Trop-plein de la rationalité

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Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Ven 27 Jan 2017 - 17:23

Dans certains de mes derniers messages, j'ai pu évoquer vaguement ce que je qualifierai en quelque sorte d'hyperrationalisme absurde. C'est une notion par laquelle je veux désigner tout ce qui comporte une finalité qui ne se donne qu'elle-même : c'est-à-dire une logique catégorique qui n'existe que par son caractère définitoire, qui est donc une causalité téléologique qui n'a pour but que sa propre fin. En d'autres termes, c'est une logique d'un non-sens absolu car trop plein de sens, elle explose par son sens et s'écroule sous son propre poids. En gros, c'est le cas de l'intelligibilité des phénomènes dans la représentation qui n'offre tautologiquement que leur propre finitude infinie : autrement dit, la Volonté. La Volonté est précisément ce qui donne la représentation, et qui est l'origine de la course des phénomènes à la concrétude. Tous les phénomènes aspirant à cette concrétude, une sorte de néguentropie, font que les choses existent absolument telles qu'elles sont. Cette causalité est intelligible dans la représentation par le biais, naturellement, du sujet connaissant, lui-même l'aboutissement le plus éminemment de l'aspiration à la concrétude, c'est-à-dire à la réalisation de la Volonté ; selon les termes de Schopenhauer : le degré d'objectivation le plus haut. Pour en venir là où je veux en venir : cette causalité, cette concrétude qui s'offrent tautologiquement, n'appellent pas d'instance supérieure pour justifier leur existence, parce que précisément elles se comprennent par une intelligibilité propre : ce que Schopenhauer appelle le principe de raison suffisante. Donc, cette causalité, qui ne s'explique que par sa finalité, est infiniment causale, ce qui signifie qu'elle est une finalité sans fin. La rationalité peut donc être irrationnelle et absurde !
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Ven 27 Jan 2017 - 17:58

Tu parles de serpent qui se mord la queue, et finalement de superstition rationale ? (façon de se donner du pouvoir)
Cette circularité est-elle seulement schopenhauerienne ?
N'est-elle pas le fait de tout système, y compris empirique comme notre économisme ?
Mais Schopenhauer, avec sa volonté, ne pose-t-il précisément pas ce-qui-échappe-à-toute-raison ?
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Ven 27 Jan 2017 - 18:21

Sur ce que tu appelles les superstitions rationales, on retrouve là l'absurdité de l'hyperrationalisme : une utilisation de la raison d'une telle façon qu'elle n'est plus rationnelle. Aussi, bien entendu, je parle au nom de la subjectivité humaine.
Spinoza est un précurseur de Schopenhauer, mais l'en-soi qui se donne par-soi, la substance transcendantale spinozienne, est précisément une représentation qui s'offre par le biais de. C'est-à-dire que c'est un en-soi qui se donne non pas par-soi, mais pour-moi et par-moi. Du reste, peut-on dire qu'une circularité est un infini, et inversement ? Je ne sais pas. Je penserai plutôt que la circularité est une infinitude qui se limite par sa forme ; c'est, en quelque sorte, une infinitude finie, ce qui n'est pas le cas de l'absurdité de la rationalité représentationnelle qui est une constante s'assimilant plutôt à une droite (aux sens mathématiques et géométrique).
La substance intime de la Volonté, son motif intérieur, n'échappe pas à la raison : elle n'en a tout simplement pas, elle est intrinsèquement absurde et irrationnelle. La représentation, en tant que son reflet, n'est intelligible que dans la mesure où son intellection est nécessaire à la perpétuation de la Volonté : elle doit se comprendre pour survivre à elle-même.
En bref, tout ce que je veux dire par là, c'est que cette rationalité donne la nausée ; l'homme, comme une oie, est gavé par les phénomènes et le fait que le monde marche si bien, et il est le seul à pouvoir s'en rendre compte. Chez Schopenhauer il n'y a pas un désordre inhérent à l'univers, il y a un trop-plein d'ordre. Parce qu'il n'y a rien d'irrationnel à un Vouloir absolu qui ne désire que sa propre essence, mais en même temps, il n'y a rien non plus de rationnel. C'est une aporie, quoi.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Ven 27 Jan 2017 - 18:49

