Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  AntiSubjectiviste le Sam 4 Mar 2017 - 13:57

kercoz a écrit:La th. du Chaos, pour ses changements de paradigmes principaux ( qui ne sont pas essentiellement mathématiques mais philosophique), nécessite un niveau bac +0,5. Et il est dommage que si peu de monde accède a ces concepts déterminants.
Quels sont les changements dont tu parles ?

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Kercoz le Sam 4 Mar 2017 - 14:35

AntiSubjectiviste a écrit:
kercoz a écrit:La th. du Chaos, pour ses changements de paradigmes principaux ( qui ne sont pas essentiellement mathématiques mais philosophique), nécessite un niveau bac +0,5. Et il est dommage que si peu de monde accède a ces concepts déterminants.
Quels sont les changements dont tu parles ?

Le changement principal est dans le titre du livre de Prigogine : " La fin des certitudes" qui voulait que si nous ne pouvions affiner nos conjectures c'est en raison des imprécisions de nos mesures ( déterminisme). C'est un changement qui touche la philosophie et de façon plus pragmatique offre une nouvelle perspective pour les sciences sociales:
http://ecrits-vains.com/doxa/tri01.htm
Pour ma part, l' espoir principal c'est qu' il n'est plus nécessaire de tenter de suivre les évolutions d' un système complexe ( modélisé) pour envisager de modifier le système. S' il est impossible de suivre l' évolution de ces systèmes, il est possible de connaitre les attracteurs ou ils aboutissent et, peut être, d'agir en regard de ces conjectures.
Gleick n' a aucune prétention scientifique. il retranscrit les avancées qui lui semblent importantes et qui lui semblent accessibles à la pluspart. Si tu lis des textes plus poussés sur ce domaine ( Prigogine, Laskar , Ekeland, ...) tu t'aperçois qu'ils ont le nez dans le guidon sur sur des mirco-phénomènes ( qui nous sont difficilement accessibles) , mais négligent les aspects, pour eux collatéraux qui sont à mon sens bien plus intéressants pour des utilisations immédiates.

La surmédiatisation tourne la tête. J' écoute ce matin le vulgarisateur-icone- canadien lui aussi_ astrophysicien, autoproclamé vulgarisateur, ecolo-vegetarisme- look barbu du sage ....débiter le discours-doxa catastrophique techno pour terminer par l'injinction de la nécessité d' une mondialisation pour obliger les blaireaux a se comporter vertueusement !!!
Ce type est censé être physicien ascendance astro........donc ne devrait pas ignorer ce qu' à écrit Prigogine au conseil de l" Europe , à savoir que les systèmes morcelés autoorganisés prévalent sur les systèmes centralisés en terme de stabilité et de durabilité . Il ne devrait pas non plus ignorer la phrase d' Einstein qui dit qu' " on ne peut résoudre un problème avec les même outils qui sont la cause de ce problème" .

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Philosophos le Sam 4 Mar 2017 - 17:48

Princeps a écrit:Le CdF ne vulgarise pas, FRC oui.
Il paraît qu'on peut quand même suivre les cours du CdF, c'est ouvert à tous (vu jadis au JT, je ne sais pas ce que ça vaut comme info).

Avistodénas a écrit:Suit tout un argumentaire tendant à montrer que la vitesse de la lumière ne constitue pas une limite...
Conclusion : Oui, en effet, la vitesse de la lumière est limitée.
Souvent, on joue sur le fait que les théories sont mal comprises.

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Kercoz le Dim 12 Mar 2017 - 16:26

Philo a écrit:
Princeps a écrit:Le CdF ne vulgarise pas, FRC oui.
Il paraît qu'on peut quand même suivre les cours du CdF, c'est ouvert à tous (vu jadis au JT, je ne sais pas ce que ça vaut comme info).
.

