La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

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La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Lun 13 Fév 2017 - 15:47

Le behaviorisme, ou comportementalisme, est cette psychologie de base qui, vieille comme le monde, s'en tient aux faits : le feu est rouge, je te tape si tu passes ; il est vert, je te laisse passer. En aucun cas le behaviorisme n'oserait se mêler de "ce qui se passe là-haut" : trop compliqué pour lui ...

Et pourtant, depuis qu'Edward Bernays, neveu de Freud, se servit des découvertes de tonton pour faire du marketing/de la mercatique, on ne se lasse plus d'investir les in/consciences. Ceci étant, l'objectif recherché étant toujours binairement constatable (achète/achète pas), tous les services que rendirent les psychanalyses et autres psychologies, sociologies, psychologies sociales, sociobiologies, etc. (toutes les sciences servant à nous comprendre, comprendre notre fonctionnement, comme Hommes), finissent ainsi : en comportementalisme.

Une façon hyper-réductionniste d'exploiter le savoir, qui n'est certes pas propre à la publicité, mais à tous les verrouillages (brevets, harcèlements, espionnages industriels, etc.) de nos mondes économiques. A la fin : seule l'application mercatique (neomanagement) compte, le reste ne vaudrait rien, de ce qu'il ne permet pas d'opérer de plus-value dans l'immédiat, de telle sorte que plus rien ne flue que des flux financiers, et le réel (y compris économique) s'enferre dans les rets de ses propres contradictions, idéologiques ou autres.

Or, au jeu de ses contradictions, et de façon assez chaotique (ochlocratique), la publicité (la comm', les campagnes) produit autant de propagandes post-nazies, afin d'entreprendre un vaste conditionnement behavioriste : achète/achète pas, vote pour moi/vote pas pour moi, etc. Des zéros et des uns, voilà, programmatiquement, informatiquement, numériquement, mais indépendamment de toute pluralité, multiplicité et autre simplexité, du vécu humain. Et pourtant, cette binarité doit servir les humains ... ou bien des humains ... bref : ces humains qui s'en servent potentiairement. A la fin, la garantie du succès ou de l'échec se (dé)compte (en banque). Bingo ? *Lol*

De telle sorte donc, que la publicité, comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste, fonctionne aussi bien comme harcèlement moral, et je voudrais porter plainte contre sa sur-saturation de ma rue, de mon canal audiovisuel et de ma page Internet : contre sa sur-saturation de mon espace public, contre sa sur-saturation des circuits que j'emprunte, où leur colonisation dépossède privativement le public de soi-même comme public. A ce jeu d'ailleurs, il est édifiant de noter qu'au XIXème siècle encore, la publicité désignait bien l'espace public, et non la publication d'annonces privatives à caractère lucratif. La perversion a eu lieu.

Or, comme perversion donc, elle s'impose à moi, comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste, puisque n'importe quel publicitaire (communiquant, meneur de campagne, etc.) - et évidemment celui pour qui il bosse - n'a certes pas intérêt à remettre en cause publicitairement le système par lequel il publicite, de telle sorte que plus aucun alter-discours ne puisse bien émerger. C'est d'ailleurs tout le stress de nos dirigeants devant Internet, et l'ouverture qu'il propose - pour le meilleur comme pour le pire. Et au nom du moindre pire, faudra-t-il se priver du moindre meilleur ? Se satisfaire de la médiocrité ? ... C'est tout le sens du sécuritarisme contemporain de nos médiocraties (Alain Deneault).

A la fin, vous n'avez plus qu'à vous changer en robots moins libres même que ceux qu'on nous invente actuellement, capables de mouvements édifiants. Est-on bien conscient que, pour la plupart, ce téléphone superflu à 200€ dans la poche, est plus fonctionnel que l'utilisateur lui-même, qui ne sait plus quoi faire de son temps ? Veut-on vraiment externaliser nos êtres-en-propres encore & toujours, au point de renoncer à nous mouvoir singulièrement, en laissant les machines faire cela, de ce que nos propres mouvements sembleraient "louches" pour de mauvaises raisons (entre autres, telle caméra de surveillance ou vigile là) ?

