se rendre à la Représentation ! Non ? ... Mais je ne crois pas que Schopenhauer le formule aussi clairement. A partir de quoi, ce serait Schopenhauer, le capricieux, dans les termes de JMPBW ? - Pour ce genre de choses tu as du flair Princeps.
Et, en fait, ce serait plutôt même JMPBW, qui pourrait l'être, sur une base schopenhaurienne fanatisée !

EDIT: en attendant, et dans les termes de l'extait proposé par JMPBW, Schopenhauer propose toutefois un transhistoricisme métaphysiquement volontariste - ce qui est pas mal, au "siècle de l'Histoire". Or, ce transhistoricisme, il a cette valeur paradoxale de me (nous ?) rendre plus réaliste(s), quant à l'appréhension de la "nature humaine" ou du moins la "condition humaine" (valeur paradoxale, de ce qu'elle emprunte le chemin métaphysique pour nous conscientiser - paradoxale surtout pour nos jours, où l'on conspue assez facilement le métaphysique comme pataphysique).
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Jeu 15 Déc 2016 - 12:23

Malcolm a écrit:Non mais ta réaction me semble parfaitement honorable, quand bien même motivée par ton amour de l'Histoire : quand JMPBW dit :
le régime, les modèles économiques et sociaux sont adoptés en fonction des caprices de l'espèce.

Bonjour Malcolm, c'est moi Kalos, tu te souviens ?  :)

Malcolm a écrit:
le régime, les modèles économiques et sociaux sont adoptés en fonction des caprices de l'espèce.
"Je veux bien", mais Schopenhauer ne porte pas ce dédain subliminal ("caprice"), et d'autre part "pour des caprices", ils ont plutôt une belle importance en effet, parmi les Hommes.

C'est vrai, mais ils n'en restent pas moins des caprices, ce terme balaie large. Étant donné qu'il n'existe que la Volonté, alors ses flux et reflux sont forcément l'unique chose que l'homme peut connaître par le biais de la représentation. C'est évident et je sais très bien quelle part d'importance ils ont chez l'homme, vu qu'il est lui-même Volonté prenant connaissance de la Volonté dans le miroir de la Volonté qu'est la représentation (Volonté, Volonté, Volonté...!). Tu comprends donc bien que je connais son étendu et que je n'ai pas employé « caprice » par méconnaissance de cause.

Princeps a écrit:Puisque tu es en Histoire (courage  *Lol* ), lire X historien, ce n'est pas lire Schopenhauer.

Oui, je sais la distinction à faire entre Histoire et philosophie de l'Histoire. En ce qui me concerne, la philosophie semble avoir une certaine prévalence : avant de commencer l'Histoire, il faut lire de la philosophie. Cela vaut pour toutes les disciplines.

Princeps a écrit:Rien à redire - hormis qu'un historien devrait avoir d'autres lectures *Lol* !

C'est le cas.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  LibertéPhilo le Jeu 15 Déc 2016 - 14:40

Malcolm a écrit:Et, si pourtant Schopenhauer - sa philosophie plus que sa vie - conduit vers la contemplation, l'art et la sainteté bouddhique-assimilée - afin d'échapper/annuler la Volonté - c'est bien pour quoi ? se rendre à la Représentation ! Non ? ...
Non, au néant, ce qui a conduit l'Occident, très influencé par cette philosophie désespérée, à mal interpréter le bouddhisme auquel se référait souvent Schopenhauer.

