Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

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Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Princeps le Lun 27 Mar 2017 - 9:02

Le journal intime sous Staline, voilà le sujet de recherche d'historiens russes.

Ce n'est pas le sujet en lui-même sur lequel je souhaite attirer votre attention, mais sur ce qu'une semblable étude veut dire. Et il y a beaucoup à dire !
On reproche à l'historien de ne faire que l'histoire des élites, des grands hommes. L'historien réplique souvent qu'il est tributaire des sources ; ce qui est rigoureusement vrai.

Avec de nouvelles approches des sources, on ouvre des perspectives nouvelles ; d'une richesse insoupçonnée.
Pareille chose est devenue possible avec l'émergence d'une courant historiographique : l'histoire sociale*. Le titre n'est pas trompeur, il s'agit d'appliquer à l'Histoire la méthode sociologique et par voie de conséquence de s'intéresser au peuple. L'interdisciplinarité devient de plus en plus prépondérante**. 
La chose n'est pas nouvelle en soit, j'ai déjà évoqué ici les études sur les lettres privées des Poilus, on peut aussi parler des études prosopographiques sur la paysannerie au XVIII-XIXe.
*Elle même possible du fait de l'Ecole des Annales. 
**Et c'est d'ailleurs ce qui distingue l'antiquisant et le médiéviste, qui sont des érudits, des modernistes et des contemporanéistes. Les deux premiers joignent aux connaissances de l'historien, les compétences du philologue, de l'épigraphiste, du numismate, de l'archéologue, du papyrologue (et j'en oublie). 

Secondement, on voit bien que si la réflexion est initialement une question privée (Oh le journal de mon grand père !), immédiatement la méthode reprend le dessus. On remarque rapidement la distance critique - les journaux sont écrits comme s'ils devaient être lu par un individu malveillant. 


Sur le plan historique, on voit bien que même un régime totalitaire aussi long que le stalinisme ne suffit pas à réduire à néant la résistance.
Alors, croisez les doigts que cette étude donne lieu à une publication en français. Autant dire qu'il vous faut priez Sérapis et tout le cortège des anciens dieux égyptiens...
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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Philosophos Hier à 19:02

Tes vœux ont (au moins un peu) été exaucés : Les journaux personnels de la période soviétique, OpenEdition, par Catherine Depretto.

Ton lien Courrier International est mort.

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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Princeps Hier à 23:03

Je ne suis pas parvenu à trouver de lien de substitution, hélas. Sur l'article, il vient confirmer une série de constats proposés en introduction. Je pense notamment à la section "les journaux personnels comme sources historiques privés". L'auteure parle de micro-histoire, d'histoire du quotidien, je préfère parler d'histoire sociale.
Je vous laisse le soin de prendre connaissance de l'article et de ladite section, concernant notamment la question de la fiabilité du propos. On tombe vite dans l'hypercriticisme (les sources mentent, sont orientées, cachent un intérêt particulier etc.).
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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Mal' Aujourd'hui à 8:43

Je vois surtout qu'on a affaire à de la critique littéraire : Philippe Lejeune et Catherine Viollet, théoriciens de la littérature, sont d'ailleurs convoqués. Tomber dans l'hypercriticisme, évidemment, serait bien triste, et je dirais même "relativiste". Car enfin, tout ceci est bien de la critique littéraire, lorsqu'il est dit :
Catherine Depretto a écrit:Il s’agit d’un domaine complexe, à la croisée de plusieurs disciplines, histoire, littérature, philosophie, psychologie, qui exige de solides connaissances et dont les résultats n’ont jamais la force de la statistique.
Les littéraires y sont préposés ! et évidemment l'historien, dont le travail se rapproche du littéraire à ce niveau - la preuve, - et inversement, lorsque le littéraire s'intéresse à de tels ouvrages. Il faut lire Philippe Vaillant aussi, l'Histoire littéraire, à ce compte. Édifiant, sur le sujet esthétique, la subjectivation auctoriale, et la littérature comme testimoniale (versus monumentale).

Aussi lorsque la phrase suivante il est dit :
Aussi ne sera-t-il pas question, pour ma part, de fournir un appareil conceptuel propre au traitement des journaux personnels de la période soviétique.
Je comprends très bien qu'il s'agit exactement d'un travail critique en littérature ! ... La critique pragmatique et la psychocritique y sont préposées, je crois.
Princeps a écrit:L'auteure parle de micro-histoire, d'histoire du quotidien, je préfère parler d'histoire sociale.
Micro-histoire ne réfère-t-il pas à la micro-sociologie ? Au reste, en quoi préfères-tu histoire sociale aux deux autres items ?
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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Princeps Aujourd'hui à 10:26

