Ochlocratie contemporaine

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Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Dim 19 Mar 2017 - 23:03

Lors de son discours d'entrée à l'Académie française il me semble, à moins que ce ne soit plutôt sur son épée alors en guise d’armoiries, Alain Finkielkraut cite son bien-aimé Charles Péguy : "La République Une et indivisible, notre royaume de France." Tout est là.

Dire royaume, c'est assumer l'héritage et la culture millénaires, dire République Une et indivisible, c'est assumer cet héritage et cette culture millénaires avec les révolutions, etc. au-delà, sans aucune contre-révolution ni seulement aucune réaction. On est là à la racine d'une République, probablement pas ignorée d'un Ortega y Gasset ni d'un Léo Strauss.

Or, lisant la Seule exactitude, p.52 aux éditions Folio, chap. Coup double pour Médiapart, je lis cette citation de Charles Péguy, tirée de "De la raison", in Œuvres en proses complètes, t.I, Pléiade, Gallimard, 1987, pp.845-46 :
C'est le jeu ordinaire des journalistes, écrivait déjà Péguy en 1901, que d'ameuter toutes les libertés, toutes les licences, toutes les révoltes, et en effet toutes les autorités, le plus souvent contradictoires, contre les autorités gouvernementales officielles. "Nous, simples citoyens", vont-ils répétant. Ils veulent ainsi cumuler tous les privilèges de l'autorité avec tous les droits de la liberté. [...] Dans la grande bataille des puissances de ce monde, [le gouvernement] ne peut pas porter des coups redoutables au nom de sa puissance et quand les puissances contraires lui rendent ses coups, il ne peut pas se réclamer du simple citoyen.
Tout n'est-il pas dit de l'ochlocratie contemporaine qui nécrose nos mondes ?


Dernière édition par Mal' le Lun 19 Fév 2018 - 20:20, édité 2 fois (Raison : Orthographe-grammaire)
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Avis' le Lun 20 Mar 2017 - 0:30

"La République Une et indivisible, notre royaume de France." Tout est là.

Je ne crois pas à la "haine de soi", elle n'est tout simplement pas concevable. Je pense plutôt à une haine (issue de frustration) de son prochain généralisée, laquelle donne l'impression d'une haine de soi. D'où aussi ce sentiment de nécrose.
Il faut aussi connaître un peu l'Histoire de son pays (en assumant le bon et le mauvais) pour faire communauté. Or on a aussi le sentiment - véridique ou trompeur - que le peuple aujourd'hui (qui tourne très vite à la populace),  au nom d'une morale un peu bêtifiante bien commode (chacun la sienne) se trouve tous les motifs de détester tout ce qui pourrait faire culture commune.
Tant pis, c'est un mauvais service que se rend la nation. (Laquelle comme chacun sait, n'existe pas).
Pourtant, voyez les basques, les corses, les bretons, et un peu les occitans, ils font communautés, et ces communautés ont fini, par les aléas de l'histoire, par faire France, royaume puis république. Même les étrangers s'y sont toujours intégrés (Finkielkraut) parce qu'elle faisait bloc (en gros). Douce France, il faut quand même un peu y croire, sinon, c'est définitivement la mondialisation y compris culturelle dans laquelle on se noiera.
Parole de vieux scnock. *Héhéhey*

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Kercoz le Lun 20 Mar 2017 - 7:50

Mal' a écrit:
Dire royaume, c'est assumer l'héritage et la culture millénaires, dire République Une et indivisible, c'est assumer cet héritage et cette culture millénaires avec les révolutions, etc. au-delà, sans aucune contre-révolution ni seulement aucune réaction. On est là à la racine d'une République,....

Or, lisant la Seule exactitude, p.52 aux éditions Folio, chap. Coup double pour Médiapart, je lis cette citation de Charles Péguy, tirée de "De la raison",
[le gouvernement] ne peut pas porter des coups redoutables au nom de sa puissance et quand les puissances contraires lui rendent ses coups, il ne peut pas se réclamer du simple citoyen.
Tout n'est-il pas dit de l'ochlocratie contemporaine qui nécrose nos mondes ?