Après l'infinitude ?
Blague à part, il est vrai que ce monde comme volonté, schopenhaueriennement, se donne tout purement, comme un flocon de neige ententif merveilleux et unique. C'est justement ce que je signalais voilà longtemps à ton endroit, dans je ne sais plus quel topic, quand je disais que ça tenait des postulats invérifiables, pour ainsi dire des intuitions mystiques, là pour donner le change et, à tout le moins, l'impression d'y entendre quelque chose.
Tu m'avais alors répondu que beaucoup de philosophes procédaient ainsi.
Oui, mais non : la volonté schopenhauerienne se donne semble-t-il pour raison sans raison (suffisante, comme tu dis, causalité d'elle-même, finalité sans fin). Même Dieu, convoque ceci et cela, pour se justifier, quand bien même peu convaincant sans foi.
Mais alors, la volonté schopenhauerienne souffre elle-même du reproche d'anthropomorphisme : c'est mon expérience psychologique de la volition, que je généralise, avec sa volonté - non ? ... Où ma boutade initiale a du sens pourtant : Quentin Meillassoux dit que le pouvoir-être-autre ou ne-pas-être, est le seul absolu logique.
A partir de quoi, cette volonté se donne précisément pour tel absolu (et, accessoirement, QM réinvente la poudre en osant l'attaquer en trois lignes).
Mais enfin, c'est de l'animisme rational (CQFD), par quoi tu peux parler de "trop-plein de rationalité" comme en trop-plein d'âme, le cœur gros.


EDIT: en même temps, ce n'était métaphysiquement pas con, de ce que la volition (sous forme d'instinct, pulsion, motion, émotion, sentiment, etc.) se donne pour bass de nos vies. Fondement harmonique.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Ven 27 Jan 2017 - 18:54

Malcolm a écrit:Oui, mais non : la volonté schopenhauerienne se donne semble-t-il pour raison sans raison (suffisante, comme tu dis, causalité d'elle-même, finalité sans fin). Même Dieu, convoque ceci et cela, pour se justifier, quand bien même peu convaincant sans foi.
Mais alors, la volonté schopenhauerienne souffre elle-même du reproche d'anthropomorphisme : c'est mon expérience psychologique de la volition, que je généralise, avec sa volonté - non ?

Oui, mais la différence c'est que Dieu peut convoquer : c'est l'être rationnel par excellence, qui agit sous le coup de causes et de buts. Pour ce qui est de la Volonté, irrationalité inhérente oblige, le pourquoi ? ne se pose pas : la question présuppose une rationalité. L'expérience personnelle de la volition est la clef de voûte de tout le système schopenhauérien, car la Volonté est ce qui s'expérience, s'intuitionne immédiatement. Il ne faut pas la comprendre comme quelque chose de prouvable, scientifiquement, comme je te l'avais effectivement reproché. J'ai bien l'impression, malgré que je ne sois pas du tout physicien, qu'il y a quelque chose qui sous-tend, entropiquement et néguentropiquement, l'univers, qui meut et démeut absolument. Cette projection du vouloir subjectif n'est pas idiot, et fait sens dans le système schopenhauérien, car "ma" connaissance est ce qui lie et délie tous les objets de la perception : en gros, si je me projette, c'est avec cohérence, car tout l'univers est ma projection.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Ven 27 Jan 2017 - 19:00

D'où mon EDIT.
Mais est-il ta projection, ou bien es-tu la projection de cette volonté ? La conjonction de coordination et, dans le Monde comme ... est éloquente : additive, juxtapositive, où la volonté donc, appert comme en-soi nouménal, tout-autre, absolu, ne sachant tenir de ta projection. Ontologie radicale et efflorescente ès représentations, agissant de façon pré-new age comme actrices de la conscientisation de la volonté par elle-même, de la compréhension de la volonté par elle-même - et possiblement de son anéantissement grâce à l'ascèse.

Mais je suis tout à fait d'accord : ça n'est métaphysiquement pas con et, somme toute, "il faut bien" sentir une fermeté çà ou là pour vivre, non ?
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Ven 27 Jan 2017 - 19:12

Malcolm a écrit:Mais est-il ta projection, ou bien es-tu la projection de cette volonté ?

