Psycho-Baruch

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Psycho-Baruch

Message  Malcolm le Sam 20 Aoû 2016 - 18:57

Un rationalisme tel que le sien est conçu pour être audible, lisible, par rigueur démonstrative more geometrico comme on dit. Mais, ce qui me surprend toujours avec lui (dont j'ai lu la première partie de l'Éthique, tout le Traité de la réforme de l'entendement inachevé, ainsi qu'une bonne partie du Traité politique, ainsi que des "compiles" autour ... ), c'est sa tentative d'élaboration d'une sainteté rationnelle, béatitude par la raison. Ça semble fonctionner dans son genre ! ... Pour autant, je reste dubitatif : cela infinitise ou illuminise la raison, comme cela s'y cantonne.

C'est assez étrange comme expérience, personnellement, cette boiboîte apparemment immense - un peu comme on peut faire un tas de trucs d'une caisse à outils, ou bien tout comme le sac de Marie Popins : petit mais de la taille d'une caverne. Schizophrène, pour ainsi dire. Ou, en tout cas, pour le dire à la deleuzienne qui s'en inspire, tout s'y joue comme sur un plan d'immanence : une étendue euclidienne aux droites infinies, mais fin comme du papier à cigarette. La vie en 2D. Ou bien : la vie en dessin industriel, un peu comme le concept design que je discerne chez Platon, sinon que Spi. n'en a pas l'esprit de fascination, à tout aplanir, mettre à plat, établir, répartir sur son établi idéotechnique.

Ce m'en est presque abrutissant dans son ingéniosité pourtant. En effet, bien & mal, devenus bon & mauvais tout comme chez Nietzsche, n'en sont pas moins platoniciennement préservés, entre ladite sainteté/béatitude et l'irrationalité : un choix de valeurs qui n'augure de rien, sinon tautologiquement de soi-même. Pervers, au sens de Jean Baudrillard (de la Séduction) : pas étonnant alors, qu'un magazine aussi actualisant que le Philomag lui fasse honneur ; du moins, encontre le terrorisme pour commencer, sans surprise - depuis nos mondes taylorisés-fordisés-sloanisés-toyotisés.

*
Un Unique et sa propriété que l'Éthique, et rien d'autre

Quand j'écrivis ce qui précède, je n'avais pas totalement lu l'Ethique. Mais, maintenant que je l'ai lue, et avec l'appoint fantastique de Juliendeb (béni soit son nom) ...
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1953-fiche-spinoza-ethique-i
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1957-fiche-spinoza-ethique-ii
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1958-fiche-spinoza-ethique-iii
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1961-fiche-spinoza-ethique-iv
* http://www.liberte-philosophie-forum.com/t1962-fiche-spinoza-ethique-v
... avec l'appoint fantastique de Juliendeb, qui me corrobore dans ma lecture, il faut que je radicalise le propos précédent.

Je dis Psycho-Baruch, comme on s'inquiète d'un homme puissamment fou, déliramment rationnel. Mais, assurément, il y a quelque génie en cela, encore que ce soit le génie de la médiocrité - et je sens bien que je ne peux provoquer qu'un tollé en disant cela. Et pourtant ... Mais quoi ? faut-il qu'on puisse s'exprimer ainsi devant un auteur ! quel toupet iconoclaste ! ô Mal', sombre crétin, tu ne saurais être qu'un pauvre diable et un malheureux, de ne pas reconnaître ainsi tel rationalisme ! car de fait, Spinoza est dans un rationalisme énorme.

