Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

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Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Jeu 12 Jan 2017 - 12:12

Ce que j'ai lu hier sur Quentin Meillassoux : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1722-quentin-meillassoux - pour N raisons, n'a pas cessé de me tarauder, de me travailler au crâne, en cette nuit où je trouvais difficilement le sommeil.

Pour être tout à fait franc, j'ai été positivement impressionné par son système - ou du moins son raisonnement - et l'énergie qui s'en dégage ensuite éthiquement. Hélas, pour je ne sais plus quelle raison, et quand bien même l'une de ses Figures devrait logiquement nous exempter de pouvoir remettre en cause son Principe, je ne parviens pas à me départir de l'idée que son système - ou du moins son raisonnement - est tout aussi sujet à son Principe, mais dans un ordre illogique. C'est-à-dire : je ne vois pas pourquoi "le monde, les choses" seraient logiques pour nous faire plaisir, encore que ça fasse plaisir - la logique - dans son genre. Bon.

Au Principe : la Contingence éternelle et absolue (Principe qui donc, à mon avis, peut renverser son système/raisonnement, par-devers sa Figure, dans un ordre illogique). Cette contingence, principe intramondain [dans le monde], pour métaphysique qu'elle soit, n'est pas métaphysique d'une métaphysique de transcendance : elle est métaphysique d'une immanence absolue. Et je dis bien absolue, car c'est bien ce à quoi veut nous faire accéder l'auteur : à l'absolu. En effet, à l'heure où les sciences dégagent de telles structures de l'univers, le kantisme et autres philosophies post-kantiennes nous enfermant dans le sujet et/ou le phénomène, rendent mal compte des sciences. Aussi, Kant & cie n'auraient certainement pas accompli la révolution copernicienne de la philosophie, de ce que la révolution copernicienne excentre du-, quand la "révolution" kantienne recentre sur- le sujet. Soit donc : dans la modernité, tout concourrait à nous décentrer - et jusque de la conscience, avec Freud & cie - mais Kant a philosophiquement "tout foutu en l'air" jusqu'à Quentin Meillassoux.

Je suis franchement d'accord avec ces derniers éléments : il fallait harmoniser un peu tout cela, en permettant à sciences et philosophies de se retrouver un peu.

Or, là où Meillassoux fait plus fort encore, c'est qu'en posant la Contingence absolue, non content de nous décentrer et de nous donner accès à une réalité décentrée, il nous donne pourtant accès à une critique/une relativisation des sciences, en tant que les lois par elles dégagées sont aussi contingentes que le reste. C'est-à-dire que leur opérativité n'est pas garante de leur éternité, de leur viabilité pure. En somme, théoriquement, on n'est pas à l'abri d'une altération radicale "des choses", et rien ne nous dit exactement que nous n'assistons pas à des singularités toujours et partout, je veux dire au moins régulièrement, quantités négligeables toutefois (et Meillassoux d'oser se référer au paranormal ainsi qu'à la SF : je trouve ça franchement couillu, bel et bon).

Notez alors que, pour critique que Meillassoux soit de principes tels que la volonté nietzschéenne - du coup Contingent, - il n'a pas dû comprendre que la volonté de puissance fonctionnait sur la base de ce Grand Hasard, et que c'est Nietzsche précisément qui, dans ses fragments posthumes, dit que le carré de lois que nous observons par là dans notre coin d'univers, pourrait ne pas valoir universellement, etc. Donc bon.
C'est d'ailleurs sur la base de ma boussole nietzschéenne, que je suis soudain entré dans la folie de ce qui me fut présenté comme l'éthique meillassolienne. Toutefois, avant d'aller plus loin, je retiens à dire que l'époque ne se trompe pas trop à mon avis, lorsqu'elle voit dans cet auteur un potentiel grand auteur pour les années voire les siècles à venir - dans l'Histoire de la philosophie, quoi. Qui sait.

En effet donc, éthiquement, sur la base de la Contingence absolue, Meillassoux dirait qu'un monde de justice messiano-communiste est théoriquement possible. Or, cette possibilité seule doit nous rassurer quant à quelque angoisse immanente de nos vies sans divin. Oui alors, Meillassoux nous vend l'espérance, en nous disant que la mort, si elle est une injustice, de par la Contingence, peut théoriquement se résorber.
Et alors, plus sidérant toujours, l'esprit de méthode doit admettre que les lois de l'univers pourraient contingentement changer au point d'accoucher d'un dieu, etc. qui pour l'heure certes est introuvable, quand bien même envisageable et envisagé de toute Histoire humaine - semble-t-il (encore que ce "de toute" laisse à désirer celui qui sort de la lecture des Deux Sources de la morale et de la religion bergsonienne, sans parler du reste historique, culturel & anthropologique, etc.). Mais enfin, je dirai une troisième fois que je trouve ça franchement génial, et il y a de la cohérence dans tout ce système - ou du moins raisonnement - là.

Sauf que je ne comprends plus :
1. pourquoi la mort est-elle une injustice ?
2. pourquoi faut-il espérer ?
3. pourquoi faut-il réaliser la justice ?
En tout état de cause, Meillassoux convoque la notion de spectre (les morts nous poursuivraient mnémoniquement) mais je ne comprends pas cette nécrophilie, qui me semble introduite sur la base d'un remords incongru soudain, parmi tant de rationalité.

A partir de quoi, comme le dit l'article Wikipédia dans sa partie Critiques, je voudrais rejoindre cet inconnu de moi, nommé Pascal Engel, disant que ce réalisme spéculatif (car c'est ainsi qu'il se présente) est un idéalisme absolu. Mais je le voudrais seulement, dans cette mesure exacte où il me semble que - comme la locution réalisme spéculatif le laisse entendre, - on se trouve pour ainsi dire, avec Meillassoux, par-delà réalisme et idéalisme. Sauf que ...
... sauf que ce par-delà avait déjà, me semble-t-il, été réalisé par Schopenhauer, puis Nietzsche sur sa base. Donc je demande où est l'originalité meillassolienne, sans parler de cette réitération - enrichie de leçons de sagesse - des millénarismes. Ma culture ne me permet pas de dire s'il en existe d'autres en philosophie (Hegel, Marx, Bergson même ?) mais nous aurions alors là un millénarisme d'un genre très spécifique, purement métaphysique, contrairement aux précédents (État, société, homme même, pour les autres ?).