Micro-histoire ne réfère-t-il pas à la micro-sociologie ? Au reste, en quoi préfères-tu histoire sociale aux deux autres items ?
Il n'y a rien de micro en Histoire. On se fiche de savoir de Sergueï est contre le régime, c'est la proportion de Sergueï pensant ainsi qui importe. Et conséquemment, les formes prises par cette opposition, le degrés d'affirmation naturellement, le tout corrélé à la circonstance de la source (catégorie sociale, liens avec d'autres, Sergueï, etc.). Il n'y a là que de la sociologie historique.
Je suis las de toutes ces hyper-spécialisation (ou micro-spécialités *Lol*) qui ne disent rien.
"Mon approche" repose nettement moins sur les deux disciplines que sont la psychologie et la littérature. Est-ce la une dérive de l'histoire que de se tourner vers ces disciplines ? Oui dans ce cas précis, pas nécessairement en général. Comment dresser un portrait de quelqu'un à partir de seulement quelques documents ? C'est de cela dont il s'agit. Quand Churchill pond une biographie, des discours, des lettres, que d'autres parlent de lui, alors la chose devient possible (et se fait naturellement, on parle d'une "intimité" avec la source).

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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Mal' Aujourd'hui à 11:26

Princeps a écrit:Je suis las de toutes ces hyper-spécialisation (ou micro-spécialités ) qui ne disent rien.
Je les rangerais de même sous "relativisme". C'est-à-dire que ce "relativisme" intimiderait tant l'époque, l'imprégnerait tant, qu'il inciterait spontanément à la petitesse voire l'étroitesse, afin de se créer un quant-à-soi jusque dans la connaissance. Cette mode vint avec les some-stuff studies, à savoir sous le coup d'une américanisation/d'un américanisme - et plus globalement d'un atlantisme sociétal.
Princeps a écrit:"Mon approche" repose nettement moins sur les deux disciplines que sont la psychologie et la littérature.
Je ne comprends pas comment peut-on ne pas voir à quel point le littéraire et le psychologique sont prégnants là. J'en reviens toujours à cette citation de Marc Bloch, selon qui les faits historiques sont d'abords des faits psychologiques - et pour qui ? pour l'historien, ses auditeurs, ses lecteurs et autres preneurs. C'est-à-dire qu'il y a là mensonge extramoral fait à soi-même, l'historien, quand littérarité et psychographie sont déniés. Précisément, l'intimité avec Churchill n'est possible que de cela ! de ce qu'on s'est fait "son" Churchill - comme on se fait n'importe quel moment historique - à force de fréquenter les sources. Toute l'Histoire n'est jamais qu'un tel se-faire, s'y-faire, ressortant notoirement de la littérarité et de la psychographie à partir des sources, puis à produire une nouvelle lecture - lecture de l'Histoire.

Naturellement, la marge de manœuvre fictive est aussi restreinte par la méthode que possible, par quoi on sent bien que la démarche est factive. Mais la différance - avec un a, comme dans Derrida - tient piteusement à une voyelle, entre un i et un a (fiction, faction). Là où l'on pourrait écrire fiaction avec le plus d'évidence, ce serait dans l'écriture d'une biographie. L'Histoire d'une personne, l'histoire de sa vie (narration) - serait-elle méthodologiquement disloquée, de ce que des sources manquent, ou bien qu'une vie n'est pas une ligne droite. Au cœur, ce sont les mêmes dynamiques de reconstitution-restitution littéraires et psychographiques.

Aussi ta question et raisonnements idoines ...
Princeps a écrit:Est-ce la une dérive de l'histoire que de se tourner vers ces disciplines ? Oui dans ce cas précis, pas nécessairement en général. Comment dresser un portrait de quelqu'un à partir de seulement quelques documents ? C'est de cela dont il s'agit. Quand Churchill pond une biographie, des discours, des lettres, que d'autres parlent de lui, alors la chose devient possible (et se fait naturellement, on parle d'une "intimité" avec la source).
... ta question et raisonnements idoines, me semblent totalement aliénés, et littéralement hors de propos.

Mais, sur un journal intime sans rien d'autre, précisément les prudences dont il faut faire preuve sont de toute critique littéraire. La pragmatique et la psychologie permettent, méthodologiquement bien maniées, de ne pas interpréter. C'est précisément parce que tu cherches alors à te référer à un pragma sans être dupe des psychodynamiques intimes, que tu peux exploiter un journal intime ... il n'était absolument pas question de reconstituer-restituer outrancièrement !

Avec de la philologie néanmoins, on peut aller loin - plus loin que la moyenne.
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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Philosophos Aujourd'hui à 12:56

Est-ce que ça n'aurait pas plutôt un rapport avec la méconnaissance dans laquelle nous sommes, de la réalité de la critique littéraire (et de la psychologie, du moins de la psychologie des profondeurs) ?

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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

Message  Mal' Aujourd'hui à 15:36

A ce niveau de la recherche : méconnaissance choisie, peut-être sur la base des vulgates hélas. Ou encore, à cause des micro-spécialisations que déplorent Princeps (enculage de mouches "relativiste") sous le coup desquelles il tombe alors relativement.

Ce n'est pas un reproche : c'est l'époque qui veut ça.
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Re: Manières d'écrire l'Histoire (méthodologie historique)

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