Le soft power de nos sociétés "décomplexées" est-il moins, ou plus violent, que ce bon vieux hard power de papa ? ... Quand tout m'enjoint à "me faire plaisir, me libérer, succomber à mes envies", etc. ne suis-je pas le plus sage des enfants, à effectuer langoureusement de telles (con)sommations ?

S'y soumet/Ne s'y soumet pas.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Propos le Lun 13 Fév 2017 - 19:41

Il y a une boucle de rétroaction : la publicité soumet un archétype de comportement auquel les consommateurs, par grégarisme et par culte de la marque, s'adaptent ; inversement, la publicité s'adapte à l'archétype adopté par l'ensemble des consommateurs, qui se déterminent eux-mêmes par l'archétype transmis par la marque, qui a elle aussi extrait cet archétype comportemental, c'est-à-dire les habitudes de consommation, les "envies" et les "tendances" du moment, chez les consommateurs...
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Lun 13 Fév 2017 - 21:15

Et comme ça, tout stagne en effet : le cycle parfait pour ne jamais sortir de la bourgeoisie, ou du "bourgeoisisme" (même les rebelles de la vie désormais, se snobent entre eux, quand ils passaient pour une ligne de fuite/de désir, autrefois).

A noter qu'il faut aussi avoir une définition extensive du publicitaire désormais, à l'heure où tout est mis à profit pour faire valoir/promouvoir telle idée, tel style, tel produit ou genre ou gamme de produits, etc. du JT au dernier blockbuster, en passant par la série, etc. C'est-à-dire que les managers pensent tout et n'importe quoi comme promotion de tout et n'importe quoi : ils pensent en réseau, sur la base des acquis de la sociologie. Ou, au moins, de la mémétique et autres sociophysiques.

Les sciences - et pas qu'humaines, donc, en tant qu'évidemment la biologie est convoquée pour savoir quel impact à telle couleur plutôt que telle autre sur le système nerveux, j'en passe et des meilleures, - sont mises à pied par cet harcèlement moral imposé à tout l'univers. Je me souviendrai toujours de ce morceau de musique insipide mais "dans l'air du temps", que j'ai eu "le bonheur" d'entendre dans la même semaine : 1. sur la bande annonce d'un film au cinéma, 2. sur une publicité télévisuelle, 3. dans la caisse d'un type écoutant la radio à fond les ballons.

Soit donc : cela faisait un mois ou deux grand maximum, que des communiquants s'étaient déjà décidés à nous l'infliger globalement.
Il y a des trusts "culturels" pour créer un présentisme général, avec des airs de futurisme évidemment, tandis que cela - à sa sortie - tient déjà du passéisme, puisqu'ils nous préparent les mois prochains. Sans parler de projections à moyen-terme, pour N projets. Tu m'étonnes qu'après ça, certains délirent du complotisme : tout ce monde-là conspire à nous conditionner ...

... à nous conditionner bourgeoisement. Or il doit bien y en avoir pour avoir des idées à plus long terme, encore que le temps plus long soit toujours moins gérable : on ne sait pas de quoi [après-]demain sera fait.

Bref.

Dans l'immédiat, il y a harcèlement moral, crime psychique contre l'humanité, etc. en toute bonne conscience ! *Lol*


Voir aussi, sur Trump.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 8:54

Kalos a écrit:Il y a une boucle de rétroaction : la publicité soumet un archétype de comportement auquel les consommateurs, par grégarisme et par culte de la marque, s'adaptent ; inversement, la publicité s'adapte à l'archétype adopté par l'ensemble des consommateurs, qui se déterminent eux-mêmes par l'archétype transmis par la marque, qui a elle aussi extrait cet archétype comportemental, c'est-à-dire les habitudes de consommation, les "envies" et les "tendances" du moment, chez les consommateurs...

