Érotisme européen

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Érotisme européen

Message  Malcolm le Mar 20 Déc 2016 - 15:01

Savons-nous encore ce qu'est l'érotisme ? N'en soyons pas si certains.
En effet, à l'heure où les salons de l'érotisme se répandent, avec leurs gogo dancers et leurs sex toys, on voit mal comment l'érotisme n'a pas été gagné par la pornographie. Inversement dans le passé, le genre érotique n'existe pas avant le XIXème siècle, où jadis régnait la paillardise du haut en bas de l'échelle. Paillardise qui, pour crue qu'elle soit, n'en est pas plus la pornographie que la pornographie n'est l'érotisme, quand bien même le musée de l'érotisme Boulevard de Pigalle, crée une trajectoire des premières représentations sexuelles jusqu'à la pornographie contemporaine, en passant par l'antique Baubo, les médiévaux diablotins, les asiatiques estampes coïtales, etc.

Pour ma part, je n'ai jamais lu d'ouvrages spécialisés sur l'érotisme, ce qui vient là donc ne sera jamais qu'inspiré par mes expériences (salons de l'érotisme, musée de l'érotisme, pornographie Internet, chansons paillardes, époque télévisuelle des Hollywood Nights, publicités dénudées, féminismes, etc.) à quoi il faut ajouter certains livres érotiques (Régine Desforges par exemple) - livres érotiques qui pourtant, tirent sur le pornographique, encore que les auteures féminines aient une approche plus "sensualiste" que les masculins plus "potentiaristes" (c'est clair avec le "porno féministe" d'Erika Lust, cinématographiquement, tirant sur l'érotisme).

Bon.

Aux commencements était la paillardise. Or ces commencements, de ce qu'il m'est donné de voir et d'entendre, durèrent de l'Antiquité jusqu'au Bas Moyen-Âge, traversant encore la Modernité (Renaissance, Ancien Régime) mêlée de grivoiserie alors. C'est-à-dire que le paillard, comme son étymologie l'indique, est foncièrement lié - étymologiquement d'ailleurs toujours aussi - au paganisme et à la paysannerie. En effet, ces trois termes désignent le (relatif au) paysan. Et quoi ? ... Mondes antiques et médiévaux, sont foncièrement paysans : le concubinage y règne, ainsi que les cachoteries et autres crudités dans les foins. Le rapport que les Hommes entretiennent avec le sexe - je dis bien le sexe, non la sexualité ni spécialement la sensualité - est doté de franchise : on n'y va pas par quatre chemins, et l'on se gausse et glousse des émois désirants.
A nuancer toutefois : le raffinement littéraire antique (mythe de Narcisse, métamorphoses d'Ovide, etc.) ainsi que la particularité de l'homophilie initiatique et de l'éphébophilie esthétique. On peut voire doit y voir un érotisme, en tant que le rapport à Éros - donc au désir - y a ses sublimations évidentes. Toutefois, la "matière charnelle" - tout comme avec les troubadours hétérophiliques - conserve une importance majeure : le Beau platonicien-même est une plastique de l'exquis, que les amours platoniques apprécient et consomment dans les faits, serait-ce "en bout de course". (Au passage, l'exaltation de la prouesse chevaleresque, que la féminité tend à renier aujourd'hui au profit de l'intimisme, reste anthropologiquement compréhensible et de bon sens, dans un monde où la virilité défend physiquement le monde : l'intimisme contemporain y serait maladif.)
Mais enfin, l'immense majorité des Hommes, entre la déesse Baubo, les orgies et la vie champêtre (qui donnera le roman picaresque, etc. duquel Don Quichotte tient évidemment), vit de paillardises : d'attouchements et de convoitises franches, rigolardes, dans lesquelles il faut bien réaliser l'action volontaire des femmes, qui aujourd'hui nommeraient cela du viol ; femmes qui alors, vivaient plutôt ce que nous nommons viol comme "un mâle nécessaire", et leur trempe était autrement plus forte qu'aujourd'hui - comme celle des hommes, au reste.

Survient donc la Réforme protestante, pour austériser et puritaniser tout cela, dans son purisme néo-premiers chrétiens fantasmé, à partir de quoi le catholicisme paillard dans les termes (les Borgia emblématiquement, mais aussi populairement le frère Tuck de Robin Hood) impose le mariage et se puritanise concouramment, "pour les bonnes manières".
C'est le déclin de la paillardise, qui ne subsiste plus aujourd'hui que dans certaines chansons grossières qu'on aime encore à entonner çà et là, et que l'on déjuge désormais idiotement comme collégiennes, d'âge bête, alors qu'elles exaltent fortement le corps : nous sommes devenus des petites natures, hautaines et cucul-la-praline, à s'imaginer "plus adultes" que nos aïeux. En somme, on reproche aux pubères une idiotie que nous portons en nous-mêmes, et que nous ne voulons pas reconnaître, dans nos pseudo-supériorités.