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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 15:46

Oui, je sais la distinction à faire entre Histoire et philosophie de l'Histoire. En ce qui me concerne, la philosophie semble avoir une certaine prévalence : avant de commencer l'Histoire, il faut lire de la philosophie. Cela vaut pour toutes les disciplines.
L'Histoire n'est que de la cuisine. Et on cuisine fort bien sans Hegel et Kant - voire mieux.
Du reste, les philosophes font généralement de piètre historiens ; il n'y a guère que Machiavel qui ait comprit quelque chose à Rome.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Malcolm le Jeu 15 Déc 2016 - 16:12

Kalos a écrit:Bonjour Malcolm, c'est moi Kalos, tu te souviens ?  
*Blase* L'avatar mon ami ! L'avatar ! ........
C'est vrai, mais ils n'en restent pas moins des caprices, ce terme balaie large. Étant donné qu'il n'existe que la Volonté, alors ses flux et reflux sont forcément l'unique chose que l'homme peut connaître par le biais de la représentation. C'est évident et je sais très bien quelle part d'importance ils ont chez l'homme, vu qu'il est lui-même Volonté prenant connaissance de la Volonté dans le miroir de la Volonté qu'est la représentation (Volonté, Volonté, Volonté...!). Tu comprends donc bien que je connais son étendu et que je n'ai pas employé « caprice » par méconnaissance de cause.
J'entends. Et pourtant. Et, en même temps, tu as aussi raison. C'est pourquoi je disais que, par un détour métaphysique, Schopenhauer rend réaliste.
Oui, je sais la distinction à faire entre Histoire et philosophie de l'Histoire. En ce qui me concerne, la philosophie semble avoir une certaine prévalence : avant de commencer l'Histoire, il faut lire de la philosophie. Cela vaut pour toutes les disciplines.
Princeps a écrit:L'Histoire n'est que de la cuisine. Et on cuisine fort bien sans Hegel et Kant - voire mieux.
Du reste, les philosophes font généralement de piètre historiens ; il n'y a guère que Machiavel qui ait comprit quelque chose à Rome.
On se méprend sur le compte de la philosophie je crois : la philosophie reste, d'une façon ou l'autre, la connaissance des principes & des fins. A partir de quoi, elle devrait être nécessaire partout, même si Hegel & Kant en particuliers peuvent laisser à désirer. D'ailleurs, Machiavel - philosophe du politico-historique - est derrière convoqué.
Philo a écrit:Non, au néant, ce qui a conduit l'Occident, très influencé par cette philosophie désespérée, à mal interpréter le bouddhisme auquel se référait souvent Schopenhauer.
M'est d'avis que le Néant - comme l'Être - est schopenhauriennement dans la méthode - quoique pas dans le propos, - une sorte singulière de représentation (je pousse Schopenhauer au bout de ses conséquences). Au-delà alors, et schopenhaueriennement toujours, "j'ai raison".
Quant au bouddhisme, en effet, s'il n'est pas précisément ce Néant-là (et je devine que tu fais allusion à Nietzsche), il n'en reste pas moins que sa mystique est schopenhauriennement de l'ordre de la représentation (ce qui, sur la base de ton propos, nuance toutefois la chose).
Quant à Nietzsche, son nihilisme - j'en suis convaincu, sur la base de son proto-pragmatisme - est un nullisme. Nullités des démarches, car concrètement mortifères (petites, viles, infantiles, idéalistes, dépourvues d'humour, etc.).
Auquel titre, donc, sa critique du bouddhisme - dans ses termes - se tient, de ce que son Néant n'est pas cette sorte singulière de représentation - qui est la représentation de l'absence de représentation - mais la nullité des démarches, en l'occurrence bouddhistes.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Jeu 15 Déc 2016 - 19:28

Princeps a écrit:
Oui, je sais la distinction à faire entre Histoire et philosophie de l'Histoire. En ce qui me concerne, la philosophie semble avoir une certaine prévalence : avant de commencer l'Histoire, il faut lire de la philosophie. Cela vaut pour toutes les disciplines.
L'Histoire n'est que de la cuisine. Et on cuisine fort bien sans Hegel et Kant - voire mieux.
Du reste, les philosophes font généralement de piètre historiens ; il n'y a guère que Machiavel qui ait comprit quelque chose à Rome.