En tout cas, rapport à ma boussole, on a quitté Nietzsche depuis longtemps, tout en profitant bien de son cadavre ! mais c'est de bonne Histoire de la philosophie, en fait. On brûle bien le pétrole à grands feux ...


Je préfère rappeler que tout ce que je viens de dire reste sujet à caution, et demande des réajustements de la part d'amateurs voire connaisseurs, de ce que je n'ai parlé que sur la base de synthèses alentour.


Dernière édition par Malcolm le Mer 18 Jan 2017 - 12:38, édité 1 fois
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Ven 13 Jan 2017 - 14:38

Je me suis intéressé à QM lorsqu'une âme innocente, au détour d'une conversation de bistrot, m'annonça, de l'autre bout de la table et la mousse aux lèvres, que cet auteur produisait les germes de la plus grande révolution philosophique à venir, et que l'épistémologie de papa, c'était mort et enterré. Bon. J'avais bu. Bien bu. Mes yeux chassaient la perdrix de sorte qu'il fallut quelques secondes pour que les deux danseuses finissent par synchroniser leurs pas et qu'au travers de l'écran de fumée j'aperçoive un visage rond et rouge, sottement garni d'une petite bouche rictuelle creusée de défi. Je n'ai rien répondu, parce qu'il n'y avait rien à répondre et que la poitrine de la serveuse m'apparut soudainement, royale, délicatement étouffée sous une chemise trop tendue. Mais le lendemain, après avoir englouti deux Dafalgan, je couru commander ce fameux bouquin "dont tout le monde parle" : Après la finitude. Et je n'ai pas été déçu.

Pour ceux que cela pourrait intéresser, cette nouvelle Bible est disponible en ligne, là : https://fr.scribd.com/doc/217204306/Meillassoux-Apres-la-finitude-pdf

La thèse soutenue est en effet fameuse. Demandez le programme ?

**********

Tout ce qui de l’objet peut être formulé en termes mathématiques, il y a sens à le penser comme propriété de l’objet en soi.
**********

Et, histoire de bien se faire comprendre, page 17 :

**********
« La thèse soutenue est donc double : d’une part on admet que le sensible n’existe que comme rapport d’un sujet au monde ; mais d’autre part on considère que les propriétés mathématisables de l’objet sont exemptées de la contrainte d’un tel rapport, et qu’elles sont effectivement en l’objet tel que je les conçois, que j’aie rapport ou non à cet objet

**********

C'est simplement énorme (et se rapproche d'une vision traditionnelle en philosophie des sciences, dualiste, qui accorde aux mathématiques le privilège d'être un reflet du monde tel qu'il est). Alors comment s'y prend-il ? Eh bien, ma foi, par plusieurs tours de passe-passe qui relèvent moins de Clausewitz que du louvoiement sournois d'un loup gris en Mer du Nord. Ce n'est pas encore le moment d'en faire le tour exhaustif, mais on partira sur de bonnes bases en comprenant ceci, succinctement. On comprend Kant -- grossièrement et qu'il me pardonne pour ce crime intellectuel -- et plus encore toute philosophie qui s'en veut l'héritière, comme un système qui énonce, en substance, que l'on ne pourra jamais prétendre connaître l'en-soi des choses, tant il est vrai qu'aucune connaissance ne peut s'affranchir de toucher au sujet. En somme, nous "contaminons" irrémédiablement tout ce que l'on "touche". Schématiquement, on retrouve donc un sujet connaissant, un objet connu, ou que l'on aimerait connaître, et une relation, celle qui unit ces deux entités. Il est à ce stade capital d'insister sur un point : si chez Kant l'objet en-soi peut, en fonction des périodes et des interprétations pas toujours d'accord entre elles, être pris pour une sorte de réalité ontologique, depuis lors la fonction de l'objet en-soi relève plus de l'horizon épistémologique, de support conceptuel.

QM exige d'abord, et ce n'est que très naturel puisque c'est le terreau de son argumentation sans lequel rien ne pousserait, que pour penser ce qu'il appelle l'ancestralité (essentiellement par là un énoncé scientifique qui porte sur un événement passé), un absolu est nécessaire. L'affirmer, c'est d'abord user d'un raccourci intellectuel douteux qui foule du pied toute une ligne de pensée qui montre que la question n'a aucune importance en elle-même, car nous n'avons d'autres choix que de nous inscrire dans une succession temporelle d'événements. La science pourrait bien démontrer, par ses propres outils, l'inexistence du temps mathématique que la durée (au sens Bergsonien) serait toujours ressentie. Mais il y a bien pire : cet argument s'oppose frontalement à la conclusion du bouquin : si la contingence est telle que toute chose ou loi peut se voir radicalement modifiée, alors on n'a aucune raison de croire en un quelconque énoncé scientifique qui porte sur autre chose que le présent.

Mais laissons lui la nécessité d'un absolu, pour le plaisir du jeu, et passons à la méthode pour arriver à en établir un (rappelons-le, il s'agit d'un énoncé mathématique portant sur un "objet"...). Est introduit la notion de facticité de la corrélation (corrélation : relation sujet-objet). La facticité désigne l'incapacité que j'ai de déterminer si des invariants (par exemple et en le citant, tout ce qui relève de l'ordonnancement minimal du monde comme le principe de causalité, les lois logiques et, surtout, les formes a priori de la connaissance, iso le spatio-temporel de la sensibilité et les douze catégories de l'entendement) ; si ces invariants, donc, sont nécessaires ou contingents. Autrement dit, je ne puis que décrire ces invariants (position kantienne), et pas les déduire (position hegelienne), ce qui me permet de conclure à l'impensabilité de l'absolu. Je le cite, page 65 : "Dès lors, en effet, qu'on refuse toute possibilité de démontrer l'absolue nécessité de ces formes, il est impossible de proscrire la possibilité qu'il y ait un en-soi qui diffère essentiellement de ce qui nous est donné.".