Le collège de france est ouvert à tous sans inscription. Certains cours sont retransmis dans un 2e amphi qd il y a trop de monde.
Mais faut habiter dans le coin.
Quand je suis à ma boutique et qu' il n' y a rien de bien sur FR. Cult ( ce qui est de plus en plus fréquent), je me ballade sur certains domaines :
http://www.college-de-france.fr/site/alain-connes/index.htm

En ce moment , ne pas rater les cours de Ph. Descola. ainsi que ceux de ses prof invités:
http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/course-2017-03-08-14h00.htm

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Princeps le Dim 12 Mar 2017 - 16:31

On peut suivre un cours du CdF comme on écoute une émission de télé en langue étrangère, oui. D'ailleurs, pour y être régulièrement, on repère vite ceux qui ne sont pas de la partie à leurs questions, et les autres à leur exaspération *Lol*.
L'accès est libre, mais le niveau des conférenciers et de leurs exposés est celui d'un cours pour thésards. Les cours sont disponibles en lignes 2 à 3 semaines après enregistrement.
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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Crosswind le Jeu 16 Mar 2017 - 14:00

AntiSubjectiviste a écrit:
Le plus productif serait, si tu veux, que tu énonces les critiques au réalisme structurel qui te semblent valides et j'y répondrai avec les définitions nécessaires. PS : j'ai déjà donné la définition de réalité dans ce qui précède.

Dans l'ensemble je suis enclin à penser que le réalisme structurel prête le flanc aux critiques traditionnelles qu'affronte tout réalisme scientifique.  Retenons déjà ces deux-ci, non-exhaustives :

(a) L'instabilité paradigmatique des mondes scientifiques successifs (T. Kuhn) ;
(b) la sous-détermination des théories.

Au catalogue des répliques réalistes de ces deux critiques, on retrouve d'un côté les multiples tentatives pour montrer qu'il existe bien une stabilité paradigmatique d'une théorie à l'autre (stabilité ontologique, des lois ou des structures, qui peut être non-observationnel), de l'autre côté un pari, un pari sur l'avenir qui s'appuie sur l'indispensable dimension téléologique des sciences. Le tout se voit teinté par l'argument pivot des réalistes, qui veut qu'inférer des grandes réussites, de l'évolution constante des sciences, un réel autonome reste la meilleure explication si l'on refuse de croire aux miracles.

Le débat n'est, on s'en doute, philosophiquement pas tranché. Quoi que les réalistes emportent la mise psychologique du seul fait de leur positionnement, propre à l'attitude naturelle, qui favorise le sens commun.

Mais plus spécifiquement maintenant, l'apport de la MQ à la critique des théories épistémologiques :

(a) l'interprétation des structures de la MQ en termes descriptifs soulève d'immenses problèmes.
(b) les lois d'évolution de la MQ, qui portent sur des symboles permettent d'évaluer une probabilité des phénomènes, et non pas directement ces derniers.

Il a été avancé pour contrer ces écueils, bien des tentatives d'explication. La plus connue reste celle qui fait appel aux variables cachées non-locales. Mais il y en a eu d'autres, dont l'hypothèse de perturbation de l'appareil de mesure avec le système analysé. Du point de vue structuraliste, le principe de correspondance à la sauce bohrienne a également été sorti du placard, principe de correspondance qui affirme une forme de pérennité des concepts dans toute entreprise épistémologique, MQ inclue. Mais ce principe ne devant être perçu qu'en tant que contrainte communicationnelle, il se prête très mal à jouer le rôle d'instrument pour la défense du réalisme.

Concentrons-nous maintenant sur le structuralisme et, plus spécifiquement, puisque tu me dis en être proche, de M. D'espagnat. Contre la sous-détermination des théories, il affirme l'existence d'invariants dans toute théorie ontologiquement interprétable compatible avec les prédictions de la MQ. L'idée maîtresse est que si un reflet structural d'une réalité peut être identifié, il ne peut qu'être invariant au coeur des différentes voies d'approches de cette réalité. De là à admettre que, face à un invariant, on soit en face du reflet du réel, il n'y a qu'un pas. Mais ce pas ne doit pas être franchi trop rapidement, et c'est là je crois l'une des critiques les plus fortes que l'on puisse faire à l'encontre des invariants structurels en tant qu'image certaine d'un réel indépendant. Si un invariant est une condition nécessaire à l'idée de réel métaphysique, elle n'en est pas moins non suffisante. Un invariant n'est ce qu'il est, invariant, que relativement à un arrière-plan contextuel. Félix Klein dit : "Parler d'un invariant n'a aucun sens aussi longtemps qu'on n'a pas précisé de quel groupe de transformations il est l'invariant". C'est mécanique : une invariance est toujours une invariance de quelque chose. En somme, l'invariant pointe autant vers le contexte qui permet son appréhension que vers une réalité pré-structurée. La reconnaissance d'un invariant n'est donc qu'une étape, un indice si l'on préfère, vers l'idée d'un réel indépendant, mais non pas une preuve.