A partir de l'Ancien Régime donc, dans l'aristocratie et la chevalerie dégénérées en courtisaneries, le grivois remplace progressivement le paillard, sous le coup d'un christianisme moral (dont le protestantisme est le cœur du réacteur). Or, qu'est-ce que le grivois ? ... Le grivois, c'est la paillardise à mauvaise conscience ; la paillardise cherchant des solutions pour s'exprimer encore, à t'inventer le Colin-Mayard dans les jardins versaillais, afin que les hommes aveuglés tombent sur les femmes aux robes échancrées, pour finir dans les buis - tout cela en forme de jeu cucul-la-praline, désirés paillardement par les femmes autant que les hommes, pour s'émoustiller en secret de polichinelle (et dont les curetons mêmes font partie, surtout eux ! *Lol* au plus grand dam des bourgeois fomentant leurs ressentiments puritains, mondains, pralins et budgétaires, encontre ces courtisaneries qui, certes, ne valent déjà plus grand chose en termes de gouvernance, puisque l'absolutisme royal bourgeoisement préfectoré fit son œuvre en France notamment).
Mais on voit bien que le jeu sexuel est déjà dégénéré : de tout temps enfantins (après tout, comme dit Nietzsche, on y met le sérieux que nous mettions dans nos jeux, enfants, signe de maturité à tous les niveaux, pas que sexuels), le jeu sexuel sombre en enfantillages courtisans malins, dont le marquis de Sade est l'aboutissement, la suprématie et la consécration.

Et je vous le donne dans le mille : ce sont ces enfantillages courtisans malins, qui servirent de modèles à la bourgeoisie dix-neuviémiste fortement protestante, moralement répandue à tout l'univers désormais - au moins occidental. En effet, le moralisme sexuel à mauvaise conscience, il a pour effet de frustrer, sans surprise. A partir de là, une avidité se développe. Et voilà le cabaret music hall, crazy horse, Moulin Rouge, et avec le développement de la photographie advient le porno fin XIXème siècle, où des hommes en redingotes s'échangent des photos sépia qui passeraient aujourd'hui pour prudes, plus prudes encore que la plus soft de nos publicités grand public : c'est dire si la sensibilité a évolué pour le pire, par anesthésie.
Cette anesthésie par saturation, elle était préposée dès le XIXème siècle, à l'avènement de la psychanalyse, et c'est là que le sexe cède sa place à la notion de sexualité qui, comme sa construction lexicale l'indique, est le caractère de ce qui est sexuel, soit donc ce qui est sexual, relatif au sexe, et non sexuel comme tel. Exit la paillardise (encore qu'elle existait toujours relativement dans la paysannerie nombreuse mais dégressive), exit même la grivoiserie : l'époque des Masses, du Progrès technique, etc. veut du grandiose, a besoin de "sensations fortes", et elle les trouve dans le porno, qui donc est assez bien diffusé dans la publicité grand public même (rapport à il y a quelques décennies à peine), et qui pour se perpétuer n'a plus d'autre choix que le grand angle à poil sur le coït, sans parler de mises en scène rocambolesques autrefois déployées par les sociétés secrètes et autres sectes seules.
Singulièrement, l'ère de la courte focale macro est aussi celle de l'occultisme transparent, quand bien même par ailleurs la littérature et d'autres arts de la crudité sexuelle, existèrent toujours. Non : à l'heure de la démocratie, à l'heure de l'horizontalisme, ce qui n'a plus de sexe que le nom - et qui n'est jamais plus que du cul - a perdu le sexe pour "la sensualité", tentant d'évincer même la notion de sexualité, par trop "archaïque", je veux dire par trop vivante toujours, quand bien même intellectualisée.

L'anesthésie à son comble, est mortifiante, et aux USA - emblématiquement - le sexual harassment va jusqu'à nécessiter de demander le consentement explicite d'autrui, pour pouvoir le toucher même sur une zone non-érogène. Sans quoi, une armada de juristes peuvent sanctionner. Il en est même pour exiger un "oui" explicite et inconditionnel, avant que de passer "aux choses sérieuses" : tout ce qui est proprement ruiner cette chose, tant l'on sait qu'à ce niveau un oui ou un non peuvent vouloir dire le contraire. Niveau instinctif, qui ne connaît pas le verbe, sauf dans la bouche des hommes pour enjoler (l'acte sexuel réduit le raisonnement féminin, la vigilance masculine, neurosciences à l'appui).

Là-dedans, donc, il semble que l'érotisme comme tel - le "vrai" érotisme - exprime judicieusement une paillardise aux prises avec le puritanisme, sans passer par la case grivoise. Soit donc que l'érotisme, déploie l'énergie des corps désirants, aux prises avec ce moralisme contemporain (si frustré qu'il pornographise anesthésiquement et contradictoirement), érotisme sans mauvaise conscience. Dans les œuvres érotiques, notez le bien, il n'y a pas de mauvaise conscience, quand bien même il y a des tristesses, des peines, des frustrations, des joies et des exaltations. Je pense par exemple au film Bilitis. En littérature, aujourd'hui, j'ai du mal à savoir : Régine Desforges auparavant citée, tire bien plutôt dans l'ordre du règne fantasmatique sexuel, plus propre au grivois.

J'ai du mal à trouver du sexe, aujourd'hui. Le sensuel nous a tous rendus au cul/à l'enfantillage courtisan - démocratisé, après être passé par la case bourgeoise. Le porno même, ne fonctionne jamais que dans un cadre "anti"-moraliste, pseudo-trangressif.

Il n'y a plus "d'innocence des sens" ? (Nietzsche)
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Malcolm
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