C'est carrément une arnaque. Mondialisation locale qui préfigure la dynamique de l' actuelle "globale": faire croire à une entité "République" ayant un héritage millénaire ( lol) ! Une et de plus indivisible ! alors que l' on ne peut que démontrer que la somme des ses parties,( les régions) serait supérieure à cette entité tres récente, née "aux forceps" au prix de millions de sacrifiés, du sacrifice d' identités locales, de vie locale.
L' argument de la nécessité n'est ici justifié que par une sois disante menace "extérieure".
Le pire étant que ceux qui "servent" cette entité serait probablement rejetés comme improductifs dans chaque division initiale de l' indivisible millénaire organisme.
C'est encore une fois un problème de structure.Opposition entre naturalisme contre constructivisme.

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Lun 20 Mar 2017 - 9:21

Est-on dans une ochlocratie ? Voilà la question.
Me vient à l’esprit l’une des réflexions de Leopardi dans son Zilbadone.

Dans les républiques, le pourquoi des événements était à peu près clair : on publiait les discours qui avaient poussé le peuple ou le conseil à prendre telle décision, les ambassades se faisaient au grand jour, etc. La multitude ayant part à tout, les paroles et les actes n’échappaient à personne et, comme il y avait un grand nombre d’hommes également puissants, chacun s’employait à découvrir les motifs et les visées de l’autre et, dès lors, tout se divulguait. Voyez par exemple la correspondance de Cicéron : elle contient presque toute l’histoire de son époque. Mais aujourd’hui que le pouvoir est concentré dans quelques mains, on assiste aux événements, mais on en ignore les raisons, et le monde ressemble à ces machines actionnées par quelque mécanisme secret ou a ces statues qu’anime un comparse dissimulé dans leurs flancs. Le monde humain est devenu semblable au monde naturel : il faut étudier les événements comme on étudie les phénomènes et en découvrir les forces motrices en tâtonnant, comme le font les physiciens. D’où l’on peut mesurer combien a décru l’utilité de l’Histoire.  
Il n’y a rien à ajouter – hormis la tendance au complotisme, qu’il est à un cheveux de voir venir.  
Leopardi nous propose une longue glose sur ce qu’est la République : un mode de gouvernement définit par la transparence – notez qu’il ne parle jamais de vote du Peuple – et l’équilibre des forces (un grand nombre d’hommes également puissants).
Avec Péguy nous avons la résultante de ce que décrie Leopardi ; l’absence de connaissance conduisant à l’indignation*. Non, non, je ne me lancerai pas sur le génie romain (l’illusion de la participation populaire), ni sur l’erreur fondamentale du libéralisme classique (je suis fluctuant sur ce point ; disons qu’ils s’inquiètent trop peu de l’égoïsme).
 
L’ochlocratie serait, donc, le gouvernement de l’opinion ? C’était vrai jusqu’à peu, mais depuis le 49.3, est-ce encore vrai ?
J’ai en tête un passage de The young Pope, dans lequel le jeune pape explique à son homologue italien que ce qui les distingue, c’est la nécessité d’être réélu, et par voie de conséquence de satisfaire l’opinion.
 
*Non sans provocation, on peut faire dire à Péguy que cette indignation est organisée, conduite. Je le connais trop peu pour m’y risquer.

se trouve tous les motifs de détester tout ce qui pourrait faire culture commune.
Précisément parce que plus personne ne connaît l’Histoire. 

la nation. (Laquelle comme chacun sait, n'existe pas).
Ne dit pas de bêtise. En France, c’est l’État qui crée la nation, ce qui est une vraie originalité. C’est ce que tu dis immédiatement après, d’ailleurs.