Un rationalisme énorme, cela signifie d'entrée de jeu qu'il est hors-norme, en dehors des normes. Pas étonnant, dès lors, qu'il fut aussi encensé, et l'on en revient à cette idée de génie - certes pas encore de la médiocrité dans l'immédiat, mais de génie ! certainement. C'est extrêmement ingénieux que le spinozisme, c'est quelqu'un d'extrêmement ingénieux que (Psycho-)Baruch Spinoza. Applause *Applause* Respect *Merci* Alleluia *Lol* ... Car enfin, c'est le premier et le dernier cri, paradoxal, qui doit sortir de la bouche du lecteur - Alleluia, - à entamer et à achever la lecture de l'Ethique. Naturellement, il y est question d'un déisme théorationaliste, mais quand même : il ne faudrait certes pas que cela tourne - comme le petit lait - à l’œcuménisme pan-déiste par lequel on me trouverait mauvais joueur, et ayant mauvais jeu, de descendre ainsi (Psycho-)Baruch Spinoza - et en plus avec une telle allégresse ! ... Mais c'est-à-dire que (Psycho-)Baruch Spinoza ne saurait être rallié à Friedrich Nietzsche que formellement, radicalement pas instinctivement. Que Nietzsche s'y reconnut une seconde ne dit encore rien de leur relation, sachant d'autant plus que Nietzsche ne découvrit pas Spinoza d'emblée - et quand bien même il voulut s'y reconnaître en miroir partiel.

Car il faut bien réaliser que tout rationalisme, comme *isme, dérive tendanciellement en mouvement intellectuel aux raisonnements spécifiques, à la raison occasionnelle ou casuelle - propre à sa tendance. Aussi (Psycho-)Baruch Spinoza a-t-il beau jeu de s'en prendre au rationalisme cartésien d'une part, et au (mono)théisme judéo-chrétien d'autre part, tout en avançant sa Vérité ... il n'en reste pas moins que cette Vérité prête gravement à désirer, jusqu'à sombrer en perversion clinique et en imposture sociétale, bien plus psycho-sociopathique que le jeune Sherlock Holmes ne nous est vendu pour psycho-sociopathe ! - c'est vous dire si tout se perd ! *Lol*

Très concrètement, le premier livre se pose simplement ainsi que le projet spinozien se propose de fonctionner : bien rationnellement more geometrico. Mais, au-delà de toute critique de la circularité de son per definitio, il faut prendre la mesure de ce que ces définitions ont d'irrationnel. Il y a quelque chose de gödelien à cela, où Kurt Gödel nous apprend qu'en principe les fondements mathématiques sont indémontrables. Exemple :
D'emblée en I-IV, Spinoza a écrit:Par Dieu, j'entends un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs, chacun d'eux exprimant une essence éternelle et infinie.
Or, connaissant son Deus sive Natura, nous pouvons reprendre l'affirmation définitoire comme suit :
D'emblée en I-IV, Spinoza a écrit:Par Nature, j'entends une entité absolument infinie, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs, chacun d'eux exprimant une essence éternelle et infinie.
Il s'agit donc là dudit "pan-déisme alias naturalisme" spinozien. Seulement, il est ontologiquement posé un être/une entité, pensable comme Un ou Tout par l'humain - soit donc comme être/entité, justement. Ce qui est déjà s'avancer témérairement dans une voie post-parménidienne ; mais une voie toute en surfaces, de ce qu'elle ne présente d'emblée aucun problème, aucune aspérité, aucune malédiction intellectuelle, et on peut la dire lissement & directement 1° absolue, 2° infinie, 3° substantielle, 4° multi-attributive, 5° essentielle, 6° éternelle. - Alors certes, il s'avérera que ce Dieu/cette Nature a ses procès - par quoi le devenir héraclitéen y a sa part - mais on est d'emblée dans une singularité distorse de platonisme pourtant. Reprenons.

