Le libéralisme et Aron

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Le libéralisme et Aron

Message  Prince' le Mer 22 Fév 2017 - 21:40

Extrait de : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1787-la-vie-symptomatique-de-sartre-pour-la-france-complexee

Ce sur quoi je réponds plus particulièrement.
Dany-Robert Dufour, dans Marianne, a écrit:Si Aron a eu raison de secouer le cocotier de la révolution, du prolétariat et de faire tomber les illusions, massives à l'époque, sur le communisme réel comme totalitarisme, il n'a malheureusement pas vu qu'il risquait de créer une configuration dans laquelle allait se développer un autre totalitarisme, le néolibéralisme. Une des preuves de cette cécité est qu'il n'a pas perçu (ou n'a pas voulu voir) que l'association qu'il avait contribué à fonder à l'époque où il rédigeait l'Opium, le Congrès pour la liberté de la culture, était largement financée par la CIA à travers des fondations écrans, comme la fondation Ford.
Aron, fuyant l'Occupation, a rejoint Londres dès 1940 pour s'engager auprès de De Gaulle. Là, il rencontre le pape du néolibéralisme, Friedrich Hayek. Aron, également proche de Keynes, a sans conteste admiré le penseur autrichien en décelant dans sa pensée certaines affinités avec la sienne. L'« ordre spontané » cher à Hayek, créé par le marché, devait s'imposer de lui-même et, face à lui, il fallait surtout ne pas intervenir.
Sa volonté de ne plus distinguer anticipe l'actuelle confusion de la gauche et de la droite dans une nouvelle entité : la forme de libéralisme du tournant libéral-libertaire apparue à la fin des années 60, qui amène finalement l'ultra- et le néolibéralisme. Le libéralisme politique prôné par Aron n'a pas fait long feu devant le libéralisme économique, la mondialisation actuelle qui contourne les règles et les institutions soutenues par les Etats.

il n'a malheureusement pas vu qu'il risquait de créer une configuration dans laquelle allait se développer un autre totalitarisme, le néolibéralisme.
Je me demande bien en quoi, et de quelle manière. Aron ne se soucie pas d’économie.
Sa volonté de ne plus distinguer anticipe l'actuelle confusion de la gauche et de la droite dans une nouvelle entité : la forme de libéralisme du tournant libéral-libertaire apparue à la fin des années 60, qui amène finalement l'ultra- et le néolibéralisme.
Il reprendra plusieurs fois la phrase d’Ortega (Révolte des masses, p. 69) : « Être de gauche ou être de droite, c'est choisir une des innombrables manières qui s'offrent à l'homme d'être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d'hémiplégie morale ».
Notons qu’on parle bien de morale.
L'« ordre spontané » cher à Hayek, créé par le marché, devait s'imposer de lui-même et, face à lui, il fallait surtout ne pas intervenir.
Là encore, je me demande bien d’où sort pareille interprétation.

Ce qui impressionne Aron (à juste titre !), c’est l’analyse qu’Hayek dresse sur l’émergence du totalitarisme ; liée indissolublement au collectivisme (cf. La route de la servitude). A une époque où l’on s’interroge fortement sur « l’origine du mal ».
Aron, Liberté et égalité, p. 59 a écrit:Mais ce qu’on ne sait plus aujourd’hui dans nos démocraties, c’est où ce situe la vertu ; or les théories de la démocratie et les théories du libéralisme incluaient toujours quelque chose comme la définition du citoyen vertueux ou de la manière de vivre qui serait conforme à l’idéal de la société libre.
Le diagnostic est sobre, presque âpres.
Le libéralisme politique prôné par Aron n'a pas fait long feu devant le libéralisme économique, la mondialisation actuelle qui contourne les règles et les institutions soutenues par les Etats.
C’est le colloque Lippmann, de 1938, qui sonne le glas du libéralisme classique.
Il faudra bien, qu’un jour, quelqu’un écrive la suite de Manent, et produise une véritable histoire intellectuelle du libéralisme.
En bref, ce colloque abouti à la conclusion que les libéraux n’ont pas prit la pleine mesure de l’égoïsme. C’est un comble pour qui connaît Tocqueville – dont Aron a été le principal redécouvreur (suivi par Manent, qui est son élève).


