Fiche - Spinoza, Ethique II

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Fiche - Spinoza, Ethique II

Message  Juliendeb le Mar 25 Avr 2017 - 13:40

Ici, vous trouverez la fiche que j'ai rédigée sur la seconde partie de l'Ethique de Spinoza

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DEUXIEME PARTIE – DE LA NATURE ET DE L'ORIGINE DE L'AME

Définitions :
Corps : « mode qui exprime l'essence de Dieu, en tant qu'on la considère comme chose étendue, d'une manière certaine et déterminée » : ce qui ne veut pas dire que Dieu est corps, mais qu'il est un mode de l'infini représenté par Dieu (p69).
Idée : « concept de l'Ame que l'Ame forme pour que ce qu'elle est chose pensante » : il rajoute que quand l'âme forme un concept, elle est active et non passive.
Idée adéquate : idée qui a toutes les propriétés d'une idée vraie (accord de l'idée avec l'objet dont elle est l'idée)
Durée : « continuation indéfinie de l'existence » (p70)
Réalité et perfection : les deux mots ont exactement le même sens. Très intéressant de poser ça
Choses singulières : « choses finies et ont une existence déterminée »

Axiomes :
L'essence de l'homme n'enveloppe pas l'existence.
L'homme pense.
Il ne peut y avoir de modes du penser (amour, désir, haine, etc) qu'en rapport à l'idée d'un objet de pensée. Mais qu'il y ait idée d'une chose ne nécessite pas un mode du penser vis-à-vis de cette chose
Le corps est affecté de différentes manières.
Nous ne sentons aucune chose singulière : sauf des corps et modes de penser.
Ainsi, plusieurs points seront traités :
1. Idées et choses
2. L'âme et le corps, ou la pensée et l'étendue

1. Idées et choses

Sur les idées de manière générale :
Une idée de Dieu ne peut se trouver qu'en Dieu (c'est-à-dire une idée de son essence, en tant qu'ell enveloppe une infinité d'attributs et une infinité de modes). Je pense que là où veut en venir Spinoza, c'est de dire qu'une telle idée ne peut se trouver absolument qu'en Dieu : l'homme n'y a pas accès, mais n'a accès qu'à deux attributs : la pensée et l'étendue (prop3). Cela ne veut pas dire qu'il est l'objet d'une idée : toute idée formelle a Dieu pour cause (prop5). Les modes aussi ont pour cause Dieu (prop6).
Chose intéressante à souligner : « L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses » (prop7, p75) : et il explique cela en affirmant que c'est normal, puisque « l'idée de chaque chose causée dépend de la connaissance de la chose dont elle est l'effet » (démonstration), et ainsi, la puissance de penser de Dieu est égale à sa puissance d'agir.
Il y a aussi des idées de choses qui n'existent pas : elles aussi sont comprises dans l'idée infinie de Dieu (prop8) : car elles aussi sont des modes de la pensée. Pour développer la prop7, Spinoza rajoute ceci : que l'idée d'une chose est comprise en Dieu comme l'un de ses modes. Mais que, vu que l'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses, la cause de cette chose dont l'idée est idée renvoie elle-même à une autre idée qui est aussi un mode du divin, et ainsi de suite à l'infini (prop9).
La prop10 est problématique : elle s'énonce ainsi : « L'être de la substance n'appartient pas à l'essence de l'homme, autrement dit ce n'est pas une substance qui constitue la forme de l'homme ».
→ il faut comprendre cette appartenance au sens d'un enveloppement : l'essence de l'homme n'enveloppe pas la substance divine ; sinon elle lui serait similaire et ainsi poserait l'existence nécessaire, ce qui est faux.
→ Il sort de l'impasse ainsi : « l'essence de l'homme est constituée par certaines modifications des attributs de Dieu » (Corollaire) : l'essence de l'homme est un mode de Dieu. Est-ce que cela veut dire que l'ordre et la connexion dont il parlait avant était l'ordre et la connexions des modes ?
→ ce qui est certain, c'est que tout cela pose problème, car on peut se demander si alors il ne se contredit pas en posant Dieu comme cause suprême : est-ce que ces effets n'ont pas leur cause en elles-mêmes ? Pour sortir de l'impasse, il faut dire que Spinoza n'a jamais dit que Dieu était cause du monde : il est le monde, et il est causa sui, donc le monde est cause de lui-même. La causalité qui est dans l'idée des choses est la connexion des choses entre elles : en réalité, il n'y a causalités que des choses particulières entre elles ; le tout n'est pas une cause, mais le tout enveloppe toutes les causes.
Sur l'essence des choses de manière générale : les choses qui sont communes à beaucoup de choses ne peuvent constituer l'essence d'une chose : ce qui fait l'essence d'une chose, c'est une singularité (prop37).
Le scolie 1 de la proposition 40 est d'une importance capitale : car Spinoza traite de quelle manière des notions génériques naissent en notre âme : et il explique que notre corps est souvent affecté de plusieurs corps qui présentent des similitudes entre eux (tous les hommes, par exemple, présentent des similitudes), et que ce sont ces similitudes que nous retenons (et non pas toutes les petites différences qui fondent la singularité de chacun) pour définir un terme unique pour désigner une multiplicité : le nom « homme ». Tout simplement du fait d'une faiblesse de l'imagination : le nombre important de différences entre chaque corps dépasse l'imagination à tel point qu'elle a besoin du secours de l'âme pour synthétiser tout ça en une nature unique. Et c'est suivant la disposition de son corps que cette notion générique sera comprise : voilà qui explique les divergences entre les définitions de l'homme (animal raisonnable, bipède sans plume, etc) « chacun formera, suivant la disposition de son corps, des images générales des choses. Il n'est donc pas étonnant qu'entre les philosophes qui ont voulu expliquer les choses naturelles par les seules images des choses, tant de controverses se soient élevées » (p115).
On a donc un listing des différents modes de connaissance (un peu différent du TRE) (Scolie2) :
connaissance par imagination (connaissance du premier genre), elle-même construite par l'expérience vague : les mots sont donc construits par expérience vague (connaissance par l'expérience vague) ; et l'imagination, en entendant ces mots, se rappelle de quoi il s'agit : les idées s’y forment sans ordre (du moins sans ordre intelligible), de manière vagabonde, au hasard des rencontres du corps et des associations d’idées qui les accompagnent
→ seul mode de connaissance capable de fausseté.
connaissance par raison (connaissance du deuxième genre) : connaissance des idées adéquates, à partir des notions communes (donc à partir du moment où ça dépasse l'imagination et qu'elle a besoin du recours de l'âme.
Connaissance du troisième genre : intuition : idée adéquate de l'essence formelle des attributs de Dieu.
→ ces deux modes de connaissance donnent lieu à la vérité.

