Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

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Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 0:28

Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943) : un titre comique, que je ne choisis pas pour dirimer qui ou quoi que ce soit. Au contraire : à plonger dans les arcanes de l'Être et le Néant, c'est la seule conclusion à laquelle je parviens, selon laquelle Jean-Paul Sartre donne à lire un futurisme final, et son existentialisme s'en avère comme équivalent (car, ne le saviez-vous pas ? l'existentialisme n'est pas une constellation unifiée).

Ceci étant dit, on ne trouvera pas de citations particulières de Jean-Paul Sartre dans ce topic, encore que j'ai ressenti le besoin de cribler mon Être et le Néant d'annotations et autres plissures comme ça me prend rarement à la lecture d'un ouvrage : ceux qui ont suivi mes interventions ce mois-ci auront remarqué mon enthousiasme sartrien toujours plus prononcé. Par quoi, je me servirai progressivement de mes notes pour un article du Mag et quelque topic ici. Au passage, remarquez que je vois mal comment avec une liseuse on prendrait des notes (autrement qu'avec un carnet à ses côtés, à moins de pouvoir sauter du programme-lecture à un programme-blocnote, mais c'est pénible de quitter la page pour annoter et pianoter simultanément qu'on lit : un bon crayon fait aussi bien l'affaire, en marge). Bon. Pour vous dire : même Heidegger ne m'avait pas sollicité autant que Sartre. Heidegger à côté de Sartre, c'est un de ces ouvrages Pour Les Nuls comme ils en font trop en ce moment, encore qu'il faille mieux avoir lu Heidegger avant Sartre au moins, et que ça n'est pas dans un de ces ouvrages Pour Les Nuls que vous trouverez à vous en tirer dans l'Être et le Néant.

Un futurisme final, donc, que l'existentialisme sartrien. Qu'entends-je par là ? ... Rien d'autre que ce que ça dit : une tension orientée vers le futur, finalisée - à caractère final, donc. Précisons : tension de votre conscience, qui est votre champ perspectif, qui est votre pour-soi, qui est votre néant d'en-soi, qui est votre liberté in situ (comprenne qui peut, à relire au moins une fois). Ce qui est dire qu'ontologiquement, la réalité-humaine que nous sommes chacun, expérience un futurisme, vit d'un futurisme situationnel.

En effet, in situ, votre perspective déploie très précisément une situation, en tant que pour-vous conscienciel. Vous me suivez ? ... Vous déployez très précisément une situation, de ce que vous sélectionnez "spontanément" des éléments-là, rapport à votre démarche ou projet, qui lui-même n'existe qu'en tant que vous l'avez librement sélectionné (si vous voulez, le serpent se mord la queue sans reproche, c'est-à-dire que la réalité-humaine ne saurait être autrement qu'ainsi, bien que cette facticité soit contingente - l'arbitraire de sa contingence ou ontologie, est irréfutable).

Aussi bien voyez-vous, la liberté ontologique sartrienne n'a rien d'un "petit flocon de neige merveilleux et unique", mais consiste bien en ce que j'ai régulièrement nommé sur ce forum (sans connaître Sartre, sur l'année écoulée) : un arbitraire per-situationnel, à savoir un principe de sélection (ou de décision) procédant de la situation [quand je vous disais que je suis un phénoménologue qui s'ignore ...]. Mais la singularité de cette liberté, c'est qu'elle est moi en tant que je suis conscience, champ perspectif, pour-soi, néant d'en-soi. C'est-à-dire qu'elle est choix, avant d'être obtention ou droit, ou tout ce que vous voudrez. Comme dit Sartre : je ne choisis par d'être libre, je ne suis pas libre ne pas être libre, je suis condamné à être libre, or c'est cette fatalité qui engendre par irresponsabilité l'angoisse, suivie de conduites de mauvaise foi, par lesquelles je vais tout faire pour que mon projet existentiel consiste à feindre d'ignorer, à me masquer à moi-même, que je suis entière possibilisation - par-devers toute contrainte subie (à la stoïcienne, mais sans trempe nécessaire, car consubstantiel à ma nature). Aussi la mauvaise foi sartrienne consistera-t-elle à me faire être conscience d'être ceci-cela (un beau salaud, quoi), plus que d'expériencer ma conscience (de) soi préréflexive comme liberté à me faire être et être un faire.