Cette présentation  serait exacte si elle n' effaçait pas le rôle déterminant d' une volonté exogène. Cette boucle de rétroaction n' est pas neutre, auto organisée. Elle est "dirigée", non de façon finaliste mais plutôt opportuniste pour servir les intérèts d' un "pouvoir" ( au sens de De Jouvenel).
Les "envies" , les " tendances" sont provoquées. Pour ce faire, elles ne sont pas "créées" mais boostées.
On peut aussi remarquer que ces "manipulations" concernent des besoins ou plaisirs naturels habituellement auto-régulés par leur nécessité réelle et leur difficulté d'accès ( sucre).

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Mar 14 Fév 2017 - 9:44

Ce qu'Henri Lefebvre nomme société bureaucratique à consommation dirigée.
De toutes évidences, la bureaucratie n'est pas qu'institutionnelle, mais toutes les grandes agences entrepreneuriales se sont dotées de grosses administrations, quittes à sous-traiter avec un bureau d'études : ça ne fait jamais qu'externaliser/flexibiliser la tâche/les coûts.

Voir alors : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1621-genealogie-des-marches

Mais nous parlons ici de psychisme.
Il y a trouble, atteinte à l'intégrité des besoins/envies des personnes.
Criminalité.
Creusons-là.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 10:04

Malcolm a écrit:
Mais nous parlons ici de psychisme.
Il y a trouble, atteinte à l'intégrité des besoins/envies des personnes.
Criminalité.
Creusons-là.

Cette atteinte à l' intégrité des individus ne peut se creuser sans s' intéresser aux comportements. Il me semble qu'on ne peut comprendre ces comportements et leur manipulation qu'en se penchant sur leurs causalités. Ces causes ne peuvent , à mon avis, provenir que des infrastructures sociétales. Sur l' individus, on voit bien que les possibilités de rétroaction corrective ne sont pas efficaces ( embonpoint statistique). L' efficacité de l' auto correction est tres faible t de plus, nécessite un maximum d'énergie et d'attention de l' individu, qui lui manquera ailleurs.
Le productivisme et le consumérisme ne sont pas des caractères culturels incontournables ni mêmes fréquents, historiquement. Il est donc possible d'en rechercher les causes ( sinon "La " cause).

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Mar 14 Fév 2017 - 10:25

Non. Dans l'immédiat, par rapport au sujet, et par rapport d'ailleurs aux symptômes que tu dis en plus des autres, il est plutôt surprenant que nos mesures sanitaires ès sécurités morales, ne se soient toujours pas levées.

A commencer par exemple, en interdisant la publicité sur mineurs : on refuse bien que le pédophile offre des bonbons à nos jeunes ; je ne vois pas pourquoi le publicitaire pourrait promettre des jouets en employant tout un armada de storyteller encore plus chiadé que l'offre pédophilique de bonbons. Sans parler de ce que des pédophiles, il y en a moins de 1 pour 100.000 habitants ; mais des publicitaires - et des publicités - infiniment plus, rebattues et rebattues sans cesse sur les ondes.

Finalement, c'est une puterie transgenre imposée à tout l'univers, sans distinction de race, d'origine, de sexe, etc. ! *Lol*

Si l'on veut, et pour te rejoindre, il y a là un complexe en psychologie sociale.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 10:58