Pourtant, voyez les basques, les corses, les bretons, et un peu les occitans, ils font communautés, et ces communautés ont fini, par les aléas de l'histoire, par faire France, royaume puis


Mondialisation locale qui préfigure la dynamique de l' actuelle "globale": faire croire à une entité "République" ayant un héritage millénaire ( lol) ! 
Il faut entendre millénaire comme une figure de style.

! alors que l' on ne peut que démontrer que la somme des ses parties,( les régions) serait supérieure à cette entité tres récente, née "aux forceps" au prix de millions de sacrifiés, du sacrifice d' identités locales, de vie locale.
Nous écoutons.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Avis' le Lun 20 Mar 2017 - 9:32

la nation. (Laquelle comme chacun sait, n'existe pas).

Ne dit pas de bêtise. En France, c’est l’État qui crée la nation, ce qui est une vraie originalité. C’est ce que tu dis immédiatement après, d’ailleurs.

Le "comme chacun sait" était ironique. Voyons....

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Lun 20 Mar 2017 - 9:36

Mais vous avez quoi, tous, à jouer d'ironie ?  *Lol*. Je vais pondre un sujet sur le sujet. Lis Jankélévitch*. 
Mea culpa*Pouce*.

*Impossible pour moi de le citer, il est momentanément hors d'accès.
Edit : La réponse au message qui suit est ici : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1861p25-au-pub-de-libertephilo-causeries


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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Avis' le Lun 20 Mar 2017 - 9:48

Je me suis abstenu de dire : "détends-toi, Loup Dominant, ne mors pas tout le monde". *Pouce*

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 11:51

Avis' a écrit:
"La République Une et indivisible, notre royaume de France." Tout est là.
Je ne crois pas à la "haine de soi", elle n'est tout simplement pas concevable. Je pense plutôt à une haine (issue de frustration) de son prochain généralisée, laquelle donne l'impression d'une haine de soi. D'où aussi ce sentiment de nécrose.
Attention, la nécrose est plutôt liée à des phénomènes socio-historico-politiques & culturels, qu'à la haine que tu introduis surprenamment là.

Au reste, RAS, sinon qu'il ne faut pas ignorer la nécessité d'un récit national. Nation a la même étymologie que naissance or, toute naissance se fait dans la douleur, suivie d'un récit de vie - du moins, dès que la personne en a le pouvoir naturel (nature, qui elle-même a la même racine ... ).

Aussi le propos de Kercoz ...

Propos de Kercoz [spoiler]:
C'est carrément une arnaque. Mondialisation locale qui préfigure la dynamique de l' actuelle "globale": faire croire à une entité "République" ayant un héritage millénaire ( lol) ! Une et de plus indivisible ! alors que l' on ne peut que démontrer que la somme des ses parties,( les régions) serait supérieure à cette entité tres récente, née "aux forceps" au prix de millions de sacrifiés, du sacrifice d' identités locales, de vie locale.
L' argument de la nécessité n'est ici justifié que par une sois disante menace "extérieure".
Le pire étant que ceux qui "servent" cette entité serait probablement rejetés comme improductifs dans chaque division initiale de l' indivisible millénaire organisme.
C'est encore une fois un problème de structure.Opposition entre naturalisme contre constructivisme.

... aussi le propos de Kercoz est lui-même une arnaque, de ce que :

  1. il oppose un "pur connaître" pourtant moralisé (anti-ponosiste au nom d'un anti-dolorisme frénétique) et
  2. de ce qu'il confond structure étatique avec histoire culturelle, ce qui est prendre une carte pour le territoire ! Bref, des vessies pour des lanternes *Lol* (encore que la carte ait des effets rétroactifs sur le territoire).

Au reste LM, s'il faut "vraiment" que tu lises Nietzsche, il faut "vraiment" que je lise Leopardi.