Mais un deuxième problème se fait jour : les invariants structuraux sont, pour l'essentiels, négatifs. Pour l'essentiel, ils montrent qu'aucune théorie interprétable de manière [a,b,c...] ne sera jamais compatible avec la MQ. Peut-on alors en déduire que le réel visé se définit par contraste avec tout ce dont on sait qu'il n'est pas ( [...,x,y,z] ) ? Oui, si l'on considère une intelligibilité minimal de la réalité, autrement dit que l'on accepte l'exhaustivité de l'intelligible, le principe du tiers-exclus. Mais lorsque l'on parle d'une entité théorique aussi métaphysique qu'est le réel, peut-on si légèrement abandonner l'idée que le réel n'obéit pas à ce principe, que le réel est ce pantè aporeton de Damascius, autrement dit que le réel ne se construit pas par l'ensemble fini [a,...,z] ?

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  AntiSubjectiviste le Jeu 16 Mar 2017 - 17:25

Crosswind a écrit:La reconnaissance d'un invariant n'est donc qu'une étape, un indice si l'on préfère, vers l'idée d'un réel indépendant, mais non pas une preuve.
Ça dépend du l'opération sous laquelle l'invariant est invariant. Si l'opération est "changer de théorie tout en rendant compte de l'expérience" (qui est l'opération exprimant la sous-détermination de l'expérience), alors les invariants correspondants semblent, philosophiquement, plutôt solidement proches de la vérité. (Y a pas de preuve de cela car la notion même de preuve est absente en sciences.)

Crosswind a écrit:Mais un deuxième problème se fait jour : les invariants structuraux sont, pour l'essentiels, négatifs.
Je devine que les "invariants structuraux" auxquels tu penses sont analogues à, par exemple, l'affirmation qu'aucune théorie à variables cachées locales ne peut être compatible avec la MQ. On pourrait voir ça comme un invariant structural, en tordant un peu les mots... Mais il y a plus simple. Les équations de la MQ directement connectées à l'expérience sont des relations logico-mathématiques entre leurs constituants. Or, ces équations sont présentes dans toute interprétation de la MQ rendant compte de l'expérience, donc résistent au changement de théorie. Ces relations-là n'ont rien de négatif. On peut alors défendre l'idée qu'elles correspondent à des relations réelles dans la nature.

La nouveauté est qu'il faut inclure l'"observateur" parmi les relatés, mais comme il ne s'agit pas d'un sujet doué d'intentionnalité, cela ne pose pas vraiment de problème.

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Crosswind le Ven 17 Mar 2017 - 16:06

AntiSubjectiviste a écrit: [...] alors les invariants correspondants semblent, philosophiquement, plutôt solidement proches de la vérité.

Je rejoins ton point de vue, en prenant cependant bien garde à préciser que la vérité se place dans ce cas autant du côté "sujet" que du côté "objet".

Merci pour l'utile rappel concernant la preuve et la démonstration, en sciences.

AntiSubjectiviste a écrit: [...] Mais il y a plus simple. Les équations de la MQ directement connectées à l'expérience sont des relations logico-mathématiques entre leurs constituants. Or, ces équations sont présentes dans toute interprétation de la MQ rendant compte de l'expérience, donc résistent au changement de théorie. Ces relations-là n'ont rien de négatif. On peut alors défendre l'idée qu'elles correspondent à des relations réelles dans la nature.

La nouveauté est qu'il faut inclure l'"observateur" parmi les relatés, mais comme il ne s'agit pas d'un sujet doué d'intentionnalité, cela ne pose pas vraiment de problème.