Sur le vrai et le faux :
Sur le vrai :
A partir de prop32, commence un speech sur la nature du vrai et du faux.
L'idée vrai, c'est l'idée considérée dans son rapport avec Dieu (prop32-33). Et toute idée donnée en nous de manière absolue, c'est-à-dire adéquatement, ne peut qu'être vraie, car alors cela voudrait dire qu'elle est donnée en Dieu en tant qu'il constitue l'essence de notre âme (prop34).
Les idées qui suivent d'une idée adéquate sont aussi adéquates (prop40).
Le vrai est assuré par un mode de connaissance ou par raison, ou par intuition (prop42). Et il n'est pas besoin de recourir à l'idée d'une idée pour de rendre compte de sa vérité : car l'idée, en tant qu'elle est vraie, est nécessairement en Dieu, et donc n'a pas besoin du secours d'une idée extérieure à elle pour être corroborée (prop43) : « la vérité est norme d'elle-même et du faux » (Verum index sui).
Sur le faux :
Voit la fausseté comme une privation : « La fausseté consiste dans une privation de connaissance qu'enveloppent les idées inadéquates » (prop35) : attention : cela ne veut pas dire que l'homme n'a aucune connaissance : il a bien une connaissance, mais inadéquate ; et c'est cette inadéquation qui enveloppe la privation de la connaissance (donc la privation de connaissance dont parle Spinoza, c'est la privation de la connaissance de l'idée adéquate) : voir Démonstration. Mais pourquoi les hommes se trompent-ils ? « Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres » (Scolie), cette croyance n'étant qu'une ignorance de leur détermination. Ils pensent que leurs actions dépendent de leur volonté. Les idées inadéquates n'ont pas de rapport avec Dieu, mais avec l'âme singulière, mais elles suivent le même train que les idées adéquates dans nos esprits : elles suivent en nos esprits la même nécessité.
→ Macherey dira : « il y a une logique de l'erreur comme il y a une logique de la vérité »
Le seul mode de connaissance qui puisse donner lieu à la fausseté est le mode de connaissance par imagination et expérience vague (prop41)