Absolue : Spinoza dit "absolument infini", non exactement "absolue". Mais enfin, la possibilité d'être absolument infini suppose la possibilité d'une absoluité de l'infinité, par quoi l'infinité alléguée en 2°, en tant qu'absolue donc, confère rétroactivement l'absoluité à l'ensemble de Dieu/de la Nature, en sorte que son totalitarisme ontique & ontologique soit absolu comme tel. Je parlerai donc désormais du Tout, pour clarifier.
Infinie : Cela s'entend, de ce que l'époque était à Giordano Bruno, etc. Mais enfin, encore une témérité, que les plus scientifiques entre les amateurs de (Psycho-)Baruch ne peuvent admettre sans réserve.
Substantielle : "I-III - Ce qui est en soi et est conçu de soi, c'est-à-dire ce dont le concept n'exige pas le concept d'une autre chose, à partir duquel il devrait être formé." Bref : ce qui est absolu, CQFD, indépendamment de tout étymon substrativant, rapport à une stance strative : une ontologie surfaciale, comme je le disais aussi - ontologie délibérément plate, délibérément superficielle. C'est-à-dire que cela procède d'une délibération préalable (laquelle ? on n'en saura jamais rien).
Multi-attributive : Sans surprise, découlant de l'infinité en 2°. Spinoza ne s'embarrasse pas : il veut que "cela" opère éthiquement, par quoi il enregistre la multiplicité sous le terme d'attribut, et passe à autre chose. En théorie de l'entrepreneuriat, on parlerait aujourd'hui d'effectuation philosophique.
Essentielle : Procédant de l'ontologie dite (surfaciale, délibérément plate-superficielle), dont on comprend en I-I que l'essence est équivalente de réel, indistinctement avec l'existence : inutile, encore une fois, de s'embarrasser éthiquement.
Éternelle : Voir 2° encore. Néanmoins, au terme de cette énumération, on comprend bien qu'il y a là défense du monolithisme/stallite divin-naturel-panique-totalitaire : le Tout est monolithique, stallitien, se-tenant-de-soi-par-soi-en-soi-pour-soi, indiscutablement, imparablement, intactement, inéluctablement, inexorablement, et "Il n'y a de Dieu que Dieu, et Baruch est son Prophète !" *Pharaon* - c'est (Psycho-)Baruch en Mahomet des Philosophes ! *Lol* Il faut certes endurer l'arbitrarité du décours.

Mais pourquoi disais-je cela psycho ? ... Car, si cela ne tenait encore qu'à un tel totalitarisme rational digne de toutes les superstitions idoines, passerait encore ! *Lol* ... Mais (Psycho-)Baruch Spinoza va plus loin. En fait, il y a dans sa théorie du monde, précisément, une mondification étymologique - une cosmocisation, une esthétique rationnelle, une cosmétique - par laquelle tout devient tragicomiquement médiocre, donc. Et j'en viens à la médiocrité de ce génie alors, qui n'est pas complexe à appréhender, car si tout procède de la Joie comme affection d'augmentation de la puissance d'agir - et de la Tristesse comme affection de restriction de la puissance d'agir ... alors, il faut entendre que toute augmentation de la puissance d'agir, est systématiquement vécue sur le mode de la Joie - de même que toute restriction de la puissance d'agir, est systématiquement vécue sur le mode de la Tristesse.

L'inversion discursive cause-effet/effet-cause permet ici de réaliser la supercherie, où la psychologie spinozienne appert aussi prélogique que les évidences d'un Primitif chez Claude Lévi-Strauss. C'est persuasif par sidération, en tant que cela convoque le psychoïde, sans plus, mais n'endure pas le plus léger des maniements intellectuels (une inversion faisable avec toute l'Ethique, où l'on découvre l'absence de nécessité entre les parties ; toute la rhétorique, déjà trahie par le besoin que Spinoza se sentit, d'écrire progressivement des préfaces aux livres). Au fond, (Psycho-)Baruch Spinoza nous prend tous pour des dégénérés.