Tout comme on peut être un très bon caissier à Carrefour ou excellent garçon de café au Flore sans avoir lu Hegel et Kant. Néanmoins on y perd quelque chose, je trouve, et c'est moins gratifiant. Quand on a une activité, autant la porter à la réflexion ; si nous devons nous contenter d'être des badauds, sachons-le, même si ça ne changera rien - effort purement socratique.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 21:28

Tu devoies le sens de la formule initiale. Que la philosophie élève l'Homme, c'est indéniable. Mais elle n'a pas de vertu universelle relative à d'autres activité. Ou alors, il faut faire le chemin inverse - ici de l'Histoire à la Philosophie, parce qu'il faut une connaissance fine de l'histoire pour la conceptualisée. Je peux apprécié discuter avec mon boulanger, fin connaisseur de Hobbes, mais si son pain est infecte...

Malcolm, je parlais des qualités historiques de Machiavel. Il a pénètré Rome.
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Malcolm le Jeu 15 Déc 2016 - 21:50

Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Faire de la philosophie n'aidera pas ton boulanger à faire du meilleur pain, ou à un cuisinier de mieux préparer ses plats. Je parle d'un point de vue purement théorique, intellectuel. Tous les métiers prennent leur (non-)sens par la pratique d'une philosophie qui interroge et remet en cause les gestes systématiques du quotidien. On peut exceller dans une discipline sans rien y comprendre, surtout en Histoire, qui, comme Schopenhauer le rappelle, ne consiste qu'en l'accumulation mémorielle d'événements. Si tu trouves un quidam avec une mémoire prodigieuse, il peut surpasser n'importe quel historien. C'est là que la philosophie joue un rôle, car connaître sur le bout des doigts des dates est une chose, mais pouvoir appréhender leur portée, leur signifiance, vis-à-vis de l'homme, en est une autre.

Disons que, si philosopher consiste bien à s'étonner (à l'aristotélicienne, comme à la nietzschéenne d'ailleurs - lorsqu'il fait une symptomatologie du philosophe comme passionné), c'est qu'il faut pourtant bien s'étonner de quelque chose, pour en subsumer les principes et les fins. C'est donc que le philosopher commence toujours sans philosophie, paradoxalement - tout ce qui pousse certains à croire la philosophie totalement inutile.

En somme : si je veux faire une philosophie de l'Histoire, je dois l'avoir fréquentée (l'Histoire), c'est toujours ça de gagné sur le penseur ex nihilo, qui songe pouvoir déployer une philosophie de l'Histoire en en ayant qu'une idée mal dégrossie. Justement, la fréquentation de l'Histoire peut permettre de dégrossir ; encore qu'elle en entraîne beaucoup à ne devenir qu'historien ! *Lol* Mais, dès que cet historien s'élève dans la réflexion historio-logique et -graphique, dès qu'il commence à faire l'Histoire de l'Histoire, la théorie de l'Histoire, etc. son exercice critique va insensiblement le conduire sur les sentes de la philosophie - en l'occurrence, philosophie de l'Histoire. Donc : que Schopenhauer n'aide pas à pénétrer l'Histoire est une chose ; sa philosophie de l'Histoire permet au moins d'envisager l'Homme aux prises avec l'Histoire - tout ce qui est bien une philosophie de l'Histoire. Or, Schopenhauer pense transhistoriquement.

Naturellement, ce que j'ai dit de la fréquentation de l'Histoire est valable pour la philosophie de tout ordre. Et pourtant, je soutiens qu'une méconnaissance-même - pour autant qu'elle se sait ignorante (socratiquement, comme dit Kalos) - peut aboutir à du fruit. Par exemple, sans être historien, j'admets personnellement une Contingence à l’œuvre (un Hasard de par les pugilats humains s'influençant par effet-domino ou -papillon, sans parler des conséquences imprévues) : or je ne crois pas être trop mauvais en pensant ainsi (mais on m'en dira tant ?) - il y a de l'émergentisme là-dedans, peut-être castoriadisien ... C'est un peu comme ce débat où j'ai croisé le fer avec Antisubjectiviste, sur les maths (sur le fini et l'infini) : AS me refusait le droit de philosopher, ayant pourtant entendu les principes et les fins mathématiques, sans connaître leur détail.