La facticité de la corrélation devient donc le constat, la description pour laquelle je ne peux rien dire quant à la contingence ou la nécessité, des formes de l'entendement qui déterminent le monde tel qu'il est.

Pour contrer cet argument "kantien", une seule solution, page 86-87 : "Pour contrer cet argumentaire, nous ne pouvons procéder que d'une seule façon : nous devons montrer que le cercle corrélationnel -- et ce qui en constitue le nerf, à savoir la distinction de l'en soi et du pour nous -- présuppose lui-même, pour être pensable, qu'on ait admis implicitement l'absoluité de la contingence. Il nous faut plus précisément démontrer que la facticité de la corrélation -- sur laquelle repose l'argument du cercle pour disqualifier aussi bien l'idéalisme que le réalisme dogmatique -- n'est pensable qu'à la condition d'admettre l'absoluité de la contingence du donné en général. Car si nous arrivons à montrer que ce pouvoir-être-autre de toute chose est l'absolu présupposé par le cercle lui-même, il sera avéré que la contingence ne peut pas être désabsolutisée sans que ce cercle s'autodétruise -- ce qui est une façon de dire que la contingence se trouvera immunisée de l'opération de relativisation de l'en-soi au pour-nous, propre au corrélationisme."

Salivez, car sous un roulement de tambours voici qu'entre en scène l'un des plus fumeux tout de passe-passe. QM va nous proposer un exemple, au terme duquel il pensera démontrer que le possible ouvert, le tout est également possible, "est un absolu qu'on ne peut désabsolutiser sans de nouveau le penser comme absolu." Les pages 86 à 92 sont les plus importantes.

Pour ce faire, il va inverser les rôles. Nous n'allons plus parler désormais d'épistémologie, c.-à-d. de ce que l'on peut connaître du monde, mais bien de soi. Il ne s'agit plus maintenant de considérer le monde et de ce que l'on peut en connaître, mais carrément de parler du sujet. La pente est glissante, très, a fortiori lorsque l'on considère que nous sommes ici au noeud du livre, au moment précis du basculement, du coup de théâtre qui permettra l'ensemble du développement ultérieur. Après avoir invoqué le passé pour justifier le besoin d'un absolu, QM va maintenant s'attaquer au futur. Rappelons tout d'abord que la philosophie des sciences, et une bonne partie des neo-kantismes, ne se prononcent aucunement sur le sujet. C'est un élément majeur qu'il faut rappeler ici avec force : aucune substantialisation du sujet n'est affirmée, ni même en réalité discutée, dans le "corrélationisme". L'on se contente de constater qu'un entendement donné nous permet d'organiser des phénomènes. Mais en aucun cas l'ensemble de ces catégories d'entendement, de ces présuppositions de la connaissance, ne forment un sujet substantiel. Jamais ! Ce n'est en réalité pas le propos. Je dirais même plus, mon cher Dupont, l'ontologie est absente des théories corrélationistes les plus abouties.

Ce point, primordial, on le verra, constitue la ligne maîtresse de l'ensemble de ce bouquin. Car bien loin d'accepter ce fait essentiel, QM l'introduit subrepticement afin de faire passer sa pilule.

Lorsque l'on s'interroge sur la "vie après la mort", on passe de la raison à la foi. QM suppose une confrontation entre 5 personnages, dont l'un est un "corrélationiste". Les deux premiers sont des dogmatiques, dans leurs propres genres. L'un est chrétien et soutient l'existence d'un Dieu transcendant, l'autre, athée, affirme que notre existence est abolie entièrement après la mort. Ces deux cas extrêmes quittent l'épistémologie pour la métaphysique. L'on passe de la conception de théories scientifiques qui fonctionnent au sein de phénomènes à l'interprétation d'un en-soi. Il est demandé au corrélationiste d'émettre un avis sur ces postures. Selon QM, ce dernier va les disqualifier en avançant que toutes les croyances sur un en-soi hypothétique lui paraissent également licites dès lors que la théorie est impuissante à privilégier une option sur une autre. Mais QM va lui en faire dire trop, à notre brave corrélationiste, d'une part en faisant du sujet l'objet de sa propre connaissance, de l'autre en liant le savoir à l'être, et enfin en demandant au corrélationiste de réfuter ces thèses alors même qu'il ne s'en accordera en réalité jamais le droit, seule la suspension du jugement lui paraissant la meilleure voie à adopter.

Argumentaire du corrélationiste vs dogmatiques

Page 87 : [...] de même que je ne peux savoir ce qu'est l'en-soi sans en faire un pour-moi -- je ne peux savoir ce qu'il peut en être de moi, tandis que je ne serai plus de ce monde."

Nous heurtons donc plusieurs écueils. L'en-soi du sujet pris pour objet (autrement dit la question de savoir ce que nous sommes essentiellement) n'échappe pas aux restrictions transcendantales, tout comme l'en-soi de n'importe quel objet. Il n'est pas plus possible de caractériser ontologiquement le sujet transcendantal que l'objet en-soi. Il n'y a rien à dire à ce propos, tout simplement. On ne peut donc pas affirmer que l'être ontologique se modifie, change d'état, ou quoi que ce soit de ce genre, parce qu'il n'y a pas d'être ontologique en tant que connaissance. A plus forte raison, la proposition "n'être plus de ce monde" sonne creux, car elle impose une double ontologie (de substance, de monde) au discours, ce qui l'empoisonne. Mais si l'être ne peut être pris pour base de connaissance, on ne peut pour autant réfuter la possibilité de son existence. Néanmoins QM insiste lourdement pour que notre pauvre corrélationiste réfute ces thèses dogmatiques. Alors il s'exécute, et les réfute en affirmant une véritable horreur tant pour un neo-kantien que pour un dogmatique (qui rappelons avantageusement ne peut être réfuté puisque sa croyance est de l'ordre du dogme) : qu'il est inutile de prétendre connaître ce qui est alors même que plus rien n'est là pour l'entendre. C'est parfaitement incongru de la part d'un corrélationiste pour qui, ce qui est ontologiquement, est de toute façon hors de portée épistémique,  qu'il y ait du "vivant" ou pas. Et c'est parfaitement inutile si le but est de prouver quoi que ce soit aux deux dogmatiques, car de toute façon ils sont imprégnés de la foi et se fichent éperdument de la preuve, ethiquement parlant.