Voir aussi : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1447-la-francite-dynamique-identite-ouverte-contemporaine-avenementielle
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Lun 20 Mar 2017 - 11:56

Le massacre des illusions est un très bon début. Il s'agit d'un amalgame des pensées politiques issues du Zibaldone - sorte d'énorme journal intellectuel, illisible de but en blanc.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 12:02

Princeps a écrit:Le massacre des illusions est un très bon début. Il s'agit d'un amalgame des pensées politiques issues du Zibaldone - sorte d'énorme journal intellectuel, illisible de but en blanc.
Je ne sais pas si ça a un lien, mais c'est Nietzsche qui dit que les illusions sont nécessaires pour vivre ; que sans la musique, et l'art en général, la vie serait insupportable (or chez lui l'art a une portée pan-anthropologique). Soit donc l'in-lusio, le fait d'être dans un jeu (héraclitéen), le fait d'être de la partie.

Ce qui me fait penser à l'intervention toute récente de Gérard L. sur ce topic.
Là, à supposer que cette science sans conscience s'universalise, à tourner son ressentiment contre toute espèce d'illusion, que restera-t-il de nous, en dehors d'une erratique robotique - en dehors d'une arnaque fort lucrative totalement déterritorialisée bref : déshumaine ?
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Kercoz le Lun 20 Mar 2017 - 12:08

Mal' a écrit:
Avis' a écrit:
"La République Une et indivisible, notre royaume de France." Tout est là.
Je ne crois pas à la "haine de soi", elle n'est tout simplement pas concevable. Je pense plutôt à une haine (issue de frustration) de son prochain généralisée, laquelle donne l'impression d'une haine de soi. D'où aussi ce sentiment de nécrose.
Attention, la nécrose est plutôt liée à des phénomènes socio-historico-politiques & culturels, qu'à la haine que tu introduis surprenamment là.

Au reste, RAS, sinon qu'il ne faut pas ignorer la nécessité d'un récit national. Nation a la même étymologie que naissance or, toute naissance se fait dans la douleur, suivie d'un récit de vie - du moins, dès que la personne en a le pouvoir naturel (nature, qui elle-même a la même racine ... ).

Aussi le propos de Kercoz ...

[spoiler="Propos de Kercoz
... aussi le propos de Kercoz est lui-même une arnaque, de ce que :
[list=1]
[*]il oppose un "pur connaître" pourtant moralisé (anti-ponosiste au nom d'un anti-dolorisme frénétique) et
[*]de ce qu'il confond structure étatique avec histoire culturelle, ce qui est prendre une carte pour le territoire ! Bref, des vessies pour des lanternes

C'est de l' évitement linguistique, pas un argument :
https://1mot.net/ponosite
Quand à prendre des vessies pour des lanternes, je ne suis passez con pour me bruler les doigts!
La "nation" comme la "République" sont des mythes

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 12:12

C'est de l' évitement linguistique, pas un argument :
https://1mot.net/ponosite
Quand à prendre des vessies pour des lanternes, je ne suis passez con pour me bruler les doigts!
La "nation" comme la "République" sont des mythes
C'est justement ce que je dis : le mythos est humainement nécessaire, sans quoi ne restent que cendres.
La néologie aide aussi, naturellement. Mais c'était ponosiste, non ponosite.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Lun 20 Mar 2017 - 12:21

Philo' me reprendra, mais Nietzsche a lu Leopardi. Comme Schopenhauer. A mon humble avis, on se trompe en postulant que c'est le philologue qui interresse les deux allemands ; c'est une manière de réduire l'influence d'un Leopardi que l'on connait si mal.