A ce point, on comprend déjà que la responsabilité consiste bien à reconnaître et à assumer mon projet existentiel. D'où vient donc l'explicitation de ce qualificatif de final, que j'accolais à futurisme. En effet, comme démarche ou projet, la situation ne s'organise autour de moi qu'en fonction de mes fins, et ce sont ces fins qui, librement, me dotent d'un motif comme d'un mobile transcendants (ouverts sur mes possibles, d'une immanente transcendance). Je ne sélectionne ou ne me décide jamais, que rapport à ce projet fondamental que j'ai librement à faire être, encore que je n'ai ni choisi d'être liberté, ni choisi d'être né. Mais enfin, chaque instant de possibilisation de moi-même me fait entrer dans l'instant diasporique de mes ek-stases temporelles, c'est-à-dire ... c'est-à-dire l'instant où le passé que j'ai à être refait différemment sens car exploité différemment, rapport à ma futurition nouvellement finalisante, et c'est ainsi qu'à chaque re-possibilisation fondamentale, se déploie pour moi situationnellement un nouveau continuum temporel, jusqu'à ce que je modifie mon projet fondamental. Projet fondamental, qui tant que je le reprends présentement à mon compte sans y penser bien, reste pourtant moi-même comme liberté (ma "configuration" actuelle et actualisante, sorte d'agencement deleuzien), et qui en outre fait être la situation pour moi là, et les situations en général - ma perspective, ma démarche.

D'où suit donc cette singulière phrase, p.670 de l'Être et le Néant (impr.2016 chez Gallimard) :
Ainsi, d'une certaine manière, peut-on dire que la réalité-humaine n'est surprise par rien.
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Kal' le Dim 19 Mar 2017 - 0:52

Mal' a écrit:Heidegger à côté de Sartre, c'est un de ces ouvrages Pour Les Nuls comme ils en font trop en ce moment, encore qu'il faille mieux avoir lu Heidegger avant Sartre au moins, et que ça n'est pas dans un de ces ouvrages Pour Les Nuls que vous trouverez à vous en tirer dans l'Être et le Néant.

On accusa pourtant le travail de Sarte d'être « une longue note de bas de page » de Heiddeger.
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 0:53

Kalos a écrit:On accusa pourtant le travail de Sarte d'être « une longue note de bas de page » de Heiddeger.
"La critique est facile, l'art est difficile."
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Kal' le Dim 19 Mar 2017 - 0:54

Certes, mais elle n'était probablement pas gratuite.
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 1:00

Kalos a écrit:Certes, mais elle n'était probablement pas gratuite.
Clairement, le sartrisme vient loger au cœur du réacteur heideggerien, à savoir le souci existential. Ceci étant dit, Sartre vient lui redonner "une âme" "de bon sens", quand Heidegger laissait cela à une sorte de jeu préontologique entre éclaircie et obscurcie de l'Ëtre (le Dasein, clairière de l'Être), un peu comme le petit Ernest freudien jouait à Fort-Da. Sartre vient nettement formaliser l'ensemble en lui donnant vie.

Heideggerisme et sartrisme, toutefois, n'entretiennent pas des relations de poupées Gigogne. Leurs relations sont asymétriques, où par exemple Sartre vient magnifiquement réhabiliter le cogito cartésien - avec remise en perspective génialissime toutefois - quand Heidegger le déniait. Etc.
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Avis' le Dim 19 Mar 2017 - 8:14

Mal' a écrit:la situation ne s'organise autour de moi qu'en fonction de mes fins, et ce sont ces fins qui, librement, me dotent d'un motif comme d'un mobile transcendants (ouverts sur mes possibles, d'une immanente transcendance). Je ne sélectionne ou ne me décide jamais, que rapport à ce projet fondamental que j'ai librement à faire être, encore que je n'ai ni choisi d'être liberté, ni choisi d'être né.

Je ne t'apprendrai ni ne te dirai rien de la Liberté sartrienne, seulement que tu n'as "ni choisi d'être libre, ni choisi d'être né"... Ni choisi ton profil génétique, ni le lieu où tu naquis, ni ton milieu, ni ton époque, ni tes profs (çà compte, les profs), ni... quoi d'autre, j'en oublie un plein panier.
Comment fait-on une liberté de toutes ces déterminations ?
Cà c'est un peu comme la conscience, on croit être conscient de plusieurs choses à la fois quand en réalité on procède par allers-retours rapides. Et là en revanche, Sartre n'est pas dupe, il précise bien que la conscience est conscience de quelque chose, motif suffisant pour qu'il bénéficie de ma considération distinguée comme on dit. Mais alors pourquoi est-il dupe de la liberté de l'individu ? A moins que ce ne soit la liberté de l'étant... et là j'ai besoin d'explications....