2. L'âme et le corps, ou la pensée et l'étendue

Spinoza définit la pensée comme attribut de Dieu (prop1), dont chaque pensée particulière est un mode (prop1, démonstration). Il définit ainsi Dieu comme chose pensante. L'étendue, de la même manière, est un attribut de Dieu (prop2).
La pensée et l'étendue définissent une seule et même substance, mais conçue tantôt sous un attribut et tantôt sous un autre (prop7, Scolie).
L'essence de l'âme est l'idée d'une chose singulière existant en acte (prop11).
L'âme est idée du corps : c'est-à-dire que rien ne peut arriver au corps qui ne soit perçu par l'âme (prop12-13) ; il en conclut une certaine définition de l'homme : « l'homme consiste en Ame et en Corps » (corollaire). Que faut-il entendre par cette union de l'âme et du corps ?

Sur le corps :
Pour y répondre, Spinoza pose plusieurs axiomes :
- tous les corps sont ou en mouvement ou en repos
- le mouvement des corps est plus ou moins rapide.
→ ce sont ces deux choses qui distinguent les corps entre eux
Un corps en mouvement ou en repos l'est à cause d'un autre corps, qui lui aussi a été déterminé par un autre corps au mouvement et au repos, etc (Lemme3).
La manière avec laquelle ces corps se meuvent entre eux dépendent de leur nature : si l'autre corps est un corps au repos qu'il ne peut mouvoir (le sol par exemple), alors le corps qui le touche est réfléchi.
Il faut retenir plusieurs postulats concernant le corps humain :
- il est composé d'un très grand nombre d'individus de diverse nature
- certains de ces individus sont mous, d'autres fluides, d'autres durs
- si l'un d'eux est affecté, c'est tout le corps qui l'est
- pour se conserver, un corps à besoin d'autres corps
- le corps peut mouvoir les corps extérieurs
Notre corps, aussi, a une durée, mais qui nous est inconnaissable (prop30), tout simplement car « La durée de notre corps ne dépend pas de son essence » (Démonstration). Cela vaut non seulement pour notre corps, mais pour tous les autres corps également (prop31).

Sur l'âme :
L'âme perçoit autant de choses que le corps a d'affections des choses extérieures (prop14). Mais étant donné qu'il est affecté de causes extérieures, l'âme humaine perçoit, en plus de la nature du corps dont elle est idée, celle des autres corps qui l'affectent (prop16, corollaire1), mais en tant qu'ils informent sur l'état de notre corps (corollaire2). Ainsi naît l'imagination : « Si le corps humain a été affecté une fois par des corps extérieurs, l'Ame pourra considérer ces corps, bien qu'ils n'existent pas et ne soient pas présents, comme s'ils étaient présents » (prop17, corollaire) : c'est justement là la définition de la mémoire.
Différence entre l'idée de Pierre, et l'idée que j'ai de Pierre : l'idée de Pierre c'est l'idée vraie de Pierre ; l'idée que j'ai de Pierre, c'est l'idée de mon âme en tant qu'elle me donne un état de mon corps lors de ma perception de Pierre (Scolie).

Sur l'imagination :
→ Imagination : « nous appellerons images des choses les affections du corps humain dont les idées nous représentent les choses extérieures comme nous étant présentes » : autrement dit, c'est l'idée que nous nous faisons selon l'état de notre corps, comme si le corps gardait une trace de ses affections.
→  Mémoire : c'est l'enchaînement des idées de corps extérieurs tel que l'a connu notre corps.
Il y a en Dieu, non seulement une idée de notre corps, mais aussi de notre âme (prop20). Mais en réalité, les deux choses, corps et âme, dont une seule et même chose en Dieu, mais considérée soit sous l'attribut de la pensée, soit sous l'attribut de l'étendue (prop21, Scolie).
La suite consiste à montrer comment l'imagination mène à des idées inadéquates :
Non seulement nous sommes affectés, mais aussi, notre âme reçoit, en même temps que ces affections, les idées de ces affections (prop22). L'idée qu'a l'âme du corps est l'idée de ce corps dans sa globalité, mais non de toutes ses parties (prop24). L'idée du corps extérieur qui affecte notre propre corps n'est pas une idée adéquate (prop25), mais une idée confuse : sous-entendu les affections ne peuvent donner lieu à des idées adéquates, car, aussi, tout ce que l'âme perçoit de ces affections ne sont que des imaginations : l'imagination donne en effet lieu, non à des idées claires et distinctes, mais confuses (prop28).
L'imagination est aussi le premier genre de connaissance, qui seul est capable de fausseté (prop41)