Par contre, notons avec insistance qu'il semble nécessaire de faire l'hypothèse de l'en-soi pour avancer ce type de "réfutation". Ainsi que nous le comprenons désormais, le moi, pris comme sujet transcendantal, ne peut connaître l'en-soi. Mais QM insiste : connaître ce qu'il peut en être ontologiquement lorsque "je" n'est plus de "ce monde", et il vise les deux dogmes, revient à extrapoler dans le temps ce qu'il pourrait en être lorsque l'en-soi du sujet aura disparu de l'ensemble comprenant l'en-soi des objets (dont le sujet est un élément comme un autre). Cet argument de réfutation repose donc paradoxalement sur une ontologie (le temps, l'état futur de quelque chose) pour en nier une autre au nom d'une doctrine qui refuse toute hypostase !

Le troisième personnage, le plus important, fait son apparition, l'idéaliste subjectif. L'argumentaire qui va être proposé est d'une rare finesse, mais comme tout poisson, il y a au moins une arête. QM fait dire à notre penseur idéaliste que la position du corélationiste est aussi inconsistante que celle des deux dogmatiques, puisque tous les trois admettent la possibilité de l'existence d'un en-soi. Notez bien que l'en-soi du religieux est de nature fondamentalement différente de celle de l'athée, mais passons. En affirmant cela, il est également soutenu, par exclusion logique, que l'idéaliste subjectif ne supporte aucun en-soi. Or c'est inexact. Pour cette raison que, quel que soit le contenu d'une partition logique, celle de l'idéaliste comme d'une autre, ce contenu sera irrémédiablement lié au sujet transcendantal qui l'énonce, de telle sorte que toute affirmation absolue d'immortalité (cf. infr) se verra mise en échec car fondée sur des prémisses dont on ne peut garantir la légitimité ontologique. De même, la logique de l'idéaliste fait intervenir, a minima, le concept de temps, qui est une valeur purement ontologique et qui, bien pire encore, amène dans ses cartons le concept d'espace. Dernier problème, on ne peut inférer du fait de se penser d'une manière à l'instant T, l'obligation de se penser à l'identique à l'instant T + n.  Voici l'extrait :

Argumentaire de l'idéaliste

Page 88 : "Je ne puis me penser qu'existant, et existant tel que j'existe : c'est donc que je ne puis qu'exister, et exister toujours comme j'existe maintenant.Mon esprit, mon corps, est donc immortel. La mort, comme toute forme de transcendance radicale, est ainsi annulée par l'idéaliste, de la mêeme façon qu'est annulée l'idée d'un en-soi différent de la structure corrélationnelle du sujet. Puisqu'un en-soi différent du pour-nous est impensable, l'idéaliste le proclame impossible.

A nouveau, QM va demander au corrélationiste de réfuter cette thèse, alors que cette réfutation, répétons-le, n'est strictement pas nécessaire (la réfutation implique le concept de vérité, ce qu'un corrélationiste n'admettra que dans un cadre strict, défini et jamais dans un absolu). Qu'à cela ne tienne. Comment s'y prendre ? Ce n'est pas pour rien que l'accent est mis, subtilement, sur l'en-soi invisible de l'idéaliste. Car si pour réfuter les dogmatiques le corrélationiste usait de l'invocation de l'en-soi, ici, aïe, plus moyen.

Catastrophe ? Ah, non, sauvé, il reste une option...

Et maintenant, le clou du spectacle, mesdames et messieurs, mes enfants, mes chers invités. Retenez votre souffle, car dans quelques instants le prix exorbitant de votre billet ne sera plus qu'un lointain souvenir, vous allez en avoir plein les mirettes, dans quelques minutes la présentation la plus incroyable, la plus formidable, la plus ravissante, l'Unique au Monde... Oui ! madame, oui, vous, là monsieur qui souriez ! UNIQUE au MONDE. Je vous demande d'applaudir bien foooooOOOOrT.... ?


**********

POUVOIR . ETRE . TOUT . AUTRE

**********

Voilà, devant vous, la discrète charnière qui permet à QM d'asseoir l'entièreté de son essai, après mûre préparation. Quelle émotion. Mais quel problème? Eh bien c'est fort simple. diabolique même. Cette phrase, semble-t-il anodine, est prêtée comme indispensable au corrélationiste pour réfuter les deux premières thèses dogmatique aussi bien que la troisième, celle de l'idéaliste. Rappelons-nous que, sommé de réfuter les deux thèses dogmatiques, le corrélationiste, en s'offrant quelques largesses quant à ses positions et en mélangeant fâcheusement les genres, avançait que la connaissance d'un en-soi demandait une conscience pour en être le réceptacle. Autrement dit que l'Absolu n'était rien sans un pauvre couillu pour s'en rendre compte. Soit. Désormais, l'en-soi, même utilisé en dépit du bon sens, ne peut plus être invoqué puisque selon QM et à tort, l'idéaliste n'en use plus. Alors ne reste qu'une option au corrélationiste, nous dit QM, triomphant déjà à-moitié :

[...] à quelle condition l'agnostique corrélationiste peut réfuter non seulement les deux thèses réalistes, mais la thèse idéaliste. Pour contrer cette dernière, l'agnostique n'a pas le choix : il lui faut soutenir que mon pouvoir-être-tout-autre dans la mort [...] est tout aussi pensable que ma perduration à l'identique.

Et voilà comment, par la force des baïonnettes, un pauvre corrélationiste se voit contraint et forcé d'énoncer une absurdité sans fond. Car pouvoir être tout autre ne signifie rien du tout pour lui. Détaillons ? Un corrélationiste ne peut être autre pour la simple et bonne raison qu'il est simplement ce qu'il est en tant que sujet transcendantal enfoncé dans un monde qui fait sens, dont le contenu ne peut être invoqué pour une quelconque justification ontologique. Ainsi, dire qu'il est autre signifie un changement de statut ontologique qu'il ne peut admettre. J'ai déjà pris cet exemple, mais quand bien même un énorme barbu tenant dans ses mains des éclairs ouvrirait les nuages pour gronder sourdement vers lui, qu'il ne pourrait encore lui attribuer aucune raison ontologique. Aucune. Qu'il soit mort dans le néant n'y change rien, puisque s'il n'y a rien, eh bien il n'y a rien. Mais s'il y a ouverture vers, alors aucun changement d'état ne peut être considéré, mais bien une évolution dans le processus permanent du sujet transcendantal doté de ses normes de connaissances (qui peuvent toujours mieux s'appréhender, c'est encore autre chose).