Sur ce point, deux questions : (1) que sont les constituants dont tu parles (systèmes observés, appareils de mesure) ? ; (2) de quel observateur parles-tu, sachant que je suis prêt à entendre le corps humain en tant qu'observateur, et quelle plus-value cet observateur apporte-t-il au structuralisme *?

* Il est toujours possible de trouver une relation mathématique commune au sein d'ensembles théoriques variés au cours des âges. L'égalité, la somme, la différence, pour ne citer qu'elles. Sont-ce pour autant des relations fiables pour élaborer une philosophie du réel, fût-il voilé ?

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  AntiSubjectiviste le Sam 18 Mar 2017 - 3:21

Crosswind a écrit:(1) que sont les constituants dont tu parles (systèmes observés, appareils de mesure) ?
Je parle des constituants des équations : fonctions d'état, observable, hamiltonien, etc. C'est donc très concret. Vient ensuite la question de savoir si chacun de ces constituants correspond réellement à une entité ontique dans la réalité et là ma réponse est "on ne peut pas le savoir" (structuralisme épistémique, donc). Par contre, l'équation saisit réellement une relation existant dans la réalité.

Crosswind a écrit:(2) de quel observateur parles-tu, sachant que je suis prêt à entendre le corps humain en tant qu'observateur, et quelle plus-value cet observateur apporte-t-il au structuralisme *?
En fait je parle plutôt d'inclure le contexte d'observation, et pas vraiment un observateur. Je pourrais tout aussi bien parler du contexte d'interaction entre le système étudié et son environnement. Il s'agit de rendre compte de l'impossibilité de décrire un système indépendamment de son environnement.

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Kercoz le Sam 18 Mar 2017 - 8:54

Crosswind a écrit:
Concentrons-nous maintenant sur le structuralisme (....) L'idée maîtresse est que si un reflet structural d'une réalité peut être identifié, il ne peut qu'être invariant au coeur des différentes voies d'approches de cette réalité. De là à admettre que, face à un invariant, on soit en face du reflet du réel, il n'y a qu'un pas. Mais ce pas ne doit pas être franchi trop rapidement, et c'est là je crois l'une des critiques les plus fortes que l'on puisse faire à l'encontre des invariants structurels en tant qu'image certaine d'un réel indépendant. Si un invariant est une condition nécessaire à l'idée de réel métaphysique, elle n'en est pas moins non suffisante. Un invariant n'est ce qu'il est, invariant, que relativement à un arrière-plan contextuel. Félix Klein dit : "Parler d'un invariant n'a aucun sens aussi longtemps qu'on n'a pas précisé de quel groupe de transformations il est l'invariant". C'est mécanique : une invariance est toujours une invariance de quelque chose. En somme, l'invariant pointe autant vers le contexte qui permet son appréhension que vers une réalité pré-structurée. La reconnaissance d'un invariant n'est donc qu'une étape, un indice si l'on préfère, vers l'idée d'un réel indépendant, mais non pas une preuve.

Mais un deuxième problème se fait jour : les invariants structuraux sont, pour l'essentiels, négatifs.

Vous avez là, toi et A.S. un échange vraiment pointu et passionnant, même si je n' ai pas le niveau suffisant pour vous suivre sur tout.
Pourquoi donc les invariants structuraux seraient ils négatifs.
Pour ma part je m' appuie plutôt sur la th. du Chaos pour argumenter pour un structuralisme.
Pour les invariants, je vais prendre un exemple ( qu' on peut juger faux, mais qui reste un exemple): La structure des groupes humains optimisés . Structure morcelé auto-organisé.
L' invariant sera l' inhibition de l' agressivité permettant la structuration . Un outil
A l' intérieur du groupe cet outil est constitué par des RITES ( inconscient) chargés de gérer les comportements.
A l' exterieur du groupe, donc pour la gestion des interactions entre groupe, cette inhibition se fera par des RITUELS ( conscients)
Rite et rituel sont des invariants par leur destination ( inhiber l' agressivité) . Ils sont similaires sans être identiques. Différence et indifférente que l' on retrouve dans l' aspect fractal des systèmes.

