Fiche - Spinoza, Ethique III

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Fiche - Spinoza, Ethique III

Message  Juliendeb le Mar 25 Avr 2017 - 13:56

Ci-après, la fiche que j'ai rédigé sur la troisième partie de l'Ethique de Spinoza. Je sais qu'il y a un moment une redite, mais cela me permettait de faciliter mes révisions et mes recherches.

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TROISIEME PARTIE – DE L'ORIGINE ET DE LA NATURE DES AFFECTIONS

L'homme n'est pas un « empire dans un empire » (p133) : dire cela, ce serait dire que l'homme trouble l'ordre de la nature plutôt qu'il ne le suit, ce qui est une erreur : jamais il ne tire de lui-même sa propre détermination : il fait donc une critique de Descartes et son idée d'un pouvoir de l'âme sur le corps.

Définitions :
Cause adéquate : cause dont on peut clairement et distinctement percevoir l'effet par elle
Cause inadéquate : cause dont on ne peut connaître l'effet par elle seule
Actif : « nous sommes actifs quand, en nous ou hors de nous, quelque chose se fait dont nous sommes la cause adéquate » (p134)
Passif : « quand il se fait en nous quelque chose ou qu'il suit de notre nature quelque chose, dont nous ne sommes la cause que partiellement ».
Affections : « affections du corps par lesquelles la puissance d'agir de ce Corps est accrue ou diminuée, secondée ou réduite, et en même temps les idées de ces affections » (p135) : c'est donc à la fois ce qui accroît ou diminue la puissance d'agir du corps, et l'idée de ces choses-là.
→ le corps peut être affecté de différentes manières ; qui n'accroissent ou ne diminuent pas nécessairement la puissance d'agir de l'homme. L'affection peut être neutre.

Plusieurs points seront donc abordés dans ce livre :
1) Actif / Passif
2) Théorie de la causalité
3) Théorie des affections du corps

1) Actif / Passif

Si l'âme a des idées adéquates, elle est active ; si inadéquates : passive (prop1) : même idée en prop3.
La puissance d'agir ou de pâtir du corps est parallèle à celle de l'âme : si le corps pâtit, l'âme également, et inversement (prop11). De là découlent différentes définitions de différentes passions :
Démonstration :
Joie : passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande
Tristesse : passion par laquelle l'âme passe à une perfection moindre
Prop13, Scolie
Amour : joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure
Haine : tristesse qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure
Les affections qui se sont enchaînées une fois s'enchaîneront les autres fois également (mémoire, peut-être?) (prop14).
Ensuite, jusqu'à la prop57, Spinoza énumère l'ensemble des affections qui naissent en nous en tant que nous sommes passifs. C'est à partir de la prop58 qu'il étudie les affections qui se rapportent à nous en tant qu'actifs. Et il commence en nous disant que la tristesse ne peut être active, mais seulement passive ; seuls le désir et la joie sont des affections actives (prop59)

2) Théorie de la causalité et Conatus

Une chose ne peut être détruite que par une cause extérieure (prop4), et ainsi un sujet ne peut pas avoir en lui-même des choses qui se détruisent entre elles : une chose ne peut cohabiter le même sujet que son contraire qui le détruit (prop5) : préfiguration du Conatus.

Théorie du Conatus
Enoncé : « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être » (prop6, p142) : attention, cette persévérance n'est pas à entendre en un sens volontaire : la chose ne veut pas persévérer dans l'être : c'est un état de fait de chaque chose. Chaque chose ne pouvant avoir en elle-même son contraire, persévère nécessairement dans l'existence. C'est donc l'essence même de la chose qui fait qu'elle persévère dans l'être (prop7). Elle persévère un temps indéfini aussi bien dans les idées adéquates qu'inadéquates (prop9) : cette persévérance dans l'être est donc aussi à comprendre comme persévérance dans un état ; et quand elle est rapportée à l'âme, on l'appelle volonté ; quand elle est rapportée au corps et à l'âme on l'appelle appétit.
Volonté : persévérance dans l'être, en tant que cette persévérance est rapportée à l'âme uniquement
Appétit : persévérance dans l'être en tant que cette persévérance est rapportée à l'âme et au corps.
Désir : Appétit avec conscience de lui-même.
Aussi, ce n'est pas parce qu'une chose est bonne que nous la désirons, mais parce que nous désirons une chose qu'elle est bonne (Scolie).
Toutes les affections, quelles qu'elles soient, persévèrent de manière indéterminée dans leur état, tant qu'aucune cause ne les y reprenne.
Etant donné que la tristesse cherche la destruction, elle va à l'encontre du Conatus ; c'est parce que tout être cherche à persévérer dans son être qu'il écarte la tristesse. (prop44, Scolie).