En fait, la philosophie ne permet pas d'opérer au sens le plus opératif du terme, mais elle permet de se situer et, nous permettant de nous situer, elle nous rend pourtant plus opératifs (ataraxiques dans nos opérations). C'est toute la vertu des écoles antiques je crois ! Et c'est pourquoi l'entrée en philosophie est un moment si ambigu, si complexe, pour ainsi dire impossible (par quoi on admet que Pythagore, selon la légende, préféra "philosophe" à "sage", encore que les écoles antiques prétendirent à une sagesse). Ainsi, le caissier ou le serveur, pour inutile que soit la philosophie dans leurs opérations - ou à l'historien - trouvent pourtant dans le philosopher des ressources - et pour autant que cela n'occupe pas leur esprit à l'instant où ils opèrent, plus que les opérations nécessaires à leurs tâches, au point de les rendre impotents (ce qui m'arriva et m'arrive parfois *Lol* ).

Voir aussi : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1233-hacking-philosophique
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1186-ethologie-du-philosophe
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Jeu 15 Déc 2016 - 22:32

Malcolm a écrit:tout ce qui pousse certains à croire la philosophie totalement inutile.

Elle est inutile. La philosophie en tant qu'elle est à la source des actions, n'est pas l'action même. Toujours avec Schopenhauer, la philosophie n'entre pas dans le carcan de la Volonté, elle n'a aucune fonction quant à la survie de l'espèce (à la différence de la sagesse, c'est-à-dire la capacité du discernement, la philosophe n'étant que l'amour de celle-ci). On peut très bien être un fin philosophe mais être dans l'impossibilité de régler une affaire concrète. De nouveau, je rejoins Schopenhauer : la philosophie est un luxe, pour ceux qui n'ont rien de mieux à faire ; c'est ce qui pousse Nietzsche à la considérer comme une activité aristocratique. C'est, avant tout, un loisir et c'est ce qui la rend si élitiste. Car combien sont ceux qui peuvent se venter d'avoir du temps pour cette inutilité discursive qu'est la philosophie ?
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 22:38

Kalos a écrit:On peut exceller dans une discipline sans rien y comprendre, surtout en Histoire, qui, comme Schopenhauer le rappelle, ne consiste qu'en l'accumulation mémorielle d'événements. Si tu trouves un quidam avec une mémoire prodigieuse, il peut surpasser n'importe quel historien. C'est là que la philosophie joue un rôle, car connaître sur le bout des doigts des dates est une chose, mais pouvoir appréhender leur portée, leur signifiance, vis-à-vis de l'homme, en est une autre.
Ne fait surtout pas lire ça à tes professeurs…
Faire de l’histoire c’est la partie en gras justement ; connaître quantité de dates, justement, c’est ce dont on se passe le plus aisément. Et pour réaliser cela, inutile de philosopher. Faire de l’histoire, prendre la pleine mesure de X décision, c’est comme faire du pain ; sans connaître l’importance du préchauffage du four, et des temps de cuisson, ton pain devient immangeable.
Encore une fois, reprenons l’exemple de César et du franchissement du Rubicon, je peux connaître Hobbes aussi finement de Manent, ça ne m’apporte rien.
C’est même contre productif, dans la mesure où la philosophie peut potentiellement t’enfermer dans certains schémas, et lisser les différences entre époque (cf. ce qui a été dit préalablement). Pour s’en convaincre, il suffit de lire les différentes interprétations historiques faites par les philosophes – en regard de ce que les historiens disent ;).
Justement, la fréquentation de l'Histoire peut permettre de dégrossir ; encore qu'elle en entraîne beaucoup à ne devenir qu'historien ! Mais, dès que cet historien s'élève dans la réflexion historio-logique et -graphique, dès qu'il commence à faire l'Histoire de l'Histoire, la théorie de l'Histoire, etc. son exercice critique va insensiblement le conduire sur les sentes de la philosophie - en l'occurrence, philosophie de l'Histoire. Donc : que Schopenhauer n'aide pas à pénétrer l'Histoire est une chose ; sa philosophie de l'Histoire permet au moins d'envisager l'Homme aux prises avec l'Histoire - tout ce qui est bien une philosophie de l'Histoire. Or, Schopenhauer pense transhistoriquement.
C’est là (en gras) où je tique. L’Histoire de l’Histoire, c’est le lot commun des historiens sérieux. On n’aborde pas un sujet sans s’enquérir de ce qui a été dit précédemment, et de comment, pourquoi, cela a été dit.