J' entends bien que tu veuilles rester axé sur la publicité. C'est un outil essentiel (mais pas le seul) du totalitarisme démocratique tel que le présente ORWELL . En ce moment sur Fr. Culture, "chez Adèle".
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/george-orwell-what-else-24-apologie-de-la-decence-ordinaire
Pourtant, il faut remarquer qu' appréhender ces problèmes par le coté psycho -traumatique, finit souvent par une ordonnance de molécules correctives.
Personne ne se pose la question du fait que les comportements qui était assez parfaitement gérés par la "culture" doit l'être actuellement par des médicaments et un % hallucinant d'enfermements.
C'est évident qu' outre le fait d' inventer des besoins nouveaux ou de booster des besoins latents, la publicité peut manipuler les concepts de bon/mauvais, Vrai /Faux , décent/obscène ...Présenter une voiture comme "suréquipée" c'est retourner un caractère obscène en carcatère vertueux . C'est marquer l' inconscient du fait que la notion d'économie planétaire etc..c'est un mythe qui ne nous concerne pas en tant qu'individu, mais qui ne va concerner que "la majorité" dont "TU" ne fais pas partie ( celui à qui s'adresse la pub). C'est du Orwell même pas camouflé!

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Mar 14 Fév 2017 - 12:36

Tout à fait.
Mais voilà que tu es pourtant bien dans les effets psychiques de la chose : la déstabilisation quant à ce qu'il est convenu d'appeler bon sens, sens commun, common sense, common decency, etc. où, en effet, autrefois la culture - et pas seulement entre guillemets - gérait des comportements aujourd'hui criminalisés ou psychiatrisés (c'est tout comme) - Michel Foucault à l'appui, et pas que Michel Foucauld (je pense à Henry Laborit).
Or c'est la dérégulation des messages à caractère public - de cause naturellement politique - "au nom de la liberté", qui dérègle les esprits, "en vertu dudit comportementalisme", de ladite mise à pied.

Tu dis : c'est du Orwell même pas camouflé, mais la société de 1984 ne se camoufle pas non plus : elle pratique officiellement la doublepensée, celle qui ne s'affirme qu'en se reniant, et vice et versa.


Comme ça, ça a l'air mignon, mais c'est manifestement un tout petit peu ...
Merci les Inconnus. Merci Eric et Ramzy. Sans vous, on ne pourrait pas penser le phénomène.

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 14:35

Malcolm a écrit:Tout à fait.
Mais voilà que tu es pourtant bien dans les effets psychiques de la chose : la déstabilisation quant à ce qu'il est convenu d'appeler bon sens, sens commun, common sense, common decency, etc. où, en effet, autrefois la culture - et pas seulement entre guillemets - gérait des comportements aujourd'hui criminalisés ou psychiatrisés (c'est tout comme) -
....ou légalisés. Je veux dire que c'est le légiste qui se charge de gérer le comportement là ou la "culture" s'en chargeait. Ca rejoint l' opposition Légiste / Rituels
Je cite souvent ( et on me reproche cette répétition) le cas de la ministre ( qui plus est de la "Justice") qui officiait avec 2 frères en taule.
Ce qui est , du point de vue sociologique) remarquable, c'est que ça n' aurait pas pu être possible 20 ans plus tôt. Et ce n'est pas le "bon sens" qui était gestionnaire, mais une "culture", des actes de l' individu. La pluspart des cultures te rend responsable des actes de tes proches, tout comme tu évites certaines tentations, non pas pour ne pas perdre la face, mais pour ne pas la faire perdre à tes proches, voire à ton quartier.
Cette rétroaction préventive est remplacée par une rétroaction punitive et déresponsabilisante, par des textes, des règles et des matraques télescopiques.

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Mar 14 Fév 2017 - 18:12

Tu perds de vue la publicité, à te la normaliser. Et je n'aurai jamais de cesse de répéter que, voilà 50 ans, nous étions 4 milliards encore "seulement" sur Terre, 2 milliards voilà 100 ans, 1 voilà 200 ans, moins de 1 auparavant - soit donc sur des dizaines voire des centaines de milliers d'années. A partir de quoi, une culture pouvait bien t'associer à tes proches, et il faut croire que le cas de ta ministre aurait été une forme d'atavisme si on l'avait empêchée d'officier, à moins que ce ne soit ton jugement sur son cas, qui le soit (atavique).