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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 11:54

Comment fait-on une liberté de toutes ces déterminations ?
En réalité, la liberté consiste en la responsabilisation devant ces déterminations, quelles qu'elles soient, parce que cette libérté n'est pas réalisation-de-tout-mes-désirs, mais clairement assumer ce que je suis sans l'être en-soi, de ce que je le suis pour-soi, par le futurisme final. C'est-à-dire que je suis libre de me choisir (ce qui s'appelle couramment s'aimer) ou de choisir de me refuser (ce qui s'appelle couramment se mal-aimer voire se détester, se haïr soi-même) : tout cela se comprend parfaitement dans l'ordre d'une conscience (de) projet librement choisi.
Mais alors pourquoi est-il dupe de la liberté de l'individu ?
*Lol* C'est typiquement le genre de considérations nombriliques dont notre époque se croit bêtement et méchamment autorisée. Cela dit te concernant, tu as la sagesse de douter, et tu n'en ressors plus *Merci* ❤  :
A moins que ce ne soit la liberté de l'étant... et là j'ai besoin d'explications...
Je pense les avoir données pour commencer. Génie sartrien.
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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Avis' le Dim 19 Mar 2017 - 12:09

Justement, c'est passionnant ce que tu dis là car (me référant à ma propre personne, ce qui me permet de mieux comprendre), je n'ai jamais eu l'impression de m'être ni de pouvoir me choisir, j'ai juste fait ce que j'ai pu en orientant le peu de choix que j'avais du moins mal possible. Alors en quoi suis-je libre ? En quoi suis-je une essence, Je ne suis et ne reste qu'une chose en soi, jetée dans le monde, à faire juste ce qu'elle peut.
Pour l'étant, c'est bon, j'ai compris *Héhéhey*

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Re: Final Futurism, a J.-P. Sartre movie (1943)

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 12:20

Avistodénas a écrit:(me référant à ma propre personne, ce qui me permet de mieux comprendre)
Nul ne procède autrement. Nous fonctionnons sur la base de nos perspectives, plus et moins renseignées.
je n'ai jamais eu l'impression de m'être ni de pouvoir me choisir, j'ai juste fait ce que j'ai pu en orientant le peu de choix que j'avais du moins mal possible.
Question d'éducation et de niveau, sans préjuger du tiens. En effet, me référer au calendrier grégorien, dit Sartre, fait aussi partie de ma conscience (de) projet librement choisi, en termes de socialisation : nous le vivions comme une habitude pourtant. C'est qu'on ne peut pas passer sa vie à tout remettre en cause ! ... Et c'est là, précisément, qu'interviendrait la conscience de sans parenthèse. Soit donc une conscience thétique voire réfléchie, de la chose.
Par contre, la plupart de "nos consciences" sont conscience (de) avec parenthèses. Soit donc "affections subreptices" - affections de type scepticien.
Alors en quoi suis-je libre ? En quoi suis-je une essence,
Me lis-tu ? ... En tout cas cela témoigne d'un manque patent de culture philosophique de base, à savoir que je disais que je ne suis pas en-soi (ce qui serait être une essence), mais pour-soi. A savoir donc, selon le mot connu, que "l'existence précède l'essence". A savoir encore, pour les plus rodés, que l'essence "vient aux choses" par l'existence d'un pour-soi qui choisit (futurisme final), dans cet ordre sartrien.
Je ne suis et ne reste qu'une chose en soi, jetée dans le monde, à faire juste ce qu'elle peut.
Si tu te fais être par ton pouvoir propre, c'est donc que pour-soi tu te possibilises, dans ce futurisme final, et surtout que tu n'es pas en-soi, puisque tu es conscience. Sartre n'ignore pas la facticité de ton être-là. Or, dans l'ordre sartrien toujours, tu es de mauvaise foi à chercher tant d'excuses, d'autant plus quand tu viens d'être informé car - selon le mot connu encore : - "savoir, c'est être responsable".

Il faut se cultiver (suivre le lien pour la digression à ce sujet).
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