7 oct. 1821. a écrit: On peut dire que l’effet de la philosophie n’est pas de détruire les illusions (on ne saurait venir à bout de la nature), mais de les transformer de générales en personnelles. Chacun se fait des illusions à son propre usage, chacun considéré que telles espérances, etc. sont vaines de façon générale, mais continue d’espérer une exception favorable pour lui-même ou pour l’affaire qui l’occupe. Chacun a beau se réserver les illusions pour lui seul, elles n’en demeurent pas moins générales, communes et semblables pour tous. Au lieu de croire à la beauté et à l’excellence des réalités humaines, on croit et on espère être soi-même investi de ces qualités-là, et qu’en est investi également tout ce qui nous touche d’une façon ou d’une autre ‘ainsi croira-t-on à la bonté de son entourage, etc.). Il revient à peu près au même de placer son espoir ou sa foi dans un objet tenu pour ordinaire que dans le même objet considéré comme extraordinaire et comme faisant exception à la règle. C’est là un phénomène affectant fatalement les jeunes gens les plus avertis.
Il est vrai que la destruction des illusions générales retentit toujours sur les illusions personnelles. Celles-ci ne périront jamais complètement, sans quoi l’homme disparaîtrait à son tour. Néanmoins elles s’affaiblissent, s’endorment, etc. lorsqu’elles ne s’appuient plus sur une heureuse et générale conviction de principe qui aille jusqu’à s’opposer et à résister aux enseignements de la réalité et de l’expérience. Sitôt cette conviction ruinée, l’individu adulte sacrifie bientôt à l’expérience une bonne part de ses illusions personnelles ainsi que la vigueur et la constance des autres, qui ne représentent déjà plus une opinion, mais une espèce d’espoir désespéré. Cet effet se généralisant peu a peu, la philosophie se retrouve alors dans l’heureuse situation d’avoir anéanti autant qu’elle le pouvait jusqu’aux illusions personnelles, et d’avoir réduit et enfermé l’existence humaine dans les limites les plus étroites possibles, hors desquelles la vie et le genre humain, privés de leur atmosphère naturelle et de tout élément vital, ne peuvent absolument pas se perpétuer ; Sans amour de soi, la vie ne peut se maintenir chez aucun être et, de même, l’amour de soi ne peut subsister sans un minimum d’illusion individuelle. La vie et l’absence d’illusions, et donc d’espérance, sont en somme rigoureusement contradictoires.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 12:25

A mon humble avis, on se trompe en postulant que c'est le philologue qui interresse les deux allemands
Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Le reste mérite commentaire, mais je n'ai pas le temps dans l'immédiat.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Kercoz le Lun 20 Mar 2017 - 12:57

Mal' a écrit:

La "nation" comme la "République" sont des mythes
C'est justement ce que je dis : le mythos est humainement nécessaire, sans quoi ne restent que cendres.

C'est là un débat qui mériterait d'autres développements.
Il (me) semble évident que l' évolution "naturelle" de l' agrégation des groupes, était en état stabilisé, au stade régionale. Le passage à l' état "nation" France est un forçage tout à fait artificiel. Disons que la "Raison" ( de certains) à pris le pas sur l' évolution "historique".
C'est un point de vue structuraliste : Pour faire fonctionner une écluse, on n' ouvre pas la porte, on ouvre une vanne , et on ATTEND que les niveaux soient équilibrés pour ouvrir la porte. Les niveaux en questions sont des niveaux culturels. L' économie est le vecteur qui va équilibrer ces niveaux. Une langue qui n'est plus un vecteur économique va s'éteindre. Il faut la laisser s'éteindre en paix sans forcer l' allure. Forcer l' allure c'est 800 000 morts en Vendée et Bretagne.

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 12:58

Kercoz a écrit:
Mal' a écrit:

La "nation" comme la "République" sont des mythes
C'est justement ce que je dis : le mythos est humainement nécessaire, sans quoi ne restent que cendres.