Dans cet échange :
""""""" Crosswind a écrit:
(1) que sont les constituants dont tu parles (systèmes observés, appareils de mesure) ?


Je parle des constituants des équations : fonctions d'état, observable, hamiltonien, etc. C'est donc très concret. Vient ensuite la question de savoir si chacun de ces constituants correspond réellement à une entité ontique dans la réalité et là ma réponse est "on ne peut pas le savoir" (structuralisme épistémique, donc). Par contre, l'équation saisit réellement une relation existant dans la réalité.""""""""""

Par ontique, je suppose que tu veux dire "mesurable" ....
De fait, ce reproche que l' on fait de ne pouvoir utiliser des sciences "dures" pour traiter des sciences dites "molles" n' est pas pertinent pour les sciences humaines sociétales, économiques. Certe on ne peut mesurer l' affect qui gère ces structures, mais de toutes les façons, ces précisions quantitatives ne servent que peu dans ces modélisations complexes. L' intéret des systèmes dynamiques c'est justement l' inutilité" de tenter de suivre ces équations , mais d'accéder quand même à des résultats par les attracteurs.
La précision de la modélisation n'aurait d' intéret ( de façon toute intuitive) que pour approcher les limites de l' attracteur et/ou sa qualité d'attraction ( pente)

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

Message  Crosswind le Sam 18 Mar 2017 - 13:04

AntiSubjectiviste a écrit:
Je parle des constituants des équations : fonctions d'état, observable, hamiltonien, etc. C'est donc très concret. Vient ensuite la question de savoir si chacun de ces constituants correspond réellement à une entité  ontique dans la réalité et là ma réponse est "on ne peut pas le savoir" (structuralisme épistémique, donc). Par contre, l'équation saisit réellement une relation existant dans la réalité.

Je présume que le terme ontique est ici à prendre en tant que synonyme d'ontologique, et que par conséquent sont visées ici d'hypothétiques entités matérielles dotées de propriétés spécifiques aptes à engendrer des lois descriptives que nous connaissons. Mais si tu ne portes pas de jugement quant à ces entités ontiques -- ce qui est également mon cas -- il apparaît clairement que le poids du réel se reporte par toi sur la traduction physico-mathématique des règles, affirmées réelles au sens ontologique et plus seulement au sens objectif fort, que paraissent suivre les phénomènes dans leurs divers enchaînements. En somme, les structures reflètent le vrai, peu importe les entités que l'on y place. Par métaphore, j'imagine une grande boîte transparente dotée d'un certain nombre d'entrées et de sorties, dont l'intérieur se compose d'un réseau x-dimensionnel complexe de tuyaux divers et variés tout aussi transparents, accrochée au bras d'une centrifugeuse transparente dont la vitesse de rotation est elle-même dépendante de la valeur de sortie d'un assemblage similaire situé en amont. Considérant l'introduction dans ce genre de machine d'objets différenciés du point de vue des formes mais identiques du point de vue de leurs qualités, les comportements de ces objets ne seront pas liés à leurs formes, mais bien aux structures transparentes dans lesquelles ils se meuvent, et qui obéissent aux lois résultant de l'ensemble de la structure formée, et de l'impulsion initiale (où l'on reconnaît la trace de la métaphysique).

Si l'idée d'un réalisme des structures se défend bien dans le cadre des problèmes de la MQ, elle ne s'en trouve pas moins encore et toujours confinée au rôle de postulat aussi longtemps que les invariants structurels, témoins nécessaires pour peu que nous pensons appréhender une forme de réalité, n'en restent pas moins non-suffisants. J'ai déjà avancé cette remarque : les invariants peuvent tout autant être le reflet d'un réel-en-soi que le reflet d'un contexte épistémologique. Tu le mentionnes d'ailleurs à demi-mots dans ta réponse :

AntiSubjectiviste a écrit:Ça dépend du l'opération sous laquelle l'invariant est invariant. Si l'opération est "changer de théorie tout en rendant compte de l'expérience" (qui est l'opération exprimant la sous-détermination de l'expérience), alors les invariants correspondants semblent, philosophiquement, plutôt solidement proches de la vérité.