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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Malcolm le Mer 22 Fév 2017 - 22:30

Il faut croire que Dany-Robert Dufour parla trop vite, sinon qu'en cela il témoigne bien d'une sensibilité contemporaine, à amalgamer très vite des "tendances" "historiques" "en grappe". Or, si un auteur comme Dufour pratique un tel amalgame, combien sont-ils à se croire aroniens aujourd'hui, à faire du néolibéralisme économique/néoconservatisme politique/néomanagement pratique & généralisé à tout l'univers ? ...
... Mais enfin, sans en tenir grief à Aron, on peut certes poser qu'il n'aurait pas vu "anguille sous roche libéralisante", de son temps ? Car ses appels à la vertu s'opposeraient peut-être d'abord surtout à ce qui lui parut - tout comme à ce socialiste de Georges Orwell - des atteintes à la common decency dans le gauchisme ?

Je pose la question, car je n'en sais rien - je n'ai jamais lu Aron.
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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Prince' le Mer 22 Fév 2017 - 22:58

Personne, aujourd'hui, ne se réclame d'Aron. Il est oublié, notamment devant Sartre. Au-delà du fait qu'ile st touché par l'oubli des libéraux, c'est aussi une question de style qui le place du côté des analystes et non pas des philosophes. A l'inverse de Manent, beaucoup plus rond. Il faut garder à l'esprit que Manent et Freund sont ses élèves, Veyne ne lui a pas été étranger (la légende veut que ce soit Aron qui propose son nom au CdF).
Car ses appels à la vertu s'opposeraient peut-être d'abord surtout à ce qui lui parut
Le passage que je cite m'évoque Varron. La seule sortie par le haut qui soit plausible se trouve dans la restauration, des vertus perdues. Est-ce la gauche qu'il vise ? Je n'en suis pas convaincu. J'y vois bien plus la critique d'une époque, d'une dynamique. Pour revenir sur le colloque Lippman, Aron critique en revers, l'égoïsme.

À-côté : Manent est catholique n'est-ce pas ?
Comment concilie-t-il sa religion avec son libéralisme ? L'évoque-t-il au moins ?
Oui, et oui.
Je ne trouve rien de mieux que citer la quatrième de couverture de La Cité et l'Homme
L'idée que soutient Pierre Manent est que la conscience, et le désir, d'être moderne tiennent à une contradiction antérieure irrésolue, que la "modernité" recouvre et dont elle vit : entre la cité et l'Eglise, entre le paganisme et le christianisme, entre la nature et la grâce.
L'homme moderne est celui qui rejette l'une pour l'autre, et vice-versa.

Pourquoi faudrait-il qu'il y ait conciliation ?
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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Malcolm le Mer 22 Fév 2017 - 23:07

Personne, aujourd'hui, ne se réclame d'Aron.
Si ;) en plus de Weber d'ailleurs *Tchin*
Il est oublié, notamment devant Sartre.
Sartre a été oublié sous Sartre, aussi, tout comme Jésus sous ... le Christ ! *Lol*
Au-delà du fait qu'ile st touché par l'oubli des libéraux, c'est aussi une question de style qui le place du côté des analystes et non pas des philosophes.
C'est ce que j'ai cru comprendre en me renseignant. N'oublions pas que nous sommes en France, et que Sartre reste une plume. Aron, lui, à la voltairienne + philosophie analytique, se tourna vers l'Angleterre : ça n'est pas très populaire, sans parler de l'anti-américanisme brut de Sartre. Cela "aide" sommairement.
Veyne ne lui a pas été étranger (la légende veut que ce soit Aron qui propose son nom au CdF)
Ah bah bravo ... *Lol*
Le passage que je cite m'évoque Varron. La seule sortie par le haut qui soit plausible se trouve dans la restauration, des vertus perdues. Est-ce la gauche qu'il vise ? Je n'en suis pas convaincu. J'y vois bien plus la critique d'une époque, d'une dynamique. Pour revenir sur le colloque Lippman, Aron critique en revers, l'égoïsme.
*Merci*
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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Prince' le Mer 22 Fév 2017 - 23:13