De fait, cela fait sens, de juger par l'un l'ensemble, dans des communautés à solidarité "mécanique" (moindre division du travail social, anciennement, traditionnellement) - pour le dire à la Durkheim. Dans une communauté à solidarité "organique" (division du travail social, moderne, contemporaine), juger l'un pour l'ensemble, semble atavique donc - mais pas incompréhensible.

Vraiment, nous perdons la publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste. Car, précisément, c'est quand l'individualisation (ou individuation sociologique peu importe) offre de vivre dans des communautés à solidarité organique (dans des sociétés, donc, et non plus spécialement des communautés), que la publicité tente de s'adresser à l'intimité, en l'évidant de toute personnalité réelle. Voir alors, Jean Baudrillard, la Société de consommation, 1970, deuxième partie « Théorie de la consommation », dernière sous-partie « la Personnalisation ou la plus petite différence marginale (P.P.D.M.) » (extrait) :
PERSONNALISEZ VOUS-MÊME
VOTRE APPARTEMENT !

Cette formule « surréfléchie » (se personnaliser soi-même … en personne, etc. !) livre le fin mot de l’histoire. Ce que dit toute cette rhétorique, qui se débat dans l’impossibilité de le dire, c’est précisément qu’il n’y a personne. La « personne » en valeur absolue, avec ses traits irréductibles et son poids spécifique, telle que toute la tradition occidentale l’a forgée comme mythe organisateur du Sujet, avec ses passions, sa volonté, son caractère ou … sa banalité, cette personne est absente, morte, balayée de notre univers fonctionnel.

C’est cet être perdu [la personne, disparue] qui va se reconstituer in abstracto, par la force des signes, dans l’éventail démultiplié des différences, dans la Mercedes, dans la « petite note claire », dans mille autres signes agrégés, constellés pour recréer une individualité de synthèse, et au fond pour éclater dans l’anonymat le plus total, puisque la différence est par définition ce qui n’a pas de nom.


La production industrielle des différences

La publicité tout entière n'a pas de sens, elle ne porte que des significations. Ses significations (et les conduites auxquelles elles font appelle) ne sont jamais personnelles, elles sont toutes différentielles, elles sont toutes marginales et combinatoires. C'est-à-dire qu'elles relèvent de la production industrielle des différences par quoi se définirait, je crois, avec le plus de force le système de la consommation.

Les différences réelles qui marquaient les personne faisaient d'elles des êtres contradictoires. Les différences « personnalisantes » n'opposent plus les individus les uns aux autres, elles se hiérarchisent toutes sur une échelle indéfinie, et convergent dans des modèles, à partir desquels elles sont subtilement produites et reproduites. Si bien que se différencier, c'est précisément s'affilier à un modèle, se qualifier par références à un modèle abstrait, à une figure combinatoire de mode, et donc par là se dessaisir de toute différence réelle, de toute singularité, qui, elle, ne peut advenir que dans la relation concrète, conflictuelle, aux autres et au monde. C'est là le miracle et le tragique de la différenciation. C'est ainsi que tout le processus de consommation est commandé par la production de modèles artificiellement démultipliés (comme les marques de lessive), où la tendance monopolistique est la même que dans les autres secteurs de production. Il y a concentration monopolistique de la production des différences.

Formule absurde : monopole et différence sont logiquement incompatibles. S'ils peuvent être conjugués, c'est justement que les différences n'en sont pas, et qu'au lieu de marquer un être singulièrement, elles marquent au contraire son obéissance à un code, son intégration à une échelle mobile des valeurs.
A te faire regretter les bonnes vieilles réclames de pépé, qui ne faisaient jamais que te présenter une image avec, peut-être, un sourire, mais avant tout les traits essentiels de la marchandise - non ses traits accidentels seulement, comme aujourd'hui, alors que tout se déroule dans un pseudo-festival son-lumière psychédélique au montage.