Les deux ? *Lol* Le titre du Monde comme volonté et représentation est trompeur. Il n'y a pas de distinction essentielle entre la représentation et la Volonté, au contraire, tout est Volonté. Savoir si l'univers est ma projection importe peu. C'est pour cette raison que Schopenhauer n'est pas tant idéaliste que ça, car tout existe, même la représentation qui est une Volonté conscientisée rationnellement irrationnellement. D'ailleurs, la compréhension de la Volonté par elle-même n'est pas le chemin menant nécessairement à sa négation propre, mais plutôt une des conditions y menant ; c'est bien l'appréhension de l'absurdité de la Volonté qui dépêche à son abnégation. Et cette absurdité, c'est précisément le sujet de mon topic : le trop-plein de la rationalité.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Sam 28 Jan 2017 - 11:47

D'accord, d'accord. Quant à ton développement, nous avons déjà (pas forcément avec toi) un tel débat sur le forum, mais je ne faisais que tirer les conséquences de ce que tu laissais entendre. D'ailleurs, j'ai moi-même oublié le cumulatif dans le et, indistinct, encore que l'additif le suggère. Bref : une aporie, oui.

A 40min, cette vidéo apporte son espèce de réponse dérationnelle.


EDIT: au reste, je me demandais s'il n'y avait pas de façon latente une critique du rationalisme moderne, dans ton propos centré sur Schopenhauer pourtant.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Sam 28 Jan 2017 - 11:57

Oui, dans le prolongement du rationalisme cartésien jusqu'au scientisme, qui savent tout expliquer sauf eux-mêmes.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Sam 28 Jan 2017 - 12:36

Eh oui, Jésus n'était pas chrétien.
Tant de rationalité manque de généalogie (Nietzsche), de psychanalyse (Freud), de schizo-analyse (Guattari-Deleuze), d'archéologie (Foucauld) et de déconstruction (Derrida), sans parler de toute la pragmatique linguistique, de W. James à D. Mainguenau, en passant par J. Austin.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kal' le Sam 28 Jan 2017 - 15:03

De généalogie, oui, de psychanalyse, oui, de schizo-analyse, pourquoi pas, d'archéologie, non, et de déconstruction, encore moins. Les postmodernes sont des rationalistes par excellence. Ils déconstruisent parce qu'ils pensent justement qu'il y a quelque chose à comprendre. Les éléments du tout, calculables et analysables entre eux, n'indiquent rien si ce n'est leurs effets en acte et en puissance sur les autres phénomènes. La science est précisément le domaine d'étude des relations interphénoménales ; au sens kantien, c'est une série de jugements analytiques, tandis que la philosophie est synthétique. Déconstruire, douter infructueusement, et faire des acquis des concepts coupe court à l'intuition de la Volonté. Ces gens-là ne connaissent pas la nécessité.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Sam 28 Jan 2017 - 16:02

Tu as raison :twisted:

EDIT: Ceci dit, sur le principe, archéologie et déconstruction ont une "puissance" (part maudite, G. Bataille) de l'acabit de QM. "Trop-plein", c'est dire que la soupape siffle, et que la cocotte menace d'exploser.
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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Kercoz le Sam 28 Jan 2017 - 17:16

Malcolm a écrit:Tu as raison :twisted:

EDIT: Ceci dit, sur le principe, archéologie et déconstruction ont une "puissance" (part maudite, G. Bataille) de l'acabit de QM. "Trop-plein", c'est dire que la soupape siffle, et que la cocotte menace d'exploser.

Du concept de " la part maudite", j' avais retenu autre chose. Je pensais que Bataille, comme pour "la part des anges" voulait dire que le vivant ne pouvait survivre que dans un système " ouvert", que le gâchis était nécessaire et vertueux . Le trop plein est nécessaire pour d'autres acteurs des boucles trophiques.
On peut retrouver ce concept en économie ( ou critique de l' économisme) quand un des papes de cette discipline J.B. Say , dit que l'énergie et les matières premières doivent être considérés comme gratuits et infinis et ne font pas partie des bases théoriques de l' économie.

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Re: Trop-plein de la rationalité

Message  Malcolm le Sam 28 Jan 2017 - 19:59

Tu as raison Kercoz, mais cette part est précisément maudite, de ce qu'on voudrait l'ignorer/la dénier ; et assimilable à la puissance, précisément de ce qu'elle déborde, de ce qu'elle fait "tout trembler".

Soit : un système clos. La part maudite le fait péter, ou s'en échappe toujours.
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Re: Trop-plein de la rationalité

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