Mais pourquoi se voit-il condamné à énoncer cette proposition absconse face à l'idéaliste? Car sans "en-soi" sur lequel s'appuyer, il ne peut qu'affirmer que, d'accord, "tout est possible"...


Et en lui faisant dire cela, QM lui fait énoncer : un ABSOLU. Car dire que tout est possible c'est bel et bien dire que tout est absolument possible.


C'est dans cette brêche qu'il va ensuite s'engouffrer allègrement, toujours plus précisément au fil du bouquin. Mais le coeur même de toute l'affaire est là, dans cette volonté de faire réfuter des propositions qui, en droit, ne doivent pas l'être au regard de la posture du corrélationiste, pour ensuite rebondir sur une absence supposée d'en-soi dans le cadre d'une réfutation tierce, ce qui ne laisse au Roi, en échec, pour seul choix que de placer son unique pion disponible en baroud d'honneur avant de tomber mat.

Bravo  *Applause*

To be continued...

[EDITION] Un point de vue important m'a échappé, tout à l'heure, à la rédaction. Un point de vue soigneusement occulté dans la démarche de QM, présentée plus haut. La valeur de vérité d'une proposition quelconque, pour un "corrélationiste", verra toujours sa portée restreinte au contexte épistémique au creux duquel elle prend sa source. Nous retrouvons, très simplement ici, l'idée générale de Popper. Si nous reprenons les exemples cités, aucune des trois thèses ne peut se voir réfutée car cela impliquerait un jugement de vérité épistémologiquement décontextualisée sur elles, ce qui est purement et simplement impossible. Un corrélationiste n'affirmera donc jamais "tout est possible" (car cette proposition a une valeur de vérité) mais bien "j'ignore si cela est possible au moment où je parle" (absence de jugement de vérité sur un problème qui dépasse les bornes de la connaissance au moment où l'énoncé est prononcé). Toute less manigances de QM ne visent qu'à une chose : perdre le lecteur dans des circonvolutions en apparence logiques pour parvenir à faire dire à un corrélationiste ce qu'il ne pourra jamais dire s'il reste conséquent avec sa thèse. De glissements en affirmations gratuites, on en vient naturellement à considérer la  conclusion comme évidente alors qu'une analyse scrupuleuse et méthodique montre des failles de tailles comparables à Valles Marineris.

Je prendrai le temps de rédiger une version plus compréhensible, peut-être aussi plus technique, avant de poursuivre les explications sur la seconde moitié de son bouquin (bien que l'essentiel soit dit, de bonnes idées secondaires peuvent encore être décelées, je pense principalement au cinquième chapitre)

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Hks le Sam 14 Jan 2017 - 13:51

une bonne critique ICI

http://anaximandrake.blogspirit.com/list/traductions/Brassier_Enigme_du_Realisme.pdf

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Dim 15 Jan 2017 - 1:38

Je suis en train de lire le lien vers Après la finitude proposé par Crosswind. Il est évident qu'une plongée aux sources est la voie royale pour entendre un auteur. Pour le moment, deux remarques :

1. le livre est dédié à mon père, ce qui l'inscrit affectivement dans cette filialité par laquelle je suppute possible le spectral soudain dans le sentiment de quelque injustice mortelle, justifiant ce mot nietzschéen selon lequel toute philosophie serait la confession involontaire de son auteur, mais je ne roulerai des mécaniques que lorsque cela semblera pour moi se confirmer, de ce que j'en suis à la page 22-23, qui m'a fait sursauter ;

2. à la page 22-23 donc, et critiquant le corrélationnisme (tout son ouvrage, tel qu'on le vend et le présente, est en quelque sorte donc cette critique de la nécessité sujet-objet dont on ne sort pas, nous enferrant dans quelque sujet ... ), Quentin Meillassoux met dans le même sac la corrélation pensée-être, telle que proposée par Heidegger - non sans avoir nommé pas de danse corrélationnel ladite nécessité présupposée par les modernes depuis Kant ... un pas de danse dans lequel je ne peux m'empêcher de lire une meillassolienne "nique en soi", ou plutôt rhétorique, comme si les modernes depuis Kant n'étaient que des penseurs légers - mais quelle méprise autocontradictoire meillassolienne ! *Lol* ... Bon. Je disais donc que QM associe Heidegger à son sac corrélationnaliste, de ce que "ça" ne marcherait que de la coprésence entre le monde et son existant (l'humain) ; sauf que je repère le premier plantage que je suis à même de repérer chez lui ce soir en première lecture : l'être-au-monde, -avec-autrui, l'être-sous-la-main des ustensiles heideggeriens, etc. ne viennent jamais chez Heidegger se surajouter à l'être-Là, au Dasein, qui d'ailleurs est dépeint comme étant-existant, donc étant dans l'étant, dont l'étantité et l'être ne s'opposent pas à l'être, mais procèdent bien de l'être comme tout ... ce qui seul suffit déjà à dézinguer QM ... mais donc ces différents être-ceci-cela sont des existentiaux constitutifs du Dasein "en sus", ou plutôt intrinsèquement. Bref : QM veut bouter son monde un peu trop vite je crois, afin de se poser comme "nouvelle voie" ... je le subsume.

Une nouvelle voie que s'empresse trop vite d'encenser Alain Badiou dans la préface mais, dois-je dire, Alain Badiou est un philosophe systématique gauchiste : politiquement, aimer Heidegger fait "mauvais genre", et j'ai l'impression de n'avoir affaire qu'à une partie d'échec idéologique (confessions à peine involontaires d'auteurs ... ). Donc, si vous voulez, mais on le sentait déjà dans mon post initial, mon "préjugé" est de moins en moins favorable à monsieur Meillassoux, auquel il faut reconnaître cette qualité (éminemment nietzschéenne !) de danser avec la pensée. Heidegger leur serait pourtant un allié objectif ! *Lol*


EDIT: non mais c'est atroce : on dirait que QM fait semblant de ne pas voir dans les éléments qu'il cite lui-même, les éléments allant dans le sens d'une non-corrélation. Pour le coup, QM n'est pas superficiel par profondeur ! *Lol*

***

Je reviens sur QM, avec 11-12 pages de lecture en plus. Comme on voit : j'égraine.