C'est là un débat qui mériterait d'autres développements.
Il (me) semble évident que l' évolution "naturelle" de l' agrégation des groupes, était en état stabilisé, au stade régionale. Le passage à l' état "nation" France est un forçage tout à fait artificiel. Disons que la "Raison" ( de certains)  à pris le pas sur l' évolution "historique".
C'est un point de vue structuraliste : Pour faire fonctionner une écluse, on n' ouvre pas la porte, on ouvre une vanne , et on ATTEND que les niveaux soient équilibrés pour ouvrir la porte. Les niveaux en questions sont des niveaux culturels. L' économie est le vecteur qui va équilibrer ces niveaux. Une langue qui n'est plus un vecteur économique va s'éteindre. Il faut la laisser s'éteindre en paix sans forcer l' allure. Forcer l' allure c'est 800 000 morts en Vendée et Bretagne.
Peut-être, mais quel enjeu ochlocratique ?
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Lun 20 Mar 2017 - 13:40

Mal' a écrit:
A mon humble avis, on se trompe en postulant que c'est le philologue qui interresse les deux allemands
Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Le reste mérite commentaire, mais je n'ai pas le temps dans l'immédiat.
Je critique ce qui se dit habituellement. Tu vas finir par faire croire aux autres que l'on ne s'entend pas *Lol* .
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Nous parlons d'ochlocratie

Message  Malcolm le Lun 20 Mar 2017 - 22:27

P a écrit:Je critique ce qui se dit habituellement. Tu vas finir par faire croire aux autres que l'on ne s'entend pas *Lol* .
User machiavéliennement des méprises, ou nietzschéennement de masques, m'est d'usage courant, je ne vois pas où est le problème ! :pirat:

Mais reprenons les citations comme prévu :
Finkielkraut citant Péguy, a écrit:C'est le jeu ordinaire des journalistes, écrivait déjà Péguy en 1901, que d'ameuter toutes les libertés, toutes les licences, toutes les révoltes, et en effet toutes les autorités, le plus souvent contradictoires, contre les autorités gouvernementales officielles. "Nous, simples citoyens", vont-ils répétant. Ils veulent ainsi cumuler tous les privilèges de l'autorité avec tous les droits de la liberté. [...] Dans la grande bataille des puissances de ce monde, [le gouvernement] ne peut pas porter des coups redoutables au nom de sa puissance et quand les puissances contraires lui rendent ses coups, il ne peut pas se réclamer du simple citoyen.
Le passage en gras peut-être résumé par un seul mot : irresponsabilité.
LM citant Leopardi, a écrit:Dans les républiques, le pourquoi des événements était à peu près clair : on publiait les discours qui avaient poussé le peuple ou le conseil à prendre telle décision, les ambassades se faisaient au grand jour, etc. La multitude ayant part à tout, les paroles et les actes n’échappaient à personne et, comme il y avait un grand nombre d’hommes également puissants, chacun s’employait à découvrir les motifs et les visées de l’autre et, dès lors, tout se divulguait. Voyez par exemple la correspondance de Cicéron : elle contient presque toute l’histoire de son époque. Mais aujourd’hui que le pouvoir est concentré dans quelques mains, on assiste aux événements, mais on en ignore les raisons, et le monde ressemble à ces machines actionnées par quelque mécanisme secret ou a ces statues qu’anime un comparse dissimulé dans leurs flancs. Le monde humain est devenu semblable au monde naturel : il faut étudier les événements comme on étudie les phénomènes et en découvrir les forces motrices en tâtonnant, comme le font les physiciens. D’où l’on peut mesurer combien a décru l’utilité de l’Histoire.
C'est très juste, au profit de quelque obscure science humaine. Or, si cela n'est pas non complotiste - ce que tu soulignes - cela énonce les principes de fomentation secrétariaux, techno-bureau-cratiques. Seulement voilà, ces principes ne font pas exactement tout non plus ; ils ne font pas disparaître "le travail du négatif" (Philippe Muray), ou bien ils ne le font qu'en apparence. Or, un tel "travail du négatif", Nietzsche en fut un à lui tout seul : positivement irrécupérable ! *Lol* dans quelque sens qu'on le prenne (bien déjoué, monsieur Niezsche) à moins que l'humanité finisse par s'en tenir à une version fallacieuse : l'anarcho-nietzschéisme (Netchaïev ou consorts), le nietzschéo-nazisme (E. Förster-Nietzsche), le nietzschéisme de gauche (Onfray), le nietzschéisme culturel (Wotling), le nietzschéisme du développement personnel et social durable (Astor), etc. mais on voit bien que cette fourchette plaide pour ladite positive irrécupérabilité de ce "travail du négatif" incarné.
LM citant Leopardi au 7 oct. 1821, a écrit:On peut dire que l’effet de la philosophie n’est pas de détruire les illusions (on ne saurait venir à bout de la nature), mais de les transformer de générales en personnelles. Chacun se fait des illusions à son propre usage, chacun considére que telles espérances, etc. sont vaines de façon générale, mais continue d’espérer une exception favorable pour lui-même ou pour l’affaire qui l’occupe. Chacun a beau se réserver les illusions pour lui seul, elles n’en demeurent pas moins générales, communes et semblables pour tous. Au lieu de croire à la beauté et à l’excellence des réalités humaines, on croit et on espère être soi-même investi de ces qualités-là, et qu’en est investi également tout ce qui nous touche d’une façon ou d’une autre ‘ainsi croira-t-on à la bonté de son entourage, etc.). Il revient à peu près au même de placer son espoir ou sa foi dans un objet tenu pour ordinaire que dans le même objet considéré comme extraordinaire et comme faisant exception à la règle. C’est là un phénomène affectant fatalement les jeunes gens les plus avertis.
Il est vrai que la destruction des illusions générales retentit toujours sur les illusions personnelles. Celles-ci ne périront jamais complètement, sans quoi l’homme disparaîtrait à son tour. Néanmoins elles s’affaiblissent, s’endorment, etc. lorsqu’elles ne s’appuient plus sur une heureuse et générale conviction de principe qui aille jusqu’à s’opposer et à résister aux enseignements de la réalité et de l’expérience. Sitôt cette conviction ruinée, l’individu adulte sacrifie bientôt à l’expérience une bonne part de ses illusions personnelles ainsi que la vigueur et la constance des autres, qui ne représentent déjà plus une opinion, mais une espèce d’espoir désespéré. Cet effet se généralisant peu a peu, la philosophie se retrouve alors dans l’heureuse situation d’avoir anéanti autant qu’elle le pouvait jusqu’aux illusions personnelles, et d’avoir réduit et enfermé l’existence humaine dans les limites les plus étroites possibles, hors desquelles la vie et le genre humain, privés de leur atmosphère naturelle et de tout élément vital, ne peuvent absolument pas se perpétuer ; Sans amour de soi, la vie ne peut se maintenir chez aucun être et, de même, l’amour de soi ne peut subsister sans un minimum d’illusion individuelle. La vie et l’absence d’illusions, et donc d’espérance, sont en somme rigoureusement contradictoires.
Ça pourrait être nietzschéen, et ça l'est transversalement ou asymétriquement (de même qu'Ortega y Gasset dans la révolte des masses), si ça ne croyait pas autant à une réalité en soi. C'est-à-dire que la dynamique leopardienne-là (à juger sur ce seul extrait), ne vit pas spécialement d'un perspectivisme (encore qu'elle se pose comme perspective globale), mais vit donc d'un genre d'empirisme. Nietzsche est "déjà" dans un proto-pragmatisme, ce qui n'est plus la même chose. - Un distinguo que j'avais esquissé en traitant Montaigne :