*Lol*
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 18:30

Un truc qui m' étonne c'est le choix des signifiants pour Les solidarités "organique" versus " mécanique".
Wiki:
(((La solidarité organique a été introduite par Émile Durkheim dans son ouvrage fondateur De la division du travail social (1893). Elle décrit un type de lien social caractérisant la société moderne. Dans ce type de solidarité, la cohésion sociale est fondée sur la différenciation et sur l'interdépendance des individus entre eux que favorise la division du travail. Elle est caractéristique de sociétés qui fonctionnent autour d'une force centrifuge : qui éloigne les individus les uns des autres en encourageant les différences. Durkheim montre qu'il pourrait arriver un moment ou les différences seront trop importantes pour que la société continue à fonctionner. Il prescrit donc un renforcement des institutions publiques et communautaires (école, armée, famille, ...).)))

Tout comme pour le terme "constructivisme" que j' utilisais à contre sens, ils inversent la logique immédiate ( du moins la mienne).
Choisir le terme "mécanique" pour une construction naturelle dont on trouverait des invariants avec tout organisme vivant ( organique), me semble illogique , surtout quand on choisit le terme "organique"pour une construction inventée, fabriquée par notre espèce.
Cette inversion n'est pas gratuite, à mon sens. Elle montre l' outrecuidance de notre espèce.
Pour le terme "Atavisme", ça me cause problème. Il semble désigner la résurgence d' un caractère obsolète, dépassé, génant. Ce qui me semble procéder du même jugement de valeur pour le moins rapide.
Je dois être plus agé, mais ce basculement comportemental des années 70/2000 qui voit un processus obscène devenir à peine remarquable, m'apparait à moi tres clair. Peut être aussi mon origine sociale agro- ouvrière tres marquée par ces traditions archaïques encore fortement appuyées sur l' affect.
Ces groupes ou les gens préfèrent se suicider plutôt que de, non pas perdre la face, mais la faire perdre à leur famille, (j' en ai connu) me sont proches dans le sens ou je perçois nettement leur façon de penser.
Si la publicité poursuit le boulot de l' individualisation, je pense aussi que Mai 68 ( ou j' ai pas mal sévi) a fait de même . Inconsciemment il a fait le lit du libéralisme en abattant les derniers vestiges des structures morcelées transmises par la société encore de culture agraire ( bien dégagé derriere les oreilles) et ou les villes etaient encore une agglomération de villages. Le système, pour accroitre encore ses "gains de productivité" a besoin d' individus identiques, interchangeables, sans frein culturel.

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Propos le Mar 14 Fév 2017 - 19:19

kercoz a écrit:Cette présentation  serait exacte si elle n' effaçait pas le rôle déterminant d' une volonté exogène. Cette boucle de rétroaction n' est pas neutre, auto organisée. Elle est "dirigée", non de façon finaliste mais plutôt opportuniste pour servir les intérèts d' un "pouvoir" ( au sens de De Jouvenel).
Les "envies" , les " tendances" sont provoquées. Pour ce faire, elles ne sont pas "créées" mais boostées.
Oui, mais boostées à partir de quoi ? À partir des schémas et archétypes mentaux des consommateurs ; l'entreprise visant la plus large couche de consommateurs, elle s'adapte aux stéréotypes comportementaux et aux autres schémas et archétypes : il y a bien une boucle.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Prince' le Mar 14 Fév 2017 - 19:50

Le grand absent de vos débats, c'est incontestablement Bourdieu. Quid des mécanismes de défenses ? Dont Malcolm fait précisément preuve ici.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Malcolm le Mar 14 Fév 2017 - 19:58

Figure-toi que je l'avais bien en tête, avec ce qu'il dit de la contamination des sphères disciplinaires par des logiques qui leur sont extérieures. Mais pour les mécanismes de défense, hormis d'après ce que j'en sais de Freud, je ne connais pas la version de Bourdieu.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Kercoz le Mar 14 Fév 2017 - 20:10

[quote="Kalos"]
kercoz a écrit:

Oui, mais boostées à partir de quoi ? À partir des schémas et archétypes mentaux des consommateurs ; l'entreprise visant la plus large couche de consommateurs, elle s'adapte aux stéréotypes comportementaux et aux autres schémas et archétypes : il y a bien une boucle.