3) Théorie des affections du corps

Le corps ne peut pas déterminer l'âme à penser, ni l'âme déterminer un mouvement du corps (pas de volonté) (prop2) : il est en effet évident que la pensée ne pense que par un mode du pensé et non de l'étendue : car seule la pensée appartient à l'âme, l'étendue au corps : il y a une scission totale des deux attributs de la substance divine, d'où il découle qu'aucun lien n'existe entre eux (démonstration) ; ils sont liés de manière réelle ; c'est leur distinction attributive qui les distingue (scolie). Le corps agit selon certaines lois que ne lui dicte pas l'âme « On ne sait pas ce que peut le corps » (p139). Il a des appétits qui disposent l'âme d'une certaine manière. En fait, Spinoza veut nous montrer, dans ce long scolie de la proposition 2, que ce n'est jamais l'âme qui dispose le corps d'une certaine manière, mais c'est davantage le contraire qui est vrai.
La puissance d'agir ou de pâtir du corps est parallèle à celle de l'âme : si le corps pâtit, l'âme également, et inversement (prop11). De là découlent différentes définitions de différentes passions :
Démonstration :
Joie : passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande
Tristesse : passion par laquelle l'âme passe à une perfection moindre
Prop13, Scolie
Amour : joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure
Haine : tristesse qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure
Les affections (joie, tristesse, amour, haine : voir dans Actif / Passif) qui se sont enchaînées une fois s'enchaîneront les autres fois également (mémoire, peut-être?) (prop14).
Il est aussi possible d'éprouver deux affections contraires en même temps : et ce à cause de la ressemblance des chose entre elles : si quelque chose qui nous rend triste ressemble à quelque chose qui, par accident, nous rend heureux (car il est possible que nous soyons affectés d'une certaine manière par accident), alors elle sera à la fois cause d'amour et de haine (prop17) : on parlera alors de Fluctuation de l'âme (Scolie) : état de l'âme animé par deux affections contraires.
Visiblement, le thème de la mémoire qui est bien présent (prop18) : la chose dont nous sommes affectés produit en notre âme une certaine image de cette chose. Cette image provoque en nous une certaine affection qui sera la même dans le temps passé, présent et futur. D'où proviennent encore d'autres affections, qui complètent donc la joie, la trsitesse, l'amour et la haine (Scolie2) :
Espoir : Joie inconstante née de l'image d'une chose future ou passée dont l'issue est tenue pour douteuse
Crainte : Tristesse inconstante née de l'image d'une chose douteuse
Sécurité : espoir sans doute
Désespoir : crainte sans doute
Si ce qu'on aime est détruit : tristesse ; si ce qu'on haït est détruit : joie ; si ce qu'on aime est joyeux : joie pour nous aussi ; si triste : tristesse pour nous aussi. Si quelqu'un affecté de joie quelqu'une qu'on aime, nous l'aimerons aussi, et inversement : on pourrait mettre ça en rapport avec l'adage : les amis de mes amis sont mes amis, les ennemis de mes amis sont mes ennemis, les amis de mes ennemis sont mes ennemis, les ennemis de mes ennemis sont mes amis (prop19-24).
Orgueil : Joie née de ce que l'homme fait de lui-même plus de cas qu'il n'est juste
Surestime : Joie née de ce que l'homme fait d'un autre plus de cas qu'il n'est juste
Mésestime : Joie née de ce qu' l'homme fait d'un autre moins de cas qu'il n'est juste (prop26, Scolie)
Il y a aussi imitation des affections d'une chose que l'on considère comme semblable à nous. Ainsi :
Commisération : tristesse liée à cette imitation (empathie, pourrait-on dire)
Emulation : désir lié à cette imitation (Girard parlera d'un mimétisme)
Il y a aussi un listing d'autres affections pas très importantes (prop27-32).
L'amour d'une chose semblable à nous nous pousse à faire en sorte qu'elle nous aime aussi ; car : étant donné que nous l'aimons et qu'elle est semblable à nous, nous imaginons que sa joie ne puisse être remplie qu'en aimant le même objet que nous, c'est-à-dire une chose semblable à nous-mêmes, ou nous-mêmes (prop33).
Jalousie : Haine envers une chose aimée, jointe à l'envie d'une chose qui se l'est appropriée (prop35)
La haine veut le mal d'autrui ; l'amour le bien d'autrui (prop39) : car la tristesse provoquée par la haine doit être détruite. Mais si l'on s'imagine par la suite souffrir de cette destruction de la chose haïe, alors nous éviterons de lui faire du mal, car alors nous en pâtirons (Démonstration). On a donc une définition du bien et du mal : « Par bien, j'entends ici tout genre de Joie et tout ce qui, en outre, y mène […]. Par mal j'entends tout genre de Tristesse et principalement ce qui frustre l'attente » (Scolie, p173). Les choses sont donc bonnes ou mauvaises selon la joie ou la tristesse qu'elles nous procurent, et donc selon le désir que nous en avons (comme il l'a déjà montré en prop9). Etant donné que la tristesse cherche la destruction, elle va à l'encontre du Conatus ; c'est parce que tout être cherche à persévérer dans son être qu'il écarte la tristesse. (prop44, Scolie).
On a aussi une certaine explication du racisme dans la prop46 : si la cause de la tristesse ou de la joie est un homme provenant d'une autre nation ou classe, et que nous en sommes affectés comme  d'une classe ou nation toute entière, alors nous aurons en amour ou en haine cette nation ou classe.
Ainsi, dira Spinoza, étant donné qu'il définit la bonté ou le caractère mauvais des choses selon qu'ils nous procurent de la joie ou de la tristesse, « chacun juge d'après son affection quelle chose est bonne, quelle mauvaise, quelle meilleure, quelle pire » (prop51, Scolie) : et chaque homme peut être affecté de la même manière qu'un autre ou ne pas l'être.
Des prop52 à 55, définitions de nouvelles affections, dont l'étonnement, qui est l'imagination d'une chose dans l'âme en tant qu'elle est isolée des autres choses, l'humilité et l'amour-propre.
La manière avec laquelle la joie, la tristesse et les autres affections qui en découlent, se présente à nous dépend de l'objet : il y a donc autant de genres de chaque affections qu'il y a d'objets qui nous affectent (prop56) ; toute affection n'a donc pas un sens défini, mais il se définit selon l'objet : plurivocité des affections. « Toutes les affections se ramènent au désir, à la joie ou à la tristesse » (Prop57, Démonstration) : ce sont donc là les trois affections primitives.
Jusqu'à présent, Spinoza a traité des affections passives, à partir de prop58, traite des affections actives. Et pour commencer, il ne peut y avoir d'affection de tristesse en tant que nous sommes actifs : seule la joie et le désir sont des affections actives (prop59), bien qu'elles puissent aussi être passives (mais seule la tristesse est absolument passive.