D'évidence, les invariants d'une théorie à l'autre (invariants que Kuhn ne reconnaissait pas)  tendent à nous montrer l'accès vers une forme de stabilité, de vérité. Mais cette vérité peut tout aussi bien être reconnue du côté sujet que du côté objet. Et je me doute que c'est pour cette raison que tu défends un monisme, et l'idée d'un observateur ni-objet, ni-sujet. Mais à ce stade je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi ton idée.


Crosswind a écrit:
En fait je parle plutôt d'inclure le contexte d'observation, et pas vraiment un observateur. Je pourrais tout aussi bien parler du contexte d'interaction entre le système étudié et son environnement. Il s'agit de rendre compte de l'impossibilité de décrire un système indépendamment de son environnement.

J'ai relu attentivement tes précédentes interventions, qui concernaient l'idée d'un observateur différencié de l'opposition classique sujet-objet, et ai tenté d'en établir une sorte de synthèse en me servant de mes propres connaissances. La meilleure accointance qui s'est fait jour entre cette idée tierce et la mécanique quantique, c'est le problème de la mesure. Prenons une observable, dont on connaît deux résultats possibles, typiquement 0 et 1, donc deux vecteurs propres associés. Les vecteurs |0> et |1>. Ces vecteurs ne représentent pas les seuls états accessibles au système de sorte qu'en multipliant chacun d'entre eux par un coefficient complexe, puis en faisant leur somme vectorielle dans un espace mathématique donné (Hilbert), on se retrouve avec un vecteur d'état global du système (psi), "photographié" à un moment donné. Pris comme tel, cet état global peut se voir interprété en tant que l'ensemble des états intermédiaires potentiels compris entre 0 et 1. Or manifestement la mesure ne nous donnera que 0 et 1.

Lorsqu'il s'agit ensuite de calculer l'évolution dans le temps de ce vecteur global, les règles sont parfaitement déterministes et obéissent à l'équation d'évolution de Schrödinger. D'un vecteur d'état "psi t1" donné, caractérisé par la somme vectorielle des vecteurs propres multipliés par les coefficients, on se retrouve avec un état "psi t2", doté d'une somme vectorielle des vecteurs propres multipliés par d'autres coefficients. Mais jusque là l'état du système n'est ni 0 ni 1. Ce n'est que lorsqu'on lira le résultat que, de l'état "psi T1", l'état du système passera à l'état |0> ou |1>. Ce passage se fait de manière complètement acausale. Rien d'autre que l'observation pour déterminer si le chat est mort ou vivant. Ce n'est que le constat plat et simple d'une valeur à un moment déterminé qui fait passer l'état du système d'une potentialité à l'évolution déterminée, à un état unique, base pour de nouveaux calculs.

Il a été envisagé d'introduire au sein du vecteur d'état l'appareil de mesure, puisque cet appareil était soupçonné d'interagir avec ce qui semblait être mesuré. Mais il s'est rapidement avéré que la régression s'imposait à l'infini, et qu'il fallait, en définitive, toujours s'en remettre au constat platement conscient du résultat pour faire passer le vecteur d'état du système global, fut-il gigantesque et engloutir l'univers entiers, à une valeur observée. C'est le fameux postulat de projection.

Dans ce cadre je me demande donc où tu places l'observateur qui n'est ni objet, ni sujet ? De plus, je m'interroge, toujours suite aux relectures, sur la manière dont tu traduis dans ta philosophie les concepts d'objets et de sujets, au sein d'un monisme.

Car si je récapitule bien, tu défends un monisme, un réalisme, la suspension du jugement quant aux réalités ontologiques d'objet et de sujet tout en avançant un réalisme structural qui inscrit sa force, semble-t-il, dans l'acte même de la mesure.

En quelque sorte, AS, si je dois suivre logiquement l'ensemble des données que tu me fournis, ne tenterais-tu pas d'inclure d'une manière ou d'une autre le problème de la mesure dans ton réalisme en ce qu'elle pourrait se voir interprétée comme trace indirecte du monisme que tu prônes ?

En cela tu serais en effet extrêmement proche de D'espagnat.

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Re: Etienne Klein contre le relativisme (+ épistémologie du connaître scientifique)

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