Et aussitôt, je voudrais préciser que je ne suis pas de ceux qui reprochent pour reprocher, qui attaquent pour attaquer, envieux. Ceci posé, je me suis interrogé sur Heidegger tout à l'heure, en me disant que non, décidément, ma lecture d'Être et temps ne me disait rien de corrélationniste. Au contraire, Heidegger prétend uniquement ontologiser antérieurement à la science, sur les conditions de possibilité mêmes de la science. Aussi singulier soit son être comme émergence, création, voire néant essentiel, il n'en reste pas moins que l'expérience du Dasein est per-réaliste (procède du réalisme) : ce réalisme défendu par QM. QM va donc effectivement un peu vite en musique. Mais, me répondra-t-on, QM ne cite pas Être et temps (premier Heidegger) mais la notion d'Ereignis du dernier Heidegger. Je veux bien. Toutefois, il prétend le démonter en deux brèves citations à caractère corrélationniste, sans qu'elles m'apparaissent telles, d'intuition heideggerienne lointaine à l'Ereignis hélas (tout ce qui, par ailleurs, ne me donne jamais qu'envie de creuser Heidegger ; reste que je suis au regret de devoir dire que mes sentiments philosophiques sont souvent bons, ceci n'étant certes pas une preuve de la "bonté" de mon sentiment là, mais ... Passons.).

Maintenant, concernant les pages qui suivent, elles sont sous-tendues toutes par une défense du réalisme, en démontant la démarche corrélationniste. D'abord, le cartésien est plus scientifique, et le scientifique est plus cartésien, que le kantien n'est scientifique, ni le scientifique kantien. OK. Sans entrer dans les détails, j'ai été convaincu par QM, en première lecture. Ce qui me permet de dire que son pas de danse scriptural à lui, QM, est tout à fait bel et bon : ça se veut limpide, c'est en effet fort clair et lisible, quand bien même mobilisant des connaissances sur la tradition, et autres inférences. C'est du texte, si l'on m'entend, je trouve.

Notamment, dès la page 24-25, je trouve très bon cette question somme toute étonnante - au meilleur sens d'étonnement philosophique, selon Aristote - de se demander comment l'Homme peut-il penser les conditions d'un énoncé ancestral, et la réalité de cet énoncé, sans y avoir été. En ce qui me concerne, c'est un étonnement enfantin, mais pas infantile, que je me faisais plus jeune, et que le relativisme ambiant, ainsi que le corrélationnisme en effet (ambiant lui aussi, et finalement peut-être cause du relativisme ... ), a refoulé chez moi - sans que jamais ça ne me quitte. Or, c'est bien précisément parce que jamais ça ne me quitta, que je dis initialement de QM qu'il est éventuellement génial dans l'Histoire de la philosophie, mais dans l'immédiat je ne vois pourtant pas de raison de privilégier une posture à l'autre ! corrélationnaliste ou réaliste. En fait, QM va même jusqu'à procéder d'une "défense des minorités scientifiques", lorsqu'il dit en d'autres termes que leur honneur est bafoué par le corrélationniste. Sauf que cette minorité n'existe pas, et que le relativisme ambiant convoquant incessamment le clergé scientifique, témoigne assez bien que la science n'est pas minoritaire aujourd'hui, quand bien même dans un bain corrélationnaliste. Loin de là ! mais une étude sociologique devrait le défendre ... Inversement, le corrélationnaliste n'est pas si insultant que cela, en ce qu'il pourrait adopter une voie que celle proposée par QM : la voie de la psychologisation, où la rétrojection d'un énoncé ancestral à partir du présent, en effet, est tout autant une projection ou une reproduction des conditions d'existence humaines dans un passé anhumain, à partir de quoi ce passé - pour non-réaliste qu'il soit - n'est pas illusoire, mais fictionnel. Et pourquoi pas ? Voilà le scientifique réhabilité par le corrélationniste sans discrédit, où il faut seulement admettre que le monde est une fiction, pas forcément avec auteur, à la nietzschéenne. Ce faisant, l'acquisition d'un tel postulat fictionnel réalise paradoxalement la fiction, donc le passé - et il me semble que nous voilà par-delà réalisme et corrélationnalisme ... Ah ! si seulement les gens savaient lire Nietzsche :roll:

Mais enfin, QM rédige de la qualitéééé oh !


Dernière édition par Malcolm le Lun 16 Jan 2017 - 18:41, édité 1 fois
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Dim 15 Jan 2017 - 15:59

La problématique soulevée par QM et dénommée par lui "archifossile" joue sur des définitions du réel et de la vérité glissantes qui ne sont pas suffisamment définies dans son argumentaire, de telle sorte que diverses interprétations -- devrais-je plutôt dire usages -- deviennent possibles. Dont le sien. La seule fonction utile du concept d'archifossile, pour QM, et malgré quelques digressions pertinentes comme le fait très justement remarquer MC, réside dans la conclusion d'une  nécessité d'accéder à un absolu sous peine de "contradiction" éthique. Toute sa dialectique s'échinera ensuite à montrer que cet absolu nécessaire (grâce à l'argument de l'archifossile) doit être trouvé là où il est le plus efficacement dénié : le corrélationisme.

Le premier plan d'attaque, dit de l'archi-fossile, n'est rien d'autre qu'une préparation psychologique destinée à convaincre le lecteur de la nécessité d'un absolu. Et puisque le corrélationisme bloque le passage, c'est là qu'il faudra nécessairement "taper" (sous-entendu : pour nécessairement trouver).

Le lien donné par HKS tombe entièrement, totalement, scientifiquement : dans le piège posé par QM et que j'expose plus haut.