Weber, comme Tocqueville ou Nietzsche, ça ne compte pas. On est contraints de les lire. Sur Aron, je suis vraiment surpris, ça fait des lunes que je n'ai pas vu son nom cité où que ce soit. 
Sartre a été oublié sous Sartre
C'est pas faux. 
Aron, lui, à la voltairienne + philosophie analytique, se tourna vers l'Angleterre
Aron a eut une activité incroyable. En plus de ses cours et de ses bouquins (env. 40, ce qui est énorme quant on s'attarde sur l'excellence du propos), il été rédacteur au Figaro. 

Sur Veyne, il fallait bien l'intervention d'Aron... sinon, il n'aurait jamais quitté Aix  *Lol*. Je tance Veyne, mais sa thèse sur l'évergétisme est brillante, il ne dit des bêtises que sur 1/3 du bouquin.
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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Malcolm le Mer 22 Fév 2017 - 23:18

Princeps a écrit:Sur Aron, je suis vraiment surpris, ça fait des lunes que je n'ai pas vu son nom cité où que ce soit.
En dehors de Jürgen Habermas qui en est issu, mais aujourd'hui qu'on prend comme un isolat de ce qu'il survécut aux autres membres, l’École de Francfort est singulièrement ignorée. Tout comme, dans son genre indépendant, la psychanalyse, alors que bizarrement tout le marketing doit à Edward Bernays neveu de Freud ... Par ailleurs, donc, le monde contemporain est clairement désossé par l’École de Francfort comme ogre.
=> Nous vivons une époque médusée-médusante, qui déteste les miroirs non-déformants qu'on lui tend, à te les refouler autant que possible.
Princeps a écrit: il a été rédacteur au Figaro.
Cela aussi, "porte préjudice", quand le gauchisme règne ... Jean-François Revel, la Connaissance inutile, à l'appui argumentaire.

Au reste : *Lol*


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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Avis' le Jeu 23 Fév 2017 - 12:18

Personne, aujourd'hui, ne se réclame d'Aron. Il est oublié, notamment devant Sartre


Ah bon ? Je croyais que c'était l'inverse... A l'époque, certains préféraient avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. Et c'est bien ce qui se produisit, je crois savoir que Sartre renia ses écrits, sans doute sous l'influence de son ami Benny Levi et du gâtisme conjugués, mais Aron reste mon maître à penser (l'époque) tandis que Sartre est pour moi l'homme des appels au meurtre. Si je me trompe, corrigez-moi...

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Re: Le libéralisme et Aron

Message  Malcolm le Jeu 23 Fév 2017 - 12:20

Avistodénas a écrit:
Personne, aujourd'hui, ne se réclame d'Aron. Il est oublié, notamment devant Sartre
a renié

Ah bon ? Je croyais que c'était l'inverse... A l'époque, certains préféraient avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. Et c'est bien ce qui se produisit, je crois savoir que Sartre renia ses écrits, sans doute sous l'influence de son ami Benny Levi et du gâtisme conjugués, mais Aron reste mon maître à penser tandis que Sartre est pour moi l'homme des appels au meurtre. Si je me trompe, n'hésitez pas...
Je te rejoins, sur l'ensemble de la réception des auteurs.
Au reste, lis voir ça - je t'en conjure : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1787-la-vie-symptomatique-de-sartre-pour-la-france-complexee - car, je répète :
Princeps a écrit:
Malcolm a écrit:Sartre a été oublié sous Sartre
C'est pas faux.
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