Je ne nie pas la-les boucles, ni même l' auto-organisation. Ce que j' incrimine, c'est un dévoiement. L' utilisation opportunisme par un acteur que je ne peux même pas qualifier d' exogène, mais plutôt d' endogène. Il y a émergence d' un acteur qui se sert du système auto-organisé pour ses propres intérets . C'est la thèse "organiciste" de Spencer , Durkheim etc ..
La dynamique organiciste ( qui a "réussi" chez les insectes sociaux), tente de se trouver des niches chez les espèces sociales non insectes.
Le système qui tente d' émerger me semble pervertir le potentiel "naturel" d' organiscisme. Je parle de perversion, dans le sens ou ce système, non seulement privilégie ses intérets en prenant les commandes des comportements des individus, mais n'a aucune vision à long terme. Ce faisant il menace la survie de l' espèce qu'il parasite et donc sa propre survie.
Tu dis "boosté à partir de quoi ?". J' ai donné l' exemple du sucre. Dans un environnement naturel, le sucre est rare et ne se présente pur que sous des formes comme le miel. L' utilisation culinaire de fruits suffit à satisfaire des besoins sucrés tout en valorisant des saveurs fruitées plus fines et nuancées. La technologie aidée de la publicité comsumériste nous transforme en individus gavés, inapte physiquement etc ... tout en détruisant nos capacités gustatives (mesconfiotes ne dépassent pas 30% de miel et les jeunes répugnent à y gouter)
Ce que j' appelle "boostage" c'est l' utilisation dévoyée d' un besoin latent ( potentiel) sur certains "plaisirs" basique.
Tu dis "elle s'adapte aux schémas ..etc" . je ne suis pas tout à fait d'accord. La publicité ne se satisfait pas d' une base naturelle de schéma. Ce ne serait pas assez productif. Elle crée un premier besoin en s'appuyant sur un besoin naturel primaire ( sexe, saveur, valorisation ..) , puis seulement elle va booster cette première déviance pour l' exploiter mieux.
En gros , il y a bien boucles et auto-organisation naturelle mais elle dope le processus comme avec une sorte de coke pour influer sur les comportements.

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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Prince' le Mar 14 Fév 2017 - 20:14

De mémoire, c'est dans son essai sur la télévision ; le téléspectateur s'arme contre la manipulation médiatique. C'est le rôle social du sociologue que de permettre aux humbles de se défendre, en démystifiant ce qu'est la doxa. S'ajoute le traditionnel habitus, les gens se font aux éléments de langages, mise en scène, etc.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Propos le Mar 14 Fév 2017 - 20:39

Je crois que tu fais référence à un cours au collège de France porté sur la télévision. Il n'y est pas question, si je me souviens bien - et je pense confondre avec un autre de ses cours -, de se défendre contre une quelconque manipulation médiatique mais plutôt d'expliquer le processus de contamination des sphères disciplinaires, comme dans l'exemple de la logique de l'audimat sur le champ journalistique.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Prince' le Mar 14 Fév 2017 - 21:00

Pour ne pas avoir lu/vu ses cours au CDF, à propos de la tv., je puis certifier qu'il ne s'agit pas de ça.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

Message  Propos le Mar 14 Fév 2017 - 21:08

Tu es sûr ? Parce que tu parles peut-être de Sur la télévision.
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Re: La publicité comme vaste entreprise de conditionnement behavioriste

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