Cela semblera plus clair avec un exemple, sachant que la haine est réactive à la Tristesse :
En III-Prop.40, Spinoza a écrit:Celui qui imagine qu'un autre le hait, et croit n'avoir été en rien la cause de cette haine, le haïra en retour.
Donc, concrètement : Paul s'imagine que Jacques le hait injustement (que cette haine se vérifie ou non, peu importe là) donc Paul doit haïr Jacques en conséquence. Dit autrement encore : Paul hait Jacques à la suite de ce qu'il s'imagine Jacques le haïr ! *Lol* ... Cela n'est d'aucune logique totalitaire, en dehors de ce Paul Martin-Dupont qui serait précisément là devant moi, et que la complexion personnelle induirait à sécréter du ressentiment envers ses haïsseurs.

En faire une règle, c'est exclure de l'humain la possibilité de toute magnanimité, or il semble que (Psycho-)Baruch n'en soit pas très adepte - de la magnanimité (ou alors, uniquement définie dans son espèce de rationalisme) - de telle sorte donc à sombrer dans la médiocrité, génie de la médiocrité (le seul auquel les médiocres ont accès - de génie - étant bien le rationalisme ! *Ptdr* ). A savoir que Spinoza entamait son livre III en posant que l'Esprit (reflet du Corps) répugnerait - commis d'office à cette répugnance - à la Tristesse. Par exemple :
En III-Prop.22, Spinoza a écrit:L'Esprit, autant qu'il le peut, s'efforce d'imaginer ce qui accroît ou ce qui seconde la puissance d'agir du Corps.
- soit donc sa puissance d'agir même, en tant que reflet du Corps. Mais je ne trouve pas que cet effort ou "conatus" est systématique, de même. A ce titre en effet, on ne peut tout simplement plus comprendre l'esprit de sacrifice, que comme aliénation irrationnelle, et l'on retombe dans la médiocrité de toute absence de magnanimité - pour ne parler que d'une telle motion. En effet, à ce titre, il est impossible de comprendre ni la parentalité ni le patriotisme - par exemples - en dehors de leur intégration au titre de l'amour spinozien, comme Joie augmentant la puissance d'agir.

Or, il faut là que la personne entende bien l'intérêt qu'elle a à restreindre sa puissance d'agir dans l'augmentation de la puissance d'agir d'un Autre, jusqu'à annulation de sa propre puissance d'agir - jusque dans la mort ou l'extinction. (Psycho-)Baruch ne permet absolument pas de comprendre cela, en dehors d'une tendance à la servitude (livre V) mais c'est complètement débile. Etc.


Finalement, le (psycho-)spinozien interprétera mon mouvement de (Psycho-)Baruch, comme l'effort de celui qui cherche à augmenter sa puissance d'agir en ravalant le philosophe à ce degré de dégénération ... Seulement, il expliquera bien mal comment j'ai alors voulu endurer la lecture de l'Ethique, si méprisable à tant d'égards. Il ne saurait pour lui y avoir là 1° qu'un masochisme inhérent à des idées inadéquates (nietzschéennes ?), 2° une velléité de Joie à philosopher plus globalement : mais il est toujours impossible d'expliquer plus en détail comment j'ai pris sur moi, sinon en posant un objectif transcendant ma lecture, visant donc un au-delà du Corps !

Bref, on l'aura compris : Spinoza est médiocre et, au mieux, est applicable à quelque chiard comme j'en connais hélas cent, et suis bien en demeure de me les coltiner, pour vivre. Par quoi l'on entend bien que Spinoza vécut résolument seul & isolé, dans une espèce de pré-stirnerisme qui fatalement s'ignora, tandis que Max Stirner écrivit une espèce de spinozisme qui tragicomiquement s'ignora de même. Mais, en effet, l'Ethique n'est rien d'autre que la rationalisation d'un Unique et sa propriété en ce temps-là spéculatif - et rien d'autre.
Truc de guedin *Etudie* *Guedin*

Tu nous as pris pour des monades ou quoi ! *Lol* - or, au fond, Spinoza voulut (misérablement pour le monothéiste, méprisablement pour le nietzschéen) bannir la mort de son Corps-Esprit. Sa béatitude est une illusion vitale. Entreprise stoïcienne déjà, d'ailleurs.
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