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Dim 15 Jan 2017 - 21:42

Mon sentiment philosophique abonde dans ton sens Crosswind. En fait, déjà à la lecture des articles & synthèses autour de Quentin Meillassoux, il m'a semblé n'y jamais lire qu'une radicalisation de la posture scientifique, et rien d'autre, pas forcément pour le pire, mais aussi pour le pire. Et là, d'autant plus que le philosophique se drape d'air du temps-monstre, dont Alain Badiou ne pouvait être que dupe je crois : entre rétorsions subliminales, exactions formelles et généralités sommaires, on a affaire à une forme de parvenu, entre son père et Badiou - peut-être dupé d'abord par eux, mêmes. Mais je suis odieux ? ... Navré pour les jolis cœurs contemporains : vous devriez être bien placés pour savoir que ce sont "les choses" qui sont odieuses, par les temps qui courent, à commencer par vous.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Fernando P. le Dim 15 Jan 2017 - 22:18

Crosswind a écrit:Je me suis intéressé à QM lorsqu'une âme innocente, au détour d'une conversation de bistrot, m'annonça, de l'autre bout de la table et la mousse aux lèvres, que cet auteur produisait les germes de la plus grande révolution philosophique à venir, et que l'épistémologie de papa, c'était mort et enterré. Bon. J'avais bu. Bien bu. Mes yeux chassaient la perdrix de sorte qu'il fallut quelques secondes pour que les deux danseuses finissent par synchroniser leurs pas et qu'au travers de l'écran de fumée j'aperçoive un visage rond et rouge, sottement garni d'une petite bouche rictuelle creusée de défi. Je n'ai rien répondu, parce qu'il n'y avait rien à répondre et que la poitrine de la serveuse m'apparut soudainement, royale, délicatement étouffée sous une chemise trop tendue. Mais le lendemain, après avoir englouti deux Dafalgan, je couru commander ce fameux bouquin "dont tout le monde parle" : Après la finitude. Et je n'ai pas été déçu.
Je ne vous suis pas du tout sur le terrain philosophique par manque de connaissances, mais je trouve cette brève de comptoir splendidement écrite *Applause*

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Lun 16 Jan 2017 - 9:57

Malcolm a écrit: [...] dont Alain Badiou ne pouvait être que dupe je crois [...]

Mais Badiou est-il vraiment un philosophe ? J'entends, je lis souvent des personnes qui se disent philosophes et qui, à vrai dire, se contentent de pérorer des opinions fumeuses à grands coups de discours iconoclastes et incompréhensibles, voire convenus, banals. Beaucoup d'"intellectuels" dont la production oscille entre le psycho-sociologique amateur et la philosophie mal maîtrisée. Le résultat, navrant, se résume dans des ouvrages pour la plupart tirés à 1500 exemplaires, certains autres se vendant comme des petits pains car auréolés par la gloire du changement promis. Les gens ne comprennent pas un discours, une dialectique, ils n'entendent que "salauds de riches ; tous heureux ; viva la revolucion ; philosophie du GSM ; Deleuze ce génie incompris".

Pour paraphraser l'autre : "Ce n'était pas mauvais, c'était très mauvais. Voilà."

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Lun 16 Jan 2017 - 10:08

A vrai dire, je n'ai jamais lu du Badiou mais, pour l'avoir aspecté via des vidéos et une auto-synthèse, je me disais pourquoi pas - mais aussi : pourquoiii ? *Lol* en tant que systématicien gauchiste.

Je poursuivrai ma lecture.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Prince' le Lun 16 Jan 2017 - 10:11

J'applaudis des deux mains. Il n'y a en France que bien peu de philosophes (Manent, Rosset, Benetton, Q.M. et quelques autres), comme ailleurs du reste. Mais ce n'est pas un état de fait récent soit dit en passant.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Lun 16 Jan 2017 - 10:16

Princeps a écrit:J'applaudis des deux mains. Il n'y a en France que bien peu de philosophes (Manent, Rosset, Benetton, Q.M. et quelques autres), comme ailleurs du reste. Mais ce n'est pas un état de fait récent soit dit en passant.

Cela dit, si QM maîtrise parfaitement sa philosophie, cela ne l'empêche pas d'être un peu filou sur les bords dans "Après la finitude" *Héhéhey*

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Lun 16 Jan 2017 - 22:51

Je crois qu'on avait compris.

Enfin, ce qui me gêne au terme de sa première partie (jusqu'à la page 39 sur Scribd), c'est son postulat que le mathématique a une absoluité. J'ose penser qu'il sera explicité plus tard ... dîtes-moi qu'il le sera, je vous en conjure.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Hks le Lun 16 Jan 2017 - 23:14

c'est son postulat que le mathématique a une absoluité.

J' avais compris tout le contraire .  Voir ce qu'il dit de Cantor ( suivant en cela Badiou) page 142  et 143

Meillassoux a écrit:en effet si nous ne pouvons a priori (par le seul usage d une procédure logis mathématique) décider ou non de l’existence d une totalité du possible , nous devons réduire les prétentions du raisonnement aléatoire aux seuls objets de le expérience , et ne pas étendre comme Kant le fait…aux lois même de notre univers comme si nous savions que ce dernier doit appartenir à un tout  d’ordre supérieur .

Conclusion les mathématiques,  quant à l 'absolu, ne servent à rien .

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Lun 16 Jan 2017 - 23:35

Au point où j'en suis, c'est sur l'ancestralité des énoncés ainsi que l'en-soi. Il y voit du moins une singularité qu'on ne saurait ni laisser au réalisme naïf, ni au corrélationniste.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Mar 17 Jan 2017 - 10:01

Malcolm a écrit:Je crois qu'on avait compris.

Enfin, ce qui me gêne au terme de sa première partie (jusqu'à la page 39 sur Scribd), c'est son postulat que le mathématique a une absoluité. J'ose penser qu'il sera explicité plus tard ... dîtes-moi qu'il le sera, je vous en conjure.

Il le sera, mais sur des bases incorrectes, fondées pages 80-90-100...

Remarquons que les neo-kantismes n'attribuent aucune loi à l'univers...

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Mar 17 Jan 2017 - 11:47

OK, ça donne envie de poursuivre tout de même, du coup.
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Mar 17 Jan 2017 - 12:31

Malcolm a écrit:OK, ça donne envie de poursuivre tout de même, du coup.