Sur la raison :
Elle est le second genre de connaissance, qui donne lieu à la vérité, comme son amie l'intuition (prop42). La raison perçoit les choses comme elles sont en elles-mêmes : elle ne voit pas les choses contingentes, mais comme nécessaires (prop44). Elle perçoit ainsi également les choses selon une certaine éternité (corollaire2), car elle perçoit les choses adéquatement, c'est-à-dire selon un certain rapport à Dieu, car « chaque idée d'un corps quelconque […] enveloppe nécessairement l'essence éternelle  et infinie de Dieu » (prop45) : c'est là aussi l'une des raisons de la persévérance des choses dans l'existence : « la force par laquelle chacune persévère dans l'existence, suit de la nécessité éternelle de la nature de Dieu » (Scolie) → Conatus

Sur l'intuition :
Chaque chose vue en Dieu est l'objet du troisième genre de connaissance par l'intuition (prop47)

Sur la volonté :
La volonté n'est pas libre, mais déterminée : « l'âme est déterminée à vouloir ceci ou cela par une cause qui est aussi déterminée par une autre, et ainsi à l'infini » (prop48). D'ailleurs, il ne faut pas entendre la volonté comme une faculté de l'âme ; il n'y a pas de faculté de la volonté, mais uniquement des volontés singulières (prop49). En réalité, ce que nous appelons par volonté n'est rien d'autre que l'entendement « La volonté et l'entendement sont une seule et même chose » (Corollaire) : car une volonté particulière n'est rien d'autre qu'une idée particulière.
Les idées, en effet, ne sont pas, comme le dit Spinoza « des peintures muettes sur un panneau », mais toute idée « enveloppe une affirmation ou une négation » (Scolie) : nous avons un rapport particulier à l'idée qui est dans l'entendement : c'est pour cela que la volonté et l'entendement sont la même chose, car c'est l'entendement qui développe et les idées, et le rapport à ces idées qu'est la volonté.
Spinoza va donc développer quatre objections vis-à-vis de quatre propositions :
- que la volonté s'étend plus loin que l'entendement et donc en est différente
→ réponse de Spinoza : la volonté ne dépasse l’entendement que si l’on restreint l’entendement aux idées claires et distinctes. Or la faculté de concevoir/percevoir s’étend aussi loin que la prétendue volonté.
- il nous est possible de suspendre notre jugement de manière à ne pas développer d'affirmation ou de négation vis-à-vis des idées de l'entendement, ce qui nierait l'intervention de la volonté
→ réponse de Spinoza : ce n'est pas vrai que nous pouvons suspendre notre jugement. Quelqu'un qui ''suspend son jugement'' n'est rien d'autre que quelqu'un qui perçoit la chose inadéquatement ; c'est donc une certaine sorte de perception. Il est difficile de croire que l'homme n'affirme rien en percevant
- une affirmation ne contient pas plus de réalité qu'une autre, donc pas besoin d'une faculté qui confirme que ce qui est vrai est vrai, et ce qui est faux est faux
→ réponse de Spinoza : pas très bien comprise
- si l'homme n'opère pas par la volonté, est-il comme l'âne de Buridan ?
→ réponse de Spinoza : une telle liberté d'indifférence est tout simplement inexistante...

Intérêt de cette doctrine de la volonté dans la vie :
Elle inscrit nos actions dans la nécessité de la nature divine : nous « participons » plus ou moins de la nature divine, selon que nous nos actions sont plus « parfaites » et que nous comprenons (intelligere) « de plus en plus » Dieu.
Attitude néo-stoïcienne à l’égard des choses qui ne dépendent pas de nous : égalité d'âme pour une chose ou une autre.
Utilité pour la vie sociale : rien de plus utile à l’homme que l’homme : par là l’homme peut comprendre que sa situation et ses intérêts dépendent du sort des autres hommes.
Utilité pour la politique ou « société commune » : principe de gouvernement : que les hommes « fassent librement le meilleur », et se gouvernent donc pour cela selon des principes rationnels.

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Re: Fiche - Spinoza, Ethique II

Message  Malcolm le Mar 25 Avr 2017 - 23:16

Merci Juliendeb : je répète que ton humeur généreuse est ... gratifiante. Elle nous honore, ou du moins honore ce forum.
Au reste, de ce que j'ai survolé, cela concorde avec ma lecture de l'Ethique (j'entamais hier le livre IV).

Pour information, tes topics sur le livre I, et le livre III (clin d’œil à Lupus).

Au plaisir
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