NB : La Philosophie aide à vivre, l’Histoire n’est qu’un divertissement intellectuellement grisant.

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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Kal' le Jeu 15 Déc 2016 - 22:56

Princeps a écrit:
Kalos a écrit:On peut exceller dans une discipline sans rien y comprendre, surtout en Histoire, qui, comme Schopenhauer le rappelle, ne consiste qu'en l'accumulation mémorielle d'événements. Si tu trouves un quidam avec une mémoire prodigieuse, il peut surpasser n'importe quel historien. C'est là que la philosophie joue un rôle, car connaître sur le bout des doigts des dates est une chose, mais pouvoir appréhender leur portée, leur signifiance, vis-à-vis de l'homme, en est une autre.
Ne fait surtout pas lire ça à tes professeurs…
Faire de l’histoire c’est la partie en gras justement ; connaître quantité de dates, justement, c’est ce dont on se passe le plus aisément. Et pour réaliser cela, inutile de philosopher. Faire de l’histoire, prendre la pleine mesure de X décision, c’est comme faire du pain ; sans connaître l’importance du préchauffage du four, et des temps de cuisson, ton pain devient immangeable.
Encore une fois, reprenons l’exemple de César et du franchissement du Rubicon, je peux connaître Hobbes aussi finement de Manent, ça ne m’apporte rien.

La discipline historique est précisément un judicieux mélange entre philosophie et Histoire. C'est ce que je dis. D'où l'absolue nécessité de la philosophie, ce qui est ridicule c'est faire de l'Histoire pour l'Histoire, et c'est ce que je dénonce.

Princeps a écrit:NB : La Philosophie aide à vivre, l’Histoire n’est qu’un divertissement intellectuellement grisant.

Décidément. Peut-être est-ce ton côté libéral, d'après ce que j'ai pu comprendre, qui te fait dire ça. Cela doit venir des philosophies politiques, en général, qui pensent que l'on peut accorder les rapports de l'homme en vue d'une fin particulière ; et que donc elles pourraient « aider » à mieux vivre : pour moi c'est une hérésie - utilitarisme, communisme, positivisme, socialisme, etc. Ce qui t'amène donc, toi aussi, à dire que la philosophie peut « aider » à vivre - peut fais-je de grossiers raccourcis, dans ce cas pardonne-moi -, soit : bientôt, avec les autres écoles du bien-être, on retrouvera les bouquins de philo à côté des smartbox à la Fnac (ce qui doit probablement déjà être le cas).
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Re: Schopenhauer : philosophie de l'Histoire

Message  Prince' le Jeu 15 Déc 2016 - 23:03

ce qui est ridicule c'est faire de l'Histoire pour l'Histoire
Tu proposes une vision tronquée du métier d'historien. Ceci explique cela. Tu pourra rétorquer que j'ai une vision élargie *Lol*.
et que donc elles pourraient « aider » à mieux vivre
Je n'ai pas dis "mieux vivre", mais vivre. La majuscule était sous entendu. C'est tout le sens de la formule cicéronienne : on nait cultivé.
pour moi c'est une hérésie - utilitarisme, communisme, positivisme, socialisme, etc.
Tout ce que je ne suis pas, comme tu l'as remarqué ;). L'éducation libérale, dit Strauss, c'est la confrontation constante avec les "grands auteurs".


Dernière édition par Princeps le Jeu 15 Déc 2016 - 23:09, édité 1 fois
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