Ah mais j'espère bien ! Pourrais-tu seulement penser à oser passer à côté de l'auteur qui prétend, rien de moins, avoir trouvé un Absolu, un philosophe vu par toute une frange des têtes pensantes France et de Navarre comme le nouveau Messie ?

Et puis, j'aimerais confronter ma propre critique du texte. Seul, c'est moins drôle.

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Mar 17 Jan 2017 - 13:27

*Pouce*

Ceci étant, j'ai entamé l'article soumis par Hks, et je le trouve désespérant quant à Meillassoux, si donc il est fidèle.
D'abord, je réalise à sa lecture, que ce mot magique de corrélationnisme, qui mettrait un nom sur la philosophie kantienne et post-kantienne, n'est en fait jamais autre chose qu'un substitut logique pour anthropomorphisme. Or, il me semble que jamais - même chez Kant - l'anthropomorphisme inéluctable (anthropo-logie, dans ses termes non-scientifiques en anthropologie) - et pour autant qu'il introduit un transcendantalisme philosophique çà et là - ne nie la possibilité du noumène. C'est-à-dire "qu'il faut bien" qu'il y ait "quelque chose comme un en-soi", pour qu'il y ait phénomène, ancestral ou non.

C'est-à-dire que "le corrélationniste" (celui qui pose l'anthropomorphisme inéluctable) ne nie pas pour autant quelque réalité, et a déjà dépassé le réalisme naïf sans se passer de réalisme pour autant, dans un réalisme spéculatif pas infondé. Le pragmatisme est de ces philosophies. Mais c'est peut-être moi qui interprétait mal la tradition récente ? Qu'on me dise si je suis très con !

Et alors, dans l'immédiat, en tout état de cause, je découvre surtout que Meillassoux m'en prend pour un (con) ! ... Et c'est-à-dire que son coup de génie est hyper-sophistiqué, saluable, mais que cela reste positivement une puterie. Puterie à saluer comme telle (puterie), mais néanmoins puterie : rétorsion intellectuelle, travail de faussaire, velléité de damer des pions pour damer des pions.

Bref : encore un coup, notre époque s'imagine - avec maestria, certes - réinventer la poudre. Entreprise orwellienne, jusque dans les plus hautes sphères de la pensée.

***

Et les commentateurs de Meillassoux de s'éjouir avec lui, en feignant de ne pas savoir lire les textes qu'ils ont sous les yeux : en faisant ce demi-pas de côté par lequel on te biaise la lecture des aïeux, pour te baiser. Apparemment, puisqu'on en parle comme on en parle (de QM), c'est que ça marche. Mais je l'ai personnellement déjà disqualifié, moi, populiste de la philo pour le coup, prolo de la culture : cela me donne tort ? Oui, aux yeux des académiciens qui règnent. Mais j'ai déjà assez subi ce genre de conneries au quotidien, pour devoir encore me les taper dans mes joies. Donc en fait, je ne suis pas sûr que nous camaraderons là Crosswind - quand bien même je reviendrai peut-être, une fois apaisé et comme pour m'assurer ... ou non ... de ce que je pense savoir déjà ... mais j'ai des doutes sur le non : un bon sens de la terre épargne beaucoup de conneries ; c'est de vouloir et devoir toujours tout (com)prendre, qui est maladif, et sert nos retordeurs attitrés, à cause de la surexposition. Ils sont dans la haine et la bêtise inconscientes, mais t'accusent toi de haïr et de bêtifier - et le font au nom de l'amour, de la paix, du respect, etc. ! *Lol*

***

Bon. Les choses vont vite avec moi. Je reprends p.39 :
QM, Après la finitiude, sur Scribd, p.39, a écrit:Car si je ne puis rien penser d'absolu, je ne peux donner sens à l'ancestral - et par suite, je ne peux donner sens à la Science qui en permet la connaissance.
Qu'est-ce que c'est que cette affirmation débile ? Débile, de ce qu'elle a besoin d'absolument absolu ; débile, de ce que sa démarche est absolutiste ; débile, de ce qu'elle a trop besoin de sûretés pour s'assurer ; etc. C'est maladif ...
Non seulement cela procède du sécuritarisme politique subliminalement, mais cela procède du scientisme donc, et enfin du dogmatisme. Je veux dire : ce que veut QM, c'est d'un dogme. Un dogme qui, peut-être, est fondé logiquement ; mais, je me répète rapport à mon premier post : rien que logiquement ! et le présupposé demeure, de dire que le monde est ontologiquement un logos, métaphysiquement infondable.

Bref : QM a peut-être argumenté autant que possible vers l'absolu, en se donnant les moyens de son ambition, mais il n'a rien fait de plus qu'un énième argument scolastique pour prouver l'existence de Dieu. Et, accessoirement, juguler le monde dans sa volonté de puissance.


Dernière édition par Malcolm le Mar 17 Jan 2017 - 13:28, édité 1 fois
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Crosswind le Mar 17 Jan 2017 - 13:27

J'abonde en ton sens. Seulement, jusqu'aux pages 80-90, par là, ce qu'il dit se tient, quand bien même le flou artistique est savamment entretenu (une fois il parle sur fond de dualisme, une autre de monisme, trop souvent on ne sait trop à quoi se référer). Mais dans l'ensemble, cela se tient.

Je tenais vraiment à mettre le doigt sur le problème logique de son argumentaire, car la réplique "Quentin Meillassoux" est fréquente dans les milieux philo (hors université) sitôt la dialectique neo-kantienne amenée sur le tapis. Désormais, je sais quoi dire, quoi faire, et surtout j'ai appris deux choses. Il y a des malhonnêtes parmi les "philosophes". Bien des gens ne comprennent pas le fond des choses, et se contentent de penser comprendre sitôt le texte acidulé à leur goût.

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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

Message  Malcolm le Mar 17 Jan 2017 - 13:28

Évidemment ! *Lol*
C'est tout le sens du nietzschéisme.

(Au cas où, j'ai édité ma réponse dernière.)
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Re: Quentin Meillassoux, un philosophe d'avenir ?

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