Expériencialisme, empirisme, pragmatisme:
En quoi consiste l'expériencialisme ? .. Fort sceptique dans la démarche, l'expériencialisme s'arrête aux parences vécues expérienciellement, et ne procède que d'elles, dans "l'inconstance et l'incertitude des choses". Il n'est pas exactement sceptique, de ce qu'il ne tient pas particulièrement à suspendre son jugement, non plus ; il n'est pas exactement empiriste, de ce qu'il ne tient absolument pas à asseoir son jugement en dehors d'une expérience propre qui une fois formalisée ferait une science ; et il n'est pas exactement pragmatiste, de ce qu'il ne tient rien pour absolument vrai, quand bien même cette vérité serait circonstanciée, et d'ailleurs : l'expériencialiste ne fait pas de ses enregistrements expérienciels une raison particulière d'opérer dans l'existence : il croit que "les choses" en seront "à autre chose" au moment de se lancer dans l'opération. En somme, il est d'une pudeur et d'un respect "des choses" l'empêchant de trop construire à leur sujet, le rendant par contre à l'allant de la vie jamais à soi pareille : "comparaison n'est pas raison".
Une sensibilité qui manque à l'empiriste, au pragmatiste, etc. qui se chargeront donc de construire quelque rationalisme au moins technique, afin de fonder et répéter leurs opérations, "maintenant et toujours", "autant que possible" : leur efforcement, voire leur échinement, pour fonctionnels qu'ils soient, ne disent encore rien pour l'expériencialiste, sceptiquement certes, quant à leur vérité. D'ailleurs, il se pourrait très bien qu'ils soient à eux-mêmes les conditions d'émergence de ce qu'ils nommeront le vrai, dans une récursion aveuglée par leur efficacité finalement brutale quant au moment expérienciel "réel".
Si vous voulez, ce sont les professeurs qui refont magistralement, d'une année sur l'autre, leurs cours polycopiés, quand l'expériencialiste correspond à ce "bon prof" qui "prend le temps", et qui s'épanouit d'ailleurs bien mieux hors cadre institutionnel. Mais vous aurez aussi bien reconnu la critique des sciences.

Mais Nietzsche avait bien lu un Leopardi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_de_Friedrich_Nietzsche#L

Finalement, que pouvons-nous tirer de toutes ces citations ? ...
... Nous pouvons tirer que l'ochlocratie est l'irresponsabilité des Hommes amorphes-mais-irritables-pour-rien, bref : pusillanimes. Pire que cela, ces Hommes n'ont aucun sens historique ni sens de la terre, si par là on veut bien entendre un esprit de nuance temporel et spatial, par quoi ils réaliseraient honorablement les divergences tout en respectant leurs valeurs propres, divergentes pour autrui. Mais Nietzsche ajouterait que c'est encore une espèce d'illusion - de derniers hommes.
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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Prince' le Jeu 23 Mar 2017 - 11:23

Le passage en gras peut-être résumé par un seul mot : irresponsabilité.
Une précision pour le lecteur : il s’agit ici d’agir en tout impunité, surtout pas d’être absout de responsabilité.
une version fallacieuse : l'anarcho-nietzschéisme (Netchaïev ou consorts), le nietzschéo-nazisme (E. Förster-Nietzsche), le nietzschéisme de gauche (Onfray), le nietzschéisme culturel (Wotling), le nietzschéisme du développement personnel et social durable (Astor)
La fameuse question du Nietzsche politique, qui n’est pas celle de Nietzsche en politique. Il faudra pondre un truc là-dessus un jour, et je convoque également Philo’. J’ai souvenir d’un débat, en d’autres temps et d’autres lieux, sur cette même question.
Ça pourrait être nietzschéen
C’est léopardien, parce que c’est Nietzsche qui lit l'italien  :twisted:.
Nous pouvons tirer que l'ochlocratie est l'irresponsabilité des Hommes amorphes-mais-irritables-pour-rien
Ce qui m’évoque ce bon vieil Ortega.

Nb : Le passant on réalise qu’il n’y avait pas grand chose à dire.

Edit : Sur Leopardi : http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1882-leopardi-et-le-perspectivisme


Dernière édition par Lupus Maior le Jeu 23 Mar 2017 - 11:35, édité 1 fois
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Voir le profil de l'utilisateur http://www.liberte-philosophie-forum.com/t2280-charte#44774

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Re: Ochlocratie contemporaine

Message  Malcolm le Jeu 23 Mar 2017 - 11:30

Non, il n'y avait pas grand'chose à dire. Finkielkraut n'est pas un penseur génial.
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Re: Ochlocratie contemporaine

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