Compléments de la dernière partie du Livre III : Définitions des affections
Définition de l'essence de l'homme par le désir : « Le désir est l'essence de l'homme en tant qu'elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose par une affection quelconque donnée en elle » (p196) : pour revenir dessus, prop9. Attention : la joie et la tristesse sont à comprendre comme des passages : d'une moins grande à une plus grande perfection, ou l'inverse. Important de souligner ce terme de passage, pour ne pas dire que la joie est la perfection elle-même, ce qui serait une erreur.
Affections liées à la joie : amour, inclination, dérision, espoir, sécurité, épanouissement, faveur, surestime, miséricorde, contentement de soi, orgueil, gloire
Affectons liées à la tristesse : haine, aversion, crainte, désespoir, resserrement de conscience, commisération, indignation, mésestime, envie, humilité, repentir, mésestime de soi, honte
Affections liées au désir : souhait frustré, émulation, gratitude, bienveillance, colère, vengeance, cruauté, peur, audace, pusillanimité, consternation, humanité, ambition, gourmandise, ivrognerie, avarice, lubricité
Définition générale des affections : « Une affection, dite Passion de l'Ame, est une idée confuse par laquelle l'Ame affirme une force d'exister de son Corps, ou d'une partie d'icelui, plus grande ou moindre qu'auparavant, et par la présence de laquelle l'Ame elle-même est déterminée à penser à telle chose plutôt qu'à telle autre » (p215).

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Re: Fiche - Spinoza, Ethique III

Message  Prince' le Mar 25 Avr 2017 - 14:03

Je sais qu'il y a un moment une redite, mais cela me permettait de faciliter mes révisions et mes recherches.
Le lecteur n'ayant peut-être pas (encore) lu ta précédente fiche, c'est plutôt un bon point. Merci pour ce (nouveau) partage  *Pouce*

A toutes fins utiles : 
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Re: Fiche - Spinoza, Ethique III

Message  Duralex le Mar 25 Avr 2017 - 23:35

Magnifique!. J'ai explosé mon temps de lecture moyen d'un article sur internet *Pouce* *Pouce*

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Re: Fiche - Spinoza, Ethique III

Message  Malcolm le Jeu 1 Juin 2017 - 12:01

3) Théorie des affections du corps

Le corps ne peut pas déterminer l'âme à penser, ni l'âme déterminer un mouvement du corps (pas de volonté) (prop2) : il est en effet évident que la pensée ne pense que par un mode du pensé et non de l'étendue : car seule la pensée appartient à l'âme, l'étendue au corps : il y a une scission totale des deux attributs de la substance divine, d'où il découle qu'aucun lien n'existe entre eux (démonstration) ; ils sont liés de manière réelle ; c'est leur distinction attributive qui les distingue (scolie). Le corps agit selon certaines lois que ne lui dicte pas l'âme « On ne sait pas ce que peut le corps » (p139). Il a des appétits qui disposent l'âme d'une certaine manière. En fait, Spinoza veut nous montrer, dans ce long scolie de la proposition 2, que ce n'est jamais l'âme qui dispose le corps d'une certaine manière, mais c'est davantage le contraire qui est vrai.
C'est un point dont j'ai constaté toutes les difficultés d'éclaircissement, chez les commentateurs. Néanmoins, à ma lecture de l'Ethique, je l'ai trouvé particulièrement évident. En fait, si d'une part Spinoza distingue le Corps/l’Étendue et l'Esprit ou l'Âme/la Pensée distinctement, très nettement, c'est effectivement que la perspective ententive de l'un n'est pas celle ententive de l'autre (point de l'ententivité, sur lequel ne s'explique pas Baruch Spinoza, au passage ; c'est-à-dire que l'angle depuis lequel il se permet de raisonner ainsi qu'il raisonne, n'est jamais explicité : les conditions de possibilité de son discours, si l'on préfère, ne sont pas éclaircies, par lesquelles il s'entend pourtant à projeter-objectiver sa systémie-du-réel ou sa réalité-système - fin de remarque ; je reprends).

Donc, que ce soit dans ton développement Juliendeb, comme dans celui d'autres - notamment, celui que j'ai trouvé au Hors-Série du Philomag, vaste, long et pénible adulement de Spinoza ... - eh bien, dans ton développement ou d'autres, j'ai toujours senti le monde comme hoqueter, achopper à sentir ce distinguo Corps-Esprit. Mais, en fait, bonnement, l'un est le reflet de l'autre, ententivement, voilà tout. Le Corps est l'Esprit sous l'angle de l’Étendue ; l'Esprit est le Corps sous l'angle de la Pensée. Il n'y a que raisonnementalement, qu'il peut être dit que l'un ne saurait agir sur l'autre, mais c'est tout à fait logique, puisque l'un est l'autre sous un angle ou l'autre, de telle sorte qu'il n'y a aucune action possible de l'un sur l'autre envisageable, car ce serait comme dire qu'une essence agit sur elle-même, de ce qu'on la verrait double après un verre de trop ! *Lol*

C'est juste que ni Spinoza, ni autrui, n'a rien fait pour être manifeste à ce sujet, comme pour se donner du charisme (et je soupçonne Spinoza dans une telle charismatique, à commencer par son écriture pseudo-more geometrico).

Je discute autre chose :
Il est aussi possible d'éprouver deux affections contraires en même temps : et ce à cause de la ressemblance des chose entre elles : si quelque chose qui nous rend triste ressemble à quelque chose qui, par accident, nous rend heureux (car il est possible que nous soyons affectés d'une certaine manière par accident), alors elle sera à la fois cause d'amour et de haine (prop17) : on parlera alors de Fluctuation de l'âme (Scolie) : état de l'âme animé par deux affections contraires.
C'est effectivement ce qui se dégage de la lecture de l'Ethique, mais cela ne fait aucun sens psychanalytique par exemple, de ce qu'aucun affect n'est complexuellement pur. Naturellement, la psychanalyse n'est pas le spinozisme - encore qu'on puisse sans inquiétude, supposer Freud quelque peu inspiré par Spinoza dans la méditation empédocléenne-like, avec les binômes joie-tristesse, amour-haine, sinon que Freud posait un principe de réalité devant un principe de plaisir dont Spinoza fait son tout ("j'agis par conatus, soit donc en cherchant la joie et écartant la tristesse").
En fait, Spinoza donne à lire une métapsychologie là, confondant principes de plaisir et de réalité - par quoi je le disais "psycho". Vraiment, concrètement, on peut dire de Spinoza qu'il prend ses désirs pour la réalité, qu'il fait de ses désirs réalités, quand bien même ils procéderaient de causes inadéquates, puisqu'il les rend vrais de ce qu'ils sont comme ils sont. A partir de là, donc, tout le raisonnement spinozien ne peut jamais que se prendre soi-même pour la réalité, dans un panpsychophysisme rejoignant ce que je disais plus haut, où Corps-Esprit traite d'une seule et même essence. Par quoi donc, raisonnement ou affections expriment des modes de cette essence-Soi, comme chaque élément du monde n'est jamais qu'un mode de la substance-Dieu-Nature (et dont l'essence-Soi n'est elle-même qu'un mode - mode de la substance-Dieu-Nature).

Chez Baruch Spinoza, le microcosme revient au macrocosme. C'est très baroque ! et ça procède encore beaucoup donc, d'une mentalité Renaissante atavique au siècle du Classicisme. Baroque, donc (baroque Baruch !).

Je poursuis mon commentaire :
L'amour d'une chose semblable à nous nous pousse à faire en sorte qu'elle nous aime aussi ; car : étant donné que nous l'aimons et qu'elle est semblable à nous, nous imaginons que sa joie ne puisse être remplie qu'en aimant le même objet que nous, c'est-à-dire une chose semblable à nous-mêmes, ou nous-mêmes (prop33).
Encore des ridicules spinoziens sous l'angle psychanalytique, inhérents au fait qu'il prenne ses désirs pour la réalité (au passage, je n'avais pas bien fini ma réflexion sur la métapsychologie spinozienne : c'est une métapsychologie de la conscience dépourvue d'inconscient ; une métapsychologie socratique, reprenant dans des termes non-platoniciens là, que le mal est une privation de bien en fait, par quoi il ne serait que de raisonner adéquatement - au plan d'une pure conscience donc - pour démettre nos maux affectifs, qui procédaient donc d'une pure conscience ... quelque chose qui ressemblerait à l'ontologie de Jean-Paul Sartre, si Baruch Spinoza ne présupposait pas l'éclatante bonne foi de tout, alors qu'une mauvaise foi du genre refoulement freudien de substitution est présente chez Sartre. Bref : à nouveau, on ne sait pas depuis quel poste ententif Spinoza peut se permettre de parler ainsi, d'objectiver-projeter ainsi sa systémie-du-réel ou sa réalité-système ... sinon en se prenant soi-même pour Dieu, micro-macro-cosmiquement, inter-cosmiquement, mésocosmiquement, ainsi que je le soupçonnais déjà dans le topic Psycho-Baruch).

Bon. Pour réagir à la citation dans mes termes, non : l'amour d'une chose semblable à moi ne me pousse pas instamment à faire en sorte qu'elle m'aime aussi, ce n'est pas vrai. Quid d'une chose inaccessible ? Quid d'une tantalisation ? Quid du timide ? encore qu'on trouvera les démarches précisément empêchées, frustrées, quand l'affect serait pourtant là ... eh bien, quid de la personne aux objectifs transcendants cet amour, écartant donc cet amour ? ... Pour la énième fois, Baruch Spinoza ne permet pas de penser le sacrifice comme tel, ne permet pas de penser le principe de réalité devant le principe de plaisir, et nous rend à des motions primaires, pour ne pas dire maternelles.

Vraiment, si je me projette dans les termes énoncés ci-dessus, je me revois en cours maternel, devant une fille que j'aimais - et rien d'autre. C'était mignon